D’abord il y a le vieillissement du corps, nous n'y sommes pas tous égaux, mais tu affiches 55 ans c’est jeune. Mais la forme physique et psychique fluctue, certains à 40 ans se sentent vieux d’autres à 80, on les croise encore au bout du monde. L’alpiniste Cassin a grimpé en tête à 78 ans l’une des voies de haute montagne très difficile qu’il avait ouverte des décennies avant.
Peut-être changer ta manière de voyager. Je me suis permis de lire ce que tu écris sur toi, 4 fois le
Canada en stop. Etait-ce avant ? Voyages-tu de façon plus classique, hôtel, accueil dans des lieux pour recevoir les étrangers, donc aménagés aux normes occidentales. On enchaîne des visites de sites réputés où l’on croise pas mal voire beaucoup de monde et l’on retourne dans son logement pour la nuit, conçu pour accueillir les touristes occidentaux. Les repas du soir copieux, les petits-déjeuners pantagruéliques, tout cela peut lasser.
Pour ma part je voyage en partie de cette façon avec mon épouse, car j’aime lui faire plaisir et être avec elle, cependant ce mode de voyage « m’horripile » pour de multiples raisons.
Il m’arrive aussi souvent de partir avec mon vélo ou à pied à travers les montagnes ou des étendues hostiles et désertes pour de longues durées (et absolument pas par manque de moyens financiers). Là le voyage est tout autre, certes on ne va pas visiter les chutes d’Iguaçu. Je suis allé deux fois en
Argentine et je ne les ai pas vues. Tu es dans une autre démarche, autonomie, dormir dehors, contacts autres avec les gens que tu rencontres, même s’il ne faut pas se faire d’illusions nous restons des touristes. Il t’arrivera même d’être en demande d’assistance de ces gens qui vivent de rien ou pas grand-chose, bien évidemment ne pas abuser et à toi de voir le type de dédommagement, car souvent ils refuseront l’argent proposé brutalement.
Bien évidemment cela nécessite un matériel de base qui a un prix pour rester dans « l’humainement supportable » pour les bien nourris que nous sommes. Entre le vélo et tout le reste pour une vraie autonomie à poids supportable, même dans les climats durs, à la louche 3500 euros tu es équipée pour t’affronter à la terre presque entière en vivant en autonomie.
Le voyage à vélo ne nécessite pas une grosse frite ni un entraînement de malade. Je voyage à vélo mais ne fais pratiquement pas de vélo en dehors. Certains ont du mal à le comprendre et me traitent de mystificateur. Mais je connais de nombreux voyageurs à vélo qui en dehors du voyage n'utilisent pratiquement pas leur vélo. D'ailleurs j'ai expérimenté que des gens hyper entraînés après un mois pouvaient tenir moins bien qu'une personne qui avait fait un peu de lard, car dans les voyages"hard" (mais ils ne le sont pas tous), on perd des kilos.
Quand tu commences un voyage, tu restes à l’écoute de ton corps et très vite il évolue, après quelques jours tu augmentes les doses de kilomètres, même si tu commences seulement avec 30 ou 40 par jour, ce que tout le monde peut faire avec un bon vélo, d’autant plus si tu prends l’habitude de démarrer tôt voire au lever du jour. Faire attention comme je l’a dit d’écouter ton corps et de t’hydrater « toujours uriner blanc » et la nourriture très vite tu te rends compte que deux platées de riz ou pâtes par jour suffisent, et en plus on ne s’en lasse pas. Tu sens ton corps se régénérer.
Et sans paraître un mufle, car on ne parle pas d’âge, surtout à une femme, mais 55 ans c’est jeune. Je te mets deux photos de Brigitte, mais j’en connais d’autres, elle a la soixantaine bien dépassée et elle arpente toujours le monde à vélo, souvent en solo, et souvent à travers des endroits mal pavés comme les grands déserts du style Atacama en
Amérique du Sud, qu’elle a traversé 2 fois en solo. Bon, les femmes en solo à vélo au bout du monde, vaste débat, certes il y faut un instinct sûr, mais sujet vite polémique sur VF surtout de la part d’un homme, j’ai déjà subi. Des femmes comme Brigitte ont certes un sixième sens, mais pas obligée de partir seule tout du moins au début.
Peut-être un virage à prendre en matière de manière de voyager et de philosophie de vie. La
France est le plus beau des laboratoires pour aiguiser son expérience de vie en « sauvage », tous les reliefs t‘y invitent.
Ce n’est que ma manière de voir suite à ta question. Mais je précise je n’ai aucune animosité contre aucune manière de voyager, même pas contre les croisières de luxe en Antarctique, puisqu’elles sont autorisées, cependant pour différentes raisons qui me sont personnelles cela ne me tente pas, même si on me l’offrait.
En synthèse j'ai grâce au voyage à vélo découvert le monde, après l'avoir pas mal arpenté par d'autres moyens, sous un autre angle, même des pays hyper touristiques comme le
Laos où je suis resté par moment jusqu'à deux semaines sans voir un occidental. Mais je n'ai rien contre mes semblables!
Deux photos d'une "traverseuse" de déserts en solo, qui m'a dit au cours d'un voyage en commun "Luc je vais t'apprendre à voyager avec des sauvages". Elle avait tout dit.
Luc