Si une simple virgule noyée dans de longs textes, suscite subitement autant d’intérêt, je crois qu’il est temps de mettre un point... final à ce carnet.
Aujourd’hui 02 mars, dernière sortie et dernier jour à
Chiang Rai puisque je pars demain pour
Bangkok dont j’ai assez parlé dans la première partie de ce carnet pour ne pas y revenir et qui sera juste un SAS de décompression de deux jours, avant de retrouver les ardeurs de l’
Inde.
Nous partons tôt cet ultime matin pour la cascade de Pu Kaeng.
Nous mettons presque deux heures pour y arriver parce que Phajon se rappelle bien y être allé avec Joël et sa femme, mais il ne se rappelle plus comment y aller. Il m’a fait deux ou trois fois des coups comme celui-ci et même parfois au cours d’une journée, il ne se rappelle plus quelque chose qu’il a dit ou qu’il a fait. Je commence à me demander s’il n’a pas un problème neurologique.
Quand nous arrivons à cette cascade, je suis assez déçu car j’ai l’impression d’arriver dans un grand lieu d’hébergement touristique un peu comme un centre de vacances ou un camping de luxe. Et d’ailleurs il faut payer l’entrée. C’est la première fois qu’on me fait payer l’entrée pour aller voir une cascade.
C’est donc, sans grand enthousiasme que j’accepte quand même d’aller voir cette chute. D’abord parce qu’une nouvelle fois le lieu m’évoque une forêt tropicale comme j’aime les explorer. Ensuite, parce que je n’ai pas envie de me gâcher ma dernière journée.
Après avoir parcouru quelques dizaines de mètres, de grands panneaux annoncent que la cascade s’étend sur neuf paliers.
Il y est indiqué la distance du point de départ jusqu’à chaque palier. Le dernier se situe à peu près à 1 km à partir du panneau.
Au début, je suis assez déçu car il n’y a pas beaucoup d’eau dans ce qui devrait être un torrent. Mais je continue ma progression parce que j’ai l’impression une nouvelle fois de me trouver au sein d’une forêt tropicale comme j’aime à les explorer, et la balade devient plus agréable. Toutefois, au fur et à mesure de mon cheminement, le terrain se complique. J’ai beau avoir de bonnes chaussures aux pieds c’est extrêmement glissant. Ce n’est plus un chemin d’ailleurs mais des espèces de marches plus ou moins taillées dans l’argile. Entre la pluie abondante, et probablement aussi les milliers de pas des visiteurs, ces marches ne sont plus vraiment des marches. Elles se sont arrondies pour ne former que de vagues « bosses » qui se confondent presque avec le reste du terrain fortement vertical. C’est encore pire que ce que j’ai vu lors de la cascade précédente. Le tout semble recouvert non de mousse, mais de savon.
Heureusement j’aperçois une rampe en ciment sur la droite qui a été façonnée pour ressembler à une branche d’arbre ou à une liane de façon à ne pas déparer dans le paysage. Elle a été prévue pour aider les visiteurs à grimper, mais à peine posai-je la main sur cette rampe que je sens des centaines de piqûres sur mes mains et mes bras. Et je découvre que ce ne sont pas des piqûres, mais des morsures de milliers de fourmis.
Cet appui secourable est complètement recouvert de millions de fourmis minuscules, mais férocement agressives... Je lâche aussitôt la fausse liane, en ayant bien du mal à me débarrasser des fourmis qui courent partout sur mon corps, après avoir quitté mains et bras.
Mais l’envie de voir cette cascade est plus intense car au fur et à mesure que je monte, je vois de plus en plus d’eau dans le lit du torrent. Alors j’ai vraiment envie de parvenir tout en haut. Surtout après avoir vu en ligne de magnifiques cascades qui tombent ainsi par paliers successifs. Je suis vraiment acharné à continuer donc sans tenir la rampe. Chaque fois que j’ai vraiment besoin d’un support, je m’appuie avec seulement deux ou trois doigts.
Je pense que même des personnes plus jeunes que moi seraient obligées de continuer à grimper en se tenant à la rampe tant le sol est devenue une vraie savonnette.
Il devient de plus en plus impraticable et même très dangereux. Il est vraiment impératif de se tenir à la rampe mais elle a été complètement investie par les fourmis. Comment faire ? J’essaie de progresser sans me tenir, avec ma technique de l’appui sur deux ou trois doigts et en me secouant immédiatement la main, mais c’est une vraie galère. Je suis assez contrarié parce que la cascade devient vraiment intéressante au fur et à mesure de mon ascension mais je commence à me poser des questions car la progression devient vraiment extrêmement dangereuse sans bâton et sans aucune prise pour se maintenir en équilibre. J’ai déjà glissé plusieurs fois et si je tombais, je risquerais de dévaler toute la pente et me casser un pied, une jambe ou une vertèbre.
Surtout que je suis absolument seul aujourd’hui encore.
J’ouvre une parenthèse pour dire que je me suis vraiment régalé pendant ce séjour à
Chiang Rai car nulle part je n’ai trouvé de foule. Et bien souvent, je suis seul, absolument seul. Et c’est encore le cas aujourd’hui. J’en profite pour prendre mon temps et faire de nombreuses photos.
Je me sens assez frustré si je dois abandonner. Quand tout à coup j’entends des appels à travers la forêt. Je me demande qui crie ainsi et je m’aperçois que c’est Phajon qui s’époumone :
- Go back ! Go back !
Il se tient au-dessous de moi à une bonne cinquantaine de mètres.
Il me demande de redescendre. Je crois qu’il pense que je mets trop de temps à ma visite encore une fois. Alors, je lui crie que je veux continuer. Il brâme encore plus fort que je suis parti sans bouteille d’eau et qu’il est venu m’apporter une bouteille d’eau et que je dois descendre la chercher.
Je me décide à redescendre et la descente est encore plus périlleuse que la montée. Curieusement, je m’aperçois qu’il n’a pas du tout de bouteille d’eau, ni dans les mains ni dans un sac.
Il voit que je suis contrarié, que je fais une drôle de tête, alors, il me dit que je n’ai qu’à continuer mais que je dois faire très attention car c’est très dangereux. Ça glisse vraiment beaucoup.
Je lui réponds que j’ai eu assez de mal pour redescendre jusqu’à lui et que je n’ai pas le courage de remonter et ensuite d’aller encore plus haut même si je devine que les paliers sont de plus en plus rapprochés.
Comme je m’acharnais à continuer malgré le danger, je pense que c’est mon ange gardien qui a provoqué la venue de Phajon pour m’obliger à redescendre.
Finalement cette cascade est bien celle où j’avais prévu d’aller et donc il veut donner suite à son idée de me conduire là, où lui estime que je vais beaucoup aimer l’endroit.
C’est totalement à l’opposé de là où nous sommes, puisque nous reprenons la route pour passer tout près de mon hébergement, pour nous diriger dans l’autre sens.
Il m’amène ainsi au Doi Tung, lequel, sous l’impulsion de la reine-mère, à été transformé en un projet de développement durable, en une zone célèbre pour ses attractions touristiques et écologiques comportant des palais, des jardins, et des temples.
Il en est ainsi du Mae Fah Luang,
un somptueux parc floral.
En tant que personne âgée, j’ai droit à 50 % de réduction pour visiter le parc. Une aubaine, même si le prix d’entrée est loin d’être excessif. Mais, disent les riches, il n’y a pas de petits profits.
Au moment de prendre mon billet, la dame me demande mon passeport. Mais cette fois-ci encore, j’ai laissé mon sac dans le pick-up.
- Je ne l’ai pas sur moi, je l’ai laissé dans mon véhicule, mais vous voyez bien sur mon visage que je suis âgé et que j’entre dans le créneau qui permet la réduction.
- Il me faut votre passeport !
J’ai toujours du mal avec les gens bêtes et bornés, particulièrement ce genre de personnes qui appliquent une règle à la lettre de façon rigide... - on en a eu un bel échantillonnage partout lors de la période Covid -
- Pourquoi avez-vous besoin de mon passeport ?
- Pour vérifier votre âge.
- Si c’est seulement pour cela, vous voyez bien en me regardant que je suis vieux et au dessus de la limite pour les 50% de réduction.
- Je dois voir votre passeport !
A chaque fois le ton est cassant !
A défaut de lui demander d’avoir du bon sens, je tente de l’apitoyer :
- Mon véhicule est garé très loin, il fait très chaud, je suis fatigué j’ai besoin de m’asseoir et me reposer un moment. Et peut-être le chauffeur est allé se promener en m’attendant pour ne pas rester dans un véhicule en plein soleil...
Je crois avoir affaire à un robot :
- Sans voir votre passeport vous pouvez entrer mais au plein tarif.
Dans ces moments, je me sens des envies de donner des claques...
Je m’apprête à regagner le pick-up et dire à Phajon que je ne supporte pas la connerie et donc que je m’en vais sans y aller.
Et je réalise subitement que j’ai une copie de mon passeport dans mon téléphone, je retourne donc au guichet et je lui montre mon passeport, non sans lui dire au passage qu’elle est complètement bornée. - je ne sais pas si elle me comprend. –
Pas étonnant que les Thaïs acceptent tant de choses sans réagir, sans rechigner. Ils sont bien formatés !
Ce parc floral est absolument magnifique mais en même temps ce n’est pas du tout le genre d’endroit que je privilégie. Il est à l’image de l’ensemble de la
Thaïlande, ou plus exactement de l’esprit
Thaïlande, tout bien propret, ordonné, bien soigné, sans une feuille ou une fleur qui dépasse...
Ici aussi je suis le seul touriste non asiatique. Bien sûr je fais quelques belles photos, mais je préfère, ô combien, celles que j’ai faites hier dans la montagne.
Après cette visite, Phajon, continue par une petite virée à travers le Doi Tung où je peux renouer avec la simplicité de la nature, et je préfère nettement ces superbes paysages aux carrés bien réguliers de fleurs parquées et conditionnées.
Je découvre ici non pas un Sky-walk sophistiqué, mais une petite promenade au-dessus du vide
sur un plancher non de verre, mais de bambous entrelacés, toujours aussi mouvant et instable, voire inquiétant dans la situation présente, mais qui permet de jouir d’une vue exceptionnelle,
sans la foule qui s’y rue et je m’y engage courageusement.
3 Mars
Me voilà arrivé au départ. Mon bus est à 16h et Phajon vient me chercher à 15h car il craint des encombrements et il ne s’agit pas que je rate mon bus.
Comme les autres jours, il est en avance, alors que je suis habitué aux chauffeurs indiens qui arrivent presque toujours en retard.
Avant de me quitter il me remet une feuille sur laquelle il a écrit à la main son nom, son adresse, son téléphone et me prie de le recommander à d’autres touristes sans se rendre compte qu’avec de tels renseignements comme cela sur un bout de papier, c’est peine perdue. Qui va écrire à un chauffeur à son adresse postale pour lui demander des renseignements et envisager ses services ?
Joël m’a très justement fait remarquer que j’avais profité d’une belle aubaine avec ses tarifs au ras du plancher. Certes, ai-je répondu, mais une bonne affaire aussi pour lui, car ce n’était pas une voiture, mais un véhicule de service de tous les jours, non climatisé, et surtout tout bénéfice, non déclaré, pas de taxe, pas d’assurance professionnelle, etc.
Je suis content, il est content. On est gagnants tous les deux.
Je vais voyager toute la nuit pour
Bangkok. J’y resterai le 04 et le 05 et je m’envolerai pour l’
Inde le 06.
Nous ne sommes que deux touristes dans le bus, et là je ne sais pas où en est, mais il est en train de faire le plein de passagers tous Thaïs...
A tout hasard je colle mon téléphone à la vitre et je mitraille tout le long de la route, jusqu’à la nuit tombante...
Et c’est alors la vraie
Thaïlande, la
Thaïlande nature, la
Thaïlande rurale, la
Thaïlande des petites villes inconnues des touristes, la
Thaïlande que je n’ai pas visitée, qui défile sous mes yeux à travers des centaines de photos qui me feront croire que j’ai visité la
Thaïlande et surtout que je n’ai pas « fait la
Thaïlande » que de nombreux voyageurs déclarent avoir « faite » parce qu’ils y sont restés 2 semaines sur des plages, sur des lits, dans des bras, ou dans de grands centres touristiques...
Je ne pensais pas que mon téléphone fût si perfectionné pour faire de si belles photos, tout en roulant.
Je ne ferme pas l’œil de la nuit, avec une arrivée à 4h du matin au lieu de 05h et mon hébergement qui n’ouvre pas avant 10h, plus une chaleur à crever.
Et le checkin de la chambre pas avant midi. Je viens à peine ne gagner ma chambre, je suis crevé une douche et au lit pour une bonne sieste.
Me voilà dans la dernière ligne droite. Mes dernières 24 heures en
Thaïlande.
Hier, je ne suis pas sorti de la journée, j’avais besoin de me reposer.
Je suis juste allé boire
mes jus de fruit habituels et préférés au night market et acheter une dernière chemise. Je suis rentré à 19h30/20h maxi.
Aujourd’hui il faut que j’achète quelques cristaux pour ma famille et moi-même. Je découvre une véritable caverne d’Ali BaBa où les prix proposés après négociation sont plus qu’intéressants. Mais il faut être très pragmatique pour faire les valises afin de ne pas payer de kilos supplémentaires.
Je terminerai en disant que j’aurais bien joué les prolongations mais en même temps, je ne suis pas mécontent de rentrer chez moi.
Même si on y prend du plaisir, un long voyage, c’est fatiguant à mon âge...
Je pense déjà à un prochain voyage dans les Himalayas au mois d’avril. Car il me reste environ 700 € sur mon budget prévisionnel de la
Thaïlande.
Voilà, je viens de boucler mes deux valises, je suis dans les clous. La valise soute fait 19 kg pour les 20 autorisés et la valise cabine,7,300kg.
Finalement, j’ai bien géré mes achats au niveau du poids.
Et des dépenses aussi🤣
En écrivant ce carnet, je me fais plaisir en regardant quelques-unes des 13000 photos que j’ai faites et qu’il faut sélectionner et éliminer.
Parfois, en photographie, pour certains sujets il faut faire 100 ou 200 prises de vue pour espérer en avoir une ou deux très belle(s)
Je dois hélas clore ce carnet sur un incident très désagréable.
C’est « le côté borné, obtus, conditionné, des Thaïs par un pouvoir religieux et politique depuis des millénaires, qui les empêche complètement de réfléchir et d’avoir un comportement intelligent face à une situation donnée. »
C’est ainsi que j’ai lu quelque part qu’ils ont laissé se noyer une de leurs reines qui était tombée d’un bateau, parce qu’on ne doit pas toucher la reine. Pour moi c’est débile.
Ces comportements dans la vie courante peuvent être vraiment pénibles. J’ai toujours eu du mal, même enfant, avec les incohérences et le manque de réflexion et de logique. C’est peut-être pour ça que j’étais un enfant rebelle... et que je le suis toujours.
Et bien, donc, voici la dernière anecdote :
Au passage de la sécurité, tout se passe très bien parce qu’ils ont du bon matériel de détection. Mais, au dernier moment, dans mon sac à dos il y a un flacon de parfum de 100 ml qui est sur la fin. Il doit rester 10 ou 15 ml dedans et je tombe sur une sale bonne-femme dont je pense qu’elle a voulu récupérer le parfum pour elle. Elle m’aboie dessus :
- C’est quoi ça ?
- Ben c’est une eau de toilette... C’est un parfum...
Alors elle regarde le flacon...
- C’est pas écrit dessus...
Elle l’ouvre, elle sent... Et...
- Il fallait le mettre en soute...
- Je ne le mets pas dans le sac qui va en soute parce qu’avec l’altitude et la pression ça déborde ça en met partout dans la valise ou ça s’évapore...
La nana continue à m’agresser :
- Les liquides au-dessus de 100 ml sont interdits en cabine !
- C’est un flacon de 100 ml et il est presque vide.
- C’est pas écrit dessus qu’il fait 100ml
- Mais tu vois bien qu’il est presque vide !
- Tu ne peux pas le garder...
Et moi, comme un con, je ne prêche pas pour ma paroisse parce que je lui dis :
- C’est un parfum extrêmement coûteux, je ne peux pas le laisser.
Je n’aurais jamais dû lui dire ça, car je pense qu’elle l’avait déjà deviné en ouvrant le flacon et en reniflant ce qu’il contenait.
- Si tu veux vraiment le prendre, il faut que tu redescendes à l’enregistrement et que tu achètes un sac, tu le mets dans le sac et tu enregistres ce sac avec le parfum dedans.
- Je vais pas acheter un sac exprès pour ça... Ni redescendre, ni faire la queue... Non, je retourne pas... Mais enfin, tu vois bien que le flacon est presque vide
- Tu redescends ou alors tu laisses le flacon.
Alors la rage me prend, je lui dis :
- Alors avant de le laisser je veux le vider et je lui montre le récipient pour les liquides à jeter.
Comme je ne peux pas passer derrière son comptoir, je lui demande de vider le flacon devant moi.
Alors qu’elle s’exécute, elle me lance un regard de haine d’une violence telle que je crois recevoir son poing dans la figure. Et je lui demande de me le rendre (le flacon, pas le poing).
- Quoi ? Tu veux le flacon vide ?
- Oui, je veux le flacon vide, c’est un vaporisateur, lui aussi je l’ai acheté spécialement...
Toute cette scène s’est déroulée très vite. Il n’y a pas eu de cris, je n’ai pas haussé le ton. Pas envie que ça aille plus loin... Mais ça m’a gâché mon départ.
C’est un parfum que j’ai payé 180€ et comme je ne voulais pas justement risquer qu’il s’évapore en vol, je n’en avais pris qu’une partie dans ce flacon de voyage...