Hola Hannah... Buenos dias guapa

Tu as raison quand tu parles d'une prise de conscience politique dans la société espagnole, mais je ne crois pas que l'
Espagne soit arrivé aussi loin que tu le dis !!
Il y a d'un côté un malaise social évident, latent depuis plusieurs années, et chose nouvelle, il touche toutes les classes d'âges ! Les retraités pour leurs pensions très basses, les jeunes connaissant un chômage important (surtout au sud), la classe moyenne qui s'est très souvent fait piéger avec les contrats hypothécaires du "boom immobilier"...etc...
Mais le sentiment anti-monarchique, ne me parait pas se développer de la même manière (c'est mon sentiment).
Au contraire, comme cela avait déjà été le cas avec la tentative de coup d'Etat de Tejero, la situation en
Catalogne a de nouveau "re-doré" la figure du monarque et de son statut de garant de l'unité nationale.
Lorsque l'on franchit les Pyrénées et plus on descend vers le sud, plus cette impression me parait vraie.
On peut éprouver de la sympathie pour le mouvement indépendantiste catalan, mais on ne peut nier l'impact négatif à court et long terme de ces évènements.
Depuis plusieurs mois, entre manifestations, élections, démissions, re-élections, etc... tout le monde est focalisé sur les péripéties de l'aventure séparatiste, mais plus personne ne s'occupe des problèmes "quotidiens" des gens de la rue !!
Les services de santé souffrent particulièrement, les pharmaciens ne sont pas remboursés des avances faites à l'occasion des prescriptions médicamenteuses, les organisations professionnelles n'ont plus d'interlocuteur au niveau des décideurs de la Generalitat, etc...
Egalement durant la même période, ce sont entre 2000 et 3000 entreprises, qui d'une façon ou d'une autre on pris leurs distances avec la
Catalogne, soit en transférant leurs sièges sociaux, soit en déménageant leurs services administratifs, les "grosses structures" de productions étant plus difficiles à bouger.
Lorsque des symboles de la
Catalogne florissante, tels que la Caixa, Sabadell, le groupe Planete, Freixeinet, etc..., quittent totalement ou partiellement LEUR région, on est en droit de penser que le malaise est profond.
De nombreux investissements très importants ont été suspendus, le meilleur exemple étant SEAT qui est dans l'expectative s'agissant de la modernisation des chaînes de son usine de Martorell.
L'agence européenne du médicament qui était promise à
Barcelone sera finalement installée à
Amsterdam, un important labo agricole allemand (désolé mais le nom m'échappe) devait installer son centre de recherche dans la région de
Barcelone, et finalement la décision a été prise, ce sera à
Burgos (200 personnes dont la plupart chercheurs de haut niveau).
Même le tourisme qui est l'un des piliers de l'économie catalane subit lourdement l'impact de la situation (pertes estimées à 10/15% au minimum).
Dans le reste de l'
Espagne, un boycot larvé se met en place, que ce soit de la part d'entreprises qui vont chercher ailleurs leurs fournisseurs, ou des particuliers qui sont de plus en plus réfractaires pour acheter des produits estampillés "Cat."
Pour l'économie des "petites gens", le réveil risque d'être brutal !!
Alors, certes, on peut être sensible au "romantisme" de l'aventure catalane, mais il ne faut pas oublier qu'à l'origine elle est provoquée par des considérations bassement matérielles de gros sous, et tant que les "figuras" du nationalisme n'avaient pas été prises la main dans le sac, tout se passait très bien, dans le meilleur des mondes, entre
Madrid et
Barcelone.
Il ne fait pas avoir la mémoire courte, et se souvenir que depuis la fin du franquisme, TOUS les gouvernements espagnols, je dis bien
TOUS, ont bénéficié du soutien des partis nationalistes catalans. Pendant plus de 30 ans, ce sont les partis catalans qui étaient les "faiseurs de rois" à
Madrid !!!
Il suffit de regarder via Wikipédia, les parcours politiques des Pujol et fils, de Artur Mas, de Carles Duran, etc...
Mais durant ces années tout le monde y trouvait son compte, chacun mettait la main dans le pot de confiture. La machine a commencé à dérailler quand des entrepreneurs ont commencé à protester pour les "passes droits" autrement dits les commissions occultes dont ils devaient s'acquitter pour obtenir des marchés.
Ces pratiques ont été le fait de TOUS les partis, des socialistes en
Andalousie, au PP un peu partout, aux catalans, aux galiciens... seuls le pays basque et la Navarre semblent avoir échappé au phénomène (mais pour d'autres raisons dans lesquelles la morale n'a pas grand chose à voir).
Pendant ce temps, les partis qui aujourd'hui "pilotent" la situation en
Catalogne, ont toujours eu des rerésentants aux Cortes à
Madrid !
Il y a toujours eu des députés et des sénateurs catalans, issus des partis qui aujourd'hui mènent le bal nationaliste !!
Tous les gouvernements espagnols ont eu besoin de leur soutien (et l'ont obtenu) au prix de marchandages d'arrière boutique. Il en a été de même avec les nationalistes basques du PNV.
Alors, si les nationalistes indépendantistes, qui crient aujourd'hui à l'oppression, l'avaient voulu, la Constitution espagnole aurait été amendée et révisée depuis longtemps.
Ce sont les mêmes qui aujourd'hui crient au loup, qui hier profitaient du système favorisé par l'organisation de l'état lui même qui a fait de chaque région un petit royaume, dans lequel il est (était?) de bon ton de ne pas mettre son nez quand on ne fait pas partie du sérail, avec une administration pléthorique, et l'apparition d'une nouvelle et innombrable nomenklatura !!
"Chère Hannah"... tu auras réussi à me faire péter un câble ce matin...

J'arrête là, mais tu auras mieux saisi pourquoi je ne peux pas / plus supporter l'hypocrisie de la démarche nationaliste !!!
Hasta luego