Mare au café (Luxembourg ville)
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La patronne, une pétillante brunette au regard arabica, est en verve ce matin. Au facteur qui lui demande une signature : - Non, pas besoin de hublots. C’est une des rares choses que ma mère ait réussies. J’ai plus de dix à chaque œil, j’aurais pu être pilote de chasse...

Deux minutes plus tard, elle embraye sur le sujet number one au hitparade des conversations grand-ducales, les bouchons. Elle s’adresse cette fois à un habitué, sans doute un ouvrier occupé sur un chantier voisin. Tignasse explosée, la gueule enfarinée, vautré sur le zinc, il n’a pas pris la peine d’enlever sa doudoune fatiguée pour engloutir un jambon-beurre-cornichons-moutarde qu’il arrose avec des cafés serrés. Au quatrième petit noir, il donne son avis sur la question : - Moi, j’me fais baiser si je pars après six heures moins le quart. Il suffit d’un accrochage et tout est bloqué sur l’A31. Mais le temps passe : - Allez, j’dois du temps à des gens, ça s'appelle l’esclavage… Son voisin et collègue n’a pas pipé mot jusque là. Il se lève pour passer à la caisse et brandit L’essentiel, le quotidien gratuit : - Karine, regarde, aujourd’hui le café est gratuit, c’est marqué dans le journal !

Une Française, sans doute échappée d’une pub pour Europe Ecologie-Les Verts, la trentaine chatoyante, arborant une crinière aux reflets ambrés, pull en laine pesto basilic et pantalon en velours côtelé granny smith, commande un lait de soja. Elle raconte à sa copine ou collègue que, depuis qu’elle a lu dans un journal qu’un Américain avait soigné son cancer métastasé en phase terminale en prenant tous les jours du bicarbonate de soude mélangé à du sirop d’érable alors que, même la chimio ne pouvait plus rien pour lui, elle avale cette mixture tous les matins au petit dej’. - Si t’as pas de sirop d’érable, le miel ça le fait aussi. - T’as un cancer en phase terminale ? s’inquiète l’autre biche. - Non, mais à titre préventif… - Moi, mon gynéco m’a dit que les femmes en manque de vitamine D étaient plus sujettes au cancer du sein que les autres. En même temps, si t’as des carences, peu importe lesquelles, tu peux te choper tous les cancers. - Le mieux pour que l’organisme absorbe la vitamine D au maximum, c’est de prendre le soleil entre 11h et et 15h. Mais bon, en même temps, si tu t’exposes trop, bonjour le cancer de la peau… La conversation ne tarit pas. Il est ensuite question d’un gloss-lèvres à base de potiron, idéal pour affronter hiver.

Un retraité trace des cercles sur le sol avec sa canne. Il explique à la patronne qui lui a demandé en allemand s’il ne voulait pas se laisser tenter par le dernier croissant restant que, si elle n’y voit pas d’inconvénients et si elle ne parle pas luxembourgeois, il préfère lui répondre en français : - Le luxembourgeois, je le comprends mais je ne le parle pas. C’est de la faute aux Luxembourgeois, on nous adresse toujours la parole en français ou en allemand ! - Chez moi, du temps des Boches, on nous forçait à parler allemand… Alors on parlait français en cachette à la maison.

La causette prend un virage à 180°. Il est alors question des jeunes et du système scolaire français.

- Je reconnais que mes fils font souvent les cons et sont flemmards. Je sais que je devrais être plus sévère avec eux, mais j’y arrive pas… Mais alors, dans leur collège, ils sont tout le temps au taquet, y’a un de ces stress ! Les profs ne leur transmettent plus aucune valeur. D’ailleurs, on dirait que, s’ils pouvaient mettre un rideau entre eux et les élèves, ils se sentiraient mieux. De mon temps, les profs savaient se faire respecter et s’impliquaient beaucoup plus. Ils organisaient même des ateliers qui fonctionnaient sur la base du bénévolat. Mais maintenant, y’a plus d’absentéisme chez les eux que chez les élèves !

Les deux ouvriers n’ont toujours pas pris la tangente. Il faut dire que le spectacle de la rue n’invite pas à sortir. Brume, pluie, buée. Un temps de plombier zingueur. L’hirsute demande à la patronne si elle veut toujours changer sa serrure, parce qu’il connait un système blindé de chez blindé, quasi inviolable. La réponse est couverte par les décibels de la radio poussée à fond. Un chanteur égrène en allemand des initiales et des acronymes sur un rythme hiphop... RAF LSD und FKK HNO EKG und AOK… Au dernier refrain, HSV, VfB rime avec olé, olé** (…)

- Les assurances, non merci. Dès que j’ai un problème, y’a jamais personne qui rembourse. La protection juridique, elle sert à rien. Tous les mêmes connards !

** Traduction : RAF : Fraction Armée Rouge LSD : stimulant non dérivé du café FKK : camp de naturistes HNO : ORL EKG : électrocardiogramme AOK : Assurance maladie HSB : club de foot (Hambourg) VfB : club de foot (Stuttgart) Olé olé : olé olé
De mon temps, une jeune fille ne se peignait pas la figure comme une fille de joie. De mon temps, une jeune fille ne recevait pas de jeunes gens sur la table de la cuisine. De mon temps, une jeune fille n'aurait pas dit à sa grand-mère paternelle d'aller se faire mettre (C. Bretécher)
CH Chrousseaud Globetrotter ·
Récit très sympa. J'adore les brèves de comptoir et les brèves du marché
ChR
IN Intrankil Regular ·
Récit très sympa. J'adore les brèves de comptoir et les brèves du marché

Merci, Christian, pour le commentaire très sympa.

Et moi j’adore les comptoirs, les zincs, les cafés où on vient rincer ses habitudes, les bistrots pleins à craquer qui se cachent derrière les vitrines embuées, les troquets où les chauffages distribuent un peu de chaleur à tout ce qui a froid quand l’automne commence à n’en faire qu’à sa tête, les endroits où on parle, on rit de vive voix, on râle, on gueule, on boit un verre de vin (jamais le dernier). Peu importe le moment de la journée, quand un café serré est à portée de main ou quand les lèvres se noient dans un ballon de rouge, en semaine quand les costards Armani côtoient les bleus de travail, ou le weekend quand le public regarde le temps passer (de préférence celui qui est déjà passé…)

La patronne du café en question, Karine, est une Française, frontalière, énervée, agitée, exaspérée, bref sans cesse au bord de la crise de nerf, qui ne fait ni dans la coquetterie ni dans la fausse modestie, mais toujours prête à dépanner en cas de coup dur. Ya parfois tellement d’humanité planquée derrière des barbelés…

La brève du jour… ma voisine de banquette, une quinqua, gélatineuse, voix de loukoum, doit être prochainement hospitalisée. Elle se fait un sang d’encre pour son mari. Elle en fait part à sa fille, aussi élancée qu’une brochette, qui n’a pas la langue dans sa poche : - Oh écoute, ça va pas le tuer de se faire une fois à manger, lui qui n’a jamais rien foutu de toute sa vie ! Et puis, il va vite se rendre compte qu’il faut même pas de cerveau pour faire la cuisine et ranger deux casseroles…

PS. Chaque pensée devrait rappeler la ruine d’un sourire (brève de comptoir signée Cioran)
De mon temps, une jeune fille ne se peignait pas la figure comme une fille de joie. De mon temps, une jeune fille ne recevait pas de jeunes gens sur la table de la cuisine. De mon temps, une jeune fille n'aurait pas dit à sa grand-mère paternelle d'aller se faire mettre (C. Bretécher)
CH Chrousseaud Globetrotter ·
Et en plus, c'est bien écrit. Les belles plumes se font rares sur ce forum
ChR
IN Intrankil Regular ·
Les belles plumes se font rares sur ce forum

Nom d’un boit-sans-soif, vous faites partie de l’espèce des bipèdes matinaux !

De Cléricy manque infiniment. Je faisais partie de ses inconditionnelles. D’autres aussi… Il y a encore quelques plumes très bien affûtées si on prend le temps de farfouiller et de lire certains textes.

J’suis passée au café après le marché, feuilleter le canard et prendre le pouls de la journée.

Excepté une plantureuse poupée affublée d’un manteau en poils de babouin (à moins que ce « soye » du panda, blanc et noir en tout cas), perchée sur le toit du monde des escarpins qui embaumait à vingt mètres à la ronde et tenait le crachoir à son canidé tout en sirotant un chablis, un pauvre bougre tout droit sorti d’un bois ou de la période australopithèque n’osant sans doute pas s’adresser à d’autres êtres humains et se faisant donc la conversation à soi-même, un jeune couple qui communiquait par iPhone interposé, un vieux monsieur arborant une cravate jaune Amora sur une chemise à rayures blanches et bleues entièrement absorbé par les mots fléchés du jour, et trois quadras luxembourgeois issus des beaux quartiers qui planifiaient leur prochain séjour dans une station de sports d’hiver française les uns penchant pour Val d’Isère les autres pour La Plagne, l’ambiance était aussi déprimante qu’un périph un jour de pluie …

La chef d’orchestre n’était pas là. Sans elle, pas de grand branle-bas. Il paraît qu’elle déménage ce weekend, quitte la France qui la fait sortir de ses gonds pour revenir s’installer au Luxembourg. Elle a signé le contrat de bail sans même avoir vu l’appart…

Le fragment du jour, capté au sortir des toilettes : « Je suis contre toutes les religions… Mais on a beau dire, l'Islam ne fait de bien à personne… »
De mon temps, une jeune fille ne se peignait pas la figure comme une fille de joie. De mon temps, une jeune fille ne recevait pas de jeunes gens sur la table de la cuisine. De mon temps, une jeune fille n'aurait pas dit à sa grand-mère paternelle d'aller se faire mettre (C. Bretécher)
CH Chrousseaud Globetrotter ·
Non, pas si matinal que ça, mais je suis en voyage en Inde et 4h30 plus tôt qu'en Europe

Pour rester dans les brèves, une entendue l'été dernier en Auvergne :

"-Les gendarmes, ils m'ont fait souffler 3 fois dans le ballon ce mois-ci -Faut dire qu'avec tes 1, 5 grammes l'an dernier, ils t'ont repéré -Non, moi je vous dit que c'est du harcellement"
ChR
PA Pachyderme Veteran ·
joliment écrit! et sans jugement, j'aime bien
https://youtu.be/Zf3BvhjWTKg?si=1YaiHFtGqzqgC54P
OB Obeoandpai Globetrotter ·
Un régal

Une boîte de madeleines de Proust qui me sont tombées de l'etagere particulièrement de mes fréquentations assidues d'un bougnat rue Popincourt, ou, plus au sud, des bistrots pratiquant la baise de Fanny dans les vapeurs anisés. Merci Malheureusement en Thaïlande, point de cafés du commerce ou des platanes (*) quelques coffee-shops a bouquins / zique du monde, a la clientèle intimiste et, majoritairement des "choses" qui se nomment starbuck ou similaire Ou l'activité principale est l’œil rivé a son aïe-Phone wifisé, sans l'espoir d'une minuscule brève de comptoir juste de quoi inspirer une photo ratée (*) en compensation des sourires a la pelle
Mon YouTube https://www.youtube.com/user/voyageurasie/videos?view_as=subscriber
IN Intrankil Regular ·
Non, pas si matinal que ça, mais je suis en voyage en Inde et 4h30 plus tôt qu'en Europe

Pour rester dans les brèves, une entendue l'été dernier en Auvergne :

"-Les gendarmes, ils m'ont fait souffler 3 fois dans le ballon ce mois-ci -Faut dire qu'avec tes 1, 5 grammes l'an dernier, ils t'ont repéré -Non, moi je vous dit que c'est du harcellement"

Ah alors, je comprends mieux… C'était carrément la grasse mat'. Fainéant !

Depuis là où vous vous trouvez, le ciel luxembourgeois doit vous paraître bien cendré. Et comme le souligne Obeo plus bas, les territoires où croiser des sourires et des mains ne doivent pas manquer.

Excellent, le coup du harcèlement. Effectivement, plus ça pochtronne, plus on a de chances d’avoir droit à un festival…

A propos de lève-tôt (et d'ivrogne), je me rappelle le post-it que j’avais trouvé au réveil sur la table de la cuisine de la grande maison familiale dans une région cousine de l’Auvergne, le Jura : "Pensez à me réveiller pour l’apéro". Apéro qui se prenait rituellement, ça va sans dire, au café du coin. Il a été encadré celui-ci ! et a eu sa place pendant longtemps dans la cuisine. Le billet d’ailleurs été récemment restitué à sa digne propriétaire…

C’était la séquence "Madeleine proustienne" du jour sachant que le café n’ouvre pas ses portes aujourd’hui. Il y a bien le deuxième repère, le plan b, la solution de repli quand le bistrot de Karine est bondé ou fermé… mais l’humeur est plutôt à la crapahute chlorophyllée.

PS. Magnifique votre site photo !
De mon temps, une jeune fille ne se peignait pas la figure comme une fille de joie. De mon temps, une jeune fille ne recevait pas de jeunes gens sur la table de la cuisine. De mon temps, une jeune fille n'aurait pas dit à sa grand-mère paternelle d'aller se faire mettre (C. Bretécher)
IN Intrankil Regular ·
joliment écrit! et sans jugement, j'aime bien

Merci Pachyderme.

Oui peu importe, cuisine, lessive, tricot, macramé, promenade… certaines banalités revêtent une toute autre importance dans des lieux de partage aussi confinés.
De mon temps, une jeune fille ne se peignait pas la figure comme une fille de joie. De mon temps, une jeune fille ne recevait pas de jeunes gens sur la table de la cuisine. De mon temps, une jeune fille n'aurait pas dit à sa grand-mère paternelle d'aller se faire mettre (C. Bretécher)
IN Intrankil Regular ·
Un régal

Une boîte de madeleines de Proust qui me sont tombées de l'etagere particulièrement de mes fréquentations assidues d'un bougnat rue Popincourt, ou, plus au sud, des bistrots pratiquant la baise de Fanny dans les vapeurs anisés. Merci Malheureusement en Thaïlande, point de cafés du commerce ou des platanes (*) quelques coffee-shops a bouquins / zique du monde, a la clientèle intimiste et, majoritairement des "choses" qui se nomment starbuck ou similaire Ou l'activité principale est l’œil rivé a son aïe-Phone wifisé, sans l'espoir d'une minuscule brève de comptoir juste de quoi inspirer une photo ratée (*) en compensation des sourires a la pelle

Merci, cher vous.

Effectivement, la frustration est parfois grande quand il s’agit de trouver un refuge en voyage. Au Moyen-Orient, excepté dans certaines capitales, le café est une affaire d’hommes, ce qui, j’en conviens, ne m’empêche aucunement d’investir les lieux.

J’ai le souvenir d’un café fabuleux à quelques encablures de la Mer Caspienne, dans un bled de montagne iranien enfoui sous des mètres de neige. Ca clopait dur et jacassait à plein régime aux abords du poêle jusqu’à ce que je débarque. Le silence a pesé vingt longues minutes, le temps de piger que mon foulard avait glissé. L’incident clos, la vie a repris son cours et à partir de là, il a été possible de capter l’air du temps et de se mêler à la discute et aux rires (avec les mains et les pieds). Il y avait certainement des brèves inédites à moissonner, vu les gueules divinement impayables de certains piliers de bistrot (photos jointes).

Votre témoignage de la Thaïlande, et la photo qui l'accompagne, confirment ce que j’ai pu constater en Chine, où je suis retournée cet été, trente ans après mon premier voyage. Hallucinant de voir à quel point "l’aïe-Phone" (j’adore !) est devenu le prolongement de la main et du cerveau de toutes les générations confondues. Que d’esprits rétrécis... Ni respirations, ni essoufflements, ni agitation, ni poussements de gueule, ni sourires, pas une voix pour dire ce qui se dit…ou ne se dit pas.
De mon temps, une jeune fille ne se peignait pas la figure comme une fille de joie. De mon temps, une jeune fille ne recevait pas de jeunes gens sur la table de la cuisine. De mon temps, une jeune fille n'aurait pas dit à sa grand-mère paternelle d'aller se faire mettre (C. Bretécher)
PA Pachyderme Veteran ·
longtemps je me suis couché de bonne heure.. (proust) ((que j'ai jamais lu)) la réalité nous agrandit quand on se pose en observateur en Thaïlande il doit bien y avoir des endroits où les gens du coin se réunissent même si c'est pas des cafés? non?
https://youtu.be/Zf3BvhjWTKg?si=1YaiHFtGqzqgC54P
CH Chrousseaud Globetrotter ·
Et encore : "-Dis donc, vous avez pris 7-0 dimanche, vous aviez fait la java la veille ? -Non, c'était l'arbitre"
ChR
OB Obeoandpai Globetrotter ·
en Thaïlande il doit bien y avoir des endroits où les gens du coin se réunissent même si c'est pas des cafés? non?

un exemple non exhaustif et surprenant pour un occidental vers les grandes et moyennes villes: Les monstrueux lotissement a plusieurs dizaines de maisons toute faites dans le même moule vu du ciel, c'est mignon De la route fait un peu stalag Et puis de l’intérieur, pour peu que l'on y séjourne, une vrai vie de village est présente avec l’aménagement de structures collectives ou privés espace aménagé avec (et gratuit) toutes sortes d'instruments de torture anti-calories-cellulite les dames jeunes et moins jeunes adorent venir y cancaner en fin d’après-midi

idem pour l'espace tobogan, tourniquet, balancoire, zone bla-bla pour jeunes mamans Dans des maisons fleurissent: des petit restau/plat du jour ou là aussi les nouvelles vont bon train et sont colportées occasionnellement dans les chaumières voisines par la cuisinière qui livre aussi a domicile Incontournable aussi la petite épicerie/bazar ou là, souvent ce sont les hommes qui viennent y refaire le monde en consommant des spécialités locales qui délient les langues et rende le retour difficile pour cause de maisons identiques (ça c'est l'excuse officielle) le mécano/magicien réparateur des pannes courantes ou improbables, ouvert 7/7 -365 jours par an là aussi réunion masculine mais, moins de retours difficiles, quoi que, les paris sur tout, suscitent parfois des explications financières orageuses avec madame Et bien sur salon de massage, coiffeur, etc... En bref, ça vit !
Mon YouTube https://www.youtube.com/user/voyageurasie/videos?view_as=subscriber
PA Pachyderme Veteran ·
salut! délie nous leur langue si tu la comprend parce que c'est un vrai mystère, et les paris sur quoi??
https://youtu.be/Zf3BvhjWTKg?si=1YaiHFtGqzqgC54P
IN Intrankil Regular ·
Amélie, haute comme un demi-tabouret de zinc, pantalon de ski couleur Hello Kitty, porté façon ultra girly sur les hanches, alors que le pull col roulé blanc immaculé (pour combien de temps encore ?) fait ressortir le léger et innocent arrondi du petit ventre, fait son entrée dans le café et l’ambiance morose d’un samedi matin enfloconné se transforme en sketch technicolor. Les parents, des habitués, suivent à demi essoufflés, plient la poussette dernier cri, secouent leurs bottes en entrant et lancent un Moien ! à la cantonade.

Karine s’extrait de derrière le comptoir pour aller saluer la stroumpfette et sa poupée Lavandine. Amélie fait mine de prêter son doudou mauve à Karine, mais il semble que cet effort lui en coûte, quelque chose de l’ordre d’un dépassement de soi... - C’est qu’elle vous fait confiance, commente la mère, look vintage, parce qu’en général, elle ne la lâche pas, sa poupée.

Mais Karine a un croissant au beurre dans la main et ce n’est plus le moment de tergiverser. Lavandine est lâchée sans remords sur le comptoir. - Aaaaaah, les bons croissants de Karine, il n’y en a pas de meilleur ! ajoute la mère.

La gamine défile dans le café, tantôt ralentie par la timidité, tantôt poussée par la curiosité. Coutumière des lieux, elle lorgne vers les sous-tasses que Karine a pour habitude de garnir d’un chocolat belge en servant le café. Je n’ai pas touché au mien mais je suis aimablement remerciée par la maman lorsque je le fais mine de le lui proposer.

- C’est gentil mais elle n’a droit qu’à un demi-chocolat par jour et le quota est déjà atteint. Et il n’est que 9 heures ! Le père plonge le nez dans le canard local et son croissant dans le capuccino. - C’est calme, on dirait, cette semaine, fait remarquer la femme tournée vers le bar. - Oui, La semaine passée aussi, vu que les magasins ouvraient le dimanche, les gens ont préféré venir le dimanche. - Au fait, vous avez vu, il parait que le magasin Desigual de la Grand-Rue va fermer… - Ah bon… bof, on peut pas dire que ça va me manquer. C’est too much pour moi, pas mon genre, toutes ces couleurs criardes. - Moi non plus, dit la mère, mais c’est bien le signe que le Luxembourg va mal...

Sur ce, Karine reprend la conversation qu’elle avait en cours avec sa collègue portugaise lorsque la famille luxembourgeoise a fait irruption. Il est question de sa progéniture. Ses fistons semblent ne pas filer de bien meilleur coton qu’en France depuis qu’ils ont déménagé au Grand-Duché. L’aîné a dernièrement séché les cours du collège pour taper la glande en ville et ne s’intéresse qu’aux mangas.

- Les profs vont me déglinguer… aurait-il dit à sa mère en la suppliant de lui faire un mot d’excuse. - T’as quoi comme excuse ? - Aucune… - Je te préviens, tu vas finir par aller dans une école spécialisée si tu continues à traîner avec ton pote, le pt’it black, au lieu d’aller en cours. - C’est quoi une école spécialisée ? - C’est une école pour les pt’its cons comme toi ! - Oui mais la prof nous a dit « on en a marre de vous deux », alors on s’est cassés...

Sa collègue, toute oreille, fait remarquer : - Ouais, c’est comme ça, les écoles de Luxos. S’il aurait été dans une école française, ça serait pas arrivé. Y fait sa crise d’adolescence, ça va lui passer... - Sauf qu’il fait sa crise depuis qu’il a 8 ans. Et qu’il n’en a que 13. C’est un peu tôt pour une « crise d’adolescence » !

A une table voisine, devant la baie vitrée, un couple de quadras sirote un café. Elle feuillète Libé alors qu’il consulte son Iphone. Elle interrompt sa lecture pour décréter qu’il est temps de lever le camp, parce qu’elle aimerait encore passer chez Zadig & Voltaire, essayer de faire enlever ce foutu antivol que la vendeuse parisienne a oublié sur le jean qu’elle a acheté la semaine précédente et qu’elle rêve enfin de porter. Il lui montre alors sur son Iphone une vidéo sur Youtube où il est expliqué comment se débarrasser de ces engins sans dégâts (ouverture de capsule d’encre indélébile et autre pièges). Mais il se résigne quand elle décrète que c’est trop risqué et qu’elle a plus confiance dans l’expérience d’une vendeuse qu’en Youtube… et surtout qu’en ses talents de bricoleur.
De mon temps, une jeune fille ne se peignait pas la figure comme une fille de joie. De mon temps, une jeune fille ne recevait pas de jeunes gens sur la table de la cuisine. De mon temps, une jeune fille n'aurait pas dit à sa grand-mère paternelle d'aller se faire mettre (C. Bretécher)
M� M��kong Globetrotter ·
perdu

HSV et non HSB le club mythique de Hambourg celui de Kaltz, Magath et Hrubesh le Hamburg SV

Ok pour mardi midi le Pailleron ?
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
IN Intrankil Regular ·
Au temps pour moi… Je touche pas une bille en foot, te fais donc confiance. Merci pour le tir de rectification.

Merci également pour ces belles (et trop éphémères) retrouvailles, Montée de la Grande Côte, dans le petit bouiboui libanais. A recommander pour sa simplicité et sa fraîcheur. La Mama en cuisine est authentique. Les fallafels y sont croquants et goûteux, les aubergines fondantes et le tout plutôt bien épicé, les prix modérés…Petit havre oriental à ne pas manquer, surtout s’il s’agit de prendre des forces avant de grimper à la Croix-Rousse (ce qui n’était pas notre cas , puisque nous nous complûmes dans l’immobilité). Manquait plus que l’arak pour fêter l’instant ! Merde, t’as quasiment pas pris un cheveux gris ! C’est le Vélo’v qui maintient en forme ?

Deux jours plus tard, au terme du marathon gastronomique dont je t’ai causé**, j’ai eu l’occasion de me régaler d’une purée d’aubergines au cumin, d’une salade de fèves croquantes et d’un tajine de poisson (un beau morceau de merlu parfaitement cuit) et de légumes (dont des artichauts délicieusement parfumés) dans un restau marocain que je te recommande si tu le connais pas encore. Il s’agit de l’Orange à la cannelle, situé Rue de Bourgogne (Métro Gare de Vaise, tu sais, à deux pas de là où on avait vu les Chats persans en plein air). Mes frangines, elles, se sont rempli la panse d’un excellent couscous. Semoule tout en légèreté, texture subtile, parfumée, impeccable, même si aucune de nous n'est une connaisseuse expérimentée de la cuisine marocaine (qui ne sert pas de couscous dans les restaus d'ailleurs, si je n'm'abuse)....

J’ai voulu commander du pinard pour accompagner le « j’ai une nouvelle à vous annoncer, non je suis pas enceinte, non je vais ma me marier mais… ». Mines dépitées quand la serveuse nous a appris que l’endroit ne servait pas d’alcool. Disons que le thé à la menthe nous a permis de trinquer lucidement… Excellent rapport qualité prix en tout cas.

** et pédestre… puisque parcouru notamment à pattes les quais de Saône depuis l’Ouest-Bocuse jusqu’au musée gallo-romain - ‘videmment sans prendre le funiculaire ! - table claudienne, mosaïque de Bacchus partant à la conquête de l’Inde etc., nième visite de la Basilique de Fourvière, généreux détour près des Terreaux par un magasin de pompes italiennes - même pas soldées - et retour.

PS. Outre le Wajdi Mouawad, ai aussi pris à la librairie un roman soudanais Le Messie du Darfour d’Abdelaziz Baraka Sakin. Te le passerai ou te l’envoie dès que lu si tu veux, toi qui voyages en Afrique par la lecture.
De mon temps, une jeune fille ne se peignait pas la figure comme une fille de joie. De mon temps, une jeune fille ne recevait pas de jeunes gens sur la table de la cuisine. De mon temps, une jeune fille n'aurait pas dit à sa grand-mère paternelle d'aller se faire mettre (C. Bretécher)
MÉ Mékong Globetrotter ·
Ben zut alors J'avais ramené une bouteille d'arak, de l'est de Bali.... En tout cas, quel plaisir bien que ce soit des retrouvailles toujours trop courtes pour nos bavardages. Dis donc, tu devrais te reconvertir en critique culinaire ! En te lisant, ça donne envie de tester ce restaurant. Je l'ai noté dans un coin de ma tête pour une prochaine fois.

Le dernier roman africain que j'ai lu est celui d'Emmanuel Dongala (Congo) "Photo de groupe au bord du fleuve", sur la condition des femmes en Afrique. Très bien. Je te recommande tout ce qu'il a écrit. Là j'ai vu qu'il vient de publier un nouveau roman "La Sonate à Bridgwater".

Bon retour chez le grand Duduche.
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
IN Intrankil Regular ·
Karine est capable d’engueuler le vent qui passe... Elle semble encaisser les torgnoles que lui réserve la vie et les transformer en caresses. Elle raconte aux habitués ses embrouilles avec un sourire qui remonte jusqu’aux oreilles. Ce matin, elle s’adresse à un type, la gueule chiffonnée, qui s’apprête à partir après avoir descendu en moins de deux son café au comptoir et parcouru les titres d’un des journaux mis à disposition par la maison. - Vous êtes bien garé aujourd’hui ? demande-t-elle - Oui, pourquoi ? - Parce que y’a la Terreur à queue de cheval qui rode ce matin... Ma voiture a été embarquée à la fourrière le mois passé. J’étais pas à jour avec le contrôle technique. Finalement, vous savez ce que j’ai fait ? Je l’ai laissée en dépôt-vente. Mon fils m’a dit, mais t’es folle, maman ! Je lui ai dit que je s’rais folle si je la ramenais en ville. Finalement, je loue une voiture une fois par semaine pour aller voir ma grand-mère en France, ça me revient bien moins cher.

Vingt minutes plus tôt, à une des clientes qui s’enquérait de ses démêlés avec l’école où sont scolarisés ses gamins, elle racontait le conseil de discipline, les rendez-vous avec l’assistante sociale et les séances hebdomadaires chez la psy comme d’autres racontent leur soirée télé...

Demain, le pays fête Buergbrennen, la Fête des brandons qui marque la fin de l’hiver. Les piafs en ont ras le bec du silence. Une éclaircie réchauffe le café au travers de la grande baie vitrée. A ce rythme, le printemps peut même ambitionner de revenir au Luxembourg. On espère de la lumière et, comble de présomption, du soleil qui fasse fondre le plomb du ciel. La mère d’Amélie dit que son chat sort lentement de sa léthargie. Il se faufile par la chatière le matin aux alentours de 4 heures. Amélie, elle, semble tout droit sortie du bagne, avec son pull à rayures jaunes et grises. Elle a débarqué en trombe, comme à l’accoutumée le samedi, ses bouclettes châtain clair et ses grands yeux acidulés en guise de bonjour. Karine lui avait mis le dernier croissant de côté. Elle le trempe dans son yaourt pendant que sa mère évoque avec enthousiasme les cours de tricot que donne une retraitée américaine pour arrondir ses fins de mois.

Faute de croissant, la papy de la table voisine doit se contenter d’un chausson aux pommes. Ce n’est pas son jour. Il confond le sucre et le lait et la moitié du sucrier se déverse dans sa tasse. La patronne propose de lui apporter un nouveau café.

Une table plus loin, près de la porte d’entrée, deux femmes d’un âge mûr jacassent à plein régime sans prendre le temps de respirer. C’est à se demander si elles se comprennent, elles parlent en même temps. L’une porte un blouson en cuir noir cintré, l’autre n’a pas jugé bon d’enlever son manteau en peau lainée beige aux manches trois-quarts. A croire que les avant-bras ne sont pas concernés par le froid hivernal, à moins que le cuir d’un daim n’ait pas suffi… Elles sont en train de se plaindre des misères que leur font leurs aide-ménagères respectives lorsqu’elles se font apostropher par une cliente qui paraît sur le point de sortir. Il est question du tabloïd allemand Bild que l’une d’elles a à peine ouvert, faisant mine de parcourir les légendes photos. La dame arbore un futal de rando élimé et une polaire tout aussi fatiguée, elle se dit soixante-huitarde. A priori, elle n’a plus coupé ni lavé ses cheveux depuis mai 68... - Bild, c’est de la merde, décrète-t-elle d’une voix rocailleuse, la clope au bec prête à être allumée. Vous feriez mieux de lire autre chose !

L’effet de surprise passé, les deux pipelettes ne se formalisent pas plus que ça, et les bavardages reprennent de plus belle.

C’est l’heure de pleine effervescence. Il se dégage de ce café sans concept particulier, ni branché ni vraiment populaire, dans lequel on entre par habitude, poussé par la soif ou les caprices météo, une ambiance certes impersonnelle mais décontractée et attachante.
De mon temps, une jeune fille ne se peignait pas la figure comme une fille de joie. De mon temps, une jeune fille ne recevait pas de jeunes gens sur la table de la cuisine. De mon temps, une jeune fille n'aurait pas dit à sa grand-mère paternelle d'aller se faire mettre (C. Bretécher)
IN Intrankil Regular ·
Le soleil est revenu sur le Luxembourg. Faut croire qu’il s’ennuyait ailleurs.

Le café, tout en profondeur, paraît beaucoup plus spacieux depuis que la patronne lui a donné un coup de pinceau. Les murs ont troqué leur revêtement pistache défraîchie contre un ton gourmand tirant sur la crème anglaise. Le zinc, lui, arbore une chaleureuse teinte fève cacaotée.

Il était temps. Non pas que tout allait à vau-l’eau dans le troquet sans terrasse - inutile de venir parader ici avec les dernières Ray-Ban - mais les légions de clopes fumées en ce lieu ont laissé des traces sur les murs, comme autant de filigranes et furtifs bonheurs passés, lui conférant un air de fin de partie, une usure ou une perte de repères à la Beckett…apprécié des anciens (ouvriers, retraités, intellos, voisins etc.) mais boudé par les nouveaux venus.

N’ayant pas les moyens de se payer un professionnel, c’est Karine, épaulée de son ex-mari (« le père de mes gosses »), qui s’est tapé la retape elle-même. Le troquet a fermé ses portes pendant une semaine. Les longues journées de labeur l’ont épuisée, à tel point qu’elle était heureuse de retrouver la routine du comptoir et la clientèle le lundi matin. Elle n’a a priori pas trouvé le temps de passer chez le coiffeur pour rafraichir sa crinière. La racine poivre et sel apparaît malgré l’espèce de chignon remontant qu’elle a inventé pour tenter de masquer les maléfices de l’âge.

Mais aujourd’hui, s’agit pas de prendre à rebrousse-poil la taulière qui ne semble pas d’une humeur franchement caressante. La complimenter sur le duo harmonieux des couleurs ne l’adoucit en rien. Elle est aussi nerveuse qu’un détonateur, son regard lance des éclairs, il est question de pétition qu’elle a bien l’intention d’initier.

- Mon père m’a toujours dit qu’avant d’agir, faut réfléchir, sinon t’es dans la merde.

Je lui demande de me mettre au jus et, pendant qu’elle y est, de m’en servir un. On lui a annoncé des travaux dans la rue. Elle a cru qu’il s’agissait de rendre enfin la rue piétonne, comme il en est question depuis des années, on le lui avait promis pour 2017. Or, au lieu de ça, le parking va être agrandi. Elle semble prête à jeter un sort pour que les foudres de l’enfer s’abattent, des générations durant, sur le représentant à la commune des petits commerçants de passage en famille.

- Encore si on était un Mc Do, on aurait un peu plus de poids, mais les politiques se foutent de la gueule des petites gens comme nous. C’est tous des mollusques qu’ont pas de colonne vertébrale !

L’élu local sent venir la remontée de bretelles, il la joue profil bas et promet, tout en réglant sa note, qu’il repassera bientôt pour reparler de tout ça à tête reposée et lui demande qu’en attendant, elle lui retrouve cette promesse écrite noir sur blanc concernant la zone piétonnière, ça lui donnera plus de poids pour plaider en faveur du projet.

- La planète va droit dans le mur putain ! Ici on respire des émanations de diesel toute la journée. Yen a pas un qui arrête son moteur quand il fait la queue pour le parking… et je parle même pas de ces crétins de chauffeurs de taxi. Au lieu de mettre des parkings à l’extérieur de la ville et d’organiser es navettes électriques non polluantes, ils agrandissent le parking au coin de la rue. Dites-leur, à vos collègues, que je m’en tape, de leur caressage de poil !

La révolte passe… Mais pas les dégagements de pots d’échappement qui s’invitent dès que Karine ouvre la porte d’entrée pour « aérer » et s’en fumer une sur le trottoir.

- Ca pue pas bon, dit une jeune ado brunette du genre extraverti à sa copine aussi retenue qu’une lucarne. On devrait castrer tous ces enfoirés de pollueurs pour qu’ils fassent pas d’enfants qui polluent la planète.

Elle enchaine pour reprendre le fil de ses confidences. Ca la débecte grave qu’untel embrasse une telle au lycée (« il lui bouffe la gueule, j’te jure »). Sa copine sourit. La volcanique raconte qu’elle est dégoutée de la vie et qu’elle a envie de se scarifier depuis que le type aux yeux de ouf avec qui elle aimerait sortir lui a dit qu’elle n’était pas son genre, mais que si ça l'arrangeait, il voulait bien faire semblant....

Sa copine lui fait subtilement remarquer que le type a certes un regard bleu acier incroyable, mais que dès qu’il ouvre le bec, t’as l’impression d’entendre Donald…
De mon temps, une jeune fille ne se peignait pas la figure comme une fille de joie. De mon temps, une jeune fille ne recevait pas de jeunes gens sur la table de la cuisine. De mon temps, une jeune fille n'aurait pas dit à sa grand-mère paternelle d'aller se faire mettre (C. Bretécher)
MÉ Mékong Globetrotter ·
ah ben te revoilà content de te lire et de te savoir en vie bises malaises 😉
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
IN Intrankil Regular ·
Hello mon très cher, toujours en forme ? J’espère cette fois ne pas te rater à ton prochain passage lyonnais. Des bises. Et embrasse aussi Naps pour moi s’il est encore dans les parages…

Donc une journée qui nait dans la grand-ducale capitale. Toujours pas d’affolement du côté de la réglette à centigrades. Y’a des touristes chinois qui se déplacent par grappes en commentant bruyamment ce qu’ils observent à travers le prisme de téléphones ultra sophistiqués. Y’a un ciel bleu gris un peu fatigué. Y’a une brise matinale. Transparente. Y’a ceux qui sont en partance. Y’a ceux qui rentrent. Même au comptoir, le fameux chassé-croisé des vacanciers est à l’ordre du jour, sans parler de la sacrosainte météo estivale.

Deux chauffeurs de taxi s’octroient une pause petit noir tout en tapant la causette avec la patronne qui ne leur cache pas son agacement face aux « connards de ColuxTaxis » qui ne lèvent pas la main du klaxon tant que leur emplacement (en face du café évidemment) n’est pas libéré par l’intrus squatteur. - Je sais que vous n’êtes pas de la même maison, mais autant vous le dire, j’ai toujours des œufs passés de date et des tomates pourries en réserve pour le cas où, à balancer sur ceux qui sont trop insistants.

Karine prévient les clients habitués qu’elle ne sera pas là la semaine prochaine. Elle aussi part en vacances. Aérer la soufflerie et la boîte à pensées dans le Haut-Jura. C’est sa sœur qui lui a suggéré la destination car elle n’avait pas une minute pour chercher quelque chose. Finalement, elle va passer une semaine à marcher et faire du qi gong. C’est la première fois qu’elle part quelque part en pension complète avec un programme prédéfini. - J’espère que l’ambiance des cours de qi gong sera moins plombée que celle des cours de yoga que j’ai essayés ici, où personne ne parlait avec personne. Je causerai aux sapins sinon puisqu’on va faire ça en extérieur.

Le plus jeune de ses fils l’accompagne. L’aîné, lui, qui a décidé de bouder ce « programme tout pourri » restera chez son père. Elle ne semble pas vraiment le regretter. Il lui en a fait voir de toutes les couleurs pendant cette année scolaire qui s’est encore soldée par un conseil de discipline. Les profs sont « tous des bâtards », sans parler de la prof de bio (« sa mère la pute ») à l’origine de l’injustice qui a conduit au conseil de discipline en question puis à la mise à la porte. Il trouvera refuge à l’école européenne à la rentrée prochaine.

Soir ou matin ? Un type rentre, hirsute, la gueule désastrée, comme s’il venait de finir de tuer la dernière bouteille d’une nuit agitée. Il s’affale sur la banquette devant la baie vitrée après avoir pris un journal sur le comptoir et commande un café alors que l’ambassadeur du Luxembourg en Chine, un habitué des lieux quand il est au Luxembourg, passe devant le comptoir, accompagné de sa femme et de la petite girlette Mimi, adorable dans une délicieuse robe fleurie. Son regard bleu poudré, fragile comme une porcelaine de la dynastie Qing, contraste avec son entêtement (qui semble pouvoir tourner au vinaigre à tout moment) à vouloir pousser elle-même sa poussette. - Mimi, dis « au revoir Karine ». Alors, bonnes vacances, Karine ! Pourquoi ne pas venir en Chine ? - Le Jura, c’est déjà bien assez exotique pour moi !

A la table voisine du rescapé de la nuit, deux Luxembourgeoises, la cinquantaine permanentée, discutent exfoliant écologique et échangent au sujet du pouvoir dégonflant des peaux de pastèque quand on les applique au sortir du frigo directement sur les paupières.
De mon temps, une jeune fille ne se peignait pas la figure comme une fille de joie. De mon temps, une jeune fille ne recevait pas de jeunes gens sur la table de la cuisine. De mon temps, une jeune fille n'aurait pas dit à sa grand-mère paternelle d'aller se faire mettre (C. Bretécher)
MÉ Mékong Globetrotter ·
Coucou duchesse!

Depuis la Malaisie Je devais être au Japon mais voyage annûlé. J'ai transmis tes salutations au Mister
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IN Intrankil Regular ·
Il n’est pas 9 heures que la chaleur et son arsenal de degrés viennent déjà lézarder sur la capitale. Pris d’un désir suffoquant, le pays est depuis quelques jours la proie du soleil qui ne pense qu’au voyage incandescent.

Comme si la planète n’en était pas à une destruction près et jouait à ce jeu-là, immensément dangereux, de narguer les fatalités. En légende d’une photo publiée dans Libé : « Restes d’une voiture calcinée en Grèce ». Cadavres retrouvés enlacés dans leur maison. L’émotion est à son comble dans la presse internationale qui se dispute le bout du comptoir. Le feu ne connaît pas de limites, il les mange pour en inventer d’autres qu’il mange à son tour.

Journée de merde. Téléphone oublié. Ou perdu. Va savoir où… Comment fait-on sans ? Frigo en rade, à la bonne saison évidemment. Crève chopée la veille au bureau à force de clim dopée comme un cyclone. Le fromager du marché chez qui je suis passée prendre de la tomme du Jura en connaît un rayon. - Il faut les assainir régulièrement ces systèmes, sinon ça brasse toutes les saloperies possibles. Dans certains hôpitaux, les clims transportent les pires staphylocoques. Moi, c’est simple, la semaine passée, j’ai pas mis un pied dehors. Puis de me raconter comment sa belle-mère aurait assassiné son beau-père…

Alors un jour pareil, un zinc sans la taulière, c’est le risque lourd de la déception. On le sait mais on tente. L’endroit désert a des allures de crépuscule où le temps s’est arrêté. On croirait un saloon après l’apocalypse. Comme si tout était fossilisé, qu’il n’y aura plus jamais de lendemain.

Mais voilà l’Ambassadeur du Luxembourg en Chine qui débarque de nouveau avec la petite famille, dont la pétillante Mimi. Barbe de trois jours, amaigri, aussi sec qu’un lézard, le visage blanc panda. Il se pourrait que l’homme, à force de décalages horaires, ait perdu le nord, le sud, l’ouest et l’est tant qu’à faire… A moins que côtoyer abondamment un certain système de gouvernance et les politiques d’un pays et d’un parti dont le chef suprême surfe sur une côte de popularité de plus de 120% - c’est grosso modo ce qui est ressorti du dernier congrès national du parti en question - donne le tournis.

La clientèle restante se réduit à deux types avachis sur la banquette desquels émane un ennui sépulcral.

La barmaid qui remplace Karine a beau afficher un sourire à faire pâlir le soleil au zénith, il manque la bande son. Il manque le mouvement. Il manque une énergie folle, une flamme, des éclairs. Même le café a un goût de réticences.

Deux étudiantes, à moins que ce soit des lycéennes - difficile d’évaluer leur âge - squattent la meilleure table près du ventilo. L’une des biches raconte à l’autre les quelques anecdotes vécues dans la grande boulangerie, près de la poste centrale, qui l’emploie jusqu’à la fin du mois. Les clients qu’elle ne connaît pas, et pour cause puisqu’elle débute et qui, dès le premier jour, lui demandent de leur servir la même chose que la veille, l’uniforme craignos qui comprend le haut blanc et le pantalon noir mais ne tolère aucune fantaisie, pas même une fleur brodée au niveau de la cheville, le passage surprise et incognito du contrôle sanitaire après quoi la cheffe la somme de se débarrasser du bout de tissus qui lui sert de bracelet fétiche et ne la quitte plus depuis le concert auquel elle a assisté de Bruno Mars, la star idolâtrée depuis des années … Mais le pire, c’est le nettoyage des chiottes en fin de journée.
De mon temps, une jeune fille ne se peignait pas la figure comme une fille de joie. De mon temps, une jeune fille ne recevait pas de jeunes gens sur la table de la cuisine. De mon temps, une jeune fille n'aurait pas dit à sa grand-mère paternelle d'aller se faire mettre (C. Bretécher)
IN Intrankil Regular ·
C’est la plus grande place de la capitale d’un pays, mais on dirait la placette d’un village ou s’affairent dans la quiétude matinale quelques livreurs et quelques serveurs en terrasse. Le vent est mordant pour la saison ce qui ne décourage pas certains durs à cuire - bien décidés à faire un pied de nez au changement de saison, aux soirées qui sont déjà des nuits, au mercure qui fait le grand plongeon - à profiter en terrasse d’un soleil, même chiche, pour aborder le weekend.

Au marché, une touriste chinoise se fait remballer par le marchand de primeurs (un sosie ou une réincarnation de Galabru) « pas toucher ! » au moment où elle fait mine de s’intéresser à une pomme. La pomme luxembourgeoise est-elle si exotique que ça, alors que les étals de marchés chinois regorgent de fruits aux saveurs et aux textures les plus étonnantes ?

La rentrée scolaire a eu lieu en début de semaine et c’est l’affluence au café. Karine est tout sourire malgré l’abondance de clients à servir. Les places près des baies vitrées sont prises d’assaut de même que celles face au comptoir. Karine dit avoir passé de toniques vacances dans le Haut-Jura. Matinées consacrées au qi gong et l’après-midi à la rando. Elle est prête à remettre ça l’an prochain en Bretagne. Elle appréhende cette rentrée scolaire et espère que l’aîné des fistons ne la fera pas flipper comme chaque année en jouant les gros bras.

Dans le fond de la boutique, une tablée de séniors luxembourgeois tournent au café-jus d’orange et commentent stoïquement les nouvelles en première page du canard local, mais la cacophonie ambiante et leur accent m’empêchent de saisir leurs propos.

Non loin d’eux, un couple de personnes âgées échangent des regards aussi complices que gourmands en croquant dans un croissant, comme si un feuilletage 100% beurre était le secret de la longévité, de l’harmonie, de l’équilibre de la vie à deux, et la meilleure des médecines contre la résignation… Ils sont radieux.

A la table voisine de la mienne, une cougar, le nez à la Barbara Streisand, le cheveux fatigué par les oxydations à répétition et la poitrine généreuse mise en évidence par un décolleté incendiaire, raconte à un couple d’amis le weekend précédent qu’elle dit avoir passé dans un bled des Balkans où elle et son (visiblement beaucoup plus ) jeune mari étaient invités à un mariage. Il est aussi taiseux qu’elle est vulgaire. - On s’est tapé tous les clichés possibles et imaginables ! La mariée qu’on achète et méconnaissable sous des couches de rimel, le prêtre qui embrasse trois fois les candélabres ou se prosterne à tout va (j’avais de l’herpès rien qu’à l’observer !), le futur époux beurré comme un coing, le kitch du restau, l’abondance des plats etc. Elle mime des épaules les danses orientalisantes. Les potes se gondolent et le jeune coq boit ses paroles.

Libé est ouvert à la page Monde. J’apprends que Madonna utilise la cour du Palais Pombal à Lisbonne où elle vit pour entreposer une quinzaine de ses voitures. Pendant ce temps, les palais et édifices historiques partent en déglingue faute de moyens pour les restaurer. Les vieux commerces du centre-ville, tailleurs, cordonniers ou autres, cèdent la place aux boutiques de conserves de sardines customisées ou aux boutiques de souvenirs où Pessoa est brocardé à toutes les sauces, sur des marque-pages, des mugs, des savons (et pourquoi pas sur du papier WC). L’augmentation vertigineuse des loyers poussent les Lisboètes hors du centre, mais déjà des associations se mobilisent pour tenter d’enrayer ce fléau. « Ô mer salée combien dans ton sel contiens-tu de larmes du Portugal ? »
De mon temps, une jeune fille ne se peignait pas la figure comme une fille de joie. De mon temps, une jeune fille ne recevait pas de jeunes gens sur la table de la cuisine. De mon temps, une jeune fille n'aurait pas dit à sa grand-mère paternelle d'aller se faire mettre (C. Bretécher)
PA Pachyderme Veteran ·
la suite en novembre?🙂
https://youtu.be/Zf3BvhjWTKg?si=1YaiHFtGqzqgC54P
IN Intrankil Regular ·
la suite en novembre?🙂

Hello Pachyderme,

Je note que je ne suis pas attendue avant novembre…

L’ambiance du café en semaine, surtout au petit matin, me convient mieux que le weekend. Mais mon rythme professionnel m’empêche hélas de franchir la porte du bistrot aussi souvent que je le souhaiterais avec les débauchés dès "l’aube blanche et vermeille".

Les cafés de quartier (ou de village) sont des concentrés d’humanité qui nous permettent de continuer à croire que la solitude n’est pas une fatalité, que l’esprit peut être aussi givré qu’une vitre, qu’un coup de cafard ou une gueule de bois se soigne autrement qu’au plumard, que dans la brute assoupie, un ange peut se réveiller, que les conversations sont des poèmes…
De mon temps, une jeune fille ne se peignait pas la figure comme une fille de joie. De mon temps, une jeune fille ne recevait pas de jeunes gens sur la table de la cuisine. De mon temps, une jeune fille n'aurait pas dit à sa grand-mère paternelle d'aller se faire mettre (C. Bretécher)
PA Pachyderme Veteran ·
oups novembre c'est bien comme cela la seule pression que vous aurez sera sur le comptoir! (mais bon hein avant c'est mieux) Pessoa c'est le livre de intrankil lité? je préfère laspirine🤪
https://youtu.be/Zf3BvhjWTKg?si=1YaiHFtGqzqgC54P
IN Intrankil Regular ·
Pessoa c'est le livre de intrankil lité?

D’après certains connaisseurs, le terme inquiétude correspondrait mieux au titre original que le néologisme intranquillité. Le bouquin a d’ailleurs été retraduit. Il paraît que Pessoa considérait la vie comme une auberge. Lui qui se décrivait comme un « hystéro-neurasthénique fondamental » disait voyager dans sa tête. C’est beau, non ? Je trouve que Le livre de l’intranquillité un des plus beaux livres de chevet qui soit. Non pas qu’il favorise l’endormissement, mais il peut être ouvert puis refermé, puis rouvert. Au contraire, « l’alcool des mots » est grisant. Il faut laisser la prose - somptueuse - décanter. C’est pas de la brève de comptoir...

Livre ? L’ivre ?

Le bistrot lui aussi peut devenir jeu de miroirs. Le charme opère quand l’ambiance est effervescence mais aussi quand, dans la vacuité d’un après-midi, l’ordinaire reprend le dessus. L’alchimie des personnes agit comme un catalyseur, leurs contradictions montent à la tête comme de la gnôle. Les styles diffèrent et s’entrechoquent. La verve crue de l’ado qui évoque son prof préféré (« sa mère la pute »), les considérations philosophico-mélancoliques de l’habitué qui fréquente le quartier depuis trente ans (pendant que sa dame se cogne le marché), les coups de gueule ou les éclats de rire de la taulière (aussi fréquents que les pulsions cardiaques), les frilosités de l’électeur dont l’esprit rétrécit à l’approche des élections législatives (qui se tiendront dans deux semaines au Luxembourg), le sarcasme d’une Karine (ce matin même) conseillant à une cliente qui s’agace que son téléphone ne marche pas : « en général, si vous le menacez de passer par la fenêtre, vous allez voir, il va remarcher... ». La cliente obtempère pour rire... et l’engin fonctionne à l’allumage !
De mon temps, une jeune fille ne se peignait pas la figure comme une fille de joie. De mon temps, une jeune fille ne recevait pas de jeunes gens sur la table de la cuisine. De mon temps, une jeune fille n'aurait pas dit à sa grand-mère paternelle d'aller se faire mettre (C. Bretécher)
PA Pachyderme Veteran ·
vous me donnez l'idée qui remonte mon moral au dessus des chaussettes: je me promet de lire ce livre au fond du café du village voisin (une demie heure de marche) , de toute façon les gens je comprend rien quand ils parlent (pas besoin de prendre l'avion, pas de taxes carbone ) et si il y a de la poésie qui surgit je noterait; pas d’élection en vue au pays .. et beaucoup de travail pour l'alchimie j'ai la vision fermée par des portes claquées; à chacun son bar
https://youtu.be/Zf3BvhjWTKg?si=1YaiHFtGqzqgC54P
IN Intrankil Regular ·
la suite en novembre?🙂

Hello Pachyderme, le bulletin caféiné de novembre est livré avec un peu d’avance...

Dans le flamboiement du bel automne, de grands portraits photos en noir et blanc d’une grave sobriété sont exposés par une ONG sur la place principale, confrontant le passant à la réalité de la guerre et rappelant que les victimes de mines et d’autres barbaries ont des visages. Ce sont des hommes, des femmes, des enfants qui fixent l’objectif avec une innocence crépusculaire. Leur beauté tragique fige celui qui prend le temps de les regarder et conscience de ces destins brisés au beau milieu de la vie.

Au marché, la campagne électorale bat son plein une semaine avant l’échéance. Le tentation du repli identitaire est perceptible sur certaines affiches qui promettent l’avenir en luxembourgeois alors que d’autres prônent le vivre ensemble. Le parti qui caracole en tête des sondages annonce quant à lui avoir un plan, sans préciser s’il y a aussi un plan B pour le cas où celui-ci foirerait. - De toute façon, y’a pas un candidat pour rattraper l’autre ! s’agace un jeune qui est entré en trombe dans le café bondé, son vélo pliable sous le bras, et trempe les lèvres dans un capuccino brûlant. Sa copine, une biche timide, semble ne pas avoir d’opinion sur rien. Les deux autres comparses donnent leur avis, mais le brouhaha de la machine à café lancée à toute vapeur couvre leurs réponses.

Une Portugaise, aussi longiligne et élégante qu’Audrey Hepburn, commande un sandwich fromage-confiture. La taulière ne semble pas surprise outre mesure. Elle lui apporte avec ça un café au lait et lui confirme que ses gosses dorment encore. - C’est toujours ça de gagné sur les emmerdes...

Le prof, un habitué des lieux, se lève pour aller régler sa note au comptoir. D’humeur caustique, il confie à son pote que Karine est gentille en ce moment avec lui. En temps normal, il a le droit, une fois par an, de renvoyer un café parce qu’il n’est pas bon, sans quoi il est puni, privé de croissant et doit se lever plus tôt pour trouver un petit-dej.

J’ouvre Libé et découvre l’interview de Jon Kalman Stefansson à l’occasion de la sortie de son dernier livre Asta. Je découvre sa gueule magnifique en grand format. Barbe rousse du viking islandais qui dégaine un crayon à papier en guise de glaive et un regard lagon bleu-saphir tout en introspection. « L’écriture, c’est un paradoxe, c’est pour ça qu’elle est si puissante. Le puits profond de la poésie et de l’écriture se trouve dans le subconscient ».
De mon temps, une jeune fille ne se peignait pas la figure comme une fille de joie. De mon temps, une jeune fille ne recevait pas de jeunes gens sur la table de la cuisine. De mon temps, une jeune fille n'aurait pas dit à sa grand-mère paternelle d'aller se faire mettre (C. Bretécher)
PA Pachyderme Veteran ·
bonjour Aspirine, et bien Babélio me livre ça: "Certains mots sont des balles de fusil, d'autres des notes de violon. certains sont capables de faire fondre la glace qui nous enserre le cœur et il est même possible de les dépêcher comme des cohortes de sauveteurs quand les jours sont contraires." c'est une phrase sortie du livre "entre ciel et terre" de l'auteur islandais dont tu parles ( des cohortes de sauveurs, c'est joli, et ça empiète pas sur ton mare au café 😊.. à un moment j'avais écrit sur un bout de papier les premières phrases de tout les romans que j'aimais, c'était chouette comme les bout de phrases d'inconnus qu'on capte dans la rue et qui font mystérieusement écho)
https://youtu.be/Zf3BvhjWTKg?si=1YaiHFtGqzqgC54P
IN Intrankil Regular ·
bonjour Aspirine, et bien Babélio me livre ça: "Certains mots sont des balles de fusil, d'autres des notes de violon. certains sont capables de faire fondre la glace qui nous enserre le cœur et il est même possible de les dépêcher comme des cohortes de sauveteurs quand les jours sont contraires." c'est une phrase sortie du livre "entre ciel et terre" de l'auteur islandais dont tu parles ( des cohortes de sauveurs, c'est joli, et ça empiète pas sur ton mare au café 😊.. à un moment j'avais écrit sur un bout de papier les premières phrases de tout les romans que j'aimais, c'était chouette comme les bout de phrases d'inconnus qu'on capte dans la rue et qui font mystérieusement écho)

Avec le viking à l’aura aussi saisissante qu’une aurore boréale à fort pouvoir magnétique (calmons-nous…), on frise la transe à chaque coin de phrase tant son écriture est puissante. Entre ciel et terre fait partie d’une trilogie. Autant te dire que si tu t’enfiles les trois romans les uns après les autres, le risque que ton cerveau court-circuite est augmenté.

Toute intrusion est non seulement bienvenue mais total raccord. Elle est chouette, cette idée de noter les premières phrases de romans marquants. Coïncidence, j’ai offert tout récemment à ma fille un petit bouquin : La première phrase. 599 incipit ou façons d’ouvrir un livre paru chez Points. L’auteur, Elsa Delachair, les a organisées avec espièglerie et drôlerie.

J’ai un faible pour le chapitre « net et efficace » avec en exemple la première phrase d’Ebène de Ryszard Kapuschinski : Premier choc : la lumière.

Dans la catégorie « l’aventure c’est l’aventure », voici la première phrase d’American Darling, le premier roman qui m’a fait tomber raide barje de Russell Banks : Après bien des années où j’ai cru que je ne rêvais de plus rien, j’ai rêvé de l’Afrique.

Pour finir, forum de bourlingue oblige, impossible de passer à côté de la première phrase de l’Usage du monde de Nicolas Bouvier (répertoriée dans « entrée en scène et en matière ») : Minuit sonnait quand j’arrêtais la voiture devant le café Majestic.
De mon temps, une jeune fille ne se peignait pas la figure comme une fille de joie. De mon temps, une jeune fille ne recevait pas de jeunes gens sur la table de la cuisine. De mon temps, une jeune fille n'aurait pas dit à sa grand-mère paternelle d'aller se faire mettre (C. Bretécher)
PA Pachyderme Veteran ·
ah et bien puisque tu m'autorises et que le temps presse, je m'empresse de faire la pub pour un doc de voyage qui passe à Paris samedi soir prochain et que j'ai vu par hasard et dont voici le lien www.cestassezbiendetrefou.com/ la fin du film résonne comme un étendard, magique, un effet papillon avec des containers, trop folle la vie
https://youtu.be/Zf3BvhjWTKg?si=1YaiHFtGqzqgC54P

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