Après une journée de repos, hier, à visiter... Quoi donc ?...
Encore des temples... Je ne peux pas m’en empêcher...
C’est aujourd’hui le grand jour, l’escapade que j’attends depuis plus de six mois... Les cascades du Parc National du
Doi Inthanon.
Elles m’ont été recommandées par un voyageur qui désire rester anonyme... Il m’a répété à de nombreuses reprises qu’il ne souhaitait révéler son secret qu’à moi...
Alors pour respecter sa volonté je resterai vague quant à l’itinéraire et le nom de ces cascades « secrètes ». Pas si secrètes que ça en fait.

Si j’ai bien compris ses indications, le secret réside dans la façon de les aborder, dans un ordre bien déterminé. Depuis notre accord commun, j’avais bien expliqué au chauffeur cet itinéraire, le nom des cascades et le sens dans lequel je voulais les découvrir...
Nous avions pris rendez-vous à 7h.
Cette fois, non seulement il n’arrive pas en retard mais il s’annonce avec un quart d’heure d’avance...
- La journée sera longue... M’avait-il prévenu
Et nous démarrons en effet à 7h05...
J’avais préparé mon appareil photo de façon à prendre des photos tout au long de la route. En choisissant la priorité à la vitesse réglée à 1/2000ème voire 1/2500ème, je peux mitrailler, vitre baissée...
Encore une chose qui ne plaît pas aux chauffeurs qui, eux, préfèrent enclencher la clim, et rouler toutes vitres fermées et à vive allure pour autant que la chaussée le leur permette...
Je ne sais pas comment réagira mon chauffeur Thaï, mais, systématiquement, les chauffeurs indiens affectionnent de rouler, rouler, rouler sans faire un arrêt photo à chaque kilomètre. Et je peux les comprendre. Malheureusement quand il arrive que la route soit somptueuse et époustouflante, continuellement, et que l’on découvre une nouvelle image à chaque prochain virage, il est frustrant pour le photographe de ne pas pouvoir s’arrêter.
C’est pourquoi j’ai adapté ce type de réglage. Beaucoup de photos sont à jeter, mais aussi beaucoup de photos sont extraordinaires. Il arrive que l’on obtienne une photo avec un gros poteau électrique ou un rocher ou un arbre, en gros plan au beau milieu de l’image. Mais il survient aussi des occasions magiques où l’on croise à l’improviste un berger ou une vieille paysanne, un enfant, dont le visage s’imprime dans notre boîtier sans qu’on l’ait voulu, superbe et vivant, tout autant remarquable qu’un portrait pour lequel on aurait calculé une myriade de paramètres pour le réussir, sans pour autant parvenir à capter la vérité d’un regard, d’un sourire, d’une ride sur le front...
S’il ne tenait qu’à moi, mes carnets ne comporteraient que du texte, peut-être une photo de temps à autre... Mais si une Dolma affectionne ce genre de carnet, nombreuses sont les personnes qui préfèrent voir de multiples photos, et même parfois sans texte ou à peine un mot, au pire une phrase... Dans ce dernier cas c’est un album de photos, ce n’est plus un carnet... Pour ma part, je préfère envoyer mes lecteurs jeter un œil à
mes albums personnels
... D’autant plus qu’ils pourront y trouver là d’autres images encore plus belles que les miennes. Alors, puisque ce sont les photos qui les intéressent autant en profiter jusqu’à satiété.
Je m’étais imaginé découvrir, tout en roulant, les paysages insolites et enchanteurs d’une «
Thaïlande de carte postale ». Bah non ! On a pris une sorte d’autoroute sans aucun intérêt d’une monotonie et d’une tristesse affligeantes, et ainsi pratiquement jusqu’à l’entrée du parc...
Puis nous commençons une longue ascension par une route bordée de chaque côté par de véritables remparts d’arbres. Quand les rideaux de végétation s’étirent de temps à autre, je ne peux m’empêcher de me remémorer l’Himalaya : l’Himachal Pradesh, le Cachemire, le
Ladakh, le
Zanskar autrement plus spectaculaires.
En plus c’est actuellement la saison des feuilles caduques comme l’automne chez nous. On ne distingue que des forêts sinistres peuplées de squelettes d’arbres sans aucune feuille.
Aucune vue. Décevant.
Nous abordons un premier contrôle... Sans payer.
- On paye au deuxième contrôle, un peu plus loin... 300 bahts, me renseigne le chauffeur...
J’apprécie que le tarif soit le même pour les nationaux comme pour les étrangers. Je ne supporte pas la discrimination quelque forme qu’elle revête... Après avoir réglé nous repartons et passons une barrière mais nous ne sommes pas contrôlés...
- A quoi ça sert d’avoir payé si finalement ils ne contrôlent pas...
- Ils vont vérifier plusieurs kilomètres plus loin quand nous arriverons au sommet...
2565m
Il fait bien froid. Je suis content d’avoir emporté ma doudoune. Le temps est magnifique, le ciel est d’un bleu intense. Presque le bleu-
Ladakh. Hélas une sorte de brume flotte à l’horizon, au-dessous de la montagne. On devine que le panorama doit être superbe sur toute la vallée à 360° ou presque mais aujourd’hui il se trouve complètement submergé par une épaisse mer de brume.
Ma déception ne s’arrête pas là...
Quand nous arrivons sur le parking, je reste stupéfié par le nombre de voitures déjà stationnées malgré l’heure matinale. J’imagine qu’une fois de plus ça va être infernal avec cette foule...
J’ai subitement l’impression d’avoir franchi les grilles d’un jardin public !
Je m’attendais à un lieu, un peu comme en
Inde, dans l’Himalaya, ou ailleurs en montagne, c’est-à-dire un vaste parking, certes, avec des panneaux indiquant l’altitude, peut-être un ou deux stands de restauration, mais une étendue à perte de vue, en pleine nature, avec des chemins partant dans toutes les directions à travers le terrain. Mais ici on se croit arrivé dans un jardin public. Pas un brin d’herbe ! Des allées pavées ou goudronnées à travers des espaces maçonnés, d’artificiels parterres et massifs de fleurs. Et même un faux lac avec un faux « vieux » pont. C’est beau, on ne peut pas le nier, mais c’est artificiel, démesuré, à l’image de l’exagération thaïlandaise du « paraître » On ne peut imaginer que l’on se trouve en pleine nature au sommet d’une montagne. Vers quelque direction que le regard se tourne ce ne sont que Chédis et bâtiments modernes, escaliers monumentaux, outranciers au sommet d’une montagne.
Je découvre même un... escalier roulant ! Pour arriver au sommet final, où se trouve l’Observatoire Astronomique.
Comment mon ami qui connaît mes goûts pour la nature a-t-il pu me conseiller un endroit aussi sophistiqué aussi grandiloquent et artificiel...
Tout ce chemin, pour... Ça ! J’en aurais pleuré de dépit.
Les massifs de fleurs sont magnifiques, mais je ne suis pas venu en
Thaïlande pour me retrouver dans un parc public de n’importe grande ville française ou européenne, avec des espaces tirés au cordeau...
Aujourd’hui au moment où j’écris ces lignes, à revoir mes photos, à relire mes notes et messages envoyés à mes proches, je me dis que je devais être pris dans une espèce de sortilège pour avoir tant répété que j’aimais la
Thaïlande car pour l’instant je ne trouve que des lieux qui ne me satisfont pas, qui me désorientent par leur banalité soignée et aseptisée. Comme on est loin de l’
Inde chaotique mais si naturelle, si pittoresque et vraie que j’aime tant !
Finalement, je ne sais pas trop où sont les occupants de toutes ces voitures car il semble n’y avoir pas foule mais peut-être sont-ils plutôt dans les édifices religieux qu’ils affectionnent tant ou dans les guinguettes et restaurants. Tout le monde n’est pas au même endroit au même moment. Je note qu’il y a extrêmement peu de touristes occidentaux, on les compterait sur les doigts d’une seule main. La plupart des visiteurs sont Thaïlandais ou touristes asiatiques éventuellement.
Même si je réalise de très belles photos des massifs de fleurs, je trouve que ça ne présente aucun intérêt d’être arrivé jusque-là et de m’y attarder. J’ai hâte de partir aux cascades dans la nature, mais je fais d’abord une halte dans un de ces établissements que m’indique le chauffeur pour prendre un petit déjeuner et surtout car il a intégré que le matin je suis tourmenté par mes envies de pipi...
Je commande un café - en poudre Nescafé - franchement mauvais et une assiette de riz accompagné de porc vraiment pas bon. Ce n’est même pas épicé et ça n’a aucun goût.
Il est déjà plus de 10h30 quand nous regagnons la voiture.
Tandis que nous commençons à redescendre, j’aperçois plusieurs pancartes indiquant des cascades qui me rappellent des noms indiqués par mon ami. Le chauffeur en omet une ou deux ou tout au moins j’ai l’impression qu’il ne respecte absolument pas l’itinéraire et l’ordre de visite des cascades que je lui ai prescrit sur les conseils de mon ami. Ce dernier m’avait recommandé un ordre bien particulier. Mais comme je n’ai pas mon papier sous la main et que je ne retiens aucun de tous ces noms thaïs, je ne dis rien. Je n’ai aucune envie de commencer à me chamailler avec lui. Il faudra que je demande à mon ami pourquoi il avait prévu un itinéraire particulier.
Nous atteignons une première cascade - qui n’est pas la première sur ma liste - à presque 12h30. Il faut payer 200 bahts. Je n’apprécie pas ces lieux naturels dont s’empare un quelconque service administratif, afin de générer un prix d‘entrée.
Ce droit d’entrée me semble toutefois justifié par la présence obligatoire d’un(e) guide et le prêt d’un solide bambou faisant office de bâton de marche

car le parcours est difficile. Là je comprends mieux. Il est expliqué au chauffeur que je vais faire un circuit d’une heure et demie et qu’il doit me récupérer plus loin en aval.
Ce parcours à travers la jungle dans cette partie-là, m’apporte enfin un grand plaisir. Ici on est enfin en pleine nature et j’apprécie la présence de ma guide à travers cette forêt tropicale luxuriante car ici tous les arbres sont « en feuilles » La jeune femme ne parle pas anglais, car c’est une jeune villageoise et cela me convient très bien. Elle se montre très patiente pour me laisser faire des photos. Elle me désigne et m’explique au passage des choses que je connais parce qu’il existe en
Inde et particulièrement au
Kérala ces arbres, ces plantes, ces fleurs et ces fruits... Toutefois à un moment elle m’indique avec son bambou «
quelque chose » au dessus de ma tête alors que je suis en train de photographier la végétation environnante. Tout d’abord je ne vois rien et elle a beau insister et moi écarquiller les yeux, je ne comprends pas ce qu’elle veut me montrer. Je suis prêt à lui faire honneur en feignant de voir ce qu’elle me montre quand, lové et enlaçant amoureusement une branche juste au-dessus de ma tête, je le reconnais pour l’avoir déjà vu sur un des carnets de Joël (Jojoone1), l’œil orange, le corps souple, élégant et superbe, dans son acrobatique costume d’émeraude, le « Fer de lance asiatique » de son nom scientifique
Trimeresurus albolabris www.nationalgeographic.fr/...évidemment%20erronée
.
Un magnifique serpent tout vert aux étranges yeux oranges, extrêmement virulent, très venimeux, mais pas mortel car il existe un sérum spécifique antivenin, mais la morsure est réputée par les spécialistes qui en ont été envenimés comme étant la plus horriblement douloureuse.
Il se confond avec le feuillage. On se dit que si un serpent comme ça vous tombe dessus, vous êtes bon.
Plus loin, dévale la cascade que je distingue à travers la végétation luxuriante. Elle est très belle, mais complètement en plein soleil avec une extrême luminosité, une eau très blanche due à son fort débit et il m’est absolument impossible de faire des réglages corrects, vitesse, diaphragme, ISO... Et même avec un correcteur d’exposition. Il m’aurait fallu un filtre ND dont je ne dispose pas sur mon nouvel appareil. Heureusement son passage à l’ombre, en amont, juste avant de se précipiter me permet quelques belles prises de vue. Mais les photos de la chute sont toutes ratées.
Un peu plus loin une surprise m’attend. La chute encore plus spectaculaire s’abat avec une telle violence qu’elle crée un véritable nuage de gouttelettes d’eau qui vous enveloppe et vous asperge au passage. Le spectacle est impressionnant. Il est encore plus périlleux de faire une photo sans risquer d’endommager l’appareil, d’autant que le pont qui l’enjambe en aval se révèle extrêmement glissant.
Je me contenterai d’une photo inscrite dans ma mémoire qui sera sûrement magnifiée au fil de mon avancée en âge...
Comme la promenade est très belle dans son ensemble je ne reste pas déçu. Je me rattrape avec les photos de paysages. La guide me désigne vaguement le village - dont j’ai oublié le nom -. Nous aurions dû le visiter comme c’était prévu sur mon planning. Pour cela il aurait fallu suivre les indications que mon ami m’avait fournies mais je comprends bien que malgré son sourire mielleux et ses « my friend » sans cesse réitérés, le chauffeur ne respecte pas mon itinéraire. Il n’en fait qu’à sa tête et ça me gâche un peu mon plaisir. Toutefois je ravale ma langue pour ne pas faire d’histoire et me montrer désagréable.
J’avais été prévenu que le circuit durerait environ 1h30. En fait ça nous a pris à peu près deux heures. D’autant plus que vers la fin, nous faisons une halte sur un stand enchâssé dans la végétation au bord du chemin, où des vieilles femmes du village vendent des articles qu’elles ont tissés. Elles sont très sympathiques et joviales. Elles ne forcent pas à la vente et se contentent de me montrer leurs oeuvres. J’aimerais bien leur acheter quelque chose, mais j’ai laissé mon portefeuille dans mon sac dans la voiture.
Comme si elles lisaient dans mes pensées ou dans mon corps, elles me proposent d’aller aux toilettes. Comme on demanderait à un enfant : « Tu n’as pas envie de faire pipi ? » J’apprécie l’offre d’autant plus que ma vessie est tendue au maximum.
Notre circuit ne comportait pas de « coin toilette », j’avais très envie de me soulager et je n’osais pas le dire à cette femme, donc j’ai retenu mon envie jusqu’à l’arrivée. Le chauffeur m’avait fait comprendre qu’on ne peut pas se soulager dans la nature en
Thaïlande, même en pleine forêt. Je ne peux pas imaginer que les Thaïs ne pissent jamais en dehors de toilettes officiellement désignées.



Nous repartons pour encore environ 1 km et nous arrivons au point de rencontre. On m’offre un excellent café qui me change de l’infâme Nescafé de ce matin. Je retrouve là le chauffeur et je lui demande si je peux récupérer mon sac resté dans la voiture. J’aimerais donner un pourboire à cette gentille accompagnatrice. Mais le temps que le chauffeur rapporte mon sac, la jeune femme s’est éclipsée sans que je m’en aperçoive, sans que j’aie pu lui donner son petit pourboire...
Le chauffeur - je n’ai jamais su son nom, il s’était présenté comme Mr Bird ! - me conduit à une autre grande cascade à laquelle on accède jusqu’au bout en voiture. Il se trouve là un vaste parking et des restaurants disséminés tout autour. Une foule de gens aussi. Nous déjeunons là correctement. Je commande un délicieux plat de nouilles sautées avec des crevettes et de l’eau de coco. Je retrouve ce mauvais goût d’eau de coco que j’ai quelquefois détesté à
Bangkok. Je ne sais pas pourquoi, de temps en temps, il y a des cocos, qui ont un très mauvais goût. Tout au moins, moi je n’aime pas du tout. La noix semble fraîche l’eau est limpide, mais le goût semble bizarre. Je n’ai jamais eu l’expérience de ce goût désagréable auparavant en
Inde ni dans aucune contrée tropicale... Je ne pense pas que ce soit un coco trop vieux, même si j’ai remarqué un jour sur un étal une pancarte : NEW ! S’agit-il d’une variété de coco de
Thaïlande ?
Après notre repas, je m’approche de la cascade, bien belle aussi quoique plus « disciplinée », mais il y a décidément trop de monde. Je ne m’y attarde pas.
Il est à présent 15h15 et en regagnant la voiture le chauffeur m’annonce tout à trac :
- On va rentrer mais sur le chemin je vais t’amener à une dernière cascade.
Sur le coup je ne dis rien, puis j’entends ma Petite Voix :
- De quoi, de quoi ? Quand même, tu ne vas pas accepter ? Tu ne vas pas garder ça en travers de la gorge sous prétexte de ne pas faire d’esclandre ?
- Comment ça la dernière ? Je dis. Il y en a cinq de prévues. Celle-ci - d’où nous partons - est seulement la deuxième...
- Il faut faire vite parce que ça va fermer. Voilà... On va à la troisième...
Il élude plus ou moins ce que je viens de lui dire. Et poursuit :
- Après, on ira voir le temple que tu m’as indiqué.
Et nous roulons, roulons, roulons, roulons... Une fois de plus, il ne semble pas du tout connaître cette cascade, ni savoir où elle se trouve, mais n’ose pas le dire pour ne pas « perdre la face ».

Nous finissons par la trouver. Elle se situe un peu en hauteur et nous devons grimper un peu... Nous apercevons une espèce de cabane de contrôle mais nous n’avons rien à payer. Il discute un moment avec la femme dans sa guérite et me dit :
- Il faut se dépêcher parce qu’il est déjà 15h40, elle dit que ça va fermer.
Mais qu’est-ce qu’il me raconte ? On est dans la nature, sur un chemin, il n’y a ni barrière, ni chaîne ou corde en travers du chemin... Comment « ça » peut fermer ?...
La chute n’est pas bien loin elle n’est pas impressionnante mais fort jolie. Et cette foi l’éclairage m’est très favorable et je peux faire quelques jolies prises de vue.
En revenant de cette troisième cascade il recommence :
- Maintenant, on va rentrer...
Je sens la moutarde me monter au nez, et il doit le voir car il argumente :
- La vieille a dit que c’était fermé, que ça fermait à 16h et il est 15h50. Ça va fermer dans dix minutes, donc on n’a pas le temps d’aller à la dernière que tu m’as indiquée. Et il me montre une feuille de papier sur laquelle il a pris des notes avec « son » planning de la journée.
Je suis d’autant plus contrarié qu’il en a zappé une, car en consultant mon propre papier il y figure bien cinq cascades dans le circuit de la journée, mais nous avons perdu un temps précieux dans son foutu « Jardin Public » dont je n’avais rien à faire, au sommet du
Doi Inthanon. Et depuis ce matin je rongeais mon frein en pensant que nous n’aurions pas le temps de toutes les voir...
Quelque peu en colère je lui rétorque :
- Montre moi le papier que, moi, je t’ai donné depuis le premier jour de notre accord.
Alors il pense que je veux contrôler le nombre de cascades que nous avions planifié ensemble... Il bafouille :
- Oui, bon, on va à la quatrième, mais quand on arrivera ce sera fermé...
- Bah, écoute on verra bien. Comment ça peut être fermé ? C’est la nature, c’est pas un temple, c’est pas un musée, c’est pas un bâtiment... C’est pas payant, pas de ticket à distribuer, donc il n’y a pas une barrière... La nature, elle, ne ferme pas donc...
Mais il insiste :
- Ça va fermer dans 20 minutes est-ce qu’on risque le coup ?
- Ben oui, bien sûr qu’on risque le coup ! On verra bien si c’est fermé, s’il y a une barrière... Mais je veux vérifier par moi-même. Je suis quasiment certain que ce ne sera pas fermé. C’est pas possible de fermer l’accès à une cascade dans la nature.
Donc il commence à chercher dans son GPS... Et de nouveau nous roulons, roulons roulons, roulons, roulons... Effectivement mon ami avait signalé qu’elle se situait un peu plus loin que les autres. Je le lui avais indiqué à lui aussi, mais il avait fait semblant de pas voir.
Tout en conduisant il me parle de la fête de Makha Bucha, qui marque l’anniversaire du Grand Rassemblement autour du Bouddha dans le jardin Véluwan. Il est pressé de rentrer, parce que ce soir ils font la fête. Grand repas, je crois, je ne sais pas si c’est un repas de famille ou une soirée communautaire... Il m’explique juste qu’ils vont bien boire, bien manger, et rigoler en ajoutant qu’ils vont bien picoler aussi...
Il n’arrête pas de regarder sur son GPS qui lui dit de tourner à droite ou à gauche... Nous parcourons je ne sais combien de kilomètres et à un moment le GPS lui annonce que nous sommes arrivés. Il n’y a rien. Nous sommes au milieu de nulle part, devant un petit chemin, tout petit. Pas de parking - plutôt étonnant -. Aucun véhicule ! Alors que tout le long du trajet on voyait de grands panneaux avec le nom de la cascade en question.
- Mais pourquoi tu t’obstines à utiliser ton GPS alors qu’il suffit de suivre les panneaux suffisamment éloquents.
Il finit par lâcher :
- Je suis comme toi, je ne suis jamais venu, donc je cherche, j’ai besoin du GPS parce qu’il n’y a personne à qui demander...
- On n’est peut-être pas allé assez loin puisque d’après les panneaux nous sommes dans la bonne direction...
Alors il roule encore un peu au-delà. Et puis toujours rien alors que le GPS lui demande de rejoindre l’itinéraire, où il avait indiqué que nous étions arrivés. Donc nous rebroussons chemin.
Puis, à un moment, un coup de chance, un gars passe à mobylette. Il lui fait signe de s’arrêter et l’autre répond que nous ne sommes pas allés assez loin, que la cascade se trouve 2km plus loin de l’endroit où le GPS affirme que nous sommes arrivés.
Je ris sous cape car il ne voulait pas m’écouter quand je le luis disais moi-même.
Nous arrivons donc, enfin, à la cascade et il est presque 17h !
Je suis emmerveillé ! Bien sûr ce n’est pas la meilleure saison mais il se déverse encore assez d’eau pour nous rendre compte que c’est la plus belle de la journée. Elle est magnifique ! A la bonne saison elle doit être somptueuse !
Le lieu est animé, mais ce n’est pas la foule et ce ne sont que des locaux. Pas un touriste. L’ambiance est absolument sympathique et chaleureuse. Des familles, une bande de jeunes garçons et filles sont là avec lesquels nous bavardons, lui surtout, car ils ne parlent pas anglais.
Notre stress a disparu, ma contrariété s’est envolée et ses regrets aussi. Il téléphone même à sa femme pour lui faire voir la cascade en direct. Il est même carrément euphorique et ne cesse de me remercier en répétant :
- C’est merveilleux ! Je n’étais jamais venu ici de ma vie ! C’est toi qui me fais découvrir cet endroit. Heureusement que tu as insisté pour qu’on vienne et qu’on continue même quand on ne la trouvait pas. C’est la plus belle de la journée ! Et j’ai failli la rater si tu m’avais écouté...
Il ne fait plus la gueule. Il papote avec les jeunes. Il n’est plus pressé de rentrer... Pour un peu c’est moi qui suis obligé de lui dire qu’il va bientôt faire nuit et que nous devons rentrer s’il veut arriver à temps à sa grande bouffe...
Il est plus de 18h. Nous arrivons à mon hôtel à 19h30...
Je m’apercevrai bien plus tard, en racontant à mon ami, que ce dernier n’aurait jamais imaginé qu’avec ses indications si précises, le chauffeur m’aurait conduit au sommet du
Doi Inthanon, que lui-même trouve sans intérêt.
Une fois de plus le chauffeur n’en a fait qu’à sa tête selon ses goûts et ses propres critères d’intérêt.
J’ai travaillé toute la journée à rechercher dans mes notes, ma mémoire, dans les photos aussi pour retrouver les lieux et les horaires. Et maintenant je suis fatigué, j’ai envie d’aller me coucher... je rajouterai quelques photos demain...