Un bestiaire au KrugerLa marche de l’éléphant, majestueuse, défiant le temps, comme celle des africaines alourdies par l’âge et l’abondance.
Le petit galop serré, un peu raide, contraint, des hyènes tachetées.
Le chaos des hippos dans l’eau, rochers frémissants.
L’air ahuri des girafes au regard d’ingénues, leur galop comme un métronome.
L’arrogance tranquille du lion qui donne envie de lui rappeler qu’il a un prédateur, l’homme.
Le discret rhinocéros, immobile dans le veld.
Les théories d’antilopes, l’impala comme un ressort, le koudou farouche, le dik dik solitaire, les buffles placides... et l’émerveillement de mon invitée.
Un paradis au Royaume du CielNous quittons le
Lesotho par une vallée fertile du nord-est, dans le dos du Golden Gate NP, qui m’avait échappé.
La Caledon River, bordée d’églantiers et de saules, offre ses alluvions aux paysans qui ne laissent pas passer leur chance. De vieux tracteurs remplacent les bœufs devant la charrue, les moutons laissent place aux vaches.
Les maisons sont mieux entretenues et on a construit quelques petits hangars agricoles tandis que les femmes vont, plus élégantes et gaies que dans la montagne.
Lorsqu’on arrive à Monontso Pass qui marque la frontière, il n’y a de bureau ni de police ni de douane du
Lesotho, seul le pays d’entrée, l’
Afrique du sud, est représenté, de sorte qu’on n’a pas, officiellement, quitté le
Lesotho.
SowetoLa rue où vécurent Desmond Tutu et Nelson Mandela, sans doute la seule au monde à pouvoir revendiquer deux prix Nobel de la Paix, cette rue, symbole des luttes, est devenue celle où les nouveaux riches noirs exhibent leurs richesses.
Une file de voitures de luxe, Porsche Cayenne en tête, est stationnée en double file, réduisant le trafic à une voie, tandis qu’à la terrasse d’un établissement privé des élégantes gloussent au bras d’hommes en costume blanc portant
panama et lunettes sombres.
A quelques rues de là, les eaux usées s’écoulent à ciel ouvert, le sol est jonché de détritus mais les maisons sont en dur.
On ne visite pas le vrai township, celui des cabanes faites de plastique, de tôles et de planches, celui de la drogue et de la prostitution.
A la vie, à la mortDans le cimetière du township de Cradock se dresse un monument et les sépultures de ceux qu’on nomme
The Cradock Four, ces quatre militants noirs enlevés, torturés et abattus par les services spéciaux en 1985.
L’épitaphe dit que leur sang nourrira les arbres et la liberté.
Les cochons qui divaguent sur les tombes, dont la plupart ne sont qu’un cairn, et les moutons qui broutent l’herbe rare entre les pierres s’en moquent bien. Les détritus scintillent dans le levant : on a les stèles qu’on peut.
Addo Elephant ParkIci, les espèces les plus répandues sont de petits scarabées de tôle, en procession sur les pistes.
On voit aussi beaucoup d’éléphants bien sûr, placides, si peu farouches, si habitués aux scarabées qu’ils se laissent approcher à cinq mètres sans frémir (moi non plus). On entend plus souvent le sifflement des trains de minerai, dont la voie longe le parc, que des barrissements de colère.
La lune, dans son premier quart, s’enfonce doucement dans le bush : à un moment elle est comme une corne de rhinocéros lumineuse.
BribesVervets on the ground: agiles, rapides, organisés, expérimentés, drôles, impertinents, ainsi vont les vervets à l’assaut de mon petit-déjeuner.
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«Ce pays a grave de la gueule» lâche ma jeune invitée au
Lesotho.
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Après le décès de Mandela, nous assistons, deux soirs de suite dans les petites villes traversées, à un concert pour célébrer... la mise en marche des éclairages de Noel. Beaucoup de participants portent néanmoins le même T-shirt siglé «We love you Madiba».
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L’
Afrique du Sud, entre fascination et répulsion, entre coups de cœur et haut-le-cœur.
Nous sommes tous les enfants de MandelaC’est ce que semble dire cette foule aux tenues colorées, mélangées, comme le sont les couleurs de peau, en la cathédrale St
George de
Cape Town où se déroule, ce matin, une célébration œcuménique en hommage à Nelson Mandela.
Du chœur, une chorale bouleversante élève l’assemblée tandis que cinq officiants, représentant autant de croyances, font assaut de fraternité.
Les dieux prendront-ils ombrage de tant de ferveur pour un homme ?
Dans le transept, on patiente, aux anges, pour laisser un mot dans les livres de condoléances.
Nelson, vous êtes l’honneur du genre humain.