"Les dix premières années de ma vie, je n'étais pas noir. J'étais, à bien des égards, différents des personnes de mon entourage, mais je n'avais pas la peau plus foncée. J'en suis certain. Un jour, j'ai constaté une coloration. Plus tard, quand je suis devenu noir une bonne fois pour toutes, j'ai recommencé à pâlir."
Ce sont par ces phrases que débute ce livre qui évoque la destinée particulière des colonies néerlandaises en Afrique subsaharienne, au travers de l'histoire de deux princes africains. Kwasi et Kwame sont emmenés en Hollande au XIXeme siècle, suite à une traite secrète entre esclavagistes hollandais et les ashantis. Ils sont offerts par leur père et oncle au roi Guillaume 1er d'Orange afin de servir de caution à un commerce illégal d'esclaves, organisé par le gouvernement néerlandais.
Scolarisés et éduqués avec et comme des garçons hollandais dans un pensionnat à Delft, les jeunes africains oublient peu à peu leur langue et leurs coutumes. Ils sont baptisés et présentés comme des curiosités à la cour de
La Haye, où ils deviennent amis de la famille royale. Kwasi tente à toute force de s'adapter pour devenir un vrai Néerlandais, Kwame s'oppose à son ami et cousin pour garder son identité africaine, dans l'espoir de retourner un jour vers son peuple.
Ecrit dans un style très vivant, Arthur Japin raconte de manière émouvante comment les deux jeunes princes ont tenté de s'adapter à cette société victorienne, blanche et étrangère. L'un d'eux est retourne en Afrique; l'autre veut bâtir pour lui une identité occidentale. Le déracinement finit cependant par avoir des conséquences désastreuses pour tous les deux.
A partir de ces faits historiques, Arthur Japin, parvient à brosser un saisissant portrait de deux enfants luttant contre leur sort, aux prises avec de poignantes questions d'identité et d'appartenance. Arthur Japin a mis plus de 10 ans pour écrire ce livre, un opéra a été tiré de ce livre.
Lors de ses recherches, Arthur Japin a découvert que la tête de Nana Badoo Bondso II, roi ahanta, exécuté au 19è siècle par les colons néerlandais, était toujours détenue dans les collections du musée anatomique de Leyde. Grâce à l'intervention d'Arthur Japin auprès du président ghanéen de l'époque John Kufuor, la tête de Nana Badoo Bondso II revint au
Ghana en 2010.
Et voilà comme l'histoire fournit matière à la littérature qui fournit matière à l'histoire...et que l'hier redevient présent.