| Extension du domaine de la chute Intrankil · 11 novembre 2016 à 22:32 · 2 photos 69 messages · 9 participants · 4 841 affichages | | | | 11 novembre 2016 à 22:32 Extension du domaine de la chute Message 1 de 69 · Page 1 de 4 · 2 205 affichages · Partager « Fuir l’ignoble bêtise des assis » n’est pas le slogan d’une pub Quechua pour des chaussures de randonnée mais le sens que donnait Rimbaud à la marche. Une définition que Sylvain Tesson, dont le dernier bouquin est sorti il y a quelques semaines, trouve certainement pertinente.
Sauf erreur, l’ouvrage n’a pas encore été commenté dans cette rubrique. Alors je me lance...
Son titre Sur les chemins noirs fait référence aux petits chemins paumés, non balisés, truffés de ronces et d’orties d’où l’on ressort en général, les avant-bras rongés par les démangeaisons, les mollets ensanglantés, et que personnellement je n’emprunte que si je suis derrière un débroussailleur fiable, d’1,90 m au moins, à qui je fais jurer sur la vie de sa mère qu’il n’y a ni serpent sauteur ni prédateur en vue.
Bon, disons le d’emblée, et d’une Tesson m’énerve et de deux je paye pour être énervée. Voilà des années que ça dure. J’ai quasiment tous ses bouquins dans ma bibliothèque. Et il va sans dire que l’ Everest de l’exaspération est atteint lorsqu’on m’emprunte un de ses bouquins sans me le rendre.
Alors bien évidemment, quand j’ai appris qu’un nouvel opus venait de sortir, je me suis précipitée en librairie pour raquer plein pot (15 €) pour le Gallimard, parce que patienter jusqu’à la version poche, ça aurait fait limite la fille cohérente... « Tu vas encore râler que c’est du fric foutu en l’air » m’a dit ma fille dont l’auteure fétiche est Jane Austen, et qui est aussi tentée par ce genre de littérature que par des séances de cuisson de gruau sur un réchau en Iakoutie ou de saut en parachute au dessus du Mont-Blanc... « T’occupe... »
La lecture du moment (un Zadie Smith en l’occurrence) fut abandonnée séance tenante.
Tesson est cet aventurier qu’on ne présente plus (du moins sur ce forum). Né avec une mappemonde en guise de cerveau, le quadra qui a la baroude dans le sang a traversé à cloche-pied, à dos de chameau, à la nage, en side-car etc. les déserts les plus arides, les taïgas les plus hostiles, des forêts infestées de sales bestioles, franchi des cols inaccessibles, des sommets vierges etc. jusqu’au jour où il a dévissé du sommet... d’un balcon, je crois.
« J’avais rêvé cette balade de France dans un lit, je m’étais levé pour l’accomplir, elle s’achevait. C’était un voyage né d’une chute. »
Nous voilà donc embarqués avec Tesson, des boulons en guise d’articulations, crapahutant non pas dans le Hoggar ni au fin fond du Sahara, mais entre la Provence et le Cotentin en passant par les Cévennes, le Massif central et la Champagne, souvent solitaire, parfois rejoint par des potes.
Ses aphorismes m’insupportent, tout comme son agitation effrénée à courir la planète, ne faisant là que déplacer son corps dans un espace. En revanche, l’introspection née d’une quasi sédentarité sur les rives du lac Baïkal m’avait enchantée. La force de caractère du gaillard force en tout cas l’admiration. A part ça, je trouve irritant que, peu importe l’aventure dans laquelle il nous embarque, il finisse toujours par se rengorger de ses contemplations sur la nature, en refaisant régulièrement les niveaux de vodka (sauf que, pour le coup, ordre de la Faculté oblige, il carbure au viandox), ressasser avec une légère condescendance les mêmes vérités faciles contre la modernité (notamment les nouvelles technologies : « Il ne fallait pas se leurrer, elles n’étaient pas de simples innovations destinées à simplifier la vie. Elles en étaient le substitut »), contre l’urbanisme (« le rêve pavillonnaire moucheta le territoire ») et bien d’autres cancers qui rongent la planète. On en revient toujours au même constat : Tesson ne dit pas grand chose, mais il le fait avec tant de magnificence et de fulgurances qu’on emprunterait bien son disque dur qui, lui, ne semble pas avoir été endommagé par la chute ! (« les buis luisaient, cirés de lumière »). A noter cependant au rayon nouveauté : l’auteur a choisi cette fois le passé (pas si) simple qui ne fait que renforcer l’effet ampoulé, voire sentencieux du texte.
La question qu’on se pose inévitablement en lisant le bouquin, c’est pourquoi et vers quoi marcher ? Pourquoi s’infliger six à neuf heures d’efforts physiques par jour ? Pourquoi aller de tel point géographique à l’autre ? Par masochisme, par plaisir, par besoin, pour dérouiller la carlingue, pour quitter, pour fuir, pour aller loin, ailleurs, d’un point d’interrogation à l’autre (de soi), pour rechercher l’authenticité, pour exorciser les craintes, les colères, les peines, pour s’extraire d’une identité encombrante, s’en inventer une nouvelle, pour relativiser, pour pousser les prises de conscience jusqu’à l’exacerbation, pour bifurquer, pour faire demi-tour, pour s’approprier la nature, saluer un ciel embrasé, lécher les gouttes d’une pluie d’orage, bâfrer des mûres sauvages, pour se faire courser par un chien...
La réponse de Tesson est livrée dès la page 18, ce qui évitera aux flemmards de s’enfiler tout le livre : « Mais la véritable raison de cette fuite à travers champs, je la tenais serrée sous la forme d’un papier froissé, au fond de mon sac ». Et toc, suspense. Les curieux devront quand même aller jusqu’au bout. Je l’ai fait, moi, alors hein... et suis prête à récidiver à la prochaine occasion !
PS. S’il existe-t-il une Association des Lecteurs Anonymes de Sylvain Tesson, je veux bien les coordonnées...
PS2. Merde, à quand un vrai grand roman de Tesson ?! | | | À: Intrankil · 4 janvier 2017 à 10:05 Re: Extension du domaine de la chute Message 2 de 69 · Page 1 de 4 · 2 122 affichages · Partager Merci Intrankil pour ce retour détaillé.
Je viens de terminer le livre et il s'agit d'un de ceux que j'ai préféré. Cette éloge de la lenteur qu'est la marche à pied permet de réellement observer ce qui nous entoure. Certes, il décrie avec un peu trop de virulence ce 'désaménagement' du territoire français alors qu'il s'agit d'un des pays les moins densément peuplé d'Europe. Mais cette envie d'isolement et cette recherche de chemins noirs demeurent une remarquable démonstration d'intérêt pour son propre pays. | | | À: Intrankil · 1 février 2017 à 20:41 Re: Extension du domaine de la chute Message 3 de 69 · Page 1 de 4 · 2 076 affichages · Partager Je n'ai jamais lu Tesson...Pas attiré étant un lecteur de la 1ère heure de Bouvier. Et ta description ne me fera pas vraiment changer d'avis  Une vodka souiplait ! | | | À: Mékong · 1 février 2017 à 20:48 Re: Extension du domaine de la chute Message 4 de 69 · Page 1 de 4 · 2 075 affichages · Partager On m'a dit en coulisses que mon billet ressemblait à celui d'une amoureuse déçue... | | | À: Intrankil · 28 mai 2017 à 21:49 Re: Extension du domaine de la chute Message 5 de 69 · Page 1 de 4 · 1 994 affichages · Partager Cette fois, l'op...ium te coûtera 19€ (1) et ce n'est pas le grand roman que tu attends mais un journal dilettante, piqué d'aphorismes -son péché mignon- et autres considérations sur le siècle. Moins sombre que Cioran, moins féroce que Chevillard, Une très légère oscillation est un Tesson attendu, bien balancé mais pas renversant. Cependant, le plaisir de la lecture est intact.
(1) Ce sont pourtant des mots d'occasion (il s'agit d'un recueil de chroniques publiées dans la presse), comme neufs quoique un peu usés quand bien même certains sont inusités.
P.S. Aphorisme: faire pardonner par la brièveté de sa formulation l'inconsistance d'un propos. (page 211)
P.S.2 As-tu les coordonnées de l'Association des Lecteurs Anonymes de Sylvain Tesson? Parce qu'en public, c'est mal vu. | | | À: Voyajou · 30 mai 2017 à 20:52 Re: Extension du domaine de la chute Message 6 de 69 · Page 1 de 4 · 1 956 affichages · Partager Ugh grand Toi,
Comme je te l’expliquais sur l’autre ligne, la "marchandise" m’attend chez mon libraire. Mais j’irai quand la nuit sera tombée et la lune faible et peu lumineuse.
Au dessus de la pile d’ouvrages non-lus qui m’observe à l’heure actuelle, rictus en coin, d’un air de dire tu f’rais bien de t’occuper de m’enlever le haut plutôt que de te déhancher devant l’autre emmanché du bulbe qui te fait du pipeau sur un forum sous prétexte d’aphorismes à deux balles... note bien que c’est la pile de livres qui cause, pile disais-je donc au sommet de laquelle trône L’ordre du jour de Vuillard.
Comme je te l’expliquais aussi sur l’autre ligne, à propos de came, et rapport à la picole - sport auquel Tesson dit d’ailleurs exceller surtout quand il s’agit de se mettre la mine à la vodka - même si je n’ai lu que 50 pages et demi dans la salle d’attente du toubib (les docs Luxembourgeois sont pas tous portés sur la ponctualité), je peux d’ores-et-déjà-urgemment-c’est-une-sommation te recommander Transiberian back to black du Russe Andreï Doronine (La manufacture de livres « Zapoï » dont le 4ème de couv dit : "Zapoï » : mot russe qui désigne une période d’ivresse continue de 2 jours ou plus pendant laquelle on est exclu de la vie normale. Mais aussi collection de fiction et non fiction russe qui vous fera perdre la tête en vous racontant un monde largement inconnu après un quart de siècle de gueule de bois post-guerre froide").
Va pour le dépaysement donc et pour une bonne piquouze de littérature brut de décoffrage avec en guise d’édulcorant, un humour fichtrement barré. Le décor : « le coin le plus pourri de la terre » où il n’est pas rare que le mercure flirte avec les moins cinquante. Et pourtant le roman paraît incandescent. Un jeune junkie, plumitif à son heure, entouré d’autres gaillards tout aussi "niqués de la tête", raconte ses journées passées à se procurer les doses suffisantes dans sa longue quête vers la plénitude (planitude ?)
Avant-goût : "Ma bande faisait peine à voir. Tokha, un petit mec trapu, gagnait son fric de manière extravagante – attaquant dans le dos des passants isolés, en les assommant par derrière avec des chats gelés à mort et durs comme de la pierre. C’était un calcul astucieux, dans la mesure où on peut considérer ça comme ça. D’habitude, ce genre de de crime puni par un certain nombre d’articles de loi était accompli à l’aide d’instruments plus appropriés. Bâtons, bouteilles, tuyaux de plomb et enfin, à coup de poing. Les chats étaient commodes pour un tas de raisons. Impossible de tuer avec. Suivant la puissance du coup, on pouvait tout de même étourdir et faire passer la cible de l’état actif à végétatif. On pouvait balancer le chat sur les lieux du crime, et aucun enquêteur digne de ce nom n’aurait pu penser que le malfaiteur se soit servi d’un instrument aussi bête quoiqu’absolument cadavérique. Le chat était également un complice muet et ne laissait aucune trace, si on travaillait avec des gants."
Transsiberian back to black ou l’étrange légèreté de la damnation ? A suivre... J'y retourne ! | | | À: Intrankil · 3 juin 2017 à 13:18 Re: Extension du domaine de la chute Message 7 de 69 · Page 1 de 4 · 1 907 affichages · Partager hoho parce en plus tu traînes tes baskets en coulisses  coquine! | | | À: Voyajou · 10 juin 2017 à 22:50 Re: Extension du domaine de la chute Message 8 de 69 · Page 1 de 4 · 1 864 affichages · Partager Cette fois, l'op...ium te coûtera 19€ (1) et ce n'est pas le grand roman que tu attends mais...
Pssst... ce s’rait pour une confession...
Bigre, j’ignore si c’est l’âge ou la perfide infection grippale qui m’a tenue clouée à l’horizontal quelques jours, mais figure-toi que j’ai trouvé l’ouvrage parfaitement comestible, plaisant même. Et pourtant, excepté les yaourts nature et les fruits (non macérés), rien ne passait.
Je souscris à ton analyse lucide de l’œuvre... ajouterais toutefois - au risque de me répéter – qu’au niveau radotage précisément, Tesson vaut son pesant de pistaches du Tadjikistan. Outre quelques aphorismes culcullapralinants (« Est-ce grâce aux punaises que les feuilles tiennent aux arbres ?»), couplets réacs (« même le soleil est en crise »... d’ailleurs il le dit lui-même « je suis tellement réactionnaire que je préfère le début de mes phrases à leur fin »), contradictions et autres paradoxes (le gars se déplace des calanques de Cassis au Baïkal en passant par la Centre-Afrique comme d’autres passe de la cuisine au salon mais fustige les A380 qui le mènent en dix heures à Pékin au lieu de traverser les déserts d’ Asie centrale en usant ses semelles – évidemment anatomiques tout-terrain avec rembourrage en mousse respirante et système de laçage autobloquant...), réflexions d’une profondeur aussi insondable qu’un lit de rivière soudanais - et pas caricaturales ni péremptoires pour un euro non non... - sur la politique (« Système présidentiel : cinq ans de campement luxueux pour se reposer d’une campagne » mais c’est pas lui qu’a élu le pacha en question puisqu’il ne fréquente pas les isoloirs qu’il trouve grotesques), j’ai pris plaisir à me laisser porter par sa prose émaillée de perles, suivre ses déchirements intérieurs sur lesquels il porte un regard finalement plus ironique qu’auto-satisfait, le voir convoquer les auteurs devant lesquels je me prosterne moi-même (tiens, depuis le temps que je tourne autour, me voilà enfin prête à lire Patrice Franceschi), s’amuser de l’esprit poético-spirituelo-pragmatique des Centrafricains (Une pharmacie « jamais trop tard ». Un bistrot : « ne m’embête pas »), assumer ses gamineries (grimper aux arbres, croire aux fées- ici réincarnées en infirmières), se profiler en éternel contemplateur sans pour autant perdre de sa vivacité d’esprit et son hypersensibilité... et euh ben c’est à peu près tout mais c’est déjà pas mal. Non ?
- Signé Une lectrice anonyme –
PS. Avertissements et précautions : Les médocs peuvent ramollir le cerveau et provoquer des réactions hallucinogènes sévères ou autres symptômes tels que vertiges, rougeurs aiguë etc. | | | À: Mékong · 10 juin 2017 à 22:52 Re: Extension du domaine de la chute Message 9 de 69 · Page 1 de 4 · 1 862 affichages · Partager hoho parce en plus tu traînes tes baskets en coulisses  coquine!
Dis, t’as pas mieux à faire que commérer ! Te mettre en route à pied pour le Yunnan par exemple... Tu prends bientôt la tangente, espèce de bougre-de-moule-à-gaufre verni ? "Ce panonceau : "cité interdite : horaires d’ouverture" (Sylvain Tesson)
Bises XXL | | | À: Intrankil · 11 juin 2017 à 21:08 · Modifié le 11 juin 2017 à 21:45 Re: Extension du domaine de la chute Message 10 de 69 · Page 1 de 4 · 1 832 affichages · Partager ... puisqu’il ne fréquente pas les isoloirs qu’il trouve grotesques.
Tu sembles chiffonnée du bulletin mais à voir, ce soir encore, la frivolité des électeurs, comment ne pas s'en garder?
Tu me sommes de lire dans un train mythique un livre qui me semble noir: je n'aime pas plus les trains que les sommations -les deux m'assomment, une question d'autonomie suspendue-, et pourtant le transsibérien... De ce que j'en ai lu d'autres critiques, ce me semble n'être pas mon trip.
Un autre livre à ne pas lire en version l'édition-est-un-business-comme-un-autre (sauf alitement prolongé), et pourtant intéressant et plaisant pour sa maîtrise et l'évolution de la langue de l'auteur sinon celle de ses prédilections -mieux vaut relire sa période abyssine-, la dernière livraison du meilleur pote de Tesson. Attention à ne pas lui mettre deux « f »: avec un seul il est académicien, avec deux il est insoumis – même à son idéologie?
PS Je reviendrai sur tes concessions, euh... confessions. | | | À: Voyajou · 12 juin 2017 à 22:09 Re: Extension du domaine de la chute Message 11 de 69 · Page 1 de 4 · 1 781 affichages · Partager Mon très cher,
Petit a, va te faire foutre (ça c’est fait).
Petit b, j’t’adore. A défaut de shit ou de dynamite, je me damnerais pour de la mauvaise foi en barre. C’est dire si je sais plus comment te résister.
Petit c, ouais le vote orienté tout entier vers le calcul érigé en mode de pensée planétaire, c’est mon shoot. Quelle clairvoyance ! Et moi pauvre âme vulnérable, plongée dans le noir d’une cécité crassement ignorante...
Après c y’a quoi déjà ? Bref... qui te parle de voyage en train ? Moins de dépaysement, moins d’érudition, moins de jolies formules savamment tournées que chez Tesson, mais des inhumanités, du trash... des mots noirs comme des furoncles, Back to Black effectivement, c’est pas Walt Disney. Et pourtant, la drôlerie affleure à chaque page. (...)
Petit S, comme Sommation. M’est avis qu’il va nous falloir débrayer et rouler désormais pépère, au premier degré, si on veut éviter les ornières.
Petit S-bis, comme Sommeil. J’y vais de ce pas rêver de chauve-souris de tunnels glauques de frontières mouvantes où de pauvres hères se perdent de terrains-vagues hantés par des chats galeux de confins ténébreux de sordides monstres vociférant En Marche ! avant le grand compte à rebours...
Une de tes admiratrices de toujours (assumée) - et à jeun qui plus est. | | | À: Intrankil · 19 juin 2017 à 16:20 Re: Extension du domaine de la chute Message 12 de 69 · Page 1 de 4 · 1 721 affichages · Partager salut Duchesse
Comment tu sais que je suis en marche pour le Yunnan? on ne peut rien te cacher :-) En effet, la Chine m'appelle le 7 juillet Je te lis avec délice et je vois que tu es dans une forme olympique.
Bises pimentées (je suis à Lombok l'île piment) | | | À: Intrankil · 21 juin 2017 à 18:29 Re: Extension du domaine de la chute Message 13 de 69 · Page 1 de 4 · 1 699 affichages · Partager Qu'est-ce que je disais déjà? Ah oui! La frivolité des électeurs. Confirmé en appel le 18 juin.
Petit a, va te faire foutre (ça c’est fait).
Je laisse à mon diariste de chevet le soin d'introduire: «Et j'ai bien envie de dire ici à ceux qui choisissent d'écrire comme on parle qu'ils ne trahiraient point leur beau souci d'authenticité s'il écrivaient plutôt comme on se tait»Eric Chevillard, L'autofictif.
Dans le même domaine, j'ai deux mots à dire à ta pile qui cause -avant sa chute: il est tout à fait possible de lire tout en se déhanchant. Surtout Vuillard, qui fait danser les mots. Danse, danse, donc!
Enfin, prends garde à ton vocabulaire: plusieurs mots de ton dernier message ne passeraient pas le guichet à la police aux frontières. Un coup à te retrouver en Sibérie sans les œuvres complètes de Tesson.
Maalouf et Tesson pour La Fête de la Musique?
| | | À: Voyajou · 22 juin 2017 à 22:06 Re: Extension du domaine de la chute Message 14 de 69 · Page 1 de 4 · 1 656 affichages · Partager Je laisse à mon diariste de chevet le soin d'introduire: «Et j'ai bien envie de dire ici à ceux qui choisissent d'écrire comme on parle qu'ils ne trahiraient point leur beau souci d'authenticité s'il écrivaient plutôt comme on se tait» Eric Chevillard, L'autofictif.
Allez, je vais faire ma Tesson réac, mais - excuse du peu - par un biais subliment lumineux, celui d'Isabelle Sorente, entendue récemment sur France Inter, et qui n'a pas son pareil pour mettre le doigt sur les pentes casse-gueule sur lesquelles l'époque dans laquelle nous vivons entraîne notre psyché... (mille pardons, c'est de la radio, donc de l'oralité, pas de l'écrit à la Chevillard...)
„Il y avait une jeune femme triste hier sur les quais du métro (...) Elle a l’air fatigué, elle porte une trottinette sur le dos (...) Vu de loin, la trottinette a l’air d’une activité sympathique, un peu comme la marche à pied, la part d’enfance en plus, mais attention... ce n’est pas n’importe quelle enfance, ce n’est pas l’enfance qui danse, ce n’est pas l’enfance qui mord, c’est l’enfance qui trottine (...) Nous ne vivons pas dans un monde orwellien, nous vivons dans un monde d'infantilisation générale comme si les mots aussi étaient en voie de disparition, entre les smileys qui se multiplient proportionnellement à la peur de déplaire (...) les enfants adultes ferment leur gueule et trottinent pour éviter les ennuis (...) les enfants adultes sont sages comme des images, alors ça tombe bien parce qu'il n’y plus que ça des images*, Freud a dit que l'enfer était le monde livré aux enfants de cinq ans (...) " (La chronique romanesque sur la trottinette, Si tu écoutes, j'annule tout)
* rdv au forum voisin Carnet de voyages
| | | À: Intrankil · 23 juin 2017 à 23:22 Re: Extension du domaine de la chute Message 15 de 69 · Page 1 de 4 · 1 609 affichages · Partager J'ai transmis Une très légère oscillation à ma voisine. Je le relis via son regard, bleu aussi mais céruléen. Même concentré sur ses lèvres le propos me parvient ouaté, je comprends qu'elle envisage de passer l'été avec lui. Encore heureux que ce ne soit pas un pavé, elle y passait l'année.
J'ai bien noté le rancard « au forum voisin Carnet de voyages », j'ai écumé les fora francophones et je me suis senti comme un lapin posé. Si c'est en luxembourgeois ou en allemand, voire en napolitain, tiens-le toi pour dit, je n'irai pas.
PS Ma fille m'avait signalé (e?)* l'excellente Sorente qui compte donc d'appréciées aficionadas.
*Je me demande si les femmes accortes ne disposent pas d'un avantage quasi-congénital -ou bien est-ce de l'ordre de l'acquise- pour l'accord des participes-passées. | | | À: Voyajou · 1 juillet 2017 à 21:59 Re: Extension du domaine de la chute Message 16 de 69 · Page 1 de 4 · 1 528 affichages · Partager Il m’arrive de douter de la réalité les jours où je lis ou entends, rapportées d’outre-Atlantique, les nouvelles incartades - ou incommensurables conneries - lâchées par tweets interposés par le Boss (mais non... pas Bruce Springsteen). Est-il possible d’être aussi au ras du sol pour élire une déglingue pareille ? (voilà pour notre rendez-vous quotidien d’analyse politique approfondie, Bernard Guetta n’a qu’à se rhabiller).
La plus efficace des claques, face à ce genre d’état de sidération, est de se ressourcer dans un bon bouquin. Et, contrairement à ce que tu sembles croire, mon cœur ne bat pas que pour toi ni que pour l’Orient, mais aussi pour la littérature américaine. J’ai commencé très tôt, comme beaucoup, avec Mickey.
Je relis aujourd’hui Le vieil homme et la mer dans sa nouvelle traduction (Philippe Jaworski). Et, comme je te l’écrivais hier, je viens de terminer la lecture du recueil de récits de voyage de Russell Banks Voyager (Actes Sud).
Jacky Durand de Libé dirait « faut pas dégeler le passé au micro-ondes, il deviendrait imbouffable comme des nouilles réchauffées ». Mais Russell Banks a suffisamment de talent pour mettre le lecteur dans tous ses états et le retourner comme une crêpe.
Qu’il écrive les vierges, les putes (t’échauffe pas, il s’agit d’îles américaines...victimes d’une urbanisation à tout va), la patience d’une mer caribéenne, le ciel irisé des Antilles, le vent tempête en altitude, le renoncement si près d’un sommet himalayen, ou le soir qui songe à tomber sur une vie tellement remplie (ambitions littéraires, exigences, réussites, voyages, passions, compulsions, mais aussi vieillissement, introspection, remords...), on est toujours aussi admiratif devant le talent de ce conteur et grand humaniste.
A la fin, tout est silencieux... sauf le tumulte du cœur.
Je t’en dis pas plus.
PS. Ecouté avec joie ce soir sur France Inter « Un été avec Homère » par... Sylvain Tesson himself ! qui lâche son Bic pour un micro : www.franceinter.fr/...mere-01-juillet-2017 | | | À: Intrankil · 6 juillet 2017 à 21:32 · Modifié le 6 juil. 2017 à 22:21 Re: Extension du domaine de la chute Message 17 de 69 · Page 1 de 4 · 1 472 affichages · Partager Dans la rubrique « pente savonnée de l'époque »: Tesson affirme que le coût de transport d'une chinoiserie de son lieu de fabrication jusqu'en Europe n'est pas supérieur à celui de son acheminement du port européen d'arrivée à sa métropole de destination. Mais l'Hulot va régler ça: il annonce des améliorations pour 2030, puis 2040.
Entendu à la radio: « Ruisselle Banks, aisselle qui a écrit Entre mes rives coule la rivière? » Voilà pourquoi l'écrit est supérieur aux autres médias. (Je précise que j'ai déjà consulté Sonotone: ce n'est pas un problème d'oreille.) Si je remonte le cours, ma dernière lecture de cet auteur est Un membre permanent de la famille. Douze bonnes nouvelles.
Poursuivons donc le tour du monde littéraire avec le corpus de l'Australienne Nikki Gemmel. Assurément pas le livre à offrir à une femme pour qui voudrait rester peinard (du reste, je le pilonne dès que je l'aurai refermé... sans doute avant la fin). Avec mon corps: de l'influence du mariage et du climat sur la sexualité.
P.S. J'ai survolé l'émission de Tesson: pourquoi ces bruits de fond, champ de bataille ou ressac, pour souligner le propos? Comme si le texte ne se suffisait pas à lui-même. Répulsif pour moi, mais quoi, c'est de la bonne radio par défaut. (ça c'est fait, pour le compte de la mauvaise foi). P.S.2 N'y vois pas maille à partir, mais dans un pays qui se pique de gastronomie, la moutarde ça me la frise. P.S.3 Une causerie du Boss, mais lequel? www.deezer.com/track/71136902 | | | À: Voyajou · 8 juillet 2017 à 17:58 Re: Extension du domaine de la chute Message 18 de 69 · Page 1 de 4 · 1 430 affichages · Partager P.S. J'ai survolé l'émission de Tesson: pourquoi ces bruits de fond, champ de bataille ou ressac, pour souligner le propos? Comme si le texte ne se suffisait pas à lui-même. Répulsif pour moi, mais quoi, c'est de la bonne radio par défaut. (ça c'est fait, pour le compte de la mauvaise foi). P.S.2 N'y vois pas maille à partir, mais dans un pays qui se pique de gastronomie, la moutarde ça me la frise. P.S.3 Une causerie du Boss, mais lequel? www.deezer.com/track/71136902
Ta syntaxe, mon très cher, passe à la moulinette mes humeurs (conditionnées par une cervicalgie à la veille d’un déménagement) et je t’en suis vivement reconnaissante... Sauf qu’à force de mauvaise foi, que tu vas finir par te faire jeter du Club des Lecteurs Anonymes de Sylvain Tesson et c’est pas sur VF qu’il faudra venir larmoyer.
"Un été avec Homère" sur France Inter n’a pas vocation à concurrencer France Culture et les leçons inaugurales du Collège de France sur (par exemple) "l’Optique médiévale et son usage métaphorique" qu’on peut entendre matutinalement durant l’année, mais de distraire sur la route des vacances les juilletistes hyper angoissés par la météo des plages. Alors tu vas pas nous faire tout un pataquès pour quelques bidouillages sonores ! Tesson, assez raide en première séance, va se décoincer, j’en suis sûre. J’ai peur de finir par l’aimer sans condition et de n’avoir plus rien à dire.
Quant à nous, dis-donc, avec Bruce en fond sonore, c’est pas la passion en charentaises qui nous guette... Je fonds quand tu me contes fleurette par liens deezer interposés. Tu fais quoi ce soir ? Ah merde j’suis pas libre, y’a Tesson sur France Inter...
Merci pour le conseil de lecture. Je prends bonne note de ce titre prometteur. | | | À: Intrankil · 8 juillet 2017 à 22:26 Re: Extension du domaine de la chute Message 19 de 69 · Page 1 de 4 · 1 414 affichages · Partager Moi, conter fleurette? N'y compte pas! La fleurette je la bats, je l'émulsionne. Qu'elle s'émotionne ou se délite, je l'alite puis la reprends. Je la fouette à cru, mais pas trop. C'est très délicat à obtenir, mais il faut que l'élévation vienne d'elle. Une pointe de fleur de sel, une autre, légère, d'un piment ultramarin, déposez une noisette de la préparation dans un bivalve, passez brièvement au grill.
Sinon, le Tesson du soir était-il sur son erre, toutes voiles détendues en vue d'Ithaque? Ou bien toujours bordé au près? Y a -t-il anchor ce chœur de sirènes en playback?
Des nouvelles d'Homer:
| | | À: Voyajou · 9 juillet 2017 à 18:40 Re: Extension du domaine de la chute Message 20 de 69 · Page 1 de 4 · 1 364 affichages · Partager Sinon, le Tesson du soir était-il sur son erre, toutes voiles détendues en vue d'Ithaque? Ou bien toujours bordé au près? Y a -t-il anchor ce chœur de sirènes en playback?
Kaliméra ô Toi si près de l’Olympe,
N’ai pu capter que la première moitié de l’émission, en route pour un endroit où il m’a été donné de goûter un carpaccio de poulpe divin et un philtre italien bien frappé, de quoi rendre supportable une soirée brûlante comme le Styx. Je viens d’écouter l’autre partie.
Je te rassure, mouettes et ressac sont encore au rendez-vous. Ulysse enfourche effectivement son cheval de mer. "Il faut se dire que l’Odyssée est le pire manuel de navigation publié dans l’histoire de l’humanité" prévient Tesson.
C’est assez fourre-tout, on passe de Charybde en Scylla en croisant un cyclope, des sirènes, mais aussi la nymphe des parois, Stéphanie Baudet, qui vient de publier A la verticale de soi (chant qui semble faire chavirer Tesson), Gainsbourg, Hélène (pas Ségara mais la bourgeoise de Ménélas), Nerval, Penelope Cruz, Montaigne etc.
Circé est ma garce préférée. Y’a Calypso qu’est pas mal roulée non plus. Bref... Ivresse, sagesse et paire de fesses comme dirait Guyard.
Au programme de la semaine prochaine : Grecs et Troyens s’affrontent à coup de pétards, gaz lacrymo et autres canettes de bière... | Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 6 203 visiteurs en ligne depuis une heure! |