Après une éternité de quelques mois...
Dans le Boeing qui me ramène en
Afrique Australe, je pourrais dire
at home tant je me sens bien ici et puisque depuis quelque temps on prétend situer près de
Johannesburg le
berceau de l’Humanité (au bon vieux temps où Madame Taubira et moi avions le même papou et, j’hésite à la faire, alors que maintenant, les Sceaux, elle les garde tandis que moi, ce soir, je les prends sur la tête), dans ce Boeing donc, mon voisin indien est fuselé comme un Jumbo et... ne sent pas la rose.
Mais les nuit africaines en exhalent bien d’autres.
La nuit s’efface alors que nous survolons, si j’en crois l’écran (de ma nuit pas blanche), le sud de la
Zambie et, comme dans une spirale infernale, je découvre qu’il a neigé sur l’Afrique. Ni vert, ni rouge, rien que du blanc cotonneux. Un ronflement de baleine me ramène à la réalité : il n’a pas neigé, nous sommes au-dessus des nuages.
Je me dis que, passé le Zambèze, à cette saison et à cette heure, avec un peu de chance, les nuages et les ronflements seront derrière nous. Gagné pour les ronflements mais les nuages me couperont du pays jusqu’au moment où, les pourfendant, nous survolerons une agglomération sans fin :
Johannesburg.
Après un changement de carlingue en un temps record me voilà, filant sous les nuages, au volant d’une Polo-citrouille qui, dans quatre cent kilomètres, se changera en Defender-carrosse (1)... pourvu que j’y arrive avant midi.
Ce soir, alors que je m’affale dans une bergère sous l’auvent en tôle de la maison, les nuages de ce matin lâchent prise en trombes, accentuant le plaisir de la première gorgée de Brandy mais incapables d’éteindre le feu du
biltong épicé. L’orage est métallique, comme un déraillement, et les éclairs torturent le jardin tropical.
Martha qui sert le petit déjeuner me demande, inquiète, si j’habite
Marseille : elle a vu à la télévision que c’est une ville très dangereuse. Martha habite toujours le township de
Bloemfontein.
(1) J’en vois d’ici onduler (2) de rire sachant que, de fait, le confort d’un Defender n’a guère évolué depuis les carrosses Grand-Siècle.
(2) Pour les béotiens, on appelle tôle ondulée les pistes de terre, de sable ou de gravier, fréquentes en
Australie et en
Afrique Australe, se déformant sous l’effet des éléments et donnant l’impression, lorsqu’on les poursuit, de rouler sur de la tôle ondulée.