J'ai eu souvent l'occasion de voyager dans des endroits paumés... en
Russie surtout... dans des lieux si perdus qu'on ne sait plus très bien comment les hommes sont arrivés là la première fois...
Quelques bicoques au milieu de nulle part, deux, trois familles ramassées sur quelques arpents de terre, une nature dense et hostile à laquelle on arrache quelques grammes de civilisation...
Où que je sois allée, j'ai toujours rencontré des hommes, et j'ai toujours fait en sorte de les rencontrer. Des ermites, des sauvages, des gens seuls au milieu de l'immensité du monde... mais des gens, des humains...
Et j'ai toujours eu l'impression que trouver des hommes, c'était retrouver des repères. Où que l'on soit dans le monde, un bus est un bus et inutile de bien connaître un pays pour savoir que pour l'emprunter, il faut payer un billet. Dans certains pays, il faut l'acheter d'avance, dans d'autres, on paye une fois installé à bord. Mais peu importe... ces petites questions pratiques se resolvent vite avec un peu de bon sens et d'observation.
Et où que l'on soit dans le monde, un homme est un homme. Même si on ne parle pas la même langue, même si on n'a ni la même culture, ni les mêmes habitudes, ni les mêmes attitudes... certaines choses restent universelles, malgré les variantes locales...
Alors, chaque fois que je partais seule au milieu de nulle part, j'organisais mes périples avec l'objectif d'arriver toujours quelque part le soir venu. Même s'il ne s'agissait que d'une isba unique plantée au bord d'une rivière, à des centaines de kilomètres de toute autre habitation, il y avait un "quelque part" et il y avait quelqu'un.
Et cela a quelque chose de rassurant de planter sa tente à côté d'autres humains, de savoir qu'il y a quelqu'un. Même si on ne se parle pas, même si je me contente de squatter un bout de pré, le temps d'une nuit... il y a quelqu'un qui connaît, qui vit ici, pour qui ces paysages si nouveaux pour moi, sont le lot quotidien.
Je prépare en ce moment un voyage à travers l'
Asie centrale. Et je me rends compte qu'il me sera parfois difficile d'arriver tous les soirs quelque part, en étant à pied. Sans doute me faudra-t-il m'arrêter entre deux étapes, choisir un endroit où me poser, installer mon bivouac et attendre le lendemain pour repartir.
La solitude ne me fait pas peur. Mais l'idée de planter ma tente, au milieu de nulle part, dans un lieu que je ne connais pas, en étant tout juste capable de repérer sur une carte l'endroit exact où je me trouve, sans savoir ce qui m'attend, ni même ce que je vais trouver au petit matin... je ne sais pas... cela m'inquiète un peu...
Parce que je ne connais pas, parce que je ne suis sûre de rien, parce que je ne sais pas ce qui pourrait arriver, parce que je ne suis pas d'ici, parce que je me renseigne toujours auprès des "locaux" avant de me lancer dans quelque chose en voyage et que là, je n'ai personne à qui demander si l'endroit où je compte m'installer est tranquille ou pas, s'il y a des ours ou des grosses bêtes qui pourraient débarquer (les ours, je crois que c'est ma hantise...), si je risque quelque chose à me poser là...
Je me demandais donc, vous tous voyageurs, trekkeurs et autres aventuriers, pour qui s'installer n'importe où pourvu que l'herbe soit grasse et le ciel étoilé, est une seconde nature... comment faites-vous pour gérer vos bivouacs ? Avez-vous peur parfois ? Etes-vous du genre "on verra bien ce qui arrivera" ? Vous laissez-vous guider par un instinct que vous voudriez infaillible ? Ou faites-vous toujours très attention à tout analyser ? Y a-t-il vraiment des risques à bivouaquer ? Ou est-ce que tout cela, ce sont des angoisses que je me crée toute seule ?
Merci d'avance à tous...
Bardak