Souvent, plus que souvent, je ne partage pas vos opinions mais là où vous avez raison, vous avez raison...
Une répartition en bons anti-fascistes et méchants "
fachos" me semble assez rabâchée (quoique je doive confesser d’avoir pensé d’une façon apparentée dans mon jeune âge). Et pourquoi "
et furent les premiers collabos avec l’ennemi" reste ici sans réponse, ça donne à refléchir... A dire vrai, lancer des termes à la "
fachos" dans toutes les directions, il est on ne peut plus bête...
Mais cela me rappelle : dans les années 20 à début 30, le KPD (parti communiste d’
Allemagne) n’avait guère eu un problème de marcher en commun avec les chemises brunes s’il semblait nécessaire pour attiser la haine contre la démocratie et pour faire rendre gorge à la République de Weimar détestée comme la peste par les communistes tout comme par les nazis. Evènement suréminent de cette alliance fatale : la grève dans les transports en commun de
Berlin (BVG), conjointement lancée par les communistes et les nazis malgré l’opposition des syndicats en novembre 1932, juste trois mois avant l’arrivée de Hitler au pouvoir. Et qui en furent ceux qui avaient tiré les ficelles en coulisse ?! Surtout deux figures : d’abord, un certain Joseph Goebbels, à l’époque
Gauleiter de
Berlin et plus tard, nous le savons tous, un des plus puissants dirigeants du IIIe Reich, ministre du Reich à l’Education du peuple et à la Propagande, et un des plus pires criminels dans l’histoire de l’humanité. L’autre, oui oui oui, un certain Walter Ulbricht, chef du KPD de
Berlin et plus tard, on le sait également, membre du parti socialiste unifié d’
Allemagne (SED), entre 1960 et 1973 premier dirigeant de la République démocratique allemande (RDA), secrétaire général du Comité central du SED et président du Conseil d’Etat de la RDA. Vraiment un "grand" communiste, vraiment, les deux, un "couple idéal" : tous les deux ne se sont posés ensemble que cette seule fois aux manifestations de masse, loin de ça. Cette grève qui a accéléré et contribué essentiellement à la descente de la République de Weimar, première démocratie en
Allemagne, n’était pas du tout la seule coopération entre les partisans de Hitler et ceux de Staline, aucunement : il y avait bien d’autres occasions, entre autres le référendum en Prusse en 1931 (pour la dissolution du landtag prussien)... A la fin, cette alliance ponctuelle et plus que satanique avec les nazis n’était en aucun cas rentable pour les communistes, tout au contraire : certes, on a réduit la République de Weimar à néant, sans appel, mais on a obtenu en contrepartie le IIIe Reich : et depuis ce moment, les communistes sont vite devenus victimes de la barbarie nazie, une proie facile pour les sbires nazis sanguinaires, on les a chassés sans pitié et massacrés. Mauvaise pioche ! Mais si l’on se commet avec le diable...
Oh, à ne pas oublier un composant essentiel concernant les "prestations" de W.U.... Qu’on me permette de présenter une donnée historique, un peu anecdotique même : en mi-juin 1961, cet "héroïque" communiste et anti-fasciste W.U. a répondu sur une conférence de presse à une journaliste ouest-allemande. La teneur : "
Si je comprends bien votre question, il y a des gens en Allemagne de l’Ouest qui souhaitent que nous mobilisions les ouvriers du bâtiment de la capitale de la RDA pour ériger un mur, c’est cela ? Je n’ai pas connaissance d’un tel projet car les maçons de la capitale sont principalement occupés à construire des logements et y consacrent toute leur force de travail. Personne n’a l’intention de construire un mur." Deux mois plus tard (!!!), le 12 août 1961, le soutien de Chruschtschow dans la poche, l’"anti-fasciste exemplaire" Walter Ulbricht a décrété la construction du mur de
Berlin, et le lendemain, la ville était scindée : "
No pasarán" !, en cas d’urgence donné plus de poids avec des balles de fusil qui avaient mis fin à la vie de 150-250 personnes (la vraie donnée numérique fait débat jusqu’ici !) ayant tenté de s’enfuir du paradis anti-fasciste aka l’Etat ouvrier et paysan allemand dans
Berlin. Vraiment, quel tour de force !
Par ailleurs, le mur étant à peine érigé, on a vite éradiqué le mot "mur" de l’usage officiel de la RDA et remplacé par "rempart anti-fasciste" (
antifaschistischer Schutzwall) : ce terme est d’un cynisme sans pareil ; et celui/celle qui a pourtant utilisé le mot correct, à savoir "mur", risquait un congé exceptionnel dans les caves de torture de la Stasi. Dites, faut-il ajouter que Walter Ulbricht ait participé sept ans plus tard à l’intervention des troupes du pacte de Warschau en ex-Tchécoslovaquie pour aboutir en force et sans pitié le soi-disant
Printemps de Prague... ?!
Il y a des gens, toujours et encore, qui friment avec leur "culture politique" d’une parfaite pureté, c.à.d. avec leur anti-fascisme si louable en pestant sans cesse contre les "
fachos" et, simultanément, en se taisant sur – ou en banalisant tout au plus – l’autre, c.à.d. leur propre position – et voilà que les goulags sont traités à la rigueur comme de petits démérites, à peine notables – juste pour sauver leurs vitas politiques d’un demi siècle. Des "testaments" pleins de fautes et erreurs qu’on ne veut ni peut s’avouer car cela serait trop amer : avoir dilapidé une grande partie de sa vie pour une idéologie méprisante pour le genre humain, cela dépasse toute faculté d’une prise de connaissance, de la propre remise en cause...
"
Fachos" veut nous dire quoi aujourd’hui ?! Bon, d’abord Mussolini, nous le savons, plus tard le terme "fascisme de gauche" ayant servi le mythe gauchiste que le mal ne peut avoir qu’un seul nom : fascisme. De nos jours, tous s’injurient les uns les autres comme fascistes, même une forte orientation écologique dans la politique est déjà éco-fascisme (merci, M. André Gorz !), et qui s’étonne qu’il existe entretemps même l’islamo-fascisme ?! Et, ça va de soi, tout le monde est anti-fasciste parce que méchants sont toujours les autres... Par de tels termes, me semble-t-il, on essaie de prêter la légitimation au passé pour expliquer le présent. Si c’est d’un grand secours ?! Au lieu d’aiguiser le jugement politique sur des évènements historiques, de telles analogies laissent prévoir un besoin de se lancer de nouveau dans de vieilles batailles, bonne nuit...
Finalement, pourquoi faire la part entre les deux côtés : on lit ici de "
bonnet blanc et blanc bonnet", on pourrait dire aussi "chou vert et vert chou" ou "kif kif bourricot". Condamner les uns et laisser passer les autres, c’est en tout cas un art... mais un assez minable ! Je stoppe...
Hery