Nous changeons complètement de province et d'environnement.
Notre bonne fortune nous permet de mettre rapidement la main sur un chauffeur de taxi qui se révèlera inoubliable.
En effet, Phason est un personnage atypique : chrétien parmi les bouddhistes, pince sans rire parmi les souriants, c'est en plus quelqu'un qui ne vous oublie pas, une fois le dos tourné.
Il nous a téléphoné une demi-douzaine de fois après que nous nous soyons quittés, histoire de prendre de nos nouvelles. Il y a eu un coup de coeur mutuel, c'est incontestable. Sans entrer dans tous les détails, on peut dire que le destin nous fait parfois rencontrer des gens particulièrement attendrissants.
Bonne pioche aussi pour notre hôtel avec sa splendide piscine, son cadre de jardin tropical et son petit-déjeuner absolument exceptionnel pour le pays. De temps en temps, le choix n'est pas aussi heureux.
Nous croisons essentiellement des touristes américains et espagnols. Quasiment tous les occidentaux, et particulièrement les 18-25 ans sont en fort surpoids et survolume : il y a clairement un problème à la fois de santé publique et comportemental. Ce que nous avons vu est impressionnant et inquiétant.
C'est l'un de nos sujets de conversation alors que nous nous prélassons sous les palmiers, pour un repos bien mérité après cette année de travail et ce long voyage.
Un matin, Phason vient nous récupérer devant l'hôtel.
Nous sommes totalement surpris, quand nous lui demandons son tarif pour le programme de la journée, qu'il nous réponde : " Up to you ".
OK, c'est la basse saison, il sait que ce sera plus rentable qu'une journée de courses habituelle, mais de là à nous faire fixer le prix. D'autant plus que nous ne pouvons estimer la durée de la promenade.
Nous partons donc sur la fourchette basse de 1000 bahts, ce qui ne soulève aucune contestation.
Maintenant que nous sommes bien rodés au pays, nous avons enfin en tête les tarifs raisonnables pour toute prestation et cela évite au budget de se volatiliser partiellement alors que c'est évitable.
Bien entendu, la résolution d'obtenir le prix juste peut plus facilement être tenue hors saison...
Nous commençons évidemment par l'hommage matinal à Bouddha, en découvrant un temple en voie d'achèvement.
Les rénovations ou constructions de temples sont légion en
Thailande.
Parfois un thème de couleur est défini, ici c'est le bleu.
L'ensemble a des côtés psychédéliques évidents, même si on peut s'interroger sur cette évolution vers le spectaculaire.
C'est bien humain : à trop vouloir honorer son dieu ou son prophète, on lui batit des monuments grandioses, dont lui-même n'aurait certainement pas voulu puisque son propos se situait ailleurs.
On constate aussi que si certaines structures en sont encore à leurs fondations, d'autres qui sont achevées sont déjà soumises à une altération précoce.
Mais l'intérieur, avec le grand bouddha blanc, le fond musical et les peintures qui rappellent certaines pochettes de groupes rock des années 70, est très esthétique.
Il est agréable au royaume du Siam de parcourir les campagnes et les collines verdoyantes. Notre belle journée se passe ainsi, au fil de l'humour de Phason.
Avec vue sur des statues gravées dans le roc, sur la rivière, sur des villages
peuplés de minorités ethniques, une source d'eau chaude, un torrent dans la forêt.
C'est beaucoup moins drôle de voir, au passage, des éléphants passant une journée de plus flanqués de leur nacelle et de leur chaîne plutôt courte. Vivement qu'il y ait une évolution supplémentaire dans les consciences. Et pourvu que les villageois qui gèrent ça trouvent une autre source de revenus. En tout cas, pas de photos de ça.
Après avoir dégusté un bon café produit localement, mélangé à du lait et du miel, nous allons voir un temple chinois bâti au sommet d'une colline. Par beau temps, ça a du cachet.
Chouette, il y a distribution gratuite d'ananas : on peut même choisir le sien et on vous le découpe. Vraiment sympas, ces thais !
Le programme de la journée a pris plus de temps que prévu : nous augmentons les émoluments de Phason pour ne pas honteusement profiter de lui et il s'en va satisfait.
Il ne reste plus qu'à se refaire des vitamines avec un curry vert qui fera transpirer monsieur et un poulet aux noix de cajou qui ravira madame.