Faire un pas de côté, oublier ses repères et momentanément les cases dans lesquelles on range le vivant: les humains d'un côté, les animaux de l'autre. S'immerger dans cette zone troublante où l'homme dépouillé de son humanité et la bête capable d'émotions, de sensibilité, seraient face à face.
Qui est le prédateur, qui est la proie, de quel côté seraient la peur, la barbarie ou la violence extrême, la compassion, la
philosophie...
Dans ce livre imprégné d'anthropomorphisme, Stéphanie Artarit tisse une intrigue cruelle et repousse les limites de la noirceur sans pourtant jamais se complaire dans le glauque.
Une histoire d'amour et de vengeance, de bêtes féroces et d'humains, où l'abominable, l'insoutenable, l'inconcevable sont traversés par la candeur et la luminosité fragile de l'héroïne,
Bambi, autour de laquelle se déchainent de (très) sombres passions.
L'action se déroule dans les Pyrénées au milieu des années 70. Une maison délabrée isolée de tout, théâtre de l'impensable, dans laquelle vit ou survit une une famille fracassée ignorée des services sociaux : un père disparu, une mère impotente, deux jumeaux dégénérés,
Sam et Valerien, un grand frère violent,
Martin, salaud absolu, un chien... et une jeune adolescente,
Bambi, pilier précaire de cet équilibre vacillant.
Pour échapper à ce quotidien sans espoir elle trouve régulièrement refuge dans un zoo situé non loin. Attrapée lors d'un énième resquillage elle est conduite chez le patron des lieux,
Noel Rivière, qui, touché par sa misère (et sa beauté diaphane, irréelle...) l'engage en apprentissage.
Là pourrait débuter un
conte de fée, la rédemption par l'amour, le salaud durablement neutralisé... et un répit pour le lecteur.
Mais non.
Le zoo sert de décor à la deuxième partie de l'histoire qui s'enrichira de nouveaux personnages... une petite fille
Feline et un chimpanzé
Adam placé à son arrivée dans un enclos isolé car agressif et incapable de vivre parmi ses congénères.
Des humains à l'animalité primitive, des animaux à l'humanité étonnante... un
Livre de la jungle déjanté, féroce, bouleversant. Un
roman noir à l'écriture fluide, poétique.
Une lecture en apnée, presque dévoré d’une traite (en deux fois) car il est impossible de reprendre son souffle avant de savoir jusqu'où l'auteure poussera la limite et quel est le sort qu'elle réserve à ses personnages...
On ne mange pas les cannibales Stéphanie ARTARIT
Belfond Noir
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Kola.