Bon, pour la St Nicolas, une fête importante par chez nous, je vous offre la suite
. D'habitude, c'est plutôt Spritz et chocolats (prononcer chpritsse) mais avant les fêtes, il vaut mieux être raisonnable... 
10ème jour : de Las Vegas à Death Valley
Lever un peu plus tardif (il en faut pour tenir le rythme) et petit déjeuner buffet, ou plutôt brunch, à l’Aria, après une attente de 30 minutes environ

(j’ai failli repartir mais j’ai bien fait d’attendre !). On a fait, au sens propre, le matin et le midi en même temps. Installés vers 11h, nous avons pris le breakfast tandis qu’une demi-heure plus tard, nous enchaînions sur les plats du lunch installés depuis peu ! Un concept qui nous a séduit et s’est imposé depuis, dans nos dimanche matins, en version un peu moins luxueuse (faut pas rêver non plus

!). Dernière sortie en ville, on lève le camp à la mi-journée en direction de
Death Valley par la scenic road, celle qui arrive par Bad Water Road. Mon road-book indiquait 3h30 de voiture et c’est bien ce qu’il nous a fallu.
C’est pour moi une première expérience en matière de paysage désertique et au fur et à mesure que l’on s’éloigne de
Las Vegas, une légère appréhension me saisit

. La route s’enfonce dans un no man’s land hostile, rugueux, qui semble s’étendre à l’infini et nous sommes seuls au milieu de nulle part. On a fait le plein d’essence, d’eau, de nourriture. On est paré pour l’aventure, enfin, celle du XXIème siècle

. Tout en guettant les bruits suspects qui me semblent sortir de sous le capot, je songe à nos portables, inutiles sans réseau, nos connaissances nulles en mécanique et je me sens soudain petite, toute petite dans cette immensité

. Je songe à ceux qui, deux siècles plus tôt, ont affronté cette route qui n’en était pas une et dont j’ai dévoré les histoires, bien à l’abri de ma petite maison,
les forty-niners,
les Donners,
Shorty Harris, les travailleurs chinois, les internés japonais de la WW2 et bien avant eux les indiens Shoshone. Tous, émigrés, mineurs ou prisonniers ont affronté cette vallée. Je marche ou plutôt, je roule dans leurs traces et au loin, les mêmes monts séculaires m’avalent

. Pour apprécier cette vallée, il vaut mieux, je crois, s’être imprégné de son histoire, de ses histoires. Les paysages bruts et sauvages prennent alors une nouvelle dimension. Du 2D visible sur les photos, on passe en 3D et parfois même en 4, inexprimable !
On a commencé par
Bad Water, le ciel, gris cendre et noir d’encre nous menaçait encore

. Il faut s’avancer sur l’étendu de sel durci, prendre la mesure des distances, de la hauteur de la toute petite marque, sur la falaise, qui indique le niveau de la mer. Surtout, ne pas rester sur le parking.
Plus loin
, Artist’s drive nous enchante

. La route tourne, virevolte et s’envole entre des monts colorés par les mystères de la géologie. Une pause à Furnace Creek pour déposer les bagages. L’hôtel, je trouve, ne dénature pas la vallée. On n’y est pas les uns sur les autres ou alors, nous n’étions pas aux mêmes moments aux mêmes endroits, tant mieux.
On file à
Dante’s view. Incroyable, il y fait « presque » frais ! Malgré les nuages et la faible luminosité ou peut-être grâce à eux, qui sait, je suis scotchée. D’insecte insignifiant dans cette vallée grandiose me voilà devenue géant aux portes du monde. Et dire que j’avais hésité à faire le trajet (40km tout de même). Le trajet, je ne l’ai pas vu passer, fenêtre ouverte, cheveux au vent, j’ai gouté au vertige des grands espaces

. J’allais oublier, encore une fois, surtout ne pas rester sur le parking mais suivre le sentier qui escalade, dans la roche, la dernière colline. Il y en a pour 20 minutes environ, avec de bonnes chaussures. En haut, la vue n’est pas vraiment différente mais les voitures ont disparu. Evaporés aussi les touristes en tongs

. Reste un oiseau de proie qui plane entre 2 courants et lance un cri soudain dans le silence que seul trouble le sifflement du vent.
Retour dans la vallée, arrêt à
Zabriskie point. Un peu tard pour le sunset

. Pas grave, nous décidons d’y revenir demain au sunrise. A côté de la voiture, dans l’obscurité qui peu à peu avale roches et gens, un petit animal craintif mais pourtant curieux. Ses yeux brillent et les nôtres aussi

. C’est un fenek, j’en aurais la confirmation plus tard, que j’aurais volontiers surnommé Gollum (avis aux amateurs de films fantastiques)

Pique-nique dans la chambre d’hôtel avec les provisions faites à LV puis sortie à la piscine. Il est 22h passé ! Moquez-vous si vous voulez mais cette baignade fut spéciale (atmosphère quand tu nous tiens !)

. Le bassin quasi désert, l’eau dans laquelle on rentre sans marquer la moindre hésitation et où se reflètent des ombres improbables, le vent si chaud qu’il ne parvient même pas à faire naître le moindre frisson sur notre peau humide. Et dans le ciel, un voile de nuages qui masque les étoiles mais qui se déchire sans prévenir sous des lames de feu.
Un peu plus tard dans la chambre, une micro coupure d’électricité puis un bruit étrange, au dehors, comme si... Je bondis hors du lit, ouvre la fenêtre. Il pleut. Il pleut à
Death Valley les larmes de rage et d’épuisement nées des paupières de tous ceux qui ont peiné en son sein.
Coups de cœur du jour :
Death Valley dans son ensemble. Elle est dans mon top 3, avec le
Grand Canyon et
Monument Valley. Nous n’avons fait que la traverser, n’y découvrant que les sites les plus classiques mais je me suis laissé envouter par son atmosphère si particulière. Les grands espaces me fascinent.
Cependant, il faut noter que nous y étions à des moments privilégiés, en soirée et tôt le matin. Pour avoir discuté avec beaucoup de personnes qui l'ont visitée en plein midi (excursion à partir de LV sur la journée), je crois pouvoir dire que le ressenti est vraiment différent. En plein été, ça vaut le coup de faire attention à ces "détails"

A bientôt