Aujourd’hui 14 février
J’avais été très surpris la première fois que je m’étais trouvé en
Inde un 14 février que mon chauffeur-guide me souhaite chaleureusement une heureuse Saint Valentin... En précisant :
- Aujourd’hui c’est la fête de l’Amour et des amoureux... Avec un sourire et un regard très équivoque... Je me suis aperçu plus tard qu’en
Inde tout le monde souhaite à tout le monde une heureuse Saint Valentin comme on souhaite « Bonne Année » à tout le monde le 1er janvier... Comme n’importe quel Indien souhaite n’importe quelle fête, quelle que soit sa religion, sa classe sociale, sa caste. J’aime bien. J’ai adopté cette pratique à mon tour.
J’avais prévu aujourd’hui un circuit que j’avais relevé sur le Guide Vert Michelin. Il partait de
Chiang Mai en direction du nord vers Mae Rim pour se terminer au sud à Hang Dong, en faisant le tour du Doi Pui.
Quand j’avais mentionné ce circuit au chauffeur dès notre première rencontre, il s’était exclamé :
- Mais c’est pas possible ! Les deux villages sont complètement à l’opposé l’un de l’autre. Tu dois choisir d’aller à l’un ou à l’autre mais ce n’est pas possible d’aller aux deux le même jour. Cela m’avait complètement décontenancé. Je lui avais montré la carte en lui expliquant qu’il s’agissait d’un circuit du nord au sud en faisant une boucle, dans le sens des aiguilles d’une montre. Il avait fini par accepter pour ne pas rater une journée de location de voiture, mais j’avais bien compris que je ne l’avais pas du tout convaincu. Ça lui paraissait inconcevable que j’aille dans le nord, alors que j’incluais dans la sortie un village dans le sud. Il n’avait pas du tout intégré l’idée de la boucle.
Nous avions rendez-vous à 8h.
A 7h45, Je reçois un message : Je ne peux pas venir, je dois amener ma fille à l’école. Je t’envoie mon jeune frère à ma place.
Typique Indien. Typique Thaïlandais ? Plutôt qu’admettre qu’il ne veut pas faire ce circuit ou qu’il n’a pas compris ma demande, il préfère inventer un gros mensonge...
Aussitôt me vient la pensée qu’il sait peut-être son frère plus dégourdi que lui et qu’il préfère donc lui déléguer sa mission ce jour-là...
Mais quand le frère arrive, je reste abasourdi. C’est un gros balourd au sens propre comme au sens figuré. Il est très jeune, peut-être à peine 18 ans, et surtout je me demande s’il n’est pas un peu simple d’esprit. Je m’aperçois très vite que son frère lui a indiqué mon hôtel mais ne lui a absolument pas parlé du « programme » de la journée.
Je lui avais traduit en thaï et envoyé toute la description du circuit dans les moindres détails, afin qu’il ne s’inquiète pas. Il n’avait qu’à suivre mes indications. Peut-être a-t-il été perturbé quand il a vu : tourner à droite, tourner à gauche, à tel endroit il y a un virage comme ci, plus loin un autre comme ça, il faut suivre telle route et pas telle autre, etc... J’avais joint une carte du circuit. C’était très clair et bien expliqué. Il suffisait de suivre mes indications comme il le ferait d’un GPS...
Le jeune frère ricane bêtement à chacun de mes mots par lesquels je lui expose le plan de notre journée, qu’il valide en ponctuant mes explications de « OK » et de hochements de tête.
Mais à peine est-il monté dans la voiture qu’il me demande : Where do you want to go ? Où tu veux que je te conduise ? Alors là je reste complètement décontenancé, j’ai un moment d’affolement : Je viens de tout lui expliquer et manifestement il n’a rien compris. A chaque mot qu’il dit en thaï il émet un rire stupide, il a l’air complètement abruti. Sur quel numéro suis-je tombé ?
Et comme je lui demande s’il a compris, il finit par avouer : Je ne parle pas l’anglais.
Je m’apprête à lui dire bon, on ne fait pas la sortie...
Je suis contrarié car je m’étais levé à 6h exprès pour lui alors que j’étais fatigué, je m’étais couché tard la veille.
Mais je suis complètement dépité. On ne va pas s’en sortir... Je ne veux pas payer 3000, bahts pour un plan foireux, complètement raté. Alors j’ai un sursaut, je me dis, je vais suivre mes propres notes, je lui expliquerai au fur et à mesure en suivant l’itinéraire. Alors je lance :
- Pour commencer, on va à Mae Rim. Un peu plus loin, on visitera la ferme des orchidées et des papillons.
D’après ce que j’ai lu, je pense que ce sera très intéressant d’apprendre comment se pratique la culture des orchidées qui sont en voie de disparition dans la nature.
J’ai fait l’erreur, pour me requinquer de ma mauvaise nuit, trop courte, de boire beaucoup de thé et de café. Surtout beaucoup de café. L’envie d’uriner se révèle catastrophique. Il faut s’arrêter toutes les dix minutes... Décidément ça va être une journée complètement foirée.
Heureusement il a très vite compris que j’avais un problème de pipi et lui-même toutes les 10 ou 15 minutes il me dit toilettes, toilettes... Car il sait où il y aura des toilettes sur le chemin. Apparemment ils ont un problème avec le pipi dans la nature. On ne pisse pas dans la nature comme on peut le faire en maints pays. Il y a des toilettes partout. Pas de toilettes publiques mais dans tous les temples et dans maints endroits publics.
Nous arrivons assez rapidement à Mae Rim. Si bien qu’à midi, nous aurons fait tout le circuit. Un peu cher pour une demi-journée de location de voiture.
Ce garçon, finalement, est loin d’être simplet parce qu’il a très vite saisi ce que j’aime et ce que je n’aime pas. Par exemple la climatisation dans la voiture qu’il règle à 25°/26°, même 27°. Il se révèle très attentionné et prévenant. Je le préfère nettement à son frère aîné. Mais c’est un handicap qu’il ne parle pas anglais, on ne peut pas du tout communiquer. Et je ne peux pas lui expliquer le but de la sortie car il continue à ne pas comprendre ce que je veux faire. Il répète souvent mais où veux-tu aller ? A quel endroit veux-tu aller ? Comment lui expliquer que je ne vais pas à un endroit précis, que nous faisons juste un circuit pour découvrir les environs de
Chiang Mai avec quelques arrêts pour regarder des paysages ou visiter un temple éventuellement sur notre route ou tout autre chose d’intéressant. Mais nous n’avons pas la même notion de ce qui est intéressant. C’est ainsi qu’il prend l’initiative de me conduire au Jardin Botanique de la reine Sirikit qui m’avait été chaudement recommandé par mon copain VFiste. Je l’avais prévu dans une autre sortie par mes propres moyens sur une journée afin de prendre mon temps pour le visiter. Mais puisque nous passons devant... Et que cette journée est partie pour s’avérer plus courte que je ne l’imaginais, pourquoi ne pas y faire une halte ? A peine franchi le portail, nous découvrons un incroyable contingent de bus desquels se précipitent des hordes d’écoliers...
Ça va, je comprends, ça va être ingérable. Je préfère ne pas gaspiller le prix d’entrée assez élevé pour ne pas bien en profiter...
Il ne comprend pas non plus mon intérêt pour baguenauder dans des villages et goûter à la vie locale... En revanche il a saisi celui pour les photos. Il roule à 50km à l’heure, même parfois moins, même dans les agglomérations, même quand il a gagné la grande route à quatre voies, il roulait à 50. Si bien que j’imagine qu’il a lui-même loué cette voiture ou qu’il se l’est fait prêter pour la circonstance... Et qu’il craint de l’abîmer. Peut-être aussi n’a-t-il pas son permis depuis longtemps ?
Je m’aperçois au contraire qu’il conduit très bien, très prudemment tout au long de la journée. Je constate qu’il est bien « formaté », bien discipliné pour respecter toutes les règles du code de la route et qu’il n’est pas question de les contourner ou de les enfreindre. Il se montre également très respectueux des autres automobilistes...
Je ne conseillerais à personne la fameuse « Ferme aux orchidées et papillons ». Une belle arnaque à touristes ! Oui on y trouve beaucoup d’orchidées avec des fleurs énormes, aux couleurs fantastiques, mais elles sont suspendues sur des fils, à-la-queue-leu-leu, en hauteur, ce qui les rend difficile à photographier car on a pour fond la toile plastifiée blafarde et réverbérante de la serre, si bien qu’on est perpétuellement dans un détestable contre-jour et une forte réverbération. De plus, si belles soient-elles, les fleurs sont présentées n’importe comment, sans aucun effort esthétique. Après les fabuleux parterres et massifs de l’exposition florale du festival des fleurs, cette visite ne présente aucun intérêt.
Quant à la « ferme aux papillons », il s’agit d’un espace clos avec des plantes, notamment des orchidées, comportant une sorte de filet en guise de toiture. En tout et pour tout j’aperçois voleter deux ou trois papillons bien ternes.
En 20 minutes, je fais le tour des lieux. En revanche je remarque surtout des salles de restaurant immenses, il y en a trois ou quatre sortes différentes, apparemment de la plus simple à la plus luxueuse. Il y a de quoi satisfaire tous les goûts et tous les porte-monnaie. Peut-être louent-ils pour des banquets ou des fêtes ? A moins que ce soit un endroit très prisé des habitants en week-end ? J’ai pu observer que les Thaïlandais, comme les Indiens sont très grégaires et adorent s’agglutiner en un même lieu.
Je traverse aussi en sortant un vaste espace de vente de bijoux en laque. Je ne sais pas ce que vient faire la laque au milieu des orchidées et des papillons... Comme les orchidées, les laques sont présentées les unes à côté des autres sans aucun souci esthétique de présentation. Ça ne donne même pas envie de les regarder et encore moins de les acheter... 60 bahts l’entrée, pas cher mais quand même ça ne les vaut pas. Je pensais vraiment qu’on allait nous expliquer plein de choses sur les orchidées, leurs variétés, leurs habitats, pourquoi celles-ci en tel lieu et cette autre espèce ailleurs... Comment les cultiver, les engrais, les soins... Rien de tout cela !
De retour à la voiture de nouveau il me demande :
- Maintenant où on va ? A quel endroit on va ?
- Mais on ne va nulle part précisément, tu continues la route 1096 et on verra en chemin les endroits qui méritent qu’on s’y arrête.
Ma réponse le laisse stupéfait.
Nous avisons une gargote de bord de route. Il me propose de nous y arrêter. En fait, malgré son aspect extérieur, ce n’est pas du tout une gargote ça semble même assez chic comme restaurant, une fois entrés. On y découvre deux ou trois terrasses différentes dont une qui avance, comme une sorte de belvédère, j’aperçois même une avancée au-dessus du vide, sur une sorte de passerelle. La vue est très belle sans pour autant être époustouflante mais le paysage est quand même très beau.
Quand on a eu la chance d’avoir pu traîner ses guêtres à travers l’Himachal Pradesh, le
Ladakh, le
Zanskar, les
Lahaul et Spiti, on sait ce que veut dire époustouflant et dès lors on devient difficile en matière de paysages à vous couper le souffle. C’est d’ailleurs l’impression générale que je ressentirai à la fin de mon voyage en
Thaïlande...
La carte de cette gargote-qui-n’en-est-pas-une me comble d’aise et me fait saliver. Les prix sont vraiment très modérés pour un tel lieu et pour les plats qui y sont préparés.
Effectivement ce qu’on me sert est délicieux et en plus magnifiquement présenté. Plutôt que m’asseoir à une table, je choisis de m’installer sur un haut tabouret devant une sorte de bar qui semble se dresser au-dessus du ravin, face à un paysage superbe.
Après le repas, nous poursuivons notre circuit. Le jeune chauffeur a fini par intégrer que ce qui m’intéresse ce sont les paysages. Donc il roule très lentement et nous commençons à progresser dans la montagne en suivant une route qui serpente entre les maisons traditionnelles de plusieurs villages - que j’aurais volontiers visités - à travers la forêt de Samoeng. Je suis très étonné de découvrir une forêt de pins, très hauts de tronc, comme si nous étions dans une région maritime. Ce ne sont peut-être pas des pins - je ne suis pas expert en botanique - mais en tout cas des conifères de la même famille.
Après avoir atteint le sommet, la route redescend et, comme cela est souvent le cas en montagne, la végétation sur ce versant est tout autre. Ce sont, à présent, des forêts de bambous à perte de vue.
De majestueux bambous qui ploient sous le poids de leurs magnifiques plumeaux. Ils sont d’un vert très frais, très aériens. L’effet est magique. De temps à autre une trouée permet d’apercevoir des paysages magnifiques.
Voulant me faire plaisir, ce jeune homme s’arrête assez souvent pour que je fasse des photos. Mais il a tendance à s’arrêter pour me montrer des sujets que lui trouve photogénique et moi pas du tout. En revanche il ne s’arrête pas quand je l’aurais souhaité. Comme je ne veux pas abuser de ses efforts pour m’être agréable je ne dis rien mais il en résulte un peu d’agacement et une frustration certaine. C’est ainsi que nous passons devant un terre-plein qui s’étale dans un bosquet, parsemé de nombreux templions comme on en voit en ville devant les maisons. Je les ai déjà décrits, je crois. Ils sont édifiés, chacun sur une sorte de « plateau » fixé sur une espèce de poteau enfoncé dans le sol.
Certains semblent représenter une maison avec des éléments de la vie familiale, tandis que d’autres évoquent un temple ou un édifice religieux. Jusqu’à ce jour je les avais remarqués en ville, sur des trottoirs ou dans des jardins devant des immeubles ou des maisons individuelles. Je n’ai jamais su, pour n’avoir jamais osé le demander, quels étaient leur rôle et leur signification.
Ici je les vois installés côte à côte disposés en arc de cercle, très colorés, au milieu d’un bosquet. Mais le temps que je réalise, il les avait dépassés.
Je ne peux m’empêcher de m’exclamer :
- Et merde !
S’il n’a pas compris le mot il a saisi mon désappointement et ma mine déconfite.
- Tu voulais t’arrêter ? Ah bon... ah bon... Ça t’intéresse ?
Il fait demi-tour, et nous remontons. Pour moi ce genre de découverte est encore plus intéressante qu’une visite dans un musée ethnographique... Et sur le plan photographique cela représente un intérêt exceptionnel, surtout dans ce cadre-là. Je me régale à faire une série de très nombreuses prises de vue hors du commun. Ce moment sera même pour moi le « clou » de ma sortie Et qui justifiera même le prix de la balade en voiture particulière car je ne l’aurais jamais trouvé en utilisant un transport en commun...
Le lieu, en pleine nature, et l’aspect sacré de ces petites maisons me rappelle un peu les dieux et les chevaux Ayyanars au Tamil Nadu.
Il m’a fait le coup plusieurs fois ce matin de passer devant des temples de village sans s’y arrêter alors que je préfère justement ces petits temples de village sans prétention. Aussi, cette fois je lui demande de faire une halte dans le prochain entr’aperçu sur le bord de la route.
Non seulement ce petit temple a beaucoup de charme, mais c’est le premier dans lequel je suis si bien accueilli par un moine qui me salue, tout sourires, m’invite à faire des photos tandis qu’il s’éclipse dans un recoin pour en revenir et m’offrir une petite boîte, tel un écrin, contenant une amulette protectrice, une médaille dorée à l’effigie d’un saint moine protecteur rattaché à ce temple local.
J’en profite pour m’attarder dans les ruelles environnantes parmi les jolies maisons anciennes typiques
Puis la route redescend vers le village de Hang Dong, connu - dit le Guide Vert - pour son bel artisanat traditionnel : vannerie, céramique, métal, et objets de bois sculpté.
« Vous y trouverez des échoppes aux prix intéressants et, surtout, les grossistes d’où provient tout ce qui se vend à
Chiang Mai et... ailleurs dans le pays. Les prix sont donc en rapport ! » précisait-on ailleurs...
Pour avoir visité ce type de village en
Inde mais ailleurs aussi - y compris en
France – je m’attends à y voir, outre les boutiques, les artisans au travail.
Mais si les différents guides et agences parlent de Hang Dong pour son artisanat, ils n’en disent pas un mot sur le Wat Ban Thon que je déniche là tout à fait par hasard. Un petit joyau méconnu dont je ne peux m’empêcher de placer ici une ou deux photos...
Même si certaines parties sont d’une extravagance et d’un kitsch au couleurs tapantes ahurissantes – que j’adore ! – et dont j’explore les moindres recoins...
Mais je vois bien que le chauffeur reprend une grande artère et s’apprête manifestement à rentrer...
- Où vas-tu mainnennt ?
- Ben, on rentre...
- Mais je veux visiter les ateliers d’artisanat...
- Il n’y a pas d’artisanat ici...
Exactement le genre de situation que je déteste avec un chauffeur et qui, je le sais, va enclencher une discussion et... une négociation difficile. Surtout avec un chauffeur qui ne parle pas anglais...
- Comment ça, pas d’artisanat ici ?...
S’engage alors un dialogue de sourds où chacun maintient sa position. Comme à chaque fois, plutôt que me fâcher et gâcher mon plaisir je m’apprête à capituler tout en tirant une gueule pas possible. Mais merde, quoi ! Depuis plusieurs jours je me réjouis à l’idée de trouver ici « La » statue de Bouddha en bois sculpté qui ne sera pas une énième copie en série - fabriquée en
Chine – mais une statue sculptée par un artisan local, souvenir de ce voyage sur mon autel bouddhique... Je ne vais pas encore me laisser influencé/manipuler par un chauffeur qui ne veut en faire qu’à sa tête...
- Ecoute, il faut demander à quelqu’un, mais je t’assure que c’est un village d’artisans. Je veux acheter quelque chose, je suis venu ici exprès !
Il fait des recherches sur son téléphone et finit par déclarer :
- Ah, oui, j’ai compris ce que tu veux voir. Oui, il y a un endroit où ils sont tous groupés. C’est en dehors de la ville, c’est à 5 km, je vais t’amener là. Mais tu ne les verras pas travailler, ce sont des grands centres de production artisanale. D’ailleurs ce sera fermé à cette heure-ci (il était 14h30)
Nous sortons de la ville, j’ai l’impression que nous parcourons des kilomètres...
Effectivement, quand nous arrivons sur les lieux, ce ne sont que d’immenses entrepôts avec vitrines - ou pas - et la plupart sont fermés. Il n’est que 15h30 et je ne comprends pas. Et lui ne comprend pas que je ne comprenne pas. Apparemment c’est normal que ce soit fermé.
De plus, ce ne sont que des très grosses pièces, voire des pièces monumentales... Magnifiques, certes, mais inabordables en prix et en taille.
Je réalise que nous ne nous sommes pas compris, encore une fois.
- Moi ce que je voulais voir c’est des objets petits susceptibles d’être achetés, éventuellement un Bouddha !
- Ah ! je comprends maintenant ! C’est à un autre endroit qu’il faut aller !
Je maugrée en moi-même : Il serait temps que tu comprennes...
Et il me conduit enfin exactement dans un lieu tel que je l’imaginais. Une longue rue, un canal au milieu. On se serait cru dans un marché flottant. De chaque côté un défilé de boutiques d’artisanat local, alignées les unes à côté des autres. Souvent les artistes (plutôt qu’artisans) sont présents, même s’ils ne travaillent pas. Il y en a pour tous les goûts du plus beau et raffiné au pire des clinquants et kitsch.
Je trouve d’abord deux petits Bouddhas sculptés dans un bois naturel très clair, sans fioriture aucune, d’une grande simplicité, mais non dénuées de finesse et d’élégance y compris dans les traits du visage et les plis du vêtement. L’un à 1100 bahts et l’autre à 1500. Je ne les trouve pas cher parce qu’il s’agit d’un très beau travail. Mais pour le jeu, pour ne pas déroger à la tradition, j’entame une négociation, juste par principe car leur prix est plus que correct. Je propose 2000 bahts pour les deux. D’abord la dame tente 2300... Je fais mon plus beau sourire et...
- Alors je ne peux en prendre qu’un seul. Combien pour celui à 1500 ?
Elle marque un temps d’hésitation, puis...
- Bon, OK, les deux pour 2000...
Un peu plus loin, la boutique d’un sculpteur qui, lui, est en plein travail. Tout de suite me saute aux yeux un magnifique Bouddha debout taillé dans une branche - ou une racine ? - d’arbre. Très sobre, très stylisé. On devine à peine les traits du visage, le corps et le vêtement, mais le résultat est magnifique. Vraiment une œuvre d’art. Il est affiché à 750 bahts. Je regrette de ne pas avoir attendu, je suis déçu...
L’artiste devine ma déception et pense que je le trouve trop cher...
- Je peux te le faire à 600bahts...
Et ajoute dans la foulée :
- Mais je ne descendrai pas au-dessous de 600...
Je ne sais quel est ce bois, très dense, massif, lourd... Va-t-il pouvoir rentrer dans la valise ? On le mesure... 70 cm...
- C’est bon je le prends, je pense qu’il rentrera en le mettant en diagonale... Entre les deux coques...
Je suis surtout content d’acheter à l’artiste même qui l’a sculpté plutôt qu’à un boutiquier.
Finalement, entre le temple, les tergiversations pour trouver ces boutiques, les négociations, il est déjà presque 17h.
L’heure normale prévue pour le retour... Ce garçon s’est montré vraiment très gentil, serviable, très patient, très prévenant. Je vide mes poches, je trouve 100 bahts que je lui donne. Je ne sais pas si c’est un bon pourboire, mais j’ai dépensé au cours de la journée tout ce que j’avais emporté... Il ne s’y attendait pas apparemment... Un large sourire. Il est vraiment content. Moi aussi...
Le grand Bouddha est trop grand... Il n’est rentré d’aucune façon dans la valise... J’ai dû enlever le socle. Mais quel travail de cochon ! Cette base n’était pas vissée mais clouée avec d’énormes pointes. J’ai dû l’arracher en force. Une pointe est restée dans le socle. L’autre dans la statue. A ce jour, Bouddha est toujours posé dans un coin en attendant que je m’en occupe.
Mais il y a une semaine j’ai teinté, ciré et patiné les deux autres... Ils sont magnifiques ! On les croirait sortis de chez un antiquaire ou un musée.
J’ai reçu une visite d’un ami antiquaire, justement...
- Dis donc, ils sont superbes tes deux Bouddha (s ?) ! Tu as dû les payer bonbon !
Je souris, sans répondre... Autant ne pas lui ôter ses illusions...