Mardi 5 juin 2012 – Palerme
Ce matin il fait beau, la mer est calme, le temps idéal pour observer les manœuvres d’accostage depuis le balcon de la cabine. Le Fantasia est à quai à 8h30, un peu avant l’horaire annoncé.
Nous allons prendre notre petit déjeuner à 9h00 à la cafétéria. Il n’y a pas plus de monde que les autres jours, mais ce matin nous sommes fatigués... Au détour d’un buffet je perds de vue Monsieur Glacerine. Je reste postée à notre zone habituelle, mais Monsieur Glacerine tourne en rond à ma recherche de l’autre côté de la salle... Sans arriver à nous retrouver dans la cafétéria, nous finissons par nous rejoindre à notre cabine sans avoir réellement mangé.
Nous débarquons vers 9h45. Sur le quai nous croisons de nombreux rabatteurs pour les bus Hop On/Op off, pour le petit train et pour les calèches. Comme à l’accoutumée nous avons prévu de marcher, et nous refusons.
Nous attrapons malgré tout au vol un plan de
Palerme, et en quittant le port nous nous dirigeons en ville vers la gauche. Nous avons prévu de longer les quais de manière parallèle pour rejoindre la rue perpendiculaire Vittorio Emmanuelle.
Le plan récupéré sur le port n’est pas très explicite, les noms des rues ne sont pas toutes indiquées. Et dans les rues, les panneaux – pour beaucoup – ne sont plus en place, arrachés mais pas remplacés. Ça change de
Gênes, où des panneaux d’orientation étaient affichés à tous les coins de rue.
Au bout de quelques temps, nous avons marché sur plusieurs centaines de mètres mais nous ne sommes pas très sûrs de notre chemin. Après avoir hésité nous nous enfonçons dans la ville.
Damned ! Nous sommes perdus dans les ruelles étroites, les placettes ne sont pas indiquées sur notre plan...
Comme le fait remarquer Monsieur Glacerine, nous sommes peut-être perdus, mais très joliment perdus. Il mitraille. Il fait beau et le soleil joue à cache cache avec des façades blanches écaillées jouxtant des petites églises et des monuments ouvragés.
Pour ma part je suis un peu moins enthousiaste : j’aime avoir une certaine maîtrise de la situation, et là je n’ai aucune idée de l’endroit exact où nous sommes. Quelque part à l’ouest de la sortie du port, entre la mer et le centre-ville, mais où précisément... Je cherche un moyen de m’orienter.
J’avise deux jeunes filles armées d’un plan de ville manifestement plus efficace que le mien. Je vais à leur rencontre pour les saluer, et je leur explique dans un anglais laborieux que nous sommes perdus ; je souhaiterais jeter un coup d’œil sur leur plan. J’ai de la chance, elles sont suédoises mais l’une d’elle parle quelques mots de français. Elles vont dans la direction de la Via Vittorio Emmanuele et proposent de nous guider sur quelques rues.
Les ruelles et les placettes se succèdent, minuscules, étroites mais tout aussi charmantes les unes que les autres. Monsieur Glacerine est conquis.
Nous arrivons sur une place magnifique, sur laquelle nous prenons congés des deux demoiselles que nous remercions pour leur gentillesse. Nous ne sommes pas encore tout à fait dans la bonne direction, mais j’ai repéré un kiosque à journaux et j’en profite pour acheter un plan de la ville. Il ne sous sera plus d’une très grande utilité, mais ça me rassure de l’avoir à portée de main...
Un peu plus loin nous arrivons enfin Via Emmanuele. Je suis surprise : je m’attendais à une grande artère, au contraire la rue est assez étroite. Tout est dense à
Palerme : le réseau de ruelles et de petites rues, la circulation, les trottoirs minuscules, le patrimoine exceptionnel...
Nous remontons la via Emmanuele et arrivons au carrefour des Quattro Canti. Dans chaque coin, une façade richement sculptée, avec une fontaine surmontée de statues des rois et des saints protecteurs de la ville.
Nous prenons à gauche pour rejoindre la piazza
Pretoria et sa jolie fontaine ouvragée avec sa balustrade en fer forgé. Nous poussons un peu plus loin, dans l’espoir de visiter les trois églises attenantes. Malheureusement pour nous, d’importants travaux de rénovation sont en cours, les façades sont bardées d’échafaudages et en partie masquées par des bâches peintes.
L’entrée de l’Église Santa Caterina est payante. Pas très chère (5 euros), mais l’entrée est couplée avec une autre église que nous n’avions pas prévu de visiter. Après avoir hésité, nous rebroussons chemin. C’est très certainement une erreur, car cette église baroque est réputée comme étant une des plus belles de
Palerme.
Après avoir fait le tour du quartier, nous reprenons la via Emmanuele en continuant à nous éloigner du port. Les façades sont belles, un peu fatiguées par la pollution.
En chemin nous avisons une église ouverte. Nous grimpons la volée de marches et allons jeter un coup d’œil. L’endroit est sombre, la fraîcheur contraste agréablement avec la chaleur de la rue. L’endroit est modeste et malgré tout empli d’or et de mosaïques. Beaux contrastes.
Plus loin dans la rue, nous atteignons la cathédrale, de très belle facture, posée sur une jolie place joliment ensoleillée. L’intérieur est vaste et aéré. Nous faisons une pause bien méritée. Un peu à l’écart, j’en profite pour me rebadigeonner généreusement d’écran total. Je commence à ressentir les effets du soleil et je crains pour ma peau de visage pâle, peu habituée à une telle lumière.
Nous remontons vers la Porta Nueva, au bout de la via Emmanuele. Par une porte cochère ouverte, nous apercevons une jolie cour intérieure. Nous nous avançons légèrement. Nous voyons une sorte de guichet, mais la personne à l’entrée ne se soucie guère de nous. Nous en profitons pour admirer la cour tout à loisir. En ressortant Monsieur Glacerine me demande si à mon avis il s’agissait d’un musée. Mais j’ai vu passer dans l’entrée des ecclésiastiques en col romain, ce que lis à l’extérieur vient confirmer mon intuition : université de théologie... le séminaire en fait.
Nous arrivons enfin à la Porta Nueva. La circulation y est dense. Sous l’arche, la rue déjà pas très large se rétrécit encore. Il n’y a aucun trottoir sous la porte, heureusement pas trop profonde. Il faut s’aventurer sur la voie de circulation au milieu des klaxons, des voitures qui convergent et des scooters qui slaloment nerveusement.
À
Palerme comme à
Naples les scooters sont rois. Ici les casques semblent être une option, les freins aussi d’ailleurs. A plusieurs reprises dans des ruelles extrêmement étroites et sans trottoirs, nous avons été frôlés par des scooters qui déboulaient sans ralentir.... Nous restons sur nos gardes...
Les voitures circulent dans un joyeux tintamarre, mais laissent plutôt facilement traverser les piétons. Nous traversons la Porta Nuova sans encombre.
Il fait beau, il fait chaud, et nous sommes heureux d’avoir enfin atteint le carrefour permettant l’accès au Palazzo di Normanni. Monsieur Glacerine s’étonne du nombre de voitures officielles circulant à proximité... Normal, le Palazzo di Normanni abrite le parlement.
Encore un dernier petit square et c'est enfin l’entrée du palais. Nous intégrons la file pour prendre nos billets. Juste devant nous, une jeune femme laisse tomber une pièce de 50 centimes. La pièce tombe sur la tranche, prend joyeusement la pente, puis après un virage impeccable dévale les marches sans faiblir durant une bonne cinquantaine de mètres. La pièce finit par disparaître de notre vue, roulant toujours dans un équilibre parfait. La jeune femme est française, nous échangeons quelques mots avec elle. Elle voyage également sur le Fantasia. C’est une jolie coïncidence.
Nous découvrons à l’entrée que les billets sont beaucoup plus chers que nous ne le pensions. Mais nous avons marché plusieurs kilomètres, nous n’allons pas rebrousser chemin...
Nous ne comprenons pas les indications en italiens et en anglais, nous prenons la visite complète qui coûte 9 euros chacun : 7 euros pour visiter la chapelle palatine et 2 euros pour une autre partie du palais.
C’est quand même une douce arnaque. La chapelle palatine est belle, mais toute petite. Une petite pièce remplie d’or et de mosaïques, certes, mais toute petite quand même. De là à faire payer 7 euros... c’est abuser. Quand Monsieur Glacerine se rend compte qu’il n’y a rien d’autre à voir, il retourne illico dans la chapelle. Quitte à payer 7 euros, autant être sûr de ne rien avoir raté... Mais non, il avait déjà vu tout ce qu’il y avait à voir. Aïe.
Nous pensions que l’autre partie du billet permettait de visiter les appartements royaux, mais l’escalier est barré. Nous nous renseignons auprès des guides postés près de la chapelle : l’un d’entre eux parle un peu français et nous apprend que cette partie est fermée aujourd’hui pour cause de session parlementaire. Mais dans ce cas, à quoi correspond notre entrée à 2 euros ? A l’expo située dans les sous-sols.
Par acquis de conscience nous allons voir l’expo : quelques esquisses au fusain de l’empereur, dans une petite salle aux murs blancs. Un peu plus loin, un accès à quelques fondations apparentes du palais. Je grogne. Monsieur Glacerine est déçu. Je me dis que nous aurions mieux fait de visiter l’église Santa Catarina.
Nous rebroussons chemin par la via Emmanuele. Il fait chaud. Je suis plutôt habituée aux talons, mes tennis sont confortables mais beaucoup trop plates. Mes pieds me font souffrir. La fatigue se fait sentir.
En chemin nous nous arrêtons à la terrasse d’un petit bar. Monsieur Glacerine commande un sandwich pour la forme, mais pour ma part je n’ai pas faim. Je demande une eau gazeuse avec une rondelle de citron. La patronne me guide vers des sanitaires de fortune, mais au moins je peux me rafraîchir et me laver les mains.
Nous rentrons à vitesse réduite pour ménager nos mollets. Un peu plus loin, je me laisse tenter par des Gelati. Pas convaincu, Monsieur Glacerine décide malgré tout de m’accompagner. Les glaces sont extraordinaires... Et là une question s’impose : mais POURQUOI avons-nous attendu la dernière escale en
Italie pour goûter ces glaces fabuleuses ?!!! Par nostalgie, par la suite nous prendrons plusieurs fois des glaces sur le bateau (Piazza San Giogio) et une fois à
Barcelone. Mais elles n'ont définitivement rien à voir...
Au niveau du carrefour des Quatro Canti, nous sommes interpelés par un conducteur de calèche. Normalement c’est 80 euros pour une heure, mais pour nous c’est 60 euros. Il insiste, 40 euros, il nous suit sur le trottoir.
Je fais part à Monsieur Glacerine de ce que j’ai pu lire sur le forum, les chevaux qui stationnent toute la journée en plein soleil, qui meurent de fatigue et de déshydratation. Et c’est vrai qu’on n’en a pas vu un seul boire, pas d’eau à proximité, rien. Du coup, ça ôte toute envie à Monsieur Glacerine. Nous poursuivons à pieds.
Ici une boutique de souvenirs religieux emplie de statues géantes de Notre Dame de Lourdes... Juste à côté, une boutique contenant tout un arsenal militaire. Des boutiques un peu kitch de bijoux fantaisie. Des kiosques emplis de journaux fatigués reliés en piles par de la vieille ficelle. Le défilé des calèches emportant leurs flots de touristes. Les façades au crépi fatigué. Le tintamarre des klaxons. Les scooters nerveux et virevoltants.
Sous le soleil,
Palerme a un petit quelque chose de désuet, de craquelé, poussiéreux, hors du temps.
Nous revenons par l’avenue
Roma, artère large et bordée de belles façades. Quelques cartes postales, un foulard, une bague fantaisie. Au bout de la rue, sur la gauche nous rejoignons le théâtre Massimo Vittorio Emmanuele. Mais les barnums d’un salon commercial en obstruent la vue et les jardins.
Mes jambes me font très mal, mes pieds sont enflés. Ça tire dans les tendons, ça tire dans les talons. Je n’en peux plus. Nous rentrons.
En rentrant à la cabine, Monsieur Glacerine, compatissant, me bassine les pieds avec de l’eau fraîche. Ça fait du bien. Je prends une bonne douche avant de me reposer, les jambes confortablement surélevées. Monsieur Glacerine se rend sur le pont promenade pour prendre des photos de la sortie du port.
En rentrant Monsieur Glacerine se prépare pour la soirée de Gala. Il est un peu trop tard pour profiter du cocktail, nous nous rendons directement au restaurant. Nous sommes au 1er service, dans les ascenseurs nous croisons essentiellement des passagers en tenue décontractée, revenant de la piscine ou des escales. Nous nous sommes faits beaux, Monsieur Glacerine a sorti son joli costume, j’ai revêtu ma robe de cocktail... Nous nous sentons dévisagés. En nous rendons au restaurant nous ne croisons que très peu de tenues habillées.
Mais en ressortant, la plupart des passagers se sont changés. Nous allons nous faire photographier avec le commandant. La file d’attente est impressionnante mais avance assez vite. C’est plutôt expéditif, mais vu le nombre de passagers...
Nous nous rendons au théâtre. D’abord la présentation du staff et du commandant. Le spectacle (Fantasia) est particulièrement réussi, des numéros de style cabaret, dont un absolument magique sur la musique de la machine à écrire de Leroy Anderson, et un numéro de danseuse sur trapèze, lascif et empli de poésie.
En sortant, nous flânons dans les couloirs et sur la Piazza San Giorgio. Séances photos dans les studios pour immortaliser la soirée. Derniers tours dans les bars, puis dodo. La journée a été longue.
Quelques photos de Palerme :
Photo 1 : Vue de Parlerme depuis le bateau.
Photos 2, 3 et 4 : au fil des rues.
Photo 5 : un des 4 coins du carrefour des Quattro Canti
Photo 6 : la fontaine de la piazza
Pretoria
Photos 7 et 8 : la cathédrale
Photo 9 : une calèche devant le théâtre Massimo Vittorio Emmanuele
C'est tout pour aujourd'hui ! Demain nous serons à
Tunis.
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