Hola... !!
Le changement de ton sur ce même forum est à l'image de la complexité de la situation et de l'extrême difficulté à trouver une issue "acceptable" par tous !!
Mes craintes exprimées dés mes premiers messages, de voir une dérive vers les extrêmes des deux parties (nat-indépendantistes / unionistes espagnols) ces craintes donc se revélent, hélas, confirmées par les faits !!
Je vais essayer d'être le plus concis possible dans ce qui suit pour "re-situer" l'actualité :
- pendant 30 ans, ceux qui mènent aujourd'hui le combat indépendantiste en
Catalogne, se sont parfaitement bien accommodés de leur participation active à la vie politique espagnole, apportant leur soutien à tous les gouvernements nationaux, qu'ils soit du PP (même quand c'était l'Alianza Popular d'Aznar) ou du PSOE !
- dans les années 2007 / 2012, ce que l'on nomme "la crise" a fait des ravages sociaux en
Espagne. C'est le moment qu'ont choisi les nationalistes catalans pour demander plus d'autonomie financière à
Madrid, et la réduction de leur participation financière au "pot commun" de l'
Espagne. Refus des instances nationales de modifier le statut de l'Autonomie de
Catalogne, même si le gouvernement de Zapatero avait laissé des espoirs.
- Pendants ce temps, de nombreuses malversations financières étaient mises à jour par la justice espagnole. Dans ce domaine il y a total match nul entre les "nationaux" et les "nationalistes".
Ce sont des centaines de millions qui ont été détournés, par les deux bords, au profit de quelques uns et accessoirement de leurs partis réciproques.
- Après la mise en cause du Président Artur MAS Président du Govern catalan, a été NOMME (et non pas élu!!) l'actuel Président PUIGDEMONT.
- Le projet du parti qui était alors au pouvoir, PdCat, faisait état de revendications portant essentiellement sur le statut financier de la
Catalogne, sans évoquer une sortie vers l'indépendance.
- Pour obtenir la majorité au Parlement catalan, ce parti, conservateur de droite libérale, a été contraint de faire alliance avec d'autres partis qui, jusque là, étaient des adversaires politiques déclarés : ERC et CUP.
ERC parti de la gauche républicaine anti-monarchiste et la CUP anti-libérale et anti-capitaliste proche de la culture anarchiste très vivace en
Catalogne.
L'union entre l'eau et le feu était réalisée !!
- Aux élections autonomiques qui s'en suivirent, les nationalistes "traditionnels" n'ont pas obtenu la majorité au Parlement, et ce n'est que l'apport des 10 députés de la CUP, dont l'élection avait été rendue possible que par le retrait des candidats "catalanistes" des autres partis, le bloc nationaliste-indépendantiste n'obtenait QUE 47% des suffrages.
Mais le découpage électoral, donnant plus de poids aux zones rurales, a permis à cette coalition d'obtenir la majorité en siège.
- Aussitôt a commencé le "chantage" de la CUP qui exigeait une déclaration unilatérale d'indépendance, en échange de son soutien au gouvernement de Puigdemont.
- Il est à noter que dans le programme officiel de PdCat, pour ces élections autonomiques de 2015, il n'était fait aucune référence à une quelconque démarche indépendantiste (je pense qu'il doit être possible de retrouvrer ce document sur le net).
- C'est également à ce moment, pour ouvrir un front commun acceptable par les trois partis nationalistes et indépendantistes, qu'a été lancé le slogan unitaire qui allait servir de leit-motiv à toutes les actions à venir : ESPANYA ENS ROBA !! (l'
Espagne nous vole).
En résumé, la
Catalogne qui est la deuxième plus grosse contributrice aux finances nationales, après la Communauté de
Madrid, donc la
Catalogne estimait à partir de ce moment là que les prélèvements fiscaux effectués en
Catalogne étaient injustes et servaient uniquement à alimenter les autonomies plus pauvres ou moins laborieuses (sic) du sud de l'
Espagne.
Mais pendant le même temps, la
Catalogne acceptait, et demandait l'augmentation des subventions versées à l'Autonomie au titre du fond national.
A noter que la
Catalogne est l'Autonomie espagnole la plus endettée, qu'il ne lui est plus possible d'emprunter sur les marchés internationaux sans l'aval de
Madrid (exigé par les prêteurs).
C'est également à cette période, que la fête nationale catalane, la Diada, célébrée le 11 Septembre de chaque année, est passée d'un acte qui rassemblait les autorités catalanes et quelques centaines (au mieux) de participants et qui était un moment essentiellement festif, à un acte politique revendicatif rassemblant plusieurs centaines de milliers de personnes.
Cette "récupération" d'un des symboles de la
Catalogne par les indépendantistes, est à mettre au crédit d'une association, qui, "officiellement", n'a aucune activité politique, mais qui est sans aucun doute l'organisation la plus active dans ce qui se produit aujourd'hui : l'A.N.C (Association Nationale Catalane) pour la promotion d'un état de droit, catalan, démocratique et social.
Mais il est très rare que ses membres, ou ses dirigeants interviennent dans le débat politique es-qualité.
- Puis est arrivé le fatidique mois de Septembre 2017 !!
Les "menaces" indépendantistes ont été mises en œuvre, en s'appuyant sur une pantomime de démocratie parlementaire et en contradiction avec la loi, mais aussi avec le propre règlement du Parlament de Catalunya !!
En une seule séance, sans que l'ordre du jour n'ait été communiqué aux partis de l'opposition, sans que le moindre amendement ne soit accepté pour être débattu, en réduisant à une seule et unique intervention par parti de l'opposition, avec un temps limité à 15 minutes au maximum pour les plus longues, certaines étant interrompues après quelques minutes, malgré le désaccord unanime des juristes du Parlament qui veillent à la légalité des textes et des débats, etc... malgré tout cela, le projet de loi organisant le référendum du 1er Octobre a été adopté, et dans la foulée, un second texte prévoyant la déclaration de l'indépendance de la
Catalogne si le scrutin du 1er Octobre donnait une majorité de "oui".
Au mépris de toutes les lois électorales, nationales ou catalanes, aucun quorum de participation n'était fixé !! Aucun collège électoral n'était nommé !! Et d'autres "menues entorses" réputées démocratiques !!
- Le Govern catalan a publié un projet de Constitution qui serait en vigueur dés la proclamation des résultats officiels du référendum.
Le premier article de cette nouvelle et hypothétique Constitution catalane, énonce : la
Catalogne est un état, libre, démocratique et indivisible " !!!! (résumé)
C'est mot pour mot, l'article premier de la Constitution espagnole que ces mêmes nationalistes violent et ne reconnaissent pas, ou plus !!
Or, tous les responsables politiques élus, ayant des fonctions éminentes au sein du Govern catalan, ou les hauts fonctionnaires catalans, ont, le jour de leur prise de fonction, juré fidélité à cette Constitution
- Toutes ces actions menées par les dirigeants politiques de la
Catalogne, ont été déclarées inconstitutionnelles par le Tribunal Constitutionnel espagnol (plus haute instance judiciaire du pays), et tous les intervenants de ce processus ont été individuellement informés de la commission d'infractions ou du risque de commission d'infractions relevant du droit Pénal. Selon leur degré de responsabilité, les motifs d'inculpations sont : rébellion, compromission, malversation de fonds publics, refus d'obtempérer aux injonctions judiciaires et administratives, etc...
Dans les mois qui ont précédé, les deux camps (Nat.indép et Nat. Esp) ont déclaré être prêts au dialogue, et le souhaiter, mais chacun posant des conditions innaceptables pour l'autre !!
Le Président du Govern, voulait dialoguer avec le chef du Gouvernement espagnol, mais uniquement en "tête à tête", ce que M. Rajoy a refusé.
Ce dernier répondant invariablement qu'il était ouvert au dialogue, mais uniquement dans le cadre des institutions, c'est à dire à l'occasion d'un débat au Parlement espagnol (ou les catalans ont des élus nationalistes), en vue d'une réforme de la Constitution. Proposition systématiquement refusée par C. Puigdemont !!
AUCUNE instance internationale n'a apporté son soutien ni donné son aval à ce scrutin : ONU, OCDE, Commission de
Venise, Commission Européenne, Tribunal de
La Haye, etc...
AUCUN pays visité par les émissaires du Govern, notamment Raul ROMEVA auto-proclamé Ministre des affaires étrangères, en Europe, en
Amérique du nord et du sud, donc aucun pays n'a adopté une position pro-référendum... sauf le
Vénézuela de Maduro.
Seules, quelques personnalités, à titre individuel, se sont manifesté en faveur de ce processus.
Dimanche 1er Octobre, les responsables politiques nationalistes-indépendantistes catalans ont malgré tout organisé ce référendum d'autodétermination
Il était impossible pour le pouvoir central espagnol de rester spectateur, au delà de toutes considérations politico-politiciennes, simplement pour appliquer et faire appliquer la loi fondamentale de tout pays démocratique : la CONSTITUTION !!
Il ne s'agit pas de porter un jugement de valeur sur ce texte de loi qui est la base de toute communauté désireuse de vivre en démocratie.
Elle peut être "incomplète", désuète", "inadaptée".... dans ce cas, il y a des voies légales et démocratiques pour la réformer ou l'amender, voire la re-écrire, via des élections de députés à un Parlement et le travail de ces parlementaires élus, puis la proposition au peuple via un référendum de cette "nouvelle" Constitution.
Côté gouvernement espagnol, la figure de proue est son chef Mariano RAJOY, membre du Partido Popular, lui-même héritier d'un parti aujourd'hui disparu l'Alianza Popular qui avait permis l'élection de Mr AZNAR.
Ce parti, n'était que le prolongement d'un franquisme "modéré et moderne" dans l'
Espagne "post-franquiste". Il faut se souvenir que jusqu'à un passé très récent, rien d'important ne se décidait sans le "visto bueno" de Fraga Iribarne (dcd en 2012), fondateur de l'Alianza Popular, mais aussi ancien membre de la Phalange franquiste, et ancien ministre de Franco !!
Les évènements du 1er Octobre étaient prévisibles !!!
Les indépendantistes iraient au bout de leur démarche, et le gouvernement espagnol ne pouvait rester spectateur.
Ce qui devait se passer a eu lieu... une confrontation, des "accrochages", des violences...!!!
Même si elles sont choquantes, ces violences et agressions (dans les deux camps) étaient annoncées, les images sont choquantes, mais "in fine" il ne s'est rien passé d'irrémédiable pour les personnes (pas de victime).
Par contre, les indépendantistes catalans ont battu à plate couture le gouvernement espagnol dans la guerre des images !!!
On n'entend plus parler, tous médias confondus, que de ces violences policières, condamnables car exagérées, les policier et guardias ayant oublié la règle de base des services de maintien de l'ordre dans une démocratie : la riposte doit être proportionnée à l'infraction commise ou l'agression vécue.
Mais aujourd'hui, on dirait que tout l'aspect politique de ces évènements est oublié et seules subsistent ces images.
Le référendum" ayant quand même eu lieu, demain Mercredi, devrait être officiellement proclamés les résultats.
On sait, d'ores et déjà, que malgré l'absence de tous documents probants et légaux, la participation est de 42 %, et que sur les votes exprimés, le OUI l'emporterait à 90%.
Rappelons qu'il n'y avait pas de listes de votants, que le contrôle des votants était pour le moins aléatoire, que le dépouillement s'est fait la plupart du temps dans des formes "rocambolesques", en un mot, le sérieux de ces résultats peut être mis en doute !!
Néammoins, s'ils étaient validés, ces résultats prouverait que seuls +/- 40% des catalans en âge de voter soutiennent le processus en cours.
Aussi choquant que cela puisse paraître à quiconque se revendique de la démocratie, le Govern Catalan a annoncé, au moment de l'adoption de SA loi début Septembre (donc avant la tenue du scrutin et avant les incidents qui l'ont émaillé), que quel que soit le résultat il serait appliqué, sans prendre en compte un quelconque quorum or il y aurait 60% d'abstention.
On peut sans grand risque dire que ces +/-60% représentent les personnes opposées au processus indépendantistes, mais qui ne sont pas déplacées, par crainte de représailles (conditions du vote) ou devant l'inutilité du vote, l'abstention étant plus "parlante".
Désolé... je me rends compte que je suis "un peu" long dans mon développement des éléments ayant conduit à la situation d'aujourd'hui, mais ils me paraissent indispensables pour qui veut avoir une opinion objective.
Dans l'attente de la déclaration que doit faire ce soir Mr Puigdemont, à 21h, un dernier commentaire sur l'intervention du Roi, hier soir.
Chacun aura son opinion sur le contenu, mais...
Elle ressemble furieusement à celle qu'avait faite son père, Juan carlos Ier, dans la nuit du 23 au 24 Février 1976, alors que des Guardias Civiles avaient pris les Cortes en otage, au bout de leurs canons, que les chars de la division Brunete étaient sortis de leur caserne, que dans nombre de cantonnement militaires, les portes des armureries avaient été ouvertes et tout le personnel consigné !!!
Sans cette intervention, l'
Espagne replongeait sans coup férir dans le franquisme, sans Franco !!
Nous n'en sommes pas là aujourd'hui, mais j'aimerais être certain que le risque est vraiment écarté !! Pour être franc... je dirais... hummmmmm !!!
Dans mon premier message de cette discussion, je disais que l'
Espagne que nous avons connu au cours de ces 40 dernières années risquait de disparaître, mes craintes demeurent entières... Hélas !!
Un grand merci à tous ceux et toutes celles qui participent à cette discussion (
Merci VF), en espérant que "quelques" interventions, un peu hors sujet, ne viennent pas altérer ces échanges très intéressants et enrichissants !!
Enfin une pensée pour tous les touristes qui sont arrivés depuis Dimanche dans la capitale catalane et que se souviendront sans doute de leur séjour :o (
Pas de bus, pas de métro, musées fermés,
sagrada familia fermée, commerces fermés, cordons policiers aux carrefours, manifestants bloquant la circulation, etc...etc...
A cette heure tout se déroule dans la "normalité"... et comme disait la mère de Napoléon : " "Pourvou que sa doure"

Hasta luego, Adeu !!