| Extension du domaine de la chute Intrankil · 11 novembre 2016 à 22:32 · 2 photos 69 messages · 9 participants · 4 844 affichages | | | | À: Intrankil · 11 juillet 2017 à 21:32 Re: Extension du domaine de la chute Message 21 de 69 · Page 2 de 4 · 1 333 affichages · Partager Ave Nus du Mont (c'est affreux, dites),
Sauf qu’à force de mauvaise foi, que tu vas finir par te faire jeter du Club des Lecteurs Anonymes de Sylvain Tesson
Ainsi j'encourrais une mise à pied du club des LAST? Je serais curieux de voir comment des sans nom signeraient l'exclusion d'un des leurs. Et puis, ce serait faire peu de cas de la promotion permanente de l'auteur que nous assurons ici. Et pas au rabais, on mouille le chiton quand même. Certes, ce n'est pas aussi risqué que de soutenir la victime d'une fatwa mais notre cavalier des steppes ne fait pas l'unanimité. Je pense qu'il est temps de jeter bas les masques et les plumes et de livrer cet avertissement au lecteur qui pourrait penser qu'on marivaude pour le plaisir: nous sommes ici en service commandé (au fait, as-tu perçu ton chèque de juin de la maison d'édition de ST? Relevant ma boite normalisée, j'ai d'abord pensé qu'il s'agissait d'un à-valoir pour mon dernier manuscrit mais j'ai dû me rendre à l'évidence: il m'était retourné dans l'enveloppe, avec le chèque).
J'ai pris connaissance du programme radiophonique de samedi prochain: encore une histoire de batailles de rois et de chevaux creux. Nous savons les dommages causés aux âmes fragiles par ces récits, d'Homère à Coppola. Et si je t'embarquais pour Six-Terre? Après un pâté de mouettes, l'intermittent ressac mis à pied, nous ferions assauts d' Aphorismes sous la lune et, plus tard, dans les herbes.
En attendant, Chevillard: « Qu'y puis-je? Il se trouve -car le réel est amer, ironique, la libellule éphémère et la félicité rare- il se trouve que les personnes les plus bavardes sont aussi celles dont les faits, gestes et opinions ne présentent aucun intérêt. » | | | À: Voyajou · 15 juillet 2017 à 21:45 Re: Extension du domaine de la chute Message 22 de 69 · Page 2 de 4 · 1 266 affichages · Partager « Mais nous sommes là, le nez collé sur l’époque, l’époque et ses écrans qui nous happent, nous absorbent, nous épinglent comme papillons sur liège. Il est rare que nous levions la tête pour prendre un peu de distance, un peu de recul pour essayer de voir ce qui passera dans le futur. »
On dirait du Tesson, mais c’est du Jean-Luc Porquet, journaliste au Canard enchaîné, qui dresse un réquisitoire vibrant contre la grande extinction des espèces animales, la folie et l’irresponsabilité humaine en adressant une Lettre, remuante comme la houle, empreinte de poésie et de beauté, au dernier grand pingouin, disparu il y a un siècle et demi sur une île au large de l’ Islande.
Il m’a fallu débarquer à la page 119 pour qu’une météorite me tombe sur le coin du crâne, piger que le pingouin avait bel et bien disparu et que l’auteur n’avait pas fumé d’algues : « C’est curieux : tout le monde croit que tu existes encore. Il y a des pingouins partout, dans les dessins animés, les livres, les chansons. La raison en est qu’on confond pingouins et manchots. Confusion facilitée par le fait que les Anglais désignent ces derniers par penguin. Il est vrai que vous vous ressemblez : vêtus de noir et blanc, les manchots se dandinent comme toi sur deux pattes, portent un long bec, deux moignons d’ailes. Vous vous ressemblez mais n’avez rien à voir ».
C’est une lecture glaçante comme l’Arctique mais légère comme une plume. Je l’ai terminée aujourd’hui, à la fine pointe de l’aube, alors que la vitre n’était que brume et buée... Merci à mon vénérable libraire de m’avoir collé ce bouquin dans les palmes.
Lettre au dernier grand pingouin, Jean-Luc Porquet (chez Verticales) | | | À: Voyajou · 12 septembre 2017 à 20:01 Re: Extension du domaine de la chute Message 23 de 69 · Page 2 de 4 · 1 189 affichages · Partager Psst... Y’avait du beau monde à Nancy ce weekend pour Le livre sur la Place. Rufin, dont tu m’as dit être un lecteur fidèle, président de l’événement, teint hâlé au sortir de l’été, sourire tout en retenue. Rolin (Olivier de son prénom...). Et figure-toi que j’ai cru défaillir au moment où j’ai croisé le regard limpide et intense comme des lacs d’altitude de... Sylvain Tesson himself !
Il a bien fallu un sandwich brie-beurre-moutardé pour me remettre et Orhan Pamuk en guise de dessert, qui était sur la scène de l’Opéra pour parler de son dernier roman Cette étrange chose en moi et répondre aux questions de Christophe Ono-dit-Biot avec une drôlerie et une décontraction éblouissantes.
Ono-dit-Biot a enchainé dans la foulée dimanche aprem avec l’interview de... Ian McEwan (yes !) pour la sortie de Dans une coque de noix qui n’est certes pas mon opus préféré, bien que déjanté et loufoque à souhait. | | | À: Intrankil · 14 septembre 2017 à 21:12 Re: Extension du domaine de la chute Message 24 de 69 · Page 2 de 4 · 1 146 affichages · Partager Va, je ne t'envie point. (Pour le sandwich, un peu quand même) Tu sais que je refuse obstinément, et malgré leur insistance, de rencontrer physiquement les écrivains ou même de les entendre. Et plus encore ceux que j'apprécie. Nul besoin de médium (même une fine feuille) entre le livre et le lecteur. Sans compter les périls. Ai-je besoin de rencontrer le charcutier créauteur de cette sublime terrine -alors même que je pourrais en obtenir la recette?
Psst! As-tu lu dans son regard la réponse à ta question initiale: « Merde, à quand un vrai grand roman de Tesson?! » ? PS. Pas une auteure à cette foire au livre? Ces barbons de l'édition ignorent-ils qu'il n'y a plus de lecteurs que lectrices? Quid du femvertising ? Faut-il en référer à Schiappa? Et à quoi sert d'avoir une éditrice Ministresse de la Culture? PS2. En cette rentrée, Le Monde perd un actionnaire et un critique littéraire. Les actions du premier sont bien vite reprises par ses associés tandis que cessent les obligations du second, pourtant irremplaçable. De ses six années de contributions au Monde des livres, il a tiré Défense de Prosper Brouillon qui s'annonce féroce (parution ce jour).
« J'ai choisi de ne pas me montrer à la télévision et de limiter au maximum mes apparitions publiques. Mes livres et ma renommée auraient grandement profité pourtant de la réclame de mon seul visage, de l'harmonie délicate et sévère de ses traits, de cette ardeur inquiète de mon regard, de la tendre ironie de mon sourire. Je n'ai pas voulu de cette facilité » E.C. (qui me prie de ne plus le citer au motif qu'il aurait doublé ses ventes -49 en août- et qu'il n'arrive pas à suivre). | | | À: Voyajou · 15 septembre 2017 à 21:21 Re: Extension du domaine de la chute Message 25 de 69 · Page 2 de 4 · 1 117 affichages · Partager Ne me dis pas que tu vas laisser des dizaines de Voyajouettes sur le carreau quand elles créeront l'émeute en te demandant d’apposer ta belle signature au bas d’un carnet de voyages africain.
Le plus excitant pour les auteurs n’est sûrement pas de camper derrière une pile de livres en attendant de risquer l’entorse du poignet à l’heure de pointe (« à Jennifer... » etc.)
Les échanges autour des tables rondes et autres interviews radio, en public etc. sont vivantes, spontanées et intéressantes. J’ignore si les auteurs sont payés pour ça. Tant mieux si c’est le cas, vu la précarité de certains...
Pour le lecteur, je vois en tout cas aucune raison de se priver de rencontres enrichissantes, à moins de placer une star de l’azerty sur un indéboulonnable piédestal.
Pour répondre à ta question, il y avait des auteureuh évidemment. A commencer par la tête à claques au grand chapeau noir...
Et des pti’ts nouveaux. Thomas Flahaut par exemple. J’ai embarqué son premier roman « Ostwald » (Editions de l’Olivier) mais, reprise du taf oblige, je ne peux hélas encore rien t’en dire. | | | À: Intrankil · 16 septembre 2017 à 11:39 Re: Extension du domaine de la chute Message 26 de 69 · Page 2 de 4 · 1 093 affichages · Partager Foin de littérature, parlons d'agriculture: Biot dit No!
Le Biot est une petite commune sise au sud de Vacheresse et à l'ouest d'Abondance, dans une corne que la France enfonce mollement au flanc suisse. Des Anglais y détiennent une dizaine de résidences secondaires et s'étaient plaints de la gène provoquée par le tintement incessant des clarines dont sont affublées les Abondances, placides mais toujours en mouvement bien qu'encloses. Quel taon les a donc piqués!? Une pétition de soutien aux cloches mise en ligne sur le très sérieux (?) site Change.org a recueilli en quelques jours près de cent mille signatures à travers le monde pour que rien ne change. Le virus de la vache folle, c'est du p'tit lait à côté.
Tournier, le maire du Biot au nom d'écrivain, qui s'y connaît en vie sauvage a tranché vendredi: les vaches de la commune conserveront leurs clarines.
Et pourquoi pas faire taire nos coqs et nos frogs!? Messieurs les Anglais, tirez... vous.
Je t'épargne le carillon au bénéfice du boucan existentiel d'Ono.
| | | À: Voyajou · 17 septembre 2017 à 12:15 Re: Extension du domaine de la chute Message 27 de 69 · Page 2 de 4 · 1 036 affichages · Partager Entre la pétition et la décision il y a eu...
Vendredi 8 septembre, vers 21h, la route qui remonte d'Abondance vers le col du Corbier, à la station de Drouzin le Mont déserte en cette fin d'été, est étrangement chargée.
Pourtant arrivés là-haut tout est sombre et silencieux... dans ces chalets accrochés à la montagne les vacances sont terminées, les volets sont clos. Seules quelques lumières trouent l'obscurité, celles de la poignée de résidents à l'année. Un ultime virage en lacet serré, une dernière manoeuvre délicate... et la voiture est garée. Juste à temps.
Un bruit sourd qui monte et s'amplifie en formidable vacarme, un tintamarre bourdonnant de cloches et de grelots, de clarines, de clochettes, sonnailles et toupins... un charivari du tonnerre, un boucan à décorner les vaches... Les vaches ? Point de vaches dans le joyeux et tonitruant bordel en contrebas sous nos pieds... mais leurs propriétaires, voisins et fermiers, affublés des ornements de leurs indésirables compagnes, venus offrir un concert vachard à la poignée de pétitionnaires -10 couples donc 20 signatures, and not only british...- agacés, agressés, dépassés par l' Abondance de clarines des tarines. Fols égarés qui aux vaches kyrie eleison (mais sans aucune pitié, Seigneur !) souhaitent la mort.
Citadins contre ruraux, travailleurs contre fainéants, traditions contre néos, bobos... vieille et éternelle histoire. ESB... ien raisonnable ?
N'eût-il pas mieux valu encore, plus qu'à tout cela... Croire au merveilleux ? | | | À: Intrankil · 20 mai 2018 à 21:51 Re: Extension du domaine de la chute Message 28 de 69 · Page 2 de 4 · 905 affichages · Partager Je te rassure, mouettes et ressac sont encore au rendez-vous.
Je pensais tenir enfin la possibilité d'Ithaque puisque les causeries radiophoniques de Tesson, diffusées l'été passé, infusent en livre. Tu sais quoi!? L'éditeur a installé une puce et un haut parleur dans la couverture! Au reste, l'auteur soi-même nous avertit en quatrième: « N'entendez-vous pas la musique des ressacs en ouvrant ces deux livres?»Du vent! Tu tournes la page, elle claque comme une voile mal étarquée. Et toujours le susurrement de ces satanées sirènes. On se croirait à Cythère où naquit Aphrodite.
Dans L'Iliade et l'Odyssée tout aurait été dit des caractères humains et leur lecture remplacerait avantageusement celle des quotidiens. C'est un peu tirer les vers du nez au poème. Et Tesson ne se prive pas d'en chaluter des tonnes au service de ses vues, quitte à les tordre un peu.
Un été avec Homère Sylvain Tesson . Equateurs | | | À: Voyajou · 21 mai 2018 à 21:13 Re: Extension du domaine de la chute Message 29 de 69 · Page 2 de 4 · 870 affichages · Partager Tu sais quoi!? L'éditeur a installé une puce et un haut parleur dans la couverture! Au reste, l'auteur soi-même nous avertit en quatrième: [« N'entendez-vous pas la musique des ressacs en ouvrant ces deux livres?»
Nom d’un coton tige, j’ignorais que la lecture pouvait provoquer des acouphènes.
Un été avec Homère trône sur le haut de la pile en attente depuis que j’ai vu Tesson interviewé à La Grande Librairie et par Adéle Van Reeth dans Livres & vous.
Comme on se dit tout, je te dois une confession : Tesson, avec sa gueule asymétrique à la Picasso, me plait de plus en plus. Il a pris de la bouteille, ça lui va bien. Et que je te cite Jankélévitch comme d’autres causent brushing ou météo.
Taillé dans le même bois, et dans le genre frappadingue qui trouve que l’air n’est respirable qu’à partir de 4000 mètres, il y Cédric Gras dont je viens de finir Saisons du voyage, un ouvrage dans lequel l’auteur nous livre plus de réflexions philosophiques sur le Voyage que de souvenirs de ses pérégrinations. Le gaillard est non seulement beau gosse, bâti comme un bûcheron sibérien, mais il a la tête bien faite et son écriture est très belle, ciselée comme la dentelle des crêtes qu’il pratique.
Cédric Gras nous confie qu’il commence à en avoir ras les raquettes d’arpenter les coins les plus reculés de la planète, qui d’une part sont déjà déflorés, et pour s’entendre dire en prime que s’il y était venu un demi-siècle plus tôt, il aurait vu ce qu’il aurait vu, que c’était tout de même autre chose... A qui la faute : « Nos pères ont brulé la chandelle par tous les bouts de la terre. Ils ont fait flamber la planète ». Prends ça dans le râtelier, toi le Christophe Colomb du Parc Krüger (ocv).
Ceci dit, un peu plus de légèreté et d’humour ne nuiraient pas au bazar, mais il est bon - surtout pour mézigue de plus en plus sujette au vertige - de prendre un peu de hauteur, au sens propre comme au figuré (« Longtemps, je n’ai connu de mers que de nuages, cotonneux paradis, immaculés et sages ») tout en étant confortablement amarrée dans un fauteuil.
Parallèlement à cette lecture que je recommande vivement, j’ai suivi un autre voyageur dans des tribulations d’un genre différent. Il s’agit du journal de voyage de l’intellectuel et romancier irano-allemand Navid Kermani qui a enprunté, non pas la route des vins, mais la route de l’hémoglobine ou - traduit littéralement - la route des tombeaux, en partant de sa ville natale ( Cologne) jusqu'aux États baltes et de là, vers le sud à travers le Caucase jusqu'à Ispahan, la ville que ses parents ont quittée il y a soixante ans.
Le savais-tu ? Il y a un office du tourisme à Grozny.
C’est pas la lecture la plus hilarante qui soit, mais on voyage dans le passé au gré des guerres, des fractures, des catastrophes naturelles et autres cataclysmes caractéristiques de la région sans pour autant se finir aux anxiolytiques ou se flinguer. On croise aussi bien Pouchkine, Svetlana Alexievich que des personnes engagées en politique, des scientifiques, des artistes, des jeunes désœuvrés, des gardes-frontières, des anciens qui évoquent leur histoire tout en égrenant leur chapelet. J’en prends pour exemple cette mamie, d’origine juive mais qui dit n’avoir quasiment jamais mis un pied dans une synagogue, installée en Lituanie après avoir fui la Pologne, et qui non contente d’échapper de peu à l’extermination allemande (libérée avec les autres femmes du camp par un bel officier autrichien humaniste) s’est vue expédiée pour dix ans aux confins de la Sibérie, dans un village de vacances sûrement tout aussi confortable que ceux de la concurrence nazie, sous prétexte qu’on ne peut échapper aux Nazis que si on est une espionne et qui en rentrant - après avoir laissé son dentier sur place car l’insouciante avait oublié de se faire vacciner contre le scorbut avant son départ – s’est battue de toutes ses forces pour être réhabilitée, car on peut supposer qu’une fois cataloguée « traite à la patrie » dans l’ex URSS, il y avait peu de chances de trouver un job où les opportunités d’évoluer et de faire carrière se bousculent. La mamie a touché durant un temps un genre de parachute doré, à savoir un dédommagement reversé par le gouvernement allemand sous forme de pension, jusqu’à ce que ce dernier se ravise en arguant que si elle en était arrivée à ce stade de la mouise, c’était au gouvernement soviétique qui l’avait enfermée dans ses propres geôles qu’en incombait la responsabilité et non à cette crevure d’Hitler... La mamie, à ce qu’il paraît, allait vaillamment sur ses 95 balais au moment de la rédaction du livre. Elle a survécu à Staline, Khrouchtchev, Brejnev et toute une brochette de vieux décatis jusqu’à Gorbatchev puis Poutine, ce qui nous porte à penser en conclusion que le refus de se faire vacciner n’est pas obligatoirement nuisible pour la santé.
Le titre du bouquin (dont je n’ai pas terminé la lecture) est Entlang den Gräben. Eine Reise durch das östliche Europa bis nach Isfahan. Pas encore traduit que je sache, mais avec un peu de patience...
Sinon. Départ en fin de semaine pour quelques jours de crapahute en Auvergne. J’essaierai de te répondre sur l’autre ligne d’ici là.
Extrait de Saisons du voyage de Cédric Gras (Stock) :
Écrire c’est la conclusion du voyage, une manière de s’en débarrasser en le refourguant aux autres. On se raconte son histoire pour mieux la digérer. On reprend le déroulé parfois des décennies après. Pour ne pas affliger le lecteur, on fait des impasses, on met bout à bout les fulgurances, on recolle l’archipel du bonheur en enfilant les quelques perles de ses tribulations.
(...)
Quels enseignements tire-t-on des voyages ? Quelques rudiments de climatologie - géographie des nuages et des vents – sous un ciel qui vous concerne à plein temps et vous inflige ses diagrammes de précipitations ou ses courbes de Celsius (...) Que l’idéal n’ a rien à voir avec la perfection. Que, en Russie, on accroche encore une étoile rouge en haut des sapins au Nouvel an. Mille choses. | | | À: Intrankil · 7 août 2018 à 19:09 Re: Extension du domaine de la chute Message 30 de 69 · Page 2 de 4 · 745 affichages · Partager J'avais remarqué Gras en rayon et l'y avais laissé. Je le tenais pour un bébé Tesson depuis la lecture de Berezina. J'ai suivi par le passé un conseil de lecture du stégophile avant sa chute, une auteure qu'il avait adoubé – il a désormais l'âge et le statut d'un parrain. La femme est belle et les titres des invites: Éloge du désert, Éloge du désir, Pourquoi pas le silence, Manifeste vagabond. Mais, comment dire, c'est un peu maigre. Et maintenant il faudrait lire Cédric Gras? Je sors à grand peine d'une navigation au ras de flots furieux et il faudrait s'attaquer aux cimes? Nul doute que ma pression artérielle souffrirait d'un changement aussi radical. Et ne serait-ce pas aller de Charybde en Scylla? ../...
Finalement, j'ai suivi ton conseil et lu Saisons du voyage, malgré la quatrième annonçant « Cédric Gras interroge le voyage ». (La réponse du voyage se fait attendre). Si parfois, surplombant le vide, il trace des arabesques virtuoses, le plus souvent, les doigts gelés ou l'esprit gourd, il nous accable de gaucherie. Au total, une lecture indigeste. J'avais pourtant avalé à titre préventif une solution de Jourde ( La littérature sans estomac); au sortir, on m'a prescrit quelques bouffées de Gracq ( La littérature à l'estomac). Le relisant à petites doses, ça passe mieux sans plus d'appétit. ../...
Dans la dernière livraison de Télérama, un dossier intitulé Partir, ouvert par une longue interview de S.Tesson. Quatre pages un peu vides, qui auraient pu rester blanches -nous sommes loin des aphorismes. Sans doute cette vacuité est-elle la conséquence de l'abus d'esquive sur les sujets clivants de l'époque: tourisme de masse, migrations noires massives, impact écologique de la mobilité frénétique. On dirait un commerçant qui ne veut pas fâcher le chaland.
Puis de se dédouaner d'un «... je paie tout de même mon écot à la vertu écologique en ne me reproduisant pas. Au moins aurais-je fait ça de ma vie. » Voilà une compensation carbone originale mais pas moins fumiste que l'autre. | | | À: Voyajou · 7 août 2018 à 21:56 Re: Extension du domaine de la chute Message 31 de 69 · Page 2 de 4 · 713 affichages · Partager Et maintenant il faudrait lire Cédric Gras?
Voilà un bail que je n’ai plus parcouru les bavardages de Télérama. Je le feuilletais avec plaisir quand de retour à la casa lyonnaise, je le trouvais échoué dans un coin de la cuisine. Ne peux donc en l’occurrence partager ton jugement quant au funambulisme de Tesson... Ce que je peux dire, c’est que Berezina m’a filé de l’urticaire.
En revanche, oui, c’est bien ça, Cédric Gras interroge le voyage. Il pose les questions au ralenti, au rythme de pudeurs qu’il trimbale comme des impossibilités... quand il espèrerait de sincères questionnements. Il est lucide, sait que le voyage transcende, mais aussi qu’il use, fatigue, abime, peut aussi détruire, que le voyageur ne fait que passer, que tout ce qu’il veut faire a déjà été fait. Alors voilà, se pose la question de comment va le voyage. Rien de plus. C'est mal ? Zéro niveau de comparaison avec Jourde ou Gracq... Pour ma part, je continue à le suivre. C’est son sens des mots qui m’enchante le plus. Ben oui. | | | À: Intrankil · 7 août 2018 à 22:24 Re: Extension du domaine de la chute Message 32 de 69 · Page 2 de 4 · 700 affichages · Partager J'ai un peu de mal avec les écrivains voyageurs d'aujourd'hui mais ta présentation de Cédric Gras m'a interpellée. J'ai donc copié sur Voyajou. Sur le dessus de la-pile-des-livres-à-lire j'ai posé Le Nord, c'est l'Est. Le Nord céleste ? Une balade dans les territoires sibériens me tente bien par les temps qui courent. Fait si chaud ! Et puis l'attirance de Gras pour les coins paumés de Russie me rappelle le Rolin. Je te ferai un retour. | | | À: Mariecurry · 8 août 2018 à 22:16 Re: Extension du domaine de la chute Message 33 de 69 · Page 2 de 4 · 657 affichages · Partager Mouais, j’suis déconfite de constater à quel point Voyajou n’a pas accroché au bouquin. Encore une fois, c’est son sens des mots plus que son sens de l’orientation qui m’a séduite. Je compte sur toi pour me donner ton avis. On est toutefois à des encablures de la mélancolique ironie et des états d’âme de Rolin.
Quant au sommet de la mienne de pile - qui tourdepise fortement – y’a dans la famille des Gras écrivains voyageurs Julien Blanc-Gras avec Briser la glace (Un Lévi-Strauss goguenard selon le quatrième de couverture...).
Sinon et pour conclure, une lecture à te recommander vivement. Il s’agit de Seiobo est descendue sur terre de l’auteur hongrois au nom qui n’est prononçable que quand on a abusé du Tokay et à la plume opulente et majestueuse, Laszlo Krasznahorkai, un recueil de nouvelles qui a pour fil conducteur le rapport de l’homme à l’art, tel que par exemple l’assaut de sites touristiques et d’œuvres d’art par des hordes de touristes.
Une de mes nouvelles favorites est celle d’un lambda qui réalise enfin le rêve de sa vie, grimper sur l’Acropole à Athènes, mais la réverbération du marbre est si aveuglante qu’il redescend désenchanté sans n’avoir rien perçu de la magie du temple...
Ou encore, moi qui ai l’oreille aussi musicale qu’une enclume, j’ai adoré la nouvelle intitulée Passion personnelle. En une seule, longue et méandreuse phrase, on assiste à la surréaliste conférence d'un architecte entré en musique baroque comme on entre en religion et qui évoque de façon complètement enflammée, à la limite de l'illumination (même pas à la limite, bien au-delà de ça en fait) sa passion devant un parterre réduit et pour le moins incrédule.
Au plaisir. | | | À: Intrankil · 9 août 2018 à 19:05 Re: Extension du domaine de la chute Message 34 de 69 · Page 2 de 4 · 617 affichages · Partager Mouais, j’suis déconfite de constater à quel point Voyajou n’a pas accroché au bouquin.
Moi qui suis confit en dévotion, imagine ma contrition face à ta déconfiture. (Tiens, on dirait du mauvais Gras qui ferait de la... Cellulite. Hum!)
Je pense que j'ai abordé ce livre par la mauvaise face. D'abord, je n'étais pas emballé par ce qui ressemblait à un bilan désabusé: à trente-cinq ans, n'est-pas un peu tôt? Surtout, j'étais indisposé par cette idée qu'il n'y aurait plus rien à découvrir et, partant, plus rien à faire. Qu'après Ella et Alexandra l'Asie aurait disparu et qu'après Amundsen et les Vikings les océans seraient vides. Comme si, au motif que tous les sentiments humains et leurs manifestations ont déjà été déflorés, on devrait rester de pierre. D'où vient cette frustration de ne pas être le premier? En classe, ce serait celle d'un cancre ou, à tout le moins, d'un second couteau.
Nul doute que Le nord c'est l'est qui semble être la relation d'une pérégrination éblouie de village en village n'aurait pas, à mes yeux, le même travers.
Changer de Gras devrait te redonner le sourire. De Julien Blanc-Gras j'ai lu In utero, journal de grossesse d'un père -me suis bien bidonné-, Paradis (avant liquidation) qui traite de la montée des eaux (encore) et Touriste: « Certains veulent faire de leur vie une œuvre d'art, je compte en faire un long voyage. Je n'ai pas l'intention de me proclamer explorateur. Je ne veux ni conquérir les sommets vertigineux, ni braver les déserts infernaux. Je ne suis pas aussi exigeant. Touriste, ça me suffit. »
Humour, ironie, ce qu'il faut de cynisme -l'époque le mérite-, la plume comme une griffe, des qualités qu'on retrouve chez Nicolas Fargues, un autre beau ténébreux (ce qui ne te gâchera rien).
P.S. M'en vais confire des citrons en prévision d'un tagine. Va savoir pourquoi, ce plat m'évoque Tangerine Dream.
| | | À: Voyajou · 10 août 2018 à 22:00 Re: Extension du domaine de la chute Message 35 de 69 · Page 2 de 4 · 572 affichages · Partager Je pense que j'ai abordé ce livre par la mauvaise face. D'abord, je n'étais pas emballé par ce qui ressemblait à un bilan désabusé: à trente-cinq ans, n'est-pas un peu tôt? Surtout, j'étais indisposé par cette idée qu'il n'y aurait plus rien à découvrir et, partant, plus rien à faire. Qu'après Ella et Alexandra l'Asie aurait disparu et qu'après Amundsen et les Vikings les océans seraient vides. Comme si, au motif que tous les sentiments humains et leurs manifestations ont déjà été déflorés, on devrait rester de pierre. D'où vient cette frustration de ne pas être le premier? En classe, ce serait celle d'un cancre ou, à tout le moins, d'un second couteau.
Désabusé à 35 piges ? Pas du tout. Au pire nostalgique. Gras dresse un constat. Pas un réquisitoire. "Si le voyage c’est celui qu’on fait parmi les hommes, pas celui de la cartographie, il est éternel..." Tu vois qu’on a même affaire à un positiviste, un virtuose du stoïcisme ! Le jeune "poète tout-terrain" - on ne peut pas lui en tenir rigueur - n’a pas connu cette période de l’Aventure onirique des Alexandra David Neel, Ella Maillart etc. Au mieux, il leur emboite le pas (genre dans Berezina). "Partir c'est rompre". Se jeter dans le wagon d’un train est censé le libérer. Mais de quoi ? C’est ça l’objet de sa réflexion. Pas la frustration ! Je trouve moi que c’est un très beau bouquin, poétique, sur la fuite, le silence, la solitude délibérée (pourvu que dans son cas, elle ne soit pas azurée mais enneigée et suspendue au-dessus du vide). Une solitude telle, que seuls les mots peuvent faire revivre l’autre. Lire entre les lignes que quitter nulle-part pour aller ailleurs, c’est se poser la question du retour. Je le trouve à un tel point prometteur, Cédric Gras, que j’le crois capable d’écrire un recueil de poèmes sur la solitude des géographies et des paysages... quand personne n’y sera plus.
PS. "Il ne faudrait jamais arriver" A signaler à propos de poète tout-terrain et des bas-fonds : un chouette rendez-vous radio, Le temps d’un Bivouac sur France Inter du lundi au jeudi à 17h. A réécouter l’émission sur Blaise Cendrars. Et celle sur Brel. | | | À: Intrankil · 11 août 2018 à 8:56 · Modifié le 11 août 2018 à 9:12 Re: Extension du domaine de la chute Message 36 de 69 · Page 2 de 4 · 548 affichages · Partager Le titre du bouquin (dont je n’ai pas terminé la lecture) est Entlang den Gräben. Eine Reise durch das östliche Europa bis nach Isfahan.
Bonjour,
Du bist ja mal wieder kräftig am Lesen...
Navid Kermani un écrivain-voyageur ?! Tu n’y passes pas... Sachant qu‘ Entlang den Gräben était le produit d’un écrivain-voyageur, je ne l’aurais certainement pas lu.
Navid Kermani, tu sais, le Lieblingsmuslim (musulman favori) des Allemands, a voyagé au nom du magazine DER SPIEGEL à travers l' Europe de l'Est (la Pologne, la Lituanie, la Biélorussie, l'Ukraïne, Moscou* et la Crimée), puis à travers le Caucase pour se rendre en Iran. D’ailleurs, le sous-titre Eine Reise durch das östliche Europa bis nach Isfahan est à proprement parler un petit emballage trompeur : dans le livre, Kermani a résumé quatre voyages en un seul parcours et l’a divisé selon les jours, de sorte qu’un seul voyage de 54 jours résulte sur papier. Peut-être marginal et certainement pas une raison pour condamner le tout mais pourquoi donner aux lecteurs/lectrices l’impression d’un seul grand voyage ?! Un peu louche, n’est-ce pas ?!
Le voyage est très bien organisé : l’auteur rencontre partout des gens avec qui la rencontre est réglée au préalable. Et à l’inverse, Kermani y est bien préparé et a toujours les connaissances nécessaires dans ses bagages pour parler à ses interlocuteurs retenus (intellectuels, créateurs culturels, représentants d’ONG, etc. etc.) au niveau des yeux. Vive le casting !
Mais toute excellente logistique a aussi un revers, surtout au niveau de l’essence d’un voyage : on ne trouve rien (ou peu) d’inattendu. Ainsi, on ne dépasse pas tant de fois le niveau d’un journalisme très solide...
A ne pas renoncer à deux passages qui m’ont beaucoup époustouflé, d’une manière ou d’une autre :
Dans une nécropole (j’ai trouvé ce mot pour " Gräberfeld", c’est correct ?!) sur la Crimée, " entlang eines Fußpfades" (pourquoi ici enfin le génitif tandis qu’il utilise dans le titre Entlang den Gräben le datif ?! Peu compréhensible), des stèles de granit sont densément alignées, pourvues de noms et dates gravés de deux côtés, et comme un coup de tonnerre, Kermani commence à comprendre, " wie schön deutsche Namen eigentlich sind : Heinrich, Johann, Albert, Nikolaus, Bruno, August, Fritz, Max, Georg, Matthias, Andreas, Berthold, August [deux fois sic !] , Ernst, Valentin. Welcher Reichtum darin liegt, dass jedes Volk seine eigenen Namen hat, wird einem vielleicht erst in einem melting pot wie der Krim richtig bewußt." (p.161) Comment écrire une telle idiotie ?! Une seule fois spontané et déjà de la m...e ! Heinrich un beau prénom ?! Ou August ?! Vraiment ?! Seul quelqu’un qui ne s’appelle pas ainsi, peut dire ça. Si mes parents me baptisaient Heinrich ou August, je ne le leur avais jamais pardonné, c’est sûr. Je me rappelle bien : encore enfants, nous nous y sommes déjà bidonnés. Mais bon, des goûts et des couleurs on ne dispute point. Et pourtant mon humble question : Pourquoi, en prime dans une nécropole, un tel enthousiasme débordé pour la culture allemande... ?! Moi, j’aurais honte ! Ici, un Allemand (à des parents issus de l’immigration) veut-il être même plus allemand qu’allemand pour compenser un "défaut" (négligeable) ?! Si, que c’est niais...
As-tu déjà entendu parler du " Gotenland-Projekt" ?! Sur la Crimée, les nazis voulaient restaurer un " Reich der Goten" (p.149), ou, pour utiliser le jargon nazi, un " Gotengau" avec les villes de Theoderichhafen (Sewastopol) et Gotenburg (Simferopol). Et même un peuple pour la germanisation de la Crimée avait déjà été élu (ou envisagé) : à peine croyable, les Tyroliens du Sud devenus un problème pour Hitler et les nazis. De plus, une " Reichsautobahn" à quatre voies devrait relier Berlin à la Crimée pour que ces bêtes féroces profitaient du climat méditérrané de la Crimée (surtout à son côté sud) : " the Gotengau , or ‘Goth District’, because Aryan ancestors once inhabited it, the Crimea to Nazi leaders would become the site of new Rivieras and Monte Carlos, a German Hollywood, and a paradise for retired German soldier-settlers."**
En vrai, les Goths de Crimée n’étaient qu’une des nombreuses ethnies s’installant sur la Crimée, mais utiles pour l’idéologie nazie, " die Herrschaft über die Krim eine Episode deutscher Geschichte, die in Deutschland selbst so gut wie vergessen ist." (p.150) En fait, complètement oublié... Mais qui ont payé chers pour ces plans diaboliques, monstrueux ?! Les Tatars de Crimée...
Malgré tout, je recommande la lecture de ce livre : on peut apprendre beaucoup, surtout si l’on a si peu de connaissances sur l’ Europe de l’Est comme moi (sur ce point, je suis un Allemand typique). Les régions visitées sont, presque sans exception, des régions dévastées et marquées par une guerre mondiale, par une ou plusieurs guerres contre la propre population, par des épurations ethniques et expulsions. Les crimes contre l’humanité d’Hitler et de Staline accompagnent le lecteur et la lectrice sans arrêt, non seulement que l’auteur visite consciemment les monuments commémoratifs, les musées et cimetières pertinents. Mais même le lecteur le plus attentif est souvent en train de bourdonner avec cette énorme quantité de catastrophes, souffrances et crimes, fosses communes et survivants etc. etc. etc. Au vue de l’abondance de ce qui est vu et entendu, noté et mis sur papier par l’auteur, on peut parfois perdre la vue d’ensemble... Et, de temps à autre, la fixation d’un pays, d’une région sur ses souffrances et misères qui ignore toute évolution positive, m’est un peu trop : certes, on ne peut pas comprendre une région sans ses souffrances et misères, mais, à l’inverse, réduire seulement une région à elles ne l’explique pas non plus...
La diversité qui existait autrefois et que cherche l’auteur à élucider, a disparu un peu partout. En outre, il y a la monoculture de la mondialisation ayant installé les chaînes internationales bien connues dans les métropoles de l’Europe la plus à l’Est. Le propre, l’autochtone disparaît peu à peu, jusqu’à la cuisine régionale... Mais ce n’est pas nécessairement une hyper-nouvelle découverte qui sidère...
A la fin de son voyage (et de son livre), l’auteur croit toujours à l’idée européenne, aujourd’hui plus que jamais : l’unité, mais dans le respect de la particularité de l’Autre : " So viel für die europäische Einigung spricht, so schwierig die Lebensverhältnisse und politischen Zustände nach Osten und Süden werden, hat es doch auch etwas Schönes, wenn Grenzen noch Grenzen sind und es einen Unterschied macht, ob man diesseits oder jenseits ist, einen wirklichen Unterschied nicht nur der Sprache, sondern der Systeme, Lebensweisen, Kulturen und Erfahrungen, wie es ihn so tiefgreifend innerhalb der Europäischen Union nicht mehr gibt und nicht einmal innerhalb des Westens insgesamt. Nur offen müssen die Grenzen sein, sonst lernt man die Unterschiede gar nicht kennen und also auch nicht sich selbst." (p.346)
Je recommande aussi à lire Schöner neuer Orient. Berichte von Städten und Kriegen (2003). Kermani est spécialiste de l’Orient, un vrai connaisseur du sujet donc (contrairement à tous ces funestres "experts" aux chaînes de télé qui sortent de leurs trous après chaque attaque terroriste).
Beau week-end à toi.
*L’auteur a dû voler à Moscou pour parvenir à la Crimée annexée (p.145). **Baranowski, Shelley (2011). Nazi Empire : German Colonialism and Imperialism from Bismarck to Hitler. Cambridge University Press. Image attachée: | | | À: Taamaden · 11 août 2018 à 22:44 Re: Extension du domaine de la chute Message 37 de 69 · Page 2 de 4 · 523 affichages · Partager Le titre du bouquin (dont je n’ai pas terminé la lecture) est Entlang den Gräben. Eine Reise durch das östliche Europa bis nach Isfahan.
Bonjour,
Du bist ja mal wieder kräftig am Lesen...
Navid Kermani un écrivain-voyageur ?! Tu n’y passes pas... Sachant qu‘ Entlang den Gräben était le produit d’un écrivain-voyageur, je ne l’aurais certainement pas lu.
Lieber Herbert, na, immer noch so lakonisch wie immer? Tu prendrais pas goût aux smarties goût citron, dis-moi. Ça me fait plaisir de te lire, merci pour ton commentaire argumenté. Pis tu fais ça de façon très professionnelle, avec en pièce jointe la photo des ouvrages cités et tout et tout...
Ecrivains voyageurs n’est pas un gros mot Il semblerait effectivement qu’il soit de bon ton de décrier sur ce forum les appartenant à la tribu des écrivains voyageurs qui sont pris avec des pincettes, mis entre guillemets, voués à l’italique... Ce qui est assez peu surprenant au regard de l’engouement pour les albums photos aux légendes acidulées qui envahissent les rayonnages des Carnets de voyage (descriptions de souvenirs mémorables, reportages, comptes rendus de voyages, etc). Heureusement que quelques dinosaures résistent : les Voyagou, LucBertrand, Marien33 & Co. (et j’en oublie) qui songent à donner à leurs textes des signes de vie, et qui nous donnent envie de lire, d’écrire ou de partir.
Ici c’est toujours ailleurs... Étant tombée très jeune dans la marmite des récits de voyage, je revendique haut et fort mon enthousiasme pour cette littérature. La grande crevasse, Premier de cordée. Frison-Roche en a été l’initiateur. Puis mon horizon s’est déverticalisé pour s’étendre vers la Patagonie avec Bruce Chatwin ou l’Afrique avec Matthiessen. Quand ma mère me demandait « tes sœurs ont fini Les Hauts de Hurlevent, tu veux le lire ? », je refusais en prétextant qu’il me fallait aller faire un tour du côté de Lhassa avec Alexandra David-Néel avant de repartir pour Bornéo avec Raymond O’Hanlon.
Ikea pour les nulsJ’aimerais décloisonner le concept. Et que je te vire l’isolation qui va avec. A mes yeux un Tesson est autant écrivain voyageur qu’un des frères Rolin, Jean-Paul Kauffmann, Rufin, Le Clézio, qu’un journaliste tel que Coatalem, que de grands reporters comme Jean-Paul Mari ou Olivier Weber, Kapuscinski, un orientaliste comme Sebastien de Courtois ou Mathias Énard, que la suisse Anne-Marie Schwarzenbach ou l’anglo-allemande Sybille Bedford. Et ne parlons même pas des Kerouac, Cendrars etc. ! J’s’rais même capable de te vendre Nietzsche comme un écrivain voyageur. Encore faudrait-il l’avoir lu.
Kermani-Enard, un partout l’est au centrePour en revenir à Kermani, si tu y regardes à deux fois, j’ai écrit : l’intellectuel et romancier irano-allemand. Merci pour ta recommandation de lecture. Avant Entlang den Gräben, je ne connaissais que le roman Grosse Liebe. Quand j’ai appris que Kermani viendrait dialoguer le temps d’une soirée avec Mathias Énard au Luxembourg, j’ai pas raté l’occasion de suivre leurs échanges sur l’Orient.
Zéro en histoireLa critique émise par tes soins à propos d’Entlang den Gräben correspond grosso modo au procès qu’on lui a fait dans certains canards allemands ou suisses, je sais plus s’il s’agit du FAZ, du SZ ou du NZZ... ou des trois ! Un ou une journaliste est même allé(e) jusqu’à prétendre que Kermani était une bille en matière d’histoire russe et qu’il aurait mieux fait de s’abstenir. C’est justement le côté peu didactique de l’ouvrage qui m’a plu.
Errance, incohérencesJe me suis rappelé en lisant Kermani la grande désillusion qui marque certaines de ces régions que j’ai eu l’occasion de sillonner. Et comme tu le dis, on apprend beaucoup sur l’histoire de l’ Europe de l’est. Il arrive que Kermani mêle quelques réflexions ou expériences intimistes aux faits dont il se fait le témoin, on le suit d’ailleurs jusqu’à Ispahan d’où sa famille a émigré. Son charme et son humour pince sans rire ne m’ont pas laissée indifférente.
Coming-outKermani ne cache en aucun cas avoir fait un aller-retour vers Cologne au cours de son périple, il y fait allusion dans son récit. D’ailleurs ça enlèverait quoi à la crédibilité des témoignages recueillis ? Je savais également qu’il partait pour le compte du Spiegel, que ses rendez-vous étaient en partie programmés. Il le mentionne lui-même. Et au nom de quoi le témoignage d’un membre d’une ONG ou d’un artiste aurait moins d’impact que celui d’une Svetlana Alexievitch ou d’une rescapée des atrocités nazies qui ne se remettra jamais de ses blessures ?
BlessuresLa blessure est un voyage. Sans arrivée.
Raviolis souabes, Satan et l’insoutenable légèreté de la mélancolie J’évoquais un peu plus haut le recueil de nouvelles de l’écrivain hongrois au nom long comme un jour sans maultaschen. Il est traduit en allemand. Seiobo weilte auf Erden. Si la traduction allemande est aussi somptueuse que la française, tu vas te régaler. Satans Tango est également disponible en allemand.
SinonConnais-tu l’autrichien Robert Seethaler ? Mon homme m’en a conseillé la lecture dernièrement. Ein ganzes Leben est publié chez Hanser (traduit en français, Une vie entière). Rugueux, minimaliste, magnifique. S’offre des droitures sans concessions.
Confort, flexibilité, légèretéJ’embarque dans quelques jours pour trois semaines de crapahute. Pas plus tard que ce matin, je changeais les lacets de mes vieilles et fidèles Salomon (excellentes, tout comme les Lowa allemandes et idéalement adaptées pour les pieds fins). Cet aparté étant terminé, je pense ainsi égaler la longueur de ton post.
Bon weekend à toi également ! | | | À: Intrankil · 13 août 2018 à 20:45 Re: Extension du domaine de la chute Message 38 de 69 · Page 2 de 4 · 469 affichages · Partager A mes yeux[...]
est-ce un exercice de "name-droping"  ? Moi aussi je peux citer tout le bottin mondain. | | | À: Mathews · 15 août 2018 à 21:25 Re: Extension du domaine de la chute Message 39 de 69 · Page 2 de 4 · 429 affichages · Partager est-ce un exercice de "name-droping"  ? Moi aussi je peux citer tout le bottin mondain.
Merci pour votre attention et le temps que vous avez investi pour me répondre.
J’ai voulu vous écrire plus tôt, pardonnez mon manque de réactivité, mais d’autres activités m’ont retenue. C’est dingue le prix des chaussettes de rando de nos jours, mon rythme cardiaque a fortement augmenté hier à la caisse du magasin outdoor où je suis allée en faire provision.
Vous avez raison, au temps (ô temps !) pour moi, les listes sont fastidieuses. Sans compter que l’enfermement dans une catégorie doit être hérissant, a fortiori pour des écrivains pour qui l’absence d’enfermement est certainement plus vitale que le nombre de lecteurs.
Au-delà de cette réflexion et du constat évident du peu de sympathie que je vous inspire (puisque si je ne me trompe pas, c’est la deuxième fois que vous me gratifiez de votre sollicitude), je me suis demandé ce qui me valait votre animosité ou tout au moins ce qui pouvait provoquer un certain embarras de l’âme dont vous semblez souffrir...
Ne vous connaissant pas, mais au vu de votre non-verbalité, j’ai d’abord émis l’hypothèse que vous étiez au chômage, à la retraite, born-outé à votre poste de travail (pardon pour cette nouvelle énumération et cet anglicisme) ou qu’en tout cas, vous souffriez de désœuvrement, et qu’une fois connecté, faute d’avis sur un livre ou un film, il vous plaisait de distiller çà et là du purin.
A moins que vous soyez en quête d’accostage et que j’aie mal interprété votre bouée...
J’ai aussi imaginé que, du haut de votre ancienneté et du nombre de messages qui trônent sous votre avatar, vous vous sentiez en position de dispenser des appréciations sur la qualité de l’intervention d’autres interventionautes...
Les forums, lieu d’échange virtuel (au côté Café du commerce), sont parfois ludiques (quand s’y promène l’un ou l’autre esprit vif et bienveillant), rarement constructifs, souvent insupportables. Vous semblez en souffrir. A moins que vos certitudes (je doute que vous soyez capable de convictions), dont vous ne parvenez pas à me faire part au moyen d’une phrase construite, se réduisent à ces graffitis jaunes...
Je vous parlerais bien du dernier ouvrage que je viens de refermer, il s’agit du long voyage en immobilité d’un journaliste qui, après avoir frôlé la mort, se reconstruit au pays des pingouins en blanc sur une banquise aseptisée. Mais je doute que vous y trouviez quelque intérêt. J’en ai retenu une très belle citation de Michel Foucault qui va sans doute vous faire autant d’effet qu’un spam, mais je vous la livre quand même en guise de salut : « J’ai substitué à l’ineffaçable de la cicatrice l’effaçable, le raturable de l’écriture ».
PS. Je m’absente, vous allez ronger votre frein. Pensez à prendre vos antidépresseurs, mais gare aux effets secondaires tels que la constipation. | | | À: Taamaden · 15 août 2018 à 21:29 Re: Extension du domaine de la chute Message 40 de 69 · Page 2 de 4 · 425 affichages · Partager Malgré tout, je recommande la lecture de ce livre : on peut apprendre beaucoup, surtout si l’on a si peu de connaissances sur l’ Europe de l’Est comme moi (sur ce point, je suis un Allemand typique). Les régions visitées sont, presque sans exception, des régions dévastées et marquées par une guerre mondiale, par une ou plusieurs guerres contre la propre population, par des épurations ethniques et expulsions.
Voyage en Absurdie dans une LadaCher Herbert, te conseille vivement la lecture du roadmovie Reise nach Karabach du Géorgien Aka Morchiladze. Je t’en parlerai à mon retour. | Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 15 128 visiteurs en ligne depuis une heure! |