Le gouvernement a avancé une vraie fausse bonne idée: obtenir un prêt des banques. Le problème étant que l'offre de prêt a été rejeté par le bureau de la dette public en raison d'un taux d'intérêt prohibitif. De surcroît, nombre de banques qui auraient pu être intéressées se sont vues mises sous pression par Suthep et le PDRC (et on peut penser que leurs clients élitistes voteraient avec leurs pieds).
Quant aux fermiers, avec leur bon sens paysan, les querelles politiciennes ne les intéressent pas et surtout pas l'opportunisme suthepiste. Ils veulent des bahts, un point c'est tout. Mais à ce point, tout est bon à prendre pour Suthep dont les manifs se vident très rapidement.
Ce n'est guère un mystère donc si "The Nation" journal à obédience royaliste et ses journalistes font des gorges chaudes de ce "scandale du riz" dont ils se fîchaient éperdument quand Suthep avait des centaines de milliers de suiveurs.
Enfin, dernier élément qui donne la température: la vente de souvenirs manifs n'a plus guère de succès, l'effet drapeau thai ayant bien passé de mode désormais. Je pense que les tireurs du PDRC (incident de Lak Si) ont fait énormément pour décrédibiliser Suthep au niveau national, à peu près autant que ses tentatives de bloquer les élections l'ont fait au niveau international.
N'oublions pas aussi, que dans leur petite idéologie royaliste, les thais ont intégré l'idée que de "bons" thais ne font pas de mal à d'autres thais. Le fait de voir les Suthepiens "non-violents" sortir avec des fusils d'assaut a fait voler en éclat ce mythe.
D'un autre côté, dans le processus de déshumanisation, on entend souvent les "jaunes" dire des rouges "ce n'est même pas un thai" - écho dans le
BKK Post des souvenirs d'une chemise rouge de 2010. Au cas où certains hébergeaient encore certains doute sur leur xénophobie foncière, ce genre d'histoire ramène vite à la réalité.
A force de considérer le nord et nord-est du pays comme des buffles indignes de voter, voire des "non-thais", ce qui ressort en réaction, c'est la volonté exprimée chez certains rouges de créer un Etat séparé. Une cinquantaine d'années d'idéologie royaliste sont en train de s'effriter très rapidement au milieu de mutations sociales et économiques et dans une période de transition successorale.
Suthep n'en est que la partie émergée de l'iceberg, et je pense que la vague de fond dépasse de loin Yingluck, Thaksin et l'establishment royaliste. Faute pour l'armée de prendre position, les évolutions risquent d'être inattendues.
Toute la question est celle de la possibilité pour les thais ruraux de s'émanciper de l'information officielle qui occulte soigneusement toutes ces perspectives.