Vous avez raison, le "joker"météo nous le jouons systématiquement et nous n'avons jamais eu à le regretter véritablement. Une grosse pluie tropicale c'est aussi génial à vivre qu'une journée de soleil sur une plage.
C'est vrai, nous ne sommes pas nomades, nous n'aimons pas trop traverser une région. Nous voyons certainement moins de paysages ou de facettes du pays, nous préférons le vivre par l'intérieur, donc par les gens. Vous pouvez traverser le Jura, mais c'est en restant avec un jurassien, en vous faisant accepter et en "l'apprivoisant" que vous apprendrez un peu de l'âme du jura (que je ne connais pas, c'est une image). Et encore vous "apprendrez" un village, un bourg, pas à comprendre tout le Jura !!! Et pour ce faire il faut du temps, prendre le temps, il faut partager leur quotidien. Le fait d'être nomade même en un mois de voyage ne répond pas à ce que nous attendons. C'est notre petite manière à nous de vivre nos voyages. De ce fait nous ne pouvons pas dire que nous connaissons un pays pour l'avoir traversé...Nous aurons simplement partagé le quotidien de gens qui vivent et sont nés là, c'est tout.
Nous avons remarqué qu'en une semaine en moyenne nous arrivions à nous faire "accepter" (comprendre que nous ne sommes pas des touristes ordinaires, comme ceux qui passent ou qui sont passés, ceux qu'ils ont vu de loin).
Une semaine de plus pour commencer à échanger, à "causer" même si nous ne parlons pas la même langue.
Une semaine encore pour commencer à partager avec eux (aller à la pêche, chasser en forêt, faire à manger avec les femmes, refaire un toit d'une case, couper un arbre...participer un peu à leur vie...).
Ma fille est avec les enfants, ma femme avec les femmes et moi avec les hommes, le petit dans nos jambes...
Une semaine de plus pour que nous soyons presque "intégré", en tout cas nous faisons partie du paysage (certainement très anachronique), on commence à ne plus trop s'occuper de nous.
On prend le rythme...On mange avec eux, on vit avec eux, moins à "coté d'eux". On apprend, on tente de comprendre. On oublie tout nos a priori et nos réflexes culturels, il arrive qu'on ne sache pas comment agir, comment réagir (sauf les enfants qui sont plus souples que nous sur ce point).
C'est une façon de voyager un peu ethnologique (si je peux dire). Nous avons moins d'images à montrer, moins de photos, mais beaucoup d'émotions vécues. Difficile à partager. De fait nous n'avons jamais eu à suivre ou payer une excursion... en vivant avec les gens vous vivez des excursions toute la journée...
ça nécessite souvent d'accepter de vivre de façon très rudimentaire, comme les gens dont nous partageons le quotidien en ne faisant néanmoins aucune concession sur l'hygiène des enfants ni sur les aspects santé (eau potable, prévention des morsures, piqûres diverses, vaccination très complète...etc).
Un jour un pêcheur en
côte d'ivoire m'a dit : pourquoi tu fais pas de photos ? j'ai répondu que je voulais voir avec mes yeux, pas au travers de la caméra. Il m'a répondu : c'est bien, mais demain viens me filmer pour me montrer a tes amis. C'était comme un cadeau qu'il me faisait. Nous étions à 50Km d'une "ville", il fallait traverser 20 Km de jungle par une piste terrible. Nous vivions là. Personne ne venait jamais à cet endroit car il n'y a rien, aucune structure, rien de rien. Juste une case posée sur le sable devant l'atlantique et ses grosses vagues, dos à la forêt primaire, à quelques dizaines de mettre d'un village de pêcheurs. Certains enfants n'avaient jamais vu de blancs.. On se souviendra toujours d'eux et des histoires qu'un garçon Baoulé - Victor comme mon fils - racontait le soir à la lueur d'une lampe à pétrole, nos bambins les yeux écarquillés...
Voilà.
Francis