Qui arrêtera Max l’arnaqueur?Image © DR
En
France, les plaintes s’accumulent contre un auto-stoppeur
suisse soupçonné d’avoir grugé des dizaines d’automobilistes. Connu des services de police helvétiques, il sévit depuis dix ans
Renaud Malik - le 07 décembre 2009, 22h03
Le Matin
Ses victimes le connaissent sous le nom de Max Clausen, Carl Fasser ou encore Carl Felder. Souvent, elles le surnomment simplement «Max le
Suisse». Voilà près de dix ans que ce gentleman arnaqueur aux tempes grisonnantes sévit sur les routes du sud de la
France. Le scénario est toujours identique: Max se fait prendre en stop et se présente comme un homme d’affaires des Grisons qui vient de se faire voler sa voiture et son argent. Apitoyée, sa victime lui offre spontanément de l’argent pour le tirer d’affaire: 20, 50, 100, 150 euros. Max disparaît ensuite dans la nature.
Il y a huit jours, deux automobilistes de
Roanne sont tombés dans le panneau, comme ils le racontent dans l’édition dominicale du Progrès de
Lyon (lire encadré). Et ils ne sont que les derniers d’une très longue série: sur le Net, on ne compte plus les témoignages de victimes qui racontent comment Max le
Suisse les a embobinées. L’un des blogs dédiés à ces témoignages a été joliment baptisé «Un
Suisse m’a fait chocolat».
«enchocolatés»
Sur le site, ils sont des dizaines à expliquer comment ils se sont fait «enchocolater» par ce retraité à la mise impeccable, à qui on donnerait le Bon Dieu sans confession. D’un récit à l’autre, on peut suivre presque à la trace le cheminement de l’arnaqueur: Max est tantôt à
Narbonne, tantôt à
Nîmes ou à
Aix-en-Provence. En juillet dernier, il était à
Brive, en
Corrèze: «Une de ses anciennes victimes l’a reconnu dans la rue, raconte un officier de la police judiciaire de la ville. Nous l’avons interpellé et conduit au commissariat. Il était très coopératif, très poli, très correct. Il a tout de suite reconnu les faits.» Les policiers contrôlent son identité: âgé d’une soixantaine d’années, l’homme est bien citoyen helvétique et répond au nom de Matteo S. «Nous avons alors découvert qu’il était défavorablement connu des services de police de son pays et qu’il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt
suisse pour des affaires financières. Nous avons alors alerté les autorités helvétiques, mais elles n’ont pas voulu le reprendre.» Contacté hier, l’Office fédéral de la police n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.
En août, l’homme est passé en jugement au Tribunal correctionnel de
Brive pour escroquerie et abus de confiance. «Mais il a été relaxé, car au regard de la loi il n’a jamais commis d’infraction», poursuit le fonctionnaire de police, presque admiratif devant le talent de l’embobineur. C’est que le mode opératoire de Matteo S., alias Max, ne relève pas de l’escroquerie: «Il arnaque les gens, mais ne les escroque pas. Il se contente de mentir pour les apitoyer, mais il ne leur demande rien formellement! Il n’y a donc pas de manœuvre frauduleuse.»
En d’autres termes, Max est intouchable et a encore de belles heures devant lui. «Cela fait bien dix ans qu’il vit de sa combine, souligne le policier brivois. Je ne serais pas surpris qu’il ait des plaintes un peu partout en
France, mais il n’a jamais été condamné. Après tout, ce n’est pas un crime de vivre sur la bonté des gens!»
Consul général de
Suisse à
Marseille, Richard Jud se montre moins philosophe: «C’est un malfaiteur qui donne une mauvaise image de la
Suisse, et on aurait tout intérêt à le stopper.» Voilà plusieurs années que les lettres de victimes de Max s’accumulent sur son bureau. «Le dossier est déjà bien épais. La dernière plainte en date remonte au 14 novembre dernier.» Face à ces victimes grugées qui le supplient de prendre des mesures contre Max, Richard Jud est réduit à l’impuissance: «On ne peut pas faire grand-chose, à part collectionner les informations. Et espérer qu’un jour les autorités suisses se décident à agir contre cet homme.»
Grugés par MaxIl y a huit jours, alors qu’ils se rendent de
Roanne à
Saint-Etienne, Olivier et Myriam prennent en stop un homme d’âge mûr qui explique qu’il doit rendre visite à sa fille à
Bordeaux mais qu’il s’est fait voler son Audi. L’inconnu dit s’appeler Carl Clausen, se dit originaire de Saint-Moritz, précise qu’il possède une entreprise de canons à neige. Olivier lui offre spontanément ce qu’il a sur lui: 20 euros et un ticket restaurant. Avant de se rendre compte le lendemain qu’il s’est fait gruger.