| Littérature de voyage, échos du changement Levelo · 2 mai 2020 à 12:05 · 3 photos 45 messages · 12 participants · 2 531 affichages | | | | À: Lucbertrand · 6 mai 2020 à 12:08 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 21 de 45 · Page 2 de 3 · 747 affichages · Partager Salut Luc,
J'ai voulu citer Buzzati car Drogo est reste confiné quasiment toute sa vie dans son fort à attendre un ennemi improbable et à scruter en vain ce fameux désert qu'il ne foulera jamais... C'est le roman de l'attente et des faux espoirs. Pas forcément la lecture la plus ravigotante en ce moment  .
Il n'y a que du bon dans le Thesiger, merci de le rappeler. Une vie hors normes et des récits très soignés et documentés souvent dans des endroits difficilement accessibles aujourd'hui. L'engagement physique était effectivement de tous les instants, mais c'était aussi un peu la norme à cette époque pour les gens de sa trempe envoyés aux quatre coins du monde par la Couronne. Il y a 3 ans, quand je roulais dans ce Golfe aujourd'hui si aseptisé, je suis tombé sur une exposition permanente consacrée à sa vie et à ses images dans le vieux Fort d'Al Ain aux Emirats :
| | | À: Levelo · 6 mai 2020 à 12:41 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 22 de 45 · Page 2 de 3 · 740 affichages · Partager Bonjour Yves
J'aime les îles. Elles m'ont toujours fait rêver. Pour certaines d'entre elles j'y ai vécu, pour d'autres je n'ai fait que les découvrir au cours de mes voyages. On y accède en général soit par avion, soit par bateau. Mais de toutes les îles qui existent, j'ai une fascination depuis que je suis toute petite pour les Kerguelen, cet archipel du Grand Sud planté entre les 40ème rugissants et les 50ème hurlants.
Au cours de ma vie professionnelle, j'ai eu la chance de travailler avec des personnes qui y avaient effectué, à plusieurs reprises, des missions de courte durée (4 mois), en été comme en hiver. Je me suis régalée des discussions que nous avons eues et, à chaque fois, j'ai été étonnée de la nostalgie qu'ils avaient en eux à l'évocation de leurs séjours.
Bernard Moitessier a été évoqué dans le fil de la discussion et pour les voileux voyageurs mais aussi tous les autres, j'aimerais signaler les écrits d'Isabelle Autissier, une de nos plus célèbres navigatrices, et l'un des livres parmi tous ceux qu'elle a écrits et qui retrace à la manière d'un roman les deux expéditions du Chevalier de Kerguelen de Tremarec, mandaté par Louis XV, pour aller découvrir la Terra Australis. « Kerguelen, le voyageur du pays de l'ombre ». Cet extrait concerne la première expédition :
- Alors, mon cher Yves, quel est ton pronostic pour notre arrivée ? Nous voilà aux portes des cinquantièmes. Je ne suis pas sûr que ce soit par ici que Gonneville ait vu ses sauvages nus ! C'était bien la question qui les taraudait tous. On aurait dû être arrivé depuis longtemps. Kerguelen s'accrochait à l'espoir qu'ils avaient pénétré dans un golfe immense et que seule la mauvaise visibilité les empêchait d'en apercevoir la côte. Le vol des oiseaux qui, le soir, partaient dans toutes les directions l'avait amené à cette conclusion. Mais il ne pouvait écarter qu'à cause de ses décisions, on se retrouvait trop à l'est en train de rater l'objectif. Revenir contre le vent vers l'ouest n'était pas envisageable avec leur mauvais gréement. - Monsieur, s'enquit Touraille, que ferons-nous si nous ne voyons pas de terre ? Poursuivrons-nous vers le Horn ? - Ceci n'est pas à l'ordre du jour. Il nous faut trouver ce continent, c'est l'ordre du roi. Tous les géographes de l'Europe réunis nous disent qu'il existe et qu'il est immense Peut-être jouons-nous seulement de malchance. Ce temps exécrable ne peut pas durer éternellement. Haut les cœurs, messieurs, nous n'avons d'autre choix que de vaincre ! Je bois aux Terres Australes. Kerguelen leva son verre. Un coup de roulis envoya une giclée rouge sang sur la nappe. Les autres y lurent un présage alarmant, mais tous portèrent le toast : - Aux Terres Australes !
Calyssie. | | | À: Calyssie · 6 mai 2020 à 16:06 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 23 de 45 · Page 2 de 3 · 714 affichages · Partager Bonjour Calyssie, nous avons eu des expériences parallèles, moi aussi les Kerguelen m'ont toujours fait rêver, peut-être au départ parce que mon amour de jeunesse s'appelle Kerguelen! Comme toi dans ma vie professionnelle j'ai croisé des personnes qui étaient parties travailler aux Kerguelen et qui étaient revenues avec un regard absent toujours tournés vers les 40ème rugissants ou les 50 ème hurlants (c'est bien comme cela qu'on dit?). En particulier je me souviens d'un homme qui avait fait deux ou trois séjours d'un an, quand je parlais avec lui je voyais bien que son âme y était restée pour toujours, il faisait tout pour y retourner.
J'avais aussi été assister à une conférence d'un alpiniste qui avait grimpé le point culminant pas très haut en altitude un peu au-dessus de mille mètres me semble-t-il. Quelle aventure cela avait été sur des terrains d'une grande sauvagerie et de la roche absolument détestable.
Et puis, quand j'étais jeune et plein de fougue je m'étais porté candidat pour partir dans ces contrées, en remplissant le dossier qui allait bien. La réponse avait été très rapide, directement téléphonique par mon grand chef qui m'avait dit: "non et arrêtez vos conneries". Bien chef. Réponse sans appel, peut-être cela aurait foutu en l'air son plan de relève!
J'ai beaucoup aimé le livre de Kauffmann l'arche des Kerguelen: www.babelio.com/...les-de-la-Deso/73442 Cependant j'ai moins aimé de lui en "remontant la Marne". Peut-être me faut-il le relire? Luc | | | À: Levelo · 6 mai 2020 à 21:05 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 24 de 45 · Page 2 de 3 · 692 affichages · Partager Je n’osais pas, trop connu, un poème de voyage.
Ma Bohème Arthur Rimbaud
Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ; Mon paletot aussi devenait idéal ; J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ; Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées ! Mon unique culotte avait un large trou. – Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse. – Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou Et je les écoutais, assis au bord des routes, Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ; Où, rimant au milieu des ombres fantastiques, Comme des lyres, je tirais les élastiques De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur ! Arthur Rimbaud, Cahier de Douai (1870) | | | À: Lucbertrand · 6 mai 2020 à 21:11 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 25 de 45 · Page 2 de 3 · 685 affichages · Partager Bonsoir Luc,
Un amour de jeunesse au nom si évocateur avec peut-être de jolis souvenirs à la clé, ne pouvait en effet que te donner envie d'y aller. Apparemment, au vu de tes carnets, tu aimes plutôt les extrêmes que les endroits tranquilles bordés de plage de sable fin où il fait bon de ne rien faire.
J'espère que tu n'as pas été trop déçu de la réponse négative de tes supérieurs à ta demande mais bon, les chefs ont leurs raisons de nous laisser partir ou pas quand, parfois, leurs décisions restent impénétrables.
J'ai lu également le livre de J.P. Kaufman que j'ai beaucoup apprécié. Et pour rester dans ce sujet, Isabelle Autissier a eu l'occasion de faire la traversée de l'île à pied en 1999 avec trois amis et elle la raconte dans son livre intitulé « On a marché sur Kerguelen ».
www.liberation.fr/...sur-kerguelen_317578
Calyssie | | | À: Hannahannah · 6 mai 2020 à 21:13 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 26 de 45 · Page 2 de 3 · 684 affichages · Partager Bien sûr que si il fallait oser ! Tout est beau dans le Rimbaud. Le lire et le relire, toujours  . Dormir dehors me manque... Gracias muchacha ! | | | À: Calyssie · 6 mai 2020 à 21:29 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 27 de 45 · Page 2 de 3 · 674 affichages · Partager Bonsoir Calyssie,
Merci pour ton texte, et tes choix de lecture.
J'avais postulé pour aller bosser aux Kerguelen quand je bossais à l'île de la Réunion --l'administration des TAAF y est basée et le bateau ravitailleur en part. Heureusement que n'ai pas été embauché, je ne sais pas si j'aurais tenu.
J'aime le voyage lent et je rechigne à prendre l'avion donc j'ai navigué un peu, sans grand plaisir. Les belles histoires de mer sont fascinantes, ceci dit.
Y. | | | À: Lucbertrand · 8 mai 2020 à 8:55 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 28 de 45 · Page 2 de 3 · 623 affichages · Partager Salut Luc.
Voici un texte qui devrait te faire plaisir.
David Le Breton. Préface de " L'Aventure. La passion des détours ". Collection Autrement. 1996.
" L'aventure célèbre la rencontre de l'homme et de l'imprévu, elle est un arrachement à la quiétude qui confronte à des dimensions inattendues de soi et du monde. Les circonstances déjouent les routines, l'existence s'ouvre à un souffle inédit. L'aventure est un don du rêve, part en chaque homme qui le fait vibrer à l'écoute ou à la lecture d'un récit où des hommes se heurtent durement au monde avant de de se tirer d'embarras ou de périr. Elle prodigue l'émotion en laissant pressentir une existence sans temps mort, une vie pleine à craquer de moments exceptionnels.
L'aventure est l'un des noms modernes de la nostalgie, elle éveille d'emblée l'enfance : songes innombrables de départ, d'exploits impensables, d'explorations inouïes qu'une vie trop heureuse contraignait à réaliser dans l'imaginaire des soldats de plombs ou le taillis des jardins ou des haies ; désir de se délivrer de soi pour accéder à la plénitude, à l'incandescence d'exister. Appel du Grand Large, elle demande le dépouillement des anciennes fidélités, l'abandon des assises sécuritaires et la plongée dans un univers pétri d'incertitudes, mais où il est possible de construire une identité sans entraves, d'endosser à tour de rôle les personnages multiples qui se bousculent en soi pour exister au moins un moment. " | | | À: Levelo · 8 mai 2020 à 11:11 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 29 de 45 · Page 2 de 3 · 607 affichages · Partager Bonjour Yves merci pour ce texte, que je ne connaissais pas, effectivement il est très évocateur et il me fait penser à un livre complètement fou, où les entreprises et les situations les plus extrêmes en montagne, que l'on aurait jamais imaginées, sont abordées, faisant ressortir l'inimaginable pugnacité et la force mentale au delà de toute limite de certains: Théorème de la peur
www.editionspaulsen.com/...de-la-peur-1741.html
Luc | | | À: Calyssie · 8 mai 2020 à 19:09 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 30 de 45 · Page 2 de 3 · 579 affichages · Partager Bonsoir Calyssie, je ne répondrai pas à tes interrogations sur la jeune femme au merveilleux patronyme Kerguelen (qui comme moi a pris quelques années), à vrai dire interrogations non formulées pour obtenir une réponse, on rentre dans le très intime!!!
Ne pas être parti, avec le recul je ne peux que donner raison à mon général, pour une année dans un coin sans doute merveilleux, je serais passé à côté de qualifications et de compétences qui m'ont permis par la suite de vivre de par le monde des expériences fabuleuses, en particulier une très enrichissante affectation de trois ans en Albanie, au cœur de ce monde balkanique si complexe et étonnant, une espèce de tour de Babel où l'on pratiquait une foison de langues, le voyage sans les langues c'est perdre une grand partie de l'intérêt, parler la langue de l'autre c'est vraiment aller à sa rencontre.
Les Kerguelen manifestement une très belle approche d'une nature sauvage, sans doute une belle expérience humaine en milieu clos, mais je sais maintenant avec le recul d'une certaine expérience, que je vis bien mieux les expériences en milieu ouvert et cosmopolite. Peut-être que le grand chef me connaissait mieux que je ne me connaissais moi-même? Un chef c'est pas forcément con!!!
Par contre un grand merci pour le livre d'Isabelle Autissier, j'ai lu le long extrait qui fait que je le commande dans la foulée et puis j'y ai appris un mot merveilleux: soudade: Sentiment de délicieuse nostalgie, désir d'ailleurs qui s'exprime dans le fado et la morna Luc | | | À: Lucbertrand · 8 mai 2020 à 21:17 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 31 de 45 · Page 2 de 3 · 564 affichages · Partager j'y ai appris un mot merveilleux: soudade: Sentiment de délicieuse nostalgie, désir d'ailleurs qui s'exprime dans le fado et la morna
Avant que tu l'apprennes par coeur, c'est saudade.
Nostalgie en portugais. C'est aussi le nom d'un excellent restaurant parisien, rue des Bourdonnais... | | | À: Masterpo · 8 mai 2020 à 21:27 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 32 de 45 · Page 2 de 3 · 557 affichages · Partager Bonsoir merci, quelle horreur j'estropie ce si beau mot, au moins là je suis sûr de ne plus l'oublier. Luc | | | À: Masterpo · 8 mai 2020 à 23:45 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 33 de 45 · Page 2 de 3 · 538 affichages · Partager j'y ai appris un mot merveilleux: soudade: Sentiment de délicieuse nostalgie, désir d'ailleurs qui s'exprime dans le fado et la morna
Avant que tu l'apprennes par coeur, c'est saudade.
Nostalgie en portugais. C'est aussi le nom d'un excellent restaurant parisien, rue des Bourdonnais...
C'est aussi le titre d'une chanson d'Etienne Daho qui est une ode à l'émerveillement d'une passion amoureuse qu'il a vécue à Lisbonne mais aussi un chant d'amour à cette ville superbe
Calyssie | | | À: Lucbertrand · 8 mai 2020 à 23:56 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 34 de 45 · Page 2 de 3 · 535 affichages · Partager Bonsoir Luc,
Aucune question subliminale ou cachée dans la première partie de mon commentaire. En effet ça ne concerne que l'intime et ça le restera.  Finalement, ta carrière t'a offert une belle opportunité de vivre à l'étranger et c'est tant mieux. Heureuse de voir que le lien concernant Isabelle Autissier t'a plu et je te souhaite d'ores et déjà une bonne lecture de sa traversée dès l'instant où tu ouvriras son livre.
Calyssie. | | | À: Calyssie · 9 mai 2020 à 7:36 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 35 de 45 · Page 2 de 3 · 522 affichages · Partager Et d'une de la regrettée Cesaria Evora (qu'elle écrit Sodade) :
Y. | | | À: Levelo · 9 mai 2020 à 7:43 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 36 de 45 · Page 2 de 3 · 516 affichages · Partager Merci Yves pour cet excellent rappel 👍🙌 | | | À: Hannahannah · 9 mai 2020 à 15:38 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 37 de 45 · Page 2 de 3 · 491 affichages · Partager Tu es merveilleusement naive, ne gobes-tu pas tout, aujourd'hui encore, ce qui brille, ce qui vient d'ailleurs essentiellement parce que tu ne peux le vérifier et parce que cela rejoint tes rêves et conforte ton impuissance? | | | À: Poticar · 9 mai 2020 à 15:41 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 38 de 45 · Page 2 de 3 · 489 affichages · Partager Je serais heureuse que tu m’éclaires un peu. Ton discours est totalement abscons pour ma petite personne naïve. | | | À: Hannahannah · 9 mai 2020 à 19:55 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 39 de 45 · Page 2 de 3 · 469 affichages · Partager Je serais heureuse que tu m’éclaires un peu. Ton discours est totalement abscons pour ma petite personne naïve.
L’évocation spontanée, sincère (= naive), du récit d’exploits même réels mais aux détails invérifiables ne suscite pas chez moi l’émerveillement. Dans ce genre de récits par leurs auteurs je vois toujours une mise en valeur personnelle qui me repousse. Et ne pas pouvoir vérifier m’empêche de rêver. Je ne possède plus le coeur pur (naif) d’un enfant. Se rendre compte de l’incapacité à réaliser encore des choses rares autrefois réussies est peut-être pour certains un amplificateur de nostalgie. | | | À: Levelo · 9 mai 2020 à 20:28 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 40 de 45 · Page 2 de 3 · 455 affichages · Partager | Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 11 910 visiteurs en ligne depuis une heure! |