Bonjour Williama,
voici les quelques remarques à tes contributions dans ce débat :
d'ulrike Meinhoff, grande bourgeoise intellectuelle
A mon avis, ça va un peu trop long... Ulrike Meinhof vient de la famille d’un historien de l’art connu. A l’âge de 4 ans, son père était mort, et à l’âge de 13 ans, Ulrike Meinhof était orphéline. Après, Renate Riemeck (nom très connu en
Allemagne), copine de la mère de Ulrike et formatrice de l’université d’Oldenburg, est devenue mère adoptrice :
cette femme a marqué la jeune Ulrike Meinhof. Elle était anthroposophe et membre d’une
Christengemeinschaft (Communauté des chrétiens) et surtout très engagée dans la
Ostermarschbewegung des années 50 en
Allemagne (encore assez sombre et brune), c.à.d. contre le réarmement (atomar) et contre l’adhésion à l’OTAN de la République Fédérale... Ulrike était une des journalistes les plus éminentes à l’époque. Quel tragique, que cette femme a glissé dans le terrorisme... Sa
pensée radicale (pas étonnant !, on pouvait bien désespérer de l’
Allemagne des années 50 et 60 ; dans le premier ministère d’Adenauer en 1949, tu te rends compte !, juste quatre ans après l’effondrement du IIIe Reich, plusieurs nazis étaient encore ministres. Dans les années 60, 90% des dirigeants de la police criminelle étaient d’anciens nazis actifs, et notamment le 3e chancelier de la RFA, Kiesinger, était lui aussi nazi actif. Donc, ces rats bruns ont surgi vite et se sont installés partout...) et son
impatience l’ont mise finalement à proximité de Baader, Ensslin, etc. Elle n’était pas une 68arde...
... Rudi Dutschke leader de la contestation avant l'épisode RAF. C'était une personnalité intéressante. Il avait une vraie pensée et de véritables racines révolutionnaires dans la société allemande. Rien à voir avec Baader & co.
Je me réjouis beaucoup sur ton estimation de Rudi Dutschke. Merci, merci, merci... Qu’on veuille me frapper !, je dis pourtant que Rudi Dutschke, à côté de Willy Brandt, est pionnier et protagoniste le plus important de la Nouvelle
Allemagne, celle
d’après 1968. A la tête de la Ligue des étudiants socialistes (SDS), Rudi Dutschke, fui de la foutu RDA, anime, depuis la rentrée universitaire 1965, une contestation radicale de l’université allemande et de la guerre américaine au
Vietnam. A partir du milieu des années 60, dans le bouillonnement de la contestation berlinoise, Dutschke est le
principal théoricien de l’opposition extraparlementaire (
APO), réponse politique à la grande coalition CDU/SPD qui gouverne entre 1966-69 dont le chef est le nazi Kiesinger. Beaucoup de pionniers de cette APO deviendront, dans les années 70, les animateurs d’un puissant mouvement alternatif et les fondateurs du parti écologiste (les Verts,
Die Grünen). Dutschke est co-fondateur. D’autres choisiront la lutte armée. Dans le journal
Konkret, Ulrike Meinhof écrit, fin avril 1968, son dernier éditorial :
«Puisqu’il est démontré que toutes les manifestations n’ont pu empêcher l’attentat contre Rudi Dutschke, nous pouvons et nous devons nous poser la question de la violence et de la contre-violence [...]. La plaisanterie a assez duré.» Deux ans plus tard, au printemps 1970, Ulrike Meinhof participe, une arme au poing, à la libération de Baader, activiste emprisonné à
Berlin. Après cette opération, acte de naissance de la
Rote Armee Fraktion (RAF, Fraction armée rouge).
Pour comprendre bien les rapports, il faut connaître les événements et ses suites d’un jour particulier : le 2 juin 1967. Lieu : devant l’opéra de
Berlin. La police charge les manifestants qui protestent contre la visite du chah d’
Iran. C’est un déchaînement. Les matraques s’abattent sur les crânes : les étudiants contre les soi-disants
Jubelperser, applaudisseurs iraniens et pro-chah commandés par les services secrets de l’
Iran. Lors de cette chaude soirée de printemps (en double sens), le jeune Benno Ohnesorg, 26 ans, participant pour la première fois à une manifestation, en sandales, est abattu par un policier allemand en civil. Ohnesorg meurt sur place. La photo de son agonie, dans les bras d’une manifestante épouvantée, fera le tour des campus. Inculpé pour homicide involontaire, le policier auteur du coup de feu sera jugé non coupable. Entre les étudiants révoltés et leurs parents, la rupture est consommée...
Jusqu'à ce jour, dans les rues de
Berlin, cette génération invente un nouveau style de contestation : ironique, provocateur et parfois drôle. Après, c'est fini. Les étudiants se radicalisent massivement...
Tu écris
Rien à voir avec Baader & Co.... C’est une question décisive. Oui ou non ?! Dutschke est-il
coresponsable de cette dérive sanglante ?! C’est le gagne-pain de beaucoup d’historiens en
Allemagne. Pas mal d’eux essaient, par tous les moyens et par toute méticulosité, de le présenter comme précurseur de la RAF. Sans réussir effectivement. Pour beaucoup d’anciens soixante-huitards allemands et de beaucoup d’après-soixante-huitards (comme mon humble personne), la question est indécente. Leur Dutschke, c’est le pacifiste qui, après sa convalescence (de l’attentat à lui), s’engagera pour la défense des dissidents en URSS et en RDA. Elevé dans la RDA stalinienne mais nourri de théologie protestante (Salut, chère Anàssa !), formé par la sociologie marxiste de l’Ecole de
Francfort (Adorno, Horkheimer, Marcuse), Dutschke s’est imposé comme le porte-parole d’une génération qui rejetait aussi bien le
« socialisme réel » à la URSS et RDA que le
« réalisme » social-démocrate du SPD, en rupture avec le marxisme depuis Bad Godesberg de 1959.
Rudi Dutschke est irréprochable : un grand Allemand !
Staline - RAF - Pol Pot
Williama, tu mets la RAF sur le même niveau que le terrorisme étatique à la Staline et Pol Pot. Ce n'est pas acceptable. La RAF comptait environ 80 membres actifs, de plus, environ 300 supporteurs actifs. A cette époque-là, environ 40 personnes (= 40 mort de trop car 40 morts absurdes, sans doute !!!) ont été tuées par la RAF, et 20 membres de la RAF ont perdu la vie...
hgb