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Pour ma part, en vrac, de très brèves images:
le goût du soleil des fruits croqués au marché Meissonnier
les volets et les balcons bleus, les tentures bleues des fenêtres d'
Alger sur les façades éclatantes de soleil
le dédale des escaliers d'
Alger sous un soleil de plomb
les escaliers et les ascenseurs de
Valparaiso
la fraîcheur d'un intérieur algérois et l'hospitalité d'un verre d'eau fraîche
le délicieux poisson grillé de Bouharoun
un plateau repas offert par les salariés dans un self de bureau moscovite
le dédale des couloirs lugubres de l'hôtel Rossiya, une ville dans la ville
les rayons vides et poussiéreux du Gum
les papillottes d'un magasin Gastronome numéro 1 (ou numéro 5)
devoir passer la frontière chinoise à 23h sans savoir quelle porte je dois prendre, dans quel couloir m'engager, si la frontière était encore ouverte, me retourner et voir les lumières de la ville s'éteindre petit à petit
trouver mon chemin à pieds à
Venise à 1 h du matin alors que je viens de débarquer
retrouver mon chemin où que je sois dans le dédale des rues des vieilles villes d'
Ispahan, de Yazd ou encore de Nizwa en repérant le dôme bleu de la mosquée
la messe de Noël dans une église de la Lorraine profonde et tous ces regards qui se tournent vers moi, l'étrangère
assise sur un petit rocher au Torres del Paine et contempler le glacier Grey et les blocs de glace bleue qui flottent
mettre un pied devant l'autre et marcher, marcher, marcher malgré la fatigue, malgré ces pieds que je ne sens plus, et apercevoir enfin le toit du refuge en contrebas
prendre une douche glacée de l'eau du glacier au refuge après une journée éreintante de marche
les toilettes de Petra, les plus belles toilettes du monde!
les jambes nues et poilues des Pragoises en minijupe et petites sandales en plein hiver

dormir dans le sel à Uyuni
le ferry entre Nuweiba et
Aqaba rempli de travailleurs égyptiens se rendant en
Jordanie
bouche bée devant la splendeur de la mosquée de l'Emam à
Ispahan
intérieur vertigineux d'une cathédrale gothique
le chant du muezzin à
Alger, au
Caire, à Muttrah
voir le soleil se coucher sur les toits de Yazd
les dauphins qui nagent autour du ferry qui traverse le detroit de Magellan
les cathédrales de pierre abandonnées du Sahara central, décor de BD futuriste
Manhattan fossilisée dans le Sahara central
découvrir une gravure d'une magnifique girafe, d'un éléphant au détour d'un rocher ou d'un cyprès dans le Sahara central
se sentir minuscule au milieu du désert
mes mains gelées frigorifiées dans le froid parisien au petit matin les jours de grève d'hiver
les lumières irréelles de
Paris au petit matin
les lumières de la place de la Concorde au crépuscule
les lueurs roses et bleues de l'aube au milieu du désert
les allées abandonnées du jardin d'Essai
le bleu du ciel qui se confond avec la mer à l'horizon, et là-bas, à l'horizon, de l'autre côté de la mer, la
France
arriver à l'aéroport avec mes bagages et ne pas savoir si je vais trouver un billet d'avion pour partir ou non, ni à quelle heure je partirais
traverser la campagne cambodgienne déserte, des villes abandonnées dont les façades le long de la route déserte portent encore des traces toutes fraîches de balles et de combats
le visage d'ange de ce petit garçon avec sa maman qui ne voulaient pas que je prenne toute seule un taxi à l'arrivée du bus à Iquique à minuit
les parois vitrées infranchissables des aéroports, les visages, les regards à travers ces vitres, les séparations, les retrouvailles des aéroports