14ème jour : de El Portal à Fish Camp
Petit-déjeuner dans la chambre, préparation des sandwichs pour midi, rechargement de notre cooler en glace, sacs bouclés, chargement de bagages, check-out. Nous sommes désormais bien rodés. Direction glacier point. Sur la route, quelques « petits arrêts » sont prévus. Le temps est au beau fixe et le restera toute la journée, la température pas trop chaude d’autant que nous perdrons encore quelques degrés en montant en altitude.
Premier arrêt à
Tunnel View, un très chouette point de vue sur l’ensemble de la vallée encore enveloppée de brume. Nous ignorons Artist point et le départ du trail (1h à peine mais en montée). Je soupire mais reste fidèle à ma parole. J’ai promis aux ados. Les négociations furent rudes lors du conseil familial, la veille

. Les ados saturent de nature et de randos

, surtout un, qui rêve de la ville toute proche, celle qui chaque soir, selon Maxime Le Forestier, s’allume et s’embrume. Le consensus fut défini comme suit : une balade, celle de
Sentinel Dome et Taft point réunis, 8km environ et 220m de dénivelé.
Sur le modeste parking, il reste quelques rares places. Nous manœuvrons, casons la Dodge. Chaussures, sac à dos, et c’est parti ! Pauses boisson, photos, collation, c’est une balade que nous faisons, pas une randonnée mais peu importe, elle est superbe, variée à l’infini et pas vraiment difficile

. Nous partons d’abord en direction de
Sentinel Dome sur un sentier à flanc de coteau puis à travers la forêt. La seule difficulté est l’ascension finale, un peu pentue. Le dôme est rond, gris, lisse comme le dos d’un gros matou qui sommeille au coin du feu et arrivé au sommet, quelle vue

! Je retrouve, dans un autre environnement, les sensations ressenties à Olmsted point. Les mondes végétal et minéral s’affrontent dans un combat inégal et sans fin. On ne sait où donner de la tête et des yeux. La vue s’étend sur 360° et malheureusement pour nous et pour nos photos, une brume tenace voile les reliefs de la vallée, au loin, peignant l’horizon dans un bleu pâle un peu grisé que ne trouble que le vert sombre de quelques pins

.
Il nous faudra redescendre de notre perchoir avant de prendre la bifurcation qui nous mènera sur une portion du
Pohono trail en direction de
Taft Point. Le chemin s’enfonce dans la forêt. J’avais entendu parler des séquoias, gigantesques et majestueux mais jamais de ces pins au vert profond, au tronc élancé, rugueux, moiré de reflets roux, parfois fièrement dressés vers le ciel, parfois couchés, sectionnés pour laisser le passage libre ou simplement inclinés en une surprenante révérence. Pour qui a l’habitude de nos forêts françaises, celles du
parc de Yosemite étonnent par leur présentation broussailleuse et sauvage, mal disciplinées, comme malmenées

. Mousse vert pomme sur les branches, fougères vert bouteille, buissons vert absinthe ou tilleul, les nuances sont infinies. On comprend plus tard, lentement, le difficile compromis de la nature brute et de son exploitation touristique.
Le sentier court le long de la falaise, nous livrant à la faveur d’une trouée des vues stupéfiantes sur la vallée, enjambe un ruisseau, contourne une souche, croise les pas d’une biche, puis de deux, puis de trois, un écureuil, des chipmunks. Loin des paysages quelques peu aseptisés qui bordent nos villes européennes, ici, la vie surprend avant de s’imposer comme une évidence.
Puis nous rejoignons
Taft point trail, direction les fissures.
La fréquentation est un peu plus élevée d’autant plus que l’heure avance mais rien à voir avec la foule de la vallée, la veille. On rencontre des familles, des couples de tous âges et toutes nationalités. Ici, personne en tongs ou sandalettes et curieusement, chaussures de marche et sac à dos délient les langues et décrispent les mâchoires. Un mot, un sourire, l’annonce d’un
deer après le prochain tournant et l’ambiance est tout autre. Il faut dire que le premier parking n’est pas à côté. L’effort, même minime instaure une sorte de connivence face à la vue vertigineuse.
Oui, Taft Point est impressionnant, surtout quand on s’approche tout au bord de la falaise en serrant fort entre ses doigts la ridicule tige d’acier enfoncée dans le roc, garde fou dérisoire ! Dessous le vide et loin, beaucoup plus loin, quelques centaines de mètres plus bas, la vallée, minuscule jardin de poupée où s’agglutinent des voitures comme une ribambelle de fourmis bien disciplinées. Il y a encore les fissures, failles de pierre, pièges de géant, toboggan vers le vide. Cet endroit est spécial, unique sans doute et vaut incontestablement le détour.
Nous rejoindrons tranquillement la voiture puis la foule du tourisme de masse à
Washburn Point puis
Glacier Point que nous prendrons tout de même le temps de parcourir et de goûter. Deux superbes points de vue qu’il aurait été dommage de ne pas contempler. Ils nous ont permis d’accéder, du bout des yeux, à Vernal et
Nevada falls dont je rêvais. Peut-être y laisserai-je un jour l’empreinte de mon pied, en descendant Panorama trail... C’est fou le nombre de rêves qui naissent de nos découvertes laissant la magie intacte, la porte grande ouverte vers des demains et des ailleurs

. Ce pays, cette région avec ses parcs et ses merveilles est à lui seul un envoûtement qui ensorcelle ceux qui s’y hasardent. Je n’ai pas voulu masquer mes yeux et boucher mes oreilles. Comme les compagnons d’Ulysse, j’ai succombé aux chants de ses sirènes.
Nous sommes redescendus vers la vallée et vers le sud. 56km, une grosse heure de route jusqu’au Tenaya Lodge de Fish Camp, LA récompense après nos efforts. Un joli hôtel que j’ai personnellement trouvé un peu prétentieux, le défaut de ses qualités sans doute

. On nous y a attribué une chambre dans une charmante maisonnette disséminée avec d’autres dans la forêt et nous avons terminé la journée entre jacuzzi et piscine

. Mon ado qui affectionne de nager sous l’eau plutôt qu’au-dessus, y a découvert une particularité originale : on y diffuse de la musique. Oui, oui, dans le bassin, dans l’eau, totalement inaudible si l’on reste au-dessus de la surface. Une idée de fou qui a eu le mérite de faire sourire mon rejeton peu sensible aux charmes de
Yosemite 
. Et parce que nous sommes de simples « hommes » bien intégrés dans notre société moderne qui nous assiste à chaque instant, nous qui aimons tant la nature, avons aussi apprécié le confort douillet de ce confortable hébergement

.
Coups de cœur du jour :
- Tout le secteur glacier. C’est, à mon avis, le coin à ne pas rater dans le
parc de Yosemite. Les balades y sont superbes, la foule moins pressante si l’on ne se contente pas des points de vue. Et personnellement, je ne trouve pas du tout que ça ressemble à nos Alpes mais ce n'est que mon point de vue

! J’ai simplement A-DO-RÉ.