| Littérature de voyage, échos du changement Levelo · 2 mai 2020 à 12:05 · 3 photos 45 messages · 12 participants · 2 530 affichages | | | | 2 mai 2020 à 12:05 Littérature de voyage, échos du changement Message 1 de 45 · Page 1 de 3 · 1 301 affichages · Partager Bonjour,
Et si finalement on donnait la parole à d'autres ?
Aux écrivains qui nous sont chers, à tous ceux qui dans leurs livres ont évoqué bien mieux que nous les interrogations, les doutes, le changement, la mue et l'adaptation dans le voyage ?
Et si leur expérience et leurs mots à eux, en quelques paragraphes ou phrases isolées que vous publierez ici, éclairaient un peu notre lanterne pour les mois ou les années à venir ?
L.
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Nicolas Bouvier. Retour d' Inde. Publié dans " Bleu Immortel. Voyages en Afghanistan ". Editions Zoe. 2003.
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" Revenir d'Asie pose des problèmes très précis. En Suisse, retour d' Inde et du Japon, je me suis longtemps senti mal à l'aise. Les magasins, les rues m'inspiraient une répulsion irraisonnée. Noël qui approchait, la foule des acheteurs, les farces tartinées de santé, le bruit des sous, la couperose me donnaient le cafard. Le seul endroit où je respirais, où je croisais de vrais regards c'était -- tenez-vous bien -- l'hôpital. Pourtant, c'était mon pays que je m'étais réjoui de revoir, pourtant on m'avait partout accueilli avec une gentillesse qui ne se démentait pas. Alors ? Je crois que c'était l'argent qui me gênait. L'argent engorgeait tout. Et à cause de cet argent, il n'y avait plus de foule ; elle était rompue, divisée comme une étendue de sable par les mailles éparses d'un filet. Il n'y avait que de petites fortunes, de petites coquilles, de petites solitudes meublées, feutrées, équipées, mais solitudes quand même. Dans les salles de billard, dans les autobus, j'entendais souvent cette phrase qui me paraissait stupéfiante : " Moi, je n'ai besoin de personne. " La communauté n'existait plus -- communauté : le sentiment profond que le sort de n'importe lequel de vos semblables vous concerne et vous affecte en quelque façon, la conscience d'une interdépendance --, et pour qu'elle se recrée il fallait un de ces chocs -- accident mortel sur la route, révolution hongroise -- qui montrent bien que l'argent n'est pas tout et que ce qui nous rapproche le plus des autres est plus fondamental que ce qui nous en éloigne. Autrement, et en temps normal, on n'avait besoin de personne. Ce n'était que trop vrai, et quelle indigence. L'Hindou et le Chinois exposés en permanence à manquer de riz et de galette ont perpétuellement besoin du voisin, et le voisin d'eux. Le paysan du Dekkan a beau avoir l'oeil vide et feindre l'indifférence ; mendier de la farine, prêter de la farine, voir -- à cause d'une rivière qui déborde à 200 kilomètres de là -- sa maison soudain remplie d'inconnus, et pour longtemps, il ne connaît que ça, c'est son ordinaire. Voilà qui fait des foules. La misère se partage, et c'est grâce à cela que les misérables vivent encore. L'égoïsme n'est pas dans leurs moyens, trop coûteux. La prospérité ne se partage pas. Il faut cependant quitter la misère. Les Indiens y travaillent et on leur souhaite de réussir. Je leur souhaite aussi de conserver alors le coeur qu'ils avaient quand ils n'avaient que ça. " | | | À: Levelo · 2 mai 2020 à 14:00 · Modifié le 2 mai 2020 à 14:22 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 2 de 45 · Page 1 de 3 · 1 271 affichages · Partager Bernard Ollivier, il m’as accompagné tout au long de ma traversée de la Turquie, avec sa trilogie sur La longue marche.
Longue Marche. Édition PHEBUS
Ces interrogations de départ m’ont fait réfléchir, moi qui, me trouvais trop vieille pour traverser seule ce pays (voiture + marche à pied ts les jours).
....... Mes enfants, sur le quai, me font un dernier signe. L'aiguille sur la grande horloge de la gare bascule sur le départ. Le train m'arrache. La ville, ses bruits et ses lumières s'éloignent. Pénombres de la banlieue pavillonnaire, nuit profonde de la campagne percé de lampes fugitives. Je suis, enfin, parti pour ce long voyage de la route de la soie à pied. Pendant que je rêve, le nez collé à la vitre, les yeux suivant des lumières filantes, trois retraités s'activent dans le compartiment que nous partageons. Deux d'entre eux s'offrent un voyage de noces tardif. En trente-cinq ans, ils n'ont jamais eu le temps.. L'autre femme qui voyage seule connaît déjà la ville et veut voir le carnaval. A Venise, la saison commence. Je reste un long moment dans le couloir. Je n'ai pas envie de parler. Je suis déjà sur le chemin, sur cette route qui m'a tant fait rêver. Je songe que j'ai eu raison de demander à mes amis de ne pas venir sur le quai. La moitié, celle qui se désole de me voir partir, m'aurait une fois de plus posé la question : pourquoi ce voyage? De la part d'un jeune homme, ils comprendraient : va pour l'aventure. Mais qu'un homme sérieux, au lieu de bichonner ses pivoines dans sa retraite normande, parte pour trois mille kilomètres, à pied, sac au dos, dans une région réputée dangereuse, c'est abracadabrant. La présence des autres, ceux qui m'admirent ou m'envient pour ces grandes vacances, ne m'auraient pas davantage encouragé. Et si je les décevais?....... | | | À: Hannahannah · 2 mai 2020 à 14:31 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 3 de 45 · Page 1 de 3 · 1 256 affichages · Partager Merci pour ta contribution Hannah. La trilogie d'Ollivier est très belle. Lui partait, Bouvier revenait. | | | À: Levelo · 3 mai 2020 à 10:10 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 4 de 45 · Page 1 de 3 · 1 203 affichages · Partager Bonjour L,
Et si finalement on donnait la parole à d'autres ?
Aux écrivains qui nous sont chers, à tous ceux qui dans leurs livres ont évoqué bien mieux que nous les interrogations, les doutes, le changement, la mue et l'adaptation dans le voyage ?
Et si leur expérience et leurs mots à eux, en quelques paragraphes ou phrases isolées que vous publierez ici, éclairaient un peu notre lanterne pour les mois ou les années à venir ?
Ok... 
Claudio Magris, un extrait de l'"Infinito viaggiare".
Non c’è viaggio senza che si attraversino frontiere – politiche, linguistiche, sociali, culturali, psicologiche, anche quelle invisibili che separano un quartiere da un altro nella stessa città, quelle tra le persone, quelle tortuose che nei nostri inferi sbarrano la strada a noi stessi. Oltrepassare frontiere; anche amarle – in quanto definiscono una realtà, un’individualità, le danno forma, salvandola così dall’indistinto – ma senza idolatrarle, senza farne idoli che esigono sacrifici di sangue. Saperle flessibili, provvisorie e periture, come un corpo umano, e perciò degne di essere amate; mortali, nel senso di soggette alla morte, come i viaggiatori, non occasione e causa di morte, come lo sono state e lo sono tante volte. Viaggiare non vuol dire soltanto andare dall’altra parte della frontiera, ma anche scoprire di essere sempre pure dall’altra parte. [..] Ogni viaggio implica, più o meno, una consimile esperienza: qualcuno o qualcosa che sembrava vicino e ben conosciuto si rivela straniero e indecifrabile, oppure un individuo, un paesaggio, una cultura che ritenevamo diversi e alieni si mostrano affini e parenti.
Et la traduction : Il n'est pas de voyage sans que l'on traverse des frontières - politiques, linguistiques, sociales, culturelles, psychologiques, celles aussi qui séparent deux quartiers d'une même ville, celles tortueuses dont nos enfers (*) obstruent la voie qui conduit à nous même. Franchir les frontières, les aimer aussi -dans la mesure où elles définissent une réalité, une individualité, lui donnent forme, la sauvant ainsi de l'indistinct- mais sans les idolâtrer, sans en faire des idoles qui exigent des sacrifices de sang. Les savoir flexibles, provisoires et périssables, comme un corps humain, et donc dignes d'être aimées ; mortelles, dans le sens de sujettes à la mort, comme les voyageurs, et non pas occasion et cause de mort, comme elles l'ont été et le sont si souvent. Voyager ne signifie pas seulement aller de l'autre côté de la frontière, mais aussi découvrir que l'on a toujours été aussi de l'autre côté.
Chaque voyage implique, plus ou moins, une expérience semblable : quelqu'un ou quelque chose qui semblait proche et bien connu se révèle être étranger et indéchiffrable, ou bien, un individu, un paysage, une culture que nous considérions différents et étrangers s'avèrent semblables et parents.
(*) contrairement au français l'italien distingue (inferi, les enfers en tant que séjour des morts, et l'Inferno, lieu de résidence des damnés) | | | À: UnaMilanese · 3 mai 2020 à 11:02 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 5 de 45 · Page 1 de 3 · 1 186 affichages · Partager Merci pour ta participation et le texte de Magris, en plein dans le thème.
" Danube " est sur ma liste de livres à lire depuis un petit bout de temps...
Il m'a fait pensé à ce texte d'Ella Maillart, dans " Le sens du voyage " :
" A chacun de mes grands départs, il me semblait que j'allais conquérir le monde -- ou mieux encore, prendre possession de mon héritage. Nous aimons sentir que la terre entière est à nous, comme l'était la maison paternelle de notre enfance. Et je n'avais pas plutôt quitté l'école pour faire voile vers les îles de la Grèce que la question suivante surgissait en moi, question qui redevenait actuelle à chaque nouveau voyage : " Ne détruit-on pas la plus belle partie du voyage en l'accomplissant ? Dans quelle mesure le voyage réalisé et la révélation d'un nouveau pays comblent-ils les promesses du voyage imaginé ? " Quoique Arthur Waley n'ait pas été en Chine, ne la connaît-il pas mieux, à travers ses géniales traductions, que moi qui ai consciencieusement pratiqué ses auberges et ses punaises, ses fondrières et ses états d'esprit, sans parler des gouvernements évasifs de ce grand pays ? Et voici Rimbaud écrivant son Bateau Ivre, sans doute le plus dense des poèmes qu'on puisse lire sur la mer, et bien cela avant d'avoir vu l'Océan ? De tels voyages dans l'abstrait ne sont-ils pas plus " vrais "qu'une concrète rencontre avec la planète ? " | | | À: Levelo · 3 mai 2020 à 13:12 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 6 de 45 · Page 1 de 3 · 1 172 affichages · Partager Merci pour ta participation et le texte de Magris, en plein dans le thème.
" Danube " est sur ma liste de livres à lire depuis un petit bout de temps...
Ce n'est pas cet extrait là de l'infinito viaggiare qui m'avait le plus intriguée et décalée lorsque je l'avais lu. C'était celui où Claudio Magris évoquait le statut particulier du voyageur, dégagé de toute responsabilité civique politique dans les lieux qu'il fréquente, être de passage et irresponsable. Avec tout le confort, la légèreté que cela induit. Mais le livre est dans la section milanaise de ma bibliothèque et donc inaccessible.
Danube est un beau livre, mais d'un Mitteleuropéen germanophone. Les 3/4 du livre sont en amont de Vienne incluse. Encore un peu jusqu'à Budapest. Après, hic sunt leones (et j'ai davantage d'affinités avec les lions).
Catherine | | | À: UnaMilanese · 3 mai 2020 à 13:34 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 7 de 45 · Page 1 de 3 · 1 154 affichages · Partager Idem pour moi, je n'ai accès qu'à la partie émergée de ma bibliothèque, le reste est dans les cartons d'avant départ  .
Infinito viaggiare a-t-il été traduit en français ?
Yves. | | | À: Levelo · 3 mai 2020 à 13:41 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 8 de 45 · Page 1 de 3 · 1 149 affichages · Partager Infinito viaggiare a-t-il été traduit en français ?
Apparemment oui, en 2006 sous le titre Trois orients (comment l'infinito viaggiare devient 3 orients est un grand mystère)
Catherine | | | À: Levelo · 3 mai 2020 à 15:36 · Modifié le 3 mai 2020 à 17:26 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 9 de 45 · Page 1 de 3 · 1 128 affichages · Partager Bonjour Yves, ta question plutôt ton interrogation soulève une multitude de réflexions. Vu ton expérience du voyage à vélo sur des distances gigantesques et des pays que l’on ne recommande pas toujours, et de plus en solo, tes questionnements doivent être guidés par une recherche d’absolu.
Bouvier, encore plus Ella Maillart font partie de me références auxquelles je me raccroche quand je trouve qu’à mon petit niveau ça merde.
Comme tu dis laissons la place à des auteurs qui parleront mieux que nous du voyage, en es-tu sûr ? N’as-tu pas plus d’expérience qu’un Kerouac (je ne nie pas l’immense écrivain qui me fait vibrer). Mais a-t-il fait la moitié des expériences extraordinaires que tu as vécues avec ton vélo ? Oui il décrit avec merveille les décrépitudes humaines, qui n’en doutons pas nous guettent tous, en particulier la bouteille, je sais de quoi je parle, entre autres je suis lyonnais.
Et l’écrivain a-t-il vocation à relater une réalité ou à embarquer par son livre le lecteur dans un voyage fabuleux?
Cendrars, quitte à embellir la vérité, se délecte à emmener, à travers ses récits colorés, ses lecteurs au bout du monde. A Pierre Lazareff, curieux de savoir s’il a bien pris le transsibérien, l’écrivain voyageur, répond railleur « Qu’est-ce que cela peut vous foutre, si je vous l’ai fait prendre ».
Extrait du livre de Laurent Maréchaux ‘Ecrivains voyageurs ces vagabonds qui disent le monde’. Livre magnifique, les écrivains voyageurs vu par un bon écrivain, à lire impérativement, plus qu’une citation par-ci par-là donne une idée de l’écrivain voyageur et par là donne des clefs sur l’envie de voyager. Plusieurs autres livres écrits à de multiples mains, par des grands baroudeurs donnent, chacun à sa manière, le goût du voyage, de l’aventure, du risque ou de la liberté.
D’ailleurs cette envie est tellement spécifique à chacun, les motivations tellement diverses, qu’il est difficilement possible de parler dans la généralité et que l’on ne peut aborder le sujet qu’à travers ses envies, son vécu réel ou fantasmé, sa vie passée avec ses manques et ses frustrations.
Dans ton cas, le mot aventure n’irait pas mieux que le mot voyage. En effet, quand je te vois faire référence à un passage d’Ella Maillart où il est question de toute puissance. Toi comme moi au départ d’une aventure un peu folle, comme une traversée des Andes à vélo, cette sensation tu l’as ressentie, avec son cortège d’incertitudes et de peurs et peut-être de mal au ventre en abandonnant ta famille, mais tu es parti. Qu’est ce qui pousse à partir ? Tesson a une réponse qui n’est pas la mienne. Il dit quelque chose comme « il ne faut pas être trop bien dans sa vie pour pouvoir partir ». Pour ma part je dirais « il faut partir malgré toute une liste de bonnes raisons de rester ». Oui, tu vois je m’inclue dans les écrivains pour donner mon avis, et je pense que tu as encore beaucoup plus d’expérience que moi, ce qui te donne toute autorité pour t’y inclure.
Faut-il énumérer les livres qui nous ont structurés comme voyageur ou apprenti voyageur, pour moi la liste serait longue, le voyage ou l’aventure est multiforme. Quelques titres retraçant des parcours de « ouf » : Fille de révolutionnaires de Laurence Debray, au cœur des extrêmes de Christian Clot, Passagère du silence de Fabienne Verdier, Les conquérants de l’inutile de Lionel Terray, le 7ème degré de Reinhold Messner et bien d’autres.
Pour en revenir « aux fondamentaux » Ella Maillart dont j’ai lu tous les livres, dans la préface de « la voie cruelle » Frédéric Vitoux écrit « Je me souviens de notre rencontre, il y a quelques années, dans le petit appartement que j’occupe dans l’île Saint-Louis depuis ma naissance. Devant moi qui franchis peu volontiers la Seine et pour qui l’exotisme commence place e la Bastille, elle évoquait sa vie avec l’admirable placidité de ceux qui sont partis très loin, c’est-à-dire sont revenus de tout, et qui ont acquis cette forme de mystérieuse sérénité qui semble irradier d’eux comme une tranquillité de l’âme. A la voir, je songeais qu’il n’y a rien de plus sot que de croire que les aventuriers ou les voyageurs doivent avoir des têtes d’aventuriers ou de voyageurs... ».
Et parmi ces aventuriers encore un qui m’a marqué par ses livres de géopolitique au contact des conflits : Gérard Chaliand.
D’ailleurs lorsqu’on parle de voyage, d’aventure peut-on passer à côté des écrivains parlant de la guerre, une grande aventure, malheureusement vécue à toutes les époques. Kessel pilote pendant la première guerre mondiale, Blaise Cendrars qui a perdu un bras au début de cette même guerre, et Céline qui a écrit justement « Voyage au bout de la nuit ».
D’ailleurs Kessel Laurent Maréchaux en dit « Quel est le secret de cet écrivain journaliste prolixe, capable d’écrire près de deux livres par an ? Le besoin d’argent pour partager avec ses nombreux amis son goût immodéré de la fête, des femmes, du jeu, de la vodka et de l’opium ? Une soif intarissable de gloire et de reconnaissance ? Une addiction compulsive à l’écriture, ou tout simplement l’art inégalé de décliner à l’infini ses aventures ? »
En tout cas à travers un livre comme Mermoz il a décidé de ma carrière car je suis rentré dans l’armée de l’air, et à travers son livre les cavaliers il m’a donné l’idée de traverser une partie du désert de Gobi à vélo.
Et puis pour la réflexion sur les motivations de l’aventure peut-on s’affranchir d’un écrivain majeur pour comprendre les ressorts de l’aventure : Ernst Jünger, qui faisait l’apologie de la guerre en 14 -18 (lire impérativement orage d’acier), pacifiste en 40-45, qu’Hitler n’a pas osé faire fusiller car il était un des grands héros de la première guerre mondiale, et qui à plus de cent ans, on le voit donner la main à Kohl et Mitterrand comme symbole fort de la réconciliation.
Ses nombreux écrits sont époustouflants et sont un témoignage très puissant de l’aventure de l’homme à travers sa vie. Un extrait de « la guerre comme expérience intérieure » : Certes, ce n’était là qu’une poignée d’êtres d’élite, en qui la guerre se faisait balle dense et compacte, mais l’esprit d’une époque ne repose jamais que sur des individus. En tout ce qu’ils faisaient, la nature de ces hommes de l’action brève et brutale éclatait explosive. De même qu’ils n’appréciaient rien tant que les forts alcools du plus haut degré, ils se ruaient tête en avant, en rouge assaut, contre les haies de toute ivresse. Se lancer à fond aux vertiges, s’entonner la vie, tel était le mot d’ordre dans les brèves pauses où l’on reprenait souffle entre les batailles. Où était le mal, si le soleil du matin les trouvait sous les mille morceaux de la table des beuveries ? L’honorabilité bourgeoise était à des années-lumière. La santé dans tout cela ? Elle comptait pour ceux qui s’espéraient longue vieillesse. Kérouac est mort jeune et cet extrait est bien dans son style, mais c’est Ernst Jünger l’auteur. Sont-ils si loin l’un de l’autre dans la manière d’aborder la vie et l’aventure ?
Une dernière chose toi qui a voyagé un max à vélo as-tu lu : Sur la route du Danube ; je ne pense pas que ce soit le livre que l’on vient de te conseiller. Beau livre de presque 600 pages au cours duquel l’auteur érudit d’histoire relate au cours de sa remontée du Danube à vélo l’histoire complexe et dense le long de ce fleuve, où l’on voit les époques défiler avec son cortège de misères. De plus de très beaux passages sur le voyage à vélo. Toute personne tentée par la vélo-route du Danube devrait le lire avant de partir. Sniff, moi je l’ai lu après, j’aurais beaucoup gagné à le faire avant, mais il est récent février 2019. Les motivations qui nous poussent à partir ?????? Luc | | | À: Lucbertrand · 3 mai 2020 à 17:37 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 10 de 45 · Page 1 de 3 · 1 096 affichages · Partager Salut Luc,
Je te sais grand lecteur, merci d'avoir partagé tes références et d'avoir cité les livres et les auteurs que tu aimes.
J'ai eu la chance de découvrir les Suisses tôt, une littérature admirable. Dans mon cas c'était après avoir commencé à voyager. Elle n'a pas été motrice, du tout. Je suis né dans un environnement où le livre était rare. Ces textes, que je relis à intervalles irréguliers et que j'ai appris à pleinement apprécier à la lumière de mes propres déambulations, sont des puits où il fait bon puiser entre les étapes. C'est le cas en ce moment. La littérature de voyage est multiple. J'admire des parcours et des itinéraires, bien sûr. Des personnalités, aussi. Mais pour moi la qualité du texte primera toujours sur le fond. Et peu importe si celui-ci a pour cadre l'Orénoque ou l'Ardèche.
Yves. | | | À: Levelo · 3 mai 2020 à 17:49 · Modifié le 3 mai 2020 à 18:08 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 11 de 45 · Page 1 de 3 · 1 084 affichages · Partager Puisque tu évoque l'Ardèche, j’ai pensé à la Lozère et à ce classique qui m’as fait rêver adolescente.
Voyage avec un âne dans les Cévennes de Stevenson.
...... Les monts de Lozère se développent quasiment à l'est et à l'ouest coupant le Gévaudan en deux parties inégales.Son point le plus culminant, ce pic de Finiels sur lequel j'étais debout, dépasse de cinq mille six cents pieds le niveau des eaux de mer, et, par temps clair, commande une vue sur tout le bas Languedoc jusqu'à la Méditerranée.J'ai parlé à des gens qui, ou prétendaient ou croyaient avoir aperçu, du Pic de Finiels, de blanches voiles appareillant vers Montpellier et Cette.Derrière s'étendait la région septentrionale des hauts-plateaux que ma route m'avait fait traverser, peuplés par une race triste et sans bois, sans beaucoup de noblesse dans les contours des monts, simplement célèbres dans le passé par de petits loups féroces.Mais, devant moi, à demi voilé par une brume ensoleillé, s'étalait le nouveau Gévaudan, plantureux, pittoresque, illustré par des évènements pathétiques.Pour m'exprimer d'une façon plus compréhensive, j'étais dans les Cévennes au Monastier et au cours de tout mon voyage, mais il y a un sens strict et local de cette appellation auquel seulement cette région hérissée et âpre à mes pieds a quelque droit et les paysans emploient le terme dans ce sens-là.Ce sont les Cévennes par excellence:les Cévennes des Cévennes.......
Un autre extrait :
.... Quant à moi, je voyage non pour aller quelque part, mais pour marcher. Je voyage pour le plaisir de voyager. L’important est de bouger, d’éprouver de plus près les nécessités et les embarras de la vie, de quitter le lit douillet de la civilisation, de sentir sous mes pieds le granit terrestre et les silex épars avec leurs coupants. Hélas ! tandis que nous avançons dans l’existence et sommes plus préoccupés de nos petits égoïsmes, même un jour de congé est une chose qui requiert de la peine. Toutefois, un ballot à maintenir sur un bât contre un coup de vent venu du nord glacial n’est point une activité de qualité, mais elle n’en contribue pas moins à occuper et à former le caractère. Et lorsque le présent montre tant d’exigences, qui peut se soucier du futur.......
Je voyage pour le plaisir de voyager...quel plaisir de relier ça. | | | À: Hannahannah · 3 mai 2020 à 18:45 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 12 de 45 · Page 1 de 3 · 1 069 affichages · Partager Mon premier livre, j’ai 8 ans et je peux enfin lire un livre en entier, je suis très fière. Quel hasard, un livre de voyage m’ouvriras au monde des livres, c’est :
« seul à travers l’Atlantique ». D’ Alain Gerbaut.
Je n’ai pas trouvé d’extrait, le livre est bien loin dans un carton....alors juste le résumé.
....... Cent un jours de mer, de Gibraltarà New York, seul sur un petit cotre de onze mètres. Gerbault n'était pas le premier, mais son exploit, en 1923, eut un retentissement considérable.
À le lire pourtant, on reste saisi par la modestie de ce personnage original : ancien joueur de tennis, il emmène avec lui sa bibliothèque, récite Coleridge ou Edgar Poe à la barre, et passe le plus clair de son temps à recoudre des voiles en lambeaux.
Soif, fièvre, vagues géantes, les pires coups durs ne lui arrachent que sourires. Sa joie de vivre, sa philosophie annoncent Moitessier. Tout entier tourné vers un but, cette traversée en solitaire sans escale, il se soucie peu de performance, et prolongerait bien son escapade : "Mon navire était beau lorsque venait le jour."
Son bateau, le large, la solitude et le soleil. Gerbault fait corps avec la mer, qu'il ne quittera pour ainsi dire plus, succombant bientôt à la magie du Pacifique et de ses îles lointaines....... | | | À: Hannahannah · 3 mai 2020 à 21:22 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 13 de 45 · Page 1 de 3 · 1 046 affichages · Partager L'écriture de Stevenson est limpide, presque nue, sans emphases. Si mes souvenirs ne me trahissent pas c'est le premier récit de voyage que j'ai acheté, dans la seule librairie spécialisée de ma ville qui s'appelait " La Proue ". Une manière de déambuler assez ascétique qui a confirmé mes premières intuitions. Ou plutôt montré que le voyage pouvait se passer de grands moyens, et avoir pour cadre une région très proche de la mienne. J'ai osé élargir mon horizon en grande partie grâce à lui.
Moitessier il faudrait que je le relise. Je ne me souviens plus trop de sa prose. Son abnégation force l'admiration, surtout pour moi qui ne vogue pas très bien. Il y a laissé sa peau, au sens littéral du terme... | | | À: Levelo · 5 mai 2020 à 17:11 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 14 de 45 · Page 1 de 3 · 979 affichages · Partager Je ne suis pas certain d'avoir bien compris ce que tu attendais. Ce qui n'empêche pas de t'adresser cette dédicace : « Les psychiatres, les politiciens, les tyrans nous assurent depuis toujours que la vie vagabonde est un comportement aberrant, une névrose, une forme d’expression des frustrations sexuelles, une maladie qui, dans l’intérêt de la civilisation, doit être combattue [...] Cependant à l’Est, on conserve toujours ce concept, jadis universel, selon lequel le voyage rétablit l’harmonie originelle qui existait entre l’homme et l’univers. » Bruce Chatwin dans Le chant des pistes
Le même Chatwin, anglais jusqu'au bout du soulier qui, de passage en Afrique du Sud, écrivait dans sa correspondance privée «l'apartheid est une plaisanterie nauséeuse teintée d’humour noir» et aussi «Il n’y a rien de fade à propos de l’Afrique du Sud » | | | À: Levelo · 5 mai 2020 à 23:09 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 15 de 45 · Page 1 de 3 · 935 affichages · Partager Demat Yves,
Et si leur expérience et leurs mots à eux, en quelques paragraphes ou phrases isolées que vous publierez ici, éclairaient un peu notre lanterne pour les mois ou les années à venir ?
Alors je propose celui-ci (je ne l'ai pas lu mais je suis tentée), sur carré de bateau ! www.babelio.com/...arnet-Viking/1025777
Ou/et pour en savoir plus sur "la Dame de la Mer" : www.lalsace.fr/...04/09/super-heroines
| | | À: Voyajou · 6 mai 2020 à 8:26 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 16 de 45 · Page 1 de 3 · 913 affichages · Partager J'attendais juste des textes chapardés ici ou là pour mettre en perspective nos errances interrompues.
Dédicace reçue 5/5  .
Chatwin avait une belle plume (j'ai aimé le Chant des Pistes, même si je ne connais pas l' Australie) mais il reste un personnage mystérieux, un peu brigand, et assez snob...
Fais-toi plaisir ici si tu as d'autres morceaux choisis à mettre dans nos assiettes. Chez les Africains, peut-être ? | | | À: Choucarde · 6 mai 2020 à 8:34 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 17 de 45 · Page 1 de 3 · 909 affichages · Partager Salut Anne,
Tu nous diras quand tu l'auras lu ? En attendant tu peux piocher dans ta bibliothèque et nous offrir un petit passage en guise d'apéro  . A moins qu'elle ne soit restée là-bas...
Y. | | | À: Levelo · 6 mai 2020 à 9:16 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 18 de 45 · Page 1 de 3 · 899 affichages · Partager Dino Buzzati, Le Désert des Tartares.
" Il n'était pas imposant, le fort Bastiani, avec ses murs bas, et il n'était pas beau non plus, ni pittoresque malgré ses tours et ses bastions ; il n'y avait absolument rien qui rachetât cette nudité, qui rappelât les choses douces de la vie. Et pourtant, comme la veille au soir, du fond de la gorge, Drogo le regardait, hypnotisé, et une inexplicable émotion s'emparait de son coeur. Et derrière, qu'y avait-il ? Par-delà cet édifice inhospitalier, par-delà ces merlons, ces casemates, ces poudrières, qui obstruaient la vue, quel monde s'ouvrait ? A quoi ressemblait de Royaume du Nord, ce désert pierreux par où personne n'était jamais passé ? La carte, Drogo se la rappelait vaguement, indiquait de l'autre côté de la frontière une vaste zone où il n'y avait que très peu de noms, mais du haut du fort verrait-on au moins quelques localités, quelques champs, une maison, ou seulement la désolation d'une lande inhabitée ? Il se sentit brusquement seul : sa belle assurance de soldat si désinvolte jusqu'alors, tant qu'avaient duré les calmes expériences de la vie de garnison, tant qu'il avait eu une maison confortable, des amis joyeux à proximité, et les petites aventures nocturnes dans les jardins endormis, cette belle assurance et toute la confiance en soi venaient tout d'un coup de lui faire défaut. Le fort lui paraissait un de ces univers inconnus auxquels il n'avait jamais sérieusement pensé pouvoir appartenir, non pas parce qu'ils lui paraissaient haïssables, mais parce qu'infiniment loin de sa vie habituelle. Un univers bien plus absorbant, sans autres splendeurs que celles de ses lois géométriques. Oh ! retourner en arrière. Ne pas même franchir le seuil du fort, et redescendre en plaine, retrouver sa vie et ses chères habitudes. Telle fut la première pensée de Drogo et peu importe qu'une telle faiblesse ait été honteuse chez un soldat : lui-même était prêt à l'avouer s'il le fallait, pourvu qu'on le laissât repartir. Mais un nuage dense se levait, tout blanc, de l'invisible horizon septentrional, au-dessus des glacis et, imperturbables sous le soleil à son zénith, les sentinelles marchaient de long en large comme des automates. Le cheval de Drogo hennit. Puis ce fut de nouveau le grand silence. " | | | À: Levelo · 6 mai 2020 à 10:21 · Modifié le 6 mai 2020 à 11:37 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 19 de 45 · Page 1 de 3 · 888 affichages · Partager Bonjour Yves, oui le désert inspire le voyageur, je me souviens d'un fort en traversant le désert de l'Atacama qui m'a fortement rappelé le "désert des tartares" une petite troupe de Boliviens perdus au pied d'un immense volcan et avec devant eux un glacis de 40 kilomètres, sans la moindre aspérité jusqu'à la frontière chilienne.
La notion de peur, d'incertitude, de risque et de difficulté sont des moteurs essentiels pour un certain type de voyageurs et, les deux extraits suivants décrivent bien l'état d'esprit de ces voyageurs qui cherchent à se confronter à la nature et à eux-mêmes.
Extrait de "écrivains voyageurs ces vagabonds qui nous disent le monde"Wilfred Thesiger l'arpenteur de zones blanches:
Retiré à Londres et le corps miné par la maladie, sa lucidité de vieux sage n'échappe pas au pessimisme. L'homme sait de quoi il parle. Pendant quarante-cinq ans, Thesiger a parcouru accompagné par des guides indigènes les dernières terres vierges d'Arabie, d'Afrique et d'Asie. Son aversion pour le progrès occidental et sa haine de voir les produits de consommation se propager jusqu'aux peuples les plus éloignés n'expliquent pas à eux seuls sa passion des périples ascétiques. Pour ce marcheur infatigable, les voyages ne trouvent leur sens que dans les efforts qu'ils demandent: "ce n'est pas le but qui importe, mais le chemin que l'on accomplit pour l'atteindre et, plus le parcours est difficile, plus le voyage a de prix....... Mon hostilité à l'égard des inventions modernes tient peut-être au fait qu'elles rendent les choses trop faciles.... Pour ma part je n'aurais guère aimé traverser le désert des déserts en automobile. Heureusement, cela était impossible à l'époque où j'entrepris mes voyage, car franchir les sables en voiture aurait réduit l'aventure à un simple exploit sportif".
Remarque au passage, sa formule ressemble étrangement à celle de Saint-Exupéry où il parle de but qui n'est qu'illusion du voyageur.
Extrait dan la même veine: de la jungle birmane à la taïga russe l'Asie à vélo couché de Nathalie Courtet:Dès la sortie de la bourgade mongole de Zamyn-Uud, le macadam nous laisse tomber. Net. Aucune ambiguïté, ni d'espoir pour quelques hectomètres supplémentaires...plus loin. Six cent cinquante kilomètres pour rejoindre Oulan-Bator, les deux cents derniers seront asphaltés. A la dernière maison, devant nous à perte de vue: le désert. Nous nous retrouvons brutalement face à cet infini que nous savons faire quatre cent cinquante kilomètres de long. La moitié de la France, sans rien d'autre que de la piste sableuse, du vent, de la poussière et de la chaleur. Nous restons béats, le regard posé sur ce qui nous attend, posé sur pas grand chose, et surtout accroché au vide qui grandit à l'intérieur, et nous fait frémir. Il se passe quelque chose dans nos carcasses, un sentiment qui s'était éteint ce derniers jours et qui rejaillit: l'angoisse! Ça serre un peu les tripes, ça laisse hagard, la pomme d'Adam fait le Yo-Yo. Alors? Capable ou pas?
Ces deux extraits correspondent bien à un type de voyage que j'aime. Ce trouble que l'on éprouve en se trouvant au départ et se dire: Houlala mais je ne vais jamais y arriver et ressentir cette angoisse, car inexorablement on sait que l'on va s'y lancer de toutes ses forces physiques et mentales. J'ai écrit pas mal de textes sur ces expériences du désert, dont j'ai eu l'idée en lisant des auteurs comme les deux que j'ai cités ci-dessus. Luc | | | À: Levelo · 6 mai 2020 à 11:57 Re: Littérature de voyage, échos du changement Message 20 de 45 · Page 1 de 3 · 862 affichages · Partager J'attendais juste des textes chapardés...
Chaparder des textes ? Il faudra attendre la réouverture des librairies (et comme je serai masqué, ni vu ni connu).
Chatwin avait une belle plume (...) mais il reste un personnage mystérieux, un peu brigand, et assez snob...
Faudrait-il un certificat de moralité à l'écrivain ? J'ai l'impression que parmi les meilleurs il y a bien autant de voyous que de scribes.
Chez les Africains, peut-être ?
Je ne connais pas bien la littérature africaine, je veux dire celle écrite par des Noirs vivant en Afrique. Il n'est pas certain que la notion d' errances interrompues y fasse florès. L'écrivain-voyageur, ce héraut du changement, me semble être principalement une créature occidentale.
des textes pour mettre en perspective nos errances interrompues.
En attendant, le mythe de Sisyphe vu par Mandela : « J'ai découvert un secret : après avoir gravi une colline, tout ce qu'on découvre, c'est qu'il reste beaucoup d'autres collines à gravir » (Il est originaire du pays xhosa, l'autre pays des mille collines) | Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 7 728 visiteurs en ligne depuis une heure! |