je réponds à Ragamuffin, mais c'est à la plupart d'entre vous aussi..
laissons de coté les emportements, la colère (les notres ici) : chaque avis et opinion est utile, surtout si on cherche à en comprendre l'élément déclencheur, le ressort
il m'est arrivé de péter un peu les plombs, surtout après la sixième semaine de voyage; avant cela, on encaisse et on prend sur soi, ensuite, la fatigue s'accumule (surtout, encore une fois, si on bouge bcp).. donc premier point : la fatigue
second point : la répétiton incessante de ces demandes : "ricksha ?......... sir, mister, Mr, patron etc.." allant souvent à l'encontre de toute logique, on le voit dans vos illustrations (et ma propre expérience le confirme)
pourquoi une telle insistance, quotidienne, absurde et qui a cours sur la totalité ou presque du territoire indien, voire du SEasiatique ?
je pense en connaître la (bonne) raison : parce qu'il suffit que deux fois en une seule journée, deux fois seulement, un étranger, un touriste, un brin naïf, fraichement débarqué, un toutou quoi, un occidental qui découvre l'
Inde (il faut parfois un mois, deux mois, un an même, pour franchir l'étape de la première découverte, pour être déniaisé...).. il suffit donc au conducteur de ricksha de mettre le grappin deux fois seulement par jour sur un pigeon, pour qu'il ait gagné tout simplement sa journée ! ! en un quart d'heure
ne feriez-vous pas de même ??!!
et comment contredire cette évidence rare si ce toutou, ce naïf, donne non pas
deux fois mais
dix fois la valeur de la course ?????????
et là où je vous interpelle, chers routards, c'est que
chaque jour, des occidentaux "jet-set" lâchent des centaines de roupies n'importe comment à n'importe qui ! ! l'indien éberlué a appris à rester presque muet et serein, mais au fond de lui, il exulte ! !
et cette nouvelle vraie court d'un bout à l'autre de l'
Inde "l'occidental est pété de pognon !" il faut chercher LE bon car ce bon ouvre large son porte-monnaie..
et c'est ainsi que des centaines de gens normaux, à fortiori des routards inpécunieux se font emmerder à longueur de temps car il n'est pas écrit sur leur visage "je ne suis pas crésus".
toutes les nuances, les situations intermédiaires existent et la plupart du temps, conduire un occidental pour le triple du gain vaut bien qu'on le harcèle, CAR A LA FIN, encore une fois, un sur dix cédera ! ça vaut une bonne école de commerce de province...
allez, je vais vous faire sourire, vous allez dans un instant un tout petit peu plus ressembler au conducteur indien moyen de ricksha : vous avez acheté un appartement il y a dix ans, vous l'avez vendu l'an dernier.. à combien d'amis avez-vous dit que vous aviez fait non pas la culbute ni la trulbute, mais sans doute la turlute, en multipliant par cinq ou dix le prix de vente, en francs courants ?? un, deux ? non, si vous avez réussi cette opération qu'on appelle spéculative, vous l'avez racontée à tous vos amis, super-content de vous ! et si vous n'avez pas encore vendu aujourd'hui, vous regrettez déjà amèrement d'avoir en un an perdu 15 % sur un gain potentiel... vous avez raté le bon client qui débarquait à l'agence et voulait A TOUT PRIX se loger l'an dernier...
et celui à qui vous avez vendu votre appt l'an dernier, au meilleur prix pour vous, vous ne lui avez pas fait de ristourne, que je sache ?
lorsque l'indien conducteur fait une bonne affaire, il nous ressemble, lorsque nous l'obligeons à négocier son prix, de façon qu'un accord convenable se dessine, nous devenons tous à la fois frères et contents; les différences de niveau de vie (le fait que nous prenions l'avion et lui sans doute jamais), c'est comme les niveaux et les différences d'intelligence : je suis heureux avec la mienne, et toi avec la tienne, ça ne sert à rien de comparer. c'est d'ailleurs se rapetisser que se croire plus intelligent. ils y a dix chemins pour arriver à
Rome, on dit d'ailleurs qu'ils y mènent tous...
avec l'expérience de mes pérégrinations en
Inde, je suis progressivement plus souple, je lâche davantage d'argent et chaque fois, j'en suis plus heureux; bcp d'indiens, s'ils n'ont pas réussi avec vous ou moi la meilleure opération de la journée, sont pareils, ils ne se sentent pas frustrés, ils ont juste travaillé et si la relation entre eux et leur client fut sympathique, ils en sortent heureux aussi.
je n'imagine pas une Inde que je visiterais, une seule journée par an, sans les indiens. je pourrais tout juste me passer de dahl, que je trouve délicieux, mais pas d'eux, même s'il m'est arrivé, fatigué, d'en engueuler un ou eux. chaque fois, arrivé sur mon lit d'hotel, je le regrette et ça me tient deux ou trois jours.
mais encore une dernière fois : si un seul occidental sur cent est prêt à payer dix fois, vingt fois plus que vous, il est normal que CHAQUE indien en
Inde cherche à le rencontrer, chaque minute ! et cet occidental existe ! nous l'avons tous aperçu, et même rencontré.
il faut aussi se souvenir, pour la période (deux à trois ans) qui vient, économiquement "bousculée", que les petits trinqueront plus que les gros (c'est toujours ainsi) : une raison de plus pour que la moitié des ricksha, parmi les moins spéculateurs (ceux qui travaillent plus normalement), maintienne plus fermement ses prix... l'inflation s'accroit désormais en
Inde. et les situations sont très diverses, d'un trottoir ou d'un pot d'échappement à l'autre.