| Sujet de dissertation géantropique Loopkin · 2 mai 2005 à 22:32 · 2 photos 43 messages · 16 participants · 8 838 affichages | | | | À: Loopkin · 2 juin 2005 à 16:15 · Modifié le 24 août 2005 à 11:04 Re: Sujet de dissertation géantropique Message 21 de 43 · Page 2 de 3 · 3 682 affichages · Partager N'en déplaise à certains : c'est encore de l' Inde qu'il s'agit... Dissertation géantropique –
Décrire ce qu’on a ressenti avec nos cinq sens, en voyage ?
J’avais déjà voyagé depuis plus de 20 ans en Europe ainsi qu’outre-Atlantique et dans quelques pays autour du bassin méditerranéen. Beaucoup de bonheur au souvenir de ces pays variés dont j’avais tant rêvé, mais rien de comparable à l’émotion que j’ai éprouvée lorsque j’ai atterri à l’aéroport de New-Delhi, au cœur de ces Indes qui avaient tant occupé mon esprit depuis mon plus jeune âge.
A la descente de l’avion, j’ai été saisie par l’odeur étrange, mélange d’épices et de poussière qui flottait au-dessus du tarmac brûlant. L’odorat est, semble-t-il, le sens le plus chargé en évocations de tous les événements marquants dans notre vie d’humains.
Il suffit de sentir un parfum ou une émanation (plus ou moins agréable) pour qu’on soit immédiatement transporté dans un lieu ou un quelconque moment situé dans le passé... Puissance telle que certains psychologues utilisent ces moyens olfactifs pour aider les personnes amnésiques à retrouver la mémoire.
Le trajet vers le centre de la capitale indienne est riche en spectacles insolites : une foule compacte circule le long des routes, débordant sur les voies de circulation encombrées par un flot ininterrompu de camions énormes, de bus débordant de passagers, taxis, vieilles guimbardes, motos, scooters, rickshaws, vélos... et les fameuses vaches indifférentes aux klaxons furieux des conducteurs obligés de piler net devant le symbole indien le plus sacré. Bruits, vacarme, tintamarre... Pourquoi n’ai-je pas un magnétophone pour enregistrer ce fond sonore ? Inutile, de longues années plus tard, j’ai encore tout ce boucan dans les oreilles...
Mon regard s’emplit de couleurs éclatantes : soleil radieux et ciel bleu éblouissant, kaléidoscope de saris, turbans sikhs, longuis, salwar-kamiz, tuniques et jodhpurs, tourbillons de poussière ocre, donnent le vertige à l’occidentale habituée aux teintes neutres en vogue dans mon pays. Les forteresses de grès rouge, les coupoles de marbre blanc opalescent, enluminures et pierres incrustées, bassins d’eau verte, buissons de bougainvillées pourpres, voûtes de banians aux branches enchevêtrées, pelouses de gazon épais... Festival multicolore.
Surprenants plats épicés dont on peut dire que ce sont des volcans en fusion pour mes papilles délicates ! Je ne sais plus distinguer le goût de ces jolis légumes, qui me sont pourtant familiers, ici noyés d’une vague brûlante. La moins agréable de mes sensations indiennes.
Malgré une densité à nulle autre pareille, il est exclu d’avoir un contact, le plus léger soit-il, dans la foule incessante qui se déplace en rangs serrés sans jamais se toucher. On ne serre pas la main, le joli salut « namaste », ou « namaskar », les deux mains jointes à la hauteur de la poitrine et une inclinaison discrète au lieu de nos poignées de mains. Indécence totale de s’embrasser, même sur les deux joues. Se toucher est une manifestation réservée à l’intimité. | | | À: Loopkin · 2 juin 2005 à 18:53 Re: Sujet de dissertation géantropique Message 22 de 43 · Page 2 de 3 · 3 667 affichages · Partager A mon tour de me lancer bien que je n'ai pas l'habitude d'écrire mes impressions et de dévoiler mes souvenirs. On verra le résultat.
Je suis arrivée à Djiguibombo de nuit. Ce village dogon se situe en haut de la fameuse falaise de Bandiagara. La nuit est tombée d'un seul coup, comme un rideau sombre, enveloppant tout autour d'elle. J'ai juste eu le temps d'enregistrer quelques images, quelques impressions le long de cette piste de brousse. L'acceuil au campement fut chaleureux : une table, quelques chaises, un couscous pour mon estomac affamé et un sourire sincère et rayonnant de mon hôte. Je ne pouvais rêver mieux. Le sommeil se faisant sentir, j'escalade une échelle sculptée dans du bois pour atteindre mon matelas perché sur le toit d'une habitation. Là, le spectacle me fit chavirer. Une voute celeste, étoilée, immense... Des milliards et des millairds de petites luciolles perchées la haut, loin, très loin mais qui scintillaient inlassablement comme pour me souhaiter ma bienvenue au pays, comme un invatation à un voyage fabuleux.
Je réalise alors que je commançais à vivre pleinement mon rêve de venir au MAli. Fini les imaginations, les rêveries que je me faisais à longuer de journées depuis des mois. A cette heure, la nuit est réellement sombre, obscur mais aucune angoise ne venait de cette obscurité. Impossible bien sur de discerner quelque chose, juste des cris de bêtes se faisaient entendre dans le lointain. Ce n'est que plus tard, une fois dame lune levée, que je pus deviner quelmques silhouettes d'arbres, de constructions. J'avais hâte d'être au matin pour voir enfin ce pourquoi j'étais venue.
Un concert de coqs, de moutons, de chèvres, me réveille avant le lever du soleil. Déjà les femmes travaillent, les bébés pleurent attachés dans leur dos. J'attends alors quelques secondes avant d'ouvrir les yeux, pour savourer cette dernière attente, si douce mais si cruelle. Enfin je m'assied et j'aperçois le village dogon les cases à palabre, ses fameux greniers, ses maisons... Des femmes passsent avec d'énormes basines sur la tête, des enfants me regardent en souriant dans la cour. Le village semble perdu dans cette brousse, rien au loin sinon des arbustes secs, des baobabs se dressant sur ce ciel bleu.
Chaque jour est une découverte, je vais de village en village, tous différents. J'avais du mal à imaginer tant de diversités et pourtant si, tout se réinvente chaque jour. La seule chose commune est ce soleil. il monte tout au long de la matinée et quand je sens sa morsure sur ma nuque une délicieuse sesation me parcours le dos. JE sais alors qu'il faut s'arrêter au prochain village pour se mettre à l'ombre, se reposer. Tout se gorge de chaleur: la pierre sur laquelle mes doigts s'accrochent, glissent pour ne pas tomber, mon eau dans ma goiurde qui en devient imbuvable, ma peau sur laquelle je sens les gouttes de sueur perlent et finissent pas couler lentement...
Et ces baobabs majestueux même les feuilles tombées, et ces rires d'enfants que même la bariière de la langue ne dérange pas à force de voir des toubabs, es c'est habitudes si faciles à prendre comme la douche en plein air, et ces sourires, ces regards échangés avec cet inconnu dont on se sent si proche.
Mais le départ est déjà là, le dernier jour arrive et à peine les yeux ouvert je pense déjà à cette région à l'imparfatit, à cette région que je vais quitter. La tristesse me coupe l'appétit et après un dernier petit tour dans le village de Yendouma je laisse derrière moi un guide fabuleux de gentillsse et de générosité ainsi que mes sandales dont je lui fait cadeau. Je me sens étrangement vide, comme si quelques chose venait de se briser en moi. C'est une impression bizarre mais je pense que j'ai laissé quelque chose de moi la bas, dans cette falaise, dans ces villages. Mon voyage ne peut se finr comme cela. J'ai un gout d'inachevé dans la tête. Ce pays je le garde en mémoire et à mon retout en France je sais que mes pensées iront à cette falaise, à ces rochers, à ces hommes et femmes, à ces nuits étoilées si magiques, soi sombres, à cette caresse du vent si douce sur mes épaules le soir... | | | À: Loopkin · 23 août 2005 à 22:10 Re: Sujet de dissertation géantropique Message 23 de 43 · Page 2 de 3 · 3 410 affichages · Partager Heu....c'est encore ouvert comme sujet, ou le prof a-t-il ramassé assez de copies pour l'instant ??  Je me lancerais bien aussi, si on a encore le droit 
En tout cas, extra à lire. Retrouver la PNL sur VoyageForum, j'aurais pas cru !! Impression perso : les ruptures de style en disent long aussi sur l'intensité des souvenirs... Longue vie à la Geantropie 
Lara | | | À: BlueBird · 24 août 2005 à 12:51 Re: Sujet de dissertation géantropique Message 24 de 43 · Page 2 de 3 · 3 384 affichages · Partager Bonjour.
Ce sujet est ouvert tant que François jugera bon de le laisser ouvert. Donc, à ta copie!!! Avec plaisir! Je referai une correction quand il y aura assez de copies pour ça, si tant est que je puisse m'en octroyer le droit! Au moins, ce sera, je n'en doute pas, un plaisir de te lire. Au fait, bienvenue sur VF, je vois que tu es toute nouvelle! | | | À: Loopkin · 29 septembre 2005 à 20:33 Re: Sujet de dissertation géantropique Message 25 de 43 · Page 2 de 3 · 2 231 affichages · Partager T'es de retour pour les corrections ? | | | À: Simba · 29 septembre 2005 à 22:37 Re: Sujet de dissertation géantropique Message 26 de 43 · Page 2 de 3 · 2 219 affichages · Partager Bonjour la Lionne. Oui, de retour, mais j'attends encore d'autres copies à venir. Notamment une, promise depuis longtemps, et qui promet d'être très... prometteuse... Je n'en dis pas plus pour le moment. De toute façon, rien ne presse, non? 
Bonne savane bruxelloise | | | À: Loopkin · 30 septembre 2005 à 18:21 Re: Sujet de dissertation géantropique Message 27 de 43 · Page 2 de 3 · 2 198 affichages · Partager De toute façon, rien ne presse, non? 
Non Non Chat preche pas! Rassurée que tu ne perdes pas chat de vue...
Pachienche donc! | | | À: Loopkin · 30 septembre 2005 à 19:50 Re: Sujet de dissertation géantropique Message 28 de 43 · Page 2 de 3 · 2 194 affichages · Partager Question (idiote?) à Loopkin et aux ceusses qui ont répondu à son post: chat rime à quoi de se faire "corriger" un débit d'encre ?! J'ai l'impression d'halluchiner là!!! | | | À: Pataugas · 1 octobre 2005 à 8:41 Re: Sujet de dissertation géantropique Message 29 de 43 · Page 2 de 3 · 2 183 affichages · Partager Moi j'ai répondu sans savoir que l'on allait être corrigé......  c'était simplement une sensation à retransmettre et de voir si celà correspondait à ce que Loopkin en attendait..... maintenant qu'il nous donne son avis sur ce que l'on a écrit, pourquoi pas lorsque l'on connaît les qualités des aptitudes géantropiques de notre ami concernant l'expression qu'il se fait du voyage.......
C'est pas bien grave, prenons celà comme un moyen d'expression..... | | | À: Pataugas · 1 octobre 2005 à 12:21 Re: Sujet de dissertation géantropique Message 30 de 43 · Page 2 de 3 · 2 169 affichages · Partager Bonjour. D'une part, il n'y a pas d'encre. Que du clavier. D'autre part, je ne corrige pas, je fais des commentaires à la sauce géantropique sur la perception et la description d'un espace à travers les sens. J'ai déjà fait de tels commentaires plus haut. Je n'ai pas d'autres prétentions, celle là étant déjà, je l'accorde, à la limite de la bienséance.
Bonnes ballades | | | À: Loopkin · 13 novembre 2005 à 23:37 Re: Sujet de dissertation géantropique Message 31 de 43 · Page 2 de 3 · 2 168 affichages · Partager Bonjour Loopkin !!
Je viens de commencer ma copie géantropique.Enfin ! Mais elle sera longue  Elle se cache dans le chapitre "Carnets de voyage, textes de voyageurs" sous le nom : " Voyage en Terre du Milieu" ou "Comment naissent les OIseaux".
La suite arrive...
Je sais pas si cela correspond à ce que tu voulais ? Probablement pas : je me suis laissée emporter par mes souvenirs. J'avais très envie de retranscrire ces moments forts. Mais ils sont forts pour moi surtout parce que le "ressenti brut" perçu par les 5 sens a fait naitre des émotions ou les réflexions profondes. Je ne serais pas assez précise dans la transcription du "ressenti", c'est trop loin. Par contre, les émotions sont toujours là que je ne peux pas m'empécher d'essayer de transcrire par des mots. 
Bref. A toi de ver...moi, je m'amuse !
Bluebird (Heureuse de repartir en Terre du Milieu le temps d'une dissert !) | | | À: BlueBird · 14 novembre 2005 à 1:08 Re: Sujet de dissertation géantropique Message 32 de 43 · Page 2 de 3 · 2 164 affichages · Partager Je sais pas si cela correspond à ce que tu voulais ? Probablement pas : je me suis laissée emporter par mes souvenirs.
Gaffe au hors sujet!!!
Non, je blague. Si tu nous fais rêver, c'est plus que mieux. | | | À: Loopkin · 21 décembre 2005 à 19:01 Re: Sujet de dissertation géantropique Message 33 de 43 · Page 2 de 3 · 2 124 affichages · Partager Mercado Quatro
La première impression en sortant du taxi C'est la foule, l'odeur, la chaleur et le bruit En un impact physique qui laisse tout étourdi Sur le bord de la rue grouillante de vie.
La foule omniprésente, qui achète, qui vend Qui porte ou qui transporte en tas brinqueballants Toutes sortes de marchandises plus ou moins mystérieuses Dépensant pour cela une énergie furieuse.
L'odeur un peu étrange, mélange très exotique D'épices, de vieux papiers et de produits chimiques Auquels viennent se mêler les senteurs organiques Des grillades et des fruits aux couleurs myrifiques.
Le bruit, mélange de cris, de klaxons, de moteurs, Mélange qui se confond en une seule rumeur Mélange anesthésiant jusqu'à saturation Au point que très vite on n'y fait plus attention.
Et c'est dans cette ambiance qu'on aborde le dédale De minuscules échoppes où l'on trouve à l'étal De la calculatrice aux herbes médicinales En passant par des fruits et des cartes postales.
Tout l'espace disponible a été envahi. Débordant des immeubles et de leurs galeries, Le Mercado Quatro s'étale sur les trottoirs Où des bâches tendues définissent les couloirs.
J'y ai passé des heures, enchanté et ravi De voir les gens y vivre, de parfois marchander Pour acheter une babiole que plus tard j'ai jeté Pour le simple plaisir d'en faire un peu partie. | | | À: Koudou · 22 décembre 2005 à 9:04 Re: Sujet de dissertation géantropique Message 34 de 43 · Page 2 de 3 · 2 113 affichages · Partager Merci, très chouette. On y est! Mais je ne sais pas dans quelle ville ce mercado se situe. Mexique? DF? C'est pas évident, parce que tous les marchés du monde (du tiers) se ressemblent. Les mêmes fruits fous, les mêmes odeurs fortes, la même cacophonie, la même symphonie de couleurs. Mais c'est très bien rendu.
Certains coins, dans les galeries couvertes au coeur du marché échappent à la fureur du dehors. On se faufile alors dans d'étroits passages où sont étalés des tissus, des etoffes, des habits, qui feutrent l'atmosphère. On entend les murmures dans les galeries parallèles. C'est un contraste saisissant. Dans ces lieux sombres, tout n'est que calme, parfois luxe, et volupté. | | | À: Loopkin · 22 décembre 2005 à 11:12 Re: Sujet de dissertation géantropique Message 35 de 43 · Page 2 de 3 · 2 103 affichages · Partager J'en ai trouvé un peu partout du même genre.
mais le Mercado quatro est à Asuncion, Paraguay | | | À: Koudou · 22 décembre 2005 à 11:28 Re: Sujet de dissertation géantropique Message 36 de 43 · Page 2 de 3 · 2 098 affichages · Partager Merci. J'étais à Asuncion, mais seulement une nuit. Pas vu le marché. Dommage. | | | À: Loopkin · 26 décembre 2005 à 10:50 Re: Sujet de dissertation géantropique Message 37 de 43 · Page 2 de 3 · 2 061 affichages · Partager Salut à tous géantropes et autres adeptes du voyage et de la plume ! (Bonnes fêtes aussi, où que vous soyez de par le vaste monde, tant que nous y sommes).
D’abord, je tiens à féliciter les géantropes pour leur démarche originale... étant géographe de formation, j’apprécie cette nouvelle manière de d’appréhender espace(s), société(s) et donc territoire(s). Nous sommes loin des analyses statistiques et autres études monographiques ! Un peu d’art et de rêve ne fait pas de mal à cette discipline, alors que d’autre tentent de la rendre la plus rigoureuse possible pour pouvoir dire : « Voyez, nous sommes une science exacte ! Nous méritons nos lettres de noblesses ! » Mais que trouvent t’ils de si embêtant dans les sciences humaines pour vouloir faire parti à tout prix du club des sciences « dures » ??? C’est pas beau l’Humain ? Ce n’est pas assez sérieux ? Heureusement que tous (les chercheurs, les géographes) ne sont pas comme ça, heureusement aussi que vous nous proposez cette angle d’approche différent, salutaire équilibre pour la Géo ! Bref, sans m’étendre plus, merci, je suis en train tranquillement d’éplucher votre site, c’est intéressant au possible.
Sinon, juste aussi pour saluer la bonne idée qu’est cette dissertation au parfum des rédactions de notre enfance, voir des années de collège (j’espère bien que personne ne se sentira offusquer de se voir renvoyer dans ses jeunes années !). Je compte donc moi même apporter ma contribution à ce projet. Juste un peu de temps encore, l’ébauche a encore besoin de mûrir. En attendant je tenais à saluer tous les textes déjà postés. Il n’est pas forcement facile d’écrire pour être lu par d’autres, surtout quand il s’agit de parler de soi ! Félicitation à tous, grand plaisir à vous lire, j’espère que mon texte à venir aura pour vos yeux la saveur (tiens, je commence lol) que les vôtres ont eu pour les miens.
Au plaisir ! | | | À: Loopkin · 29 décembre 2005 à 10:49 Re: Sujet de dissertation géantropique Message 38 de 43 · Page 2 de 3 · 2 039 affichages · Partager Salut à tous ! Ben voilà j'ai terminer ma contribution. 9a fait du bien d'écrire un peu ! C'est pas parfait mais bon, j'espère que vous prendrez autant de plaisir à lire ce texte que j'en ai eu à l'écrire.
Et heureuse année à tous
Depuis de nombreuses minutes déjà, je scrute nerveusement le paysage lointain, me désintéressant un peu trop du sinueux ruban de macadam que la voiture avale. De toute manière en ces heures torrides de fin de sieste les routes sont désertes. Même la traversé de rares villages ne révèle pas âme qui vive. A chaque virage, à chaque nouvelle perspective lointaine, mon regard s’évade plein sud, scrutant avec fébrilité la direction où il devrait apparaître.
Je ne suis que tension.
Ça y est. Alors même que l’attention se relâche, que je commence à perdre patience, à me demander anxieusement si je toucherais un jour au but, il apparaît,... enfin. Dans la brume de chaleur qui trouble l’horizon, deux collines se découpent sur le ciel d’azur profond. Deux collines dont je connais chaque contour, chaque rocher par cœur. Deux collines sur lesquels s’étale un village que d’ici on devine à peine. J’arrête la voiture n’importe où, profitant du premier accotement se présentant. Couper le moteur, couper la musique, sortir de cette bulle sur roues, lentement, pour savourer cet instant unique. Mes pieds touchent le sol, contact. Me voici debout, immobile, laissant l’émotion me gagner tout entier. Long frisson, comme lorsque mourrant de soif on avale la première gorgée d’eau. Explosion sensitive, sons, odeurs, lumière.
Je ne suis que perception.
Revoir enfin ce village, au nom tant de fois murmuré, comme une formule magique, pour parfois garder courage, retrouver le moral, plonger dans mes souvenirs heureux. Il est là enfin. Pas tout à fait réel encore, guère plus qu’un mirage dansant dans l’air ivre de chaleur. Ses deux collines pelées dominent les courbes qui progressivement s’abaissent jusqu’à la rivière invisible d’ici. On la devine pourtant, cachée dans le ruban vert tendre des jardins irrigués, serpentant lascivement au travers d’un labyrinthe de collines couvertes de pins. Tels d’improbables escaliers géants, des terrasses de terre ocre et jaune escaladent les hauteurs, soutenues par d’innombrables murets de pierres sèches. Partout, des champs d’amandiers au feuillage acidulé et d’oliviers argentés. L’olivier... arbre roi ici, parfois plus que millénaire, dont le tronc noueux projette vers le ciel une ramure d’argent scintillant, milliers de petites feuilles oblongues qui bruissent et frémissent à la moindre caresse du vent chaud. A l’est, une chaîne de montagnes se découpe en arrière plan, émergeant des collines comme une falaise d’une mer houleuse. Je salue ces géants de roche, reconnaissant pour la beauté sauvage du paysage grandiose qu’ils offrent encore une fois a mes yeux. Reconnaissant surtout envers ces citadelles de calcaire qui forment un rempart, protégeant ce havre de paix, ce morceau de paradis que je goûte encore une fois. De l’autre côté, là où mon regard ne porte pas, leurs versants plongent vers la mince plaine côtière qui leur interdit d’embrasser la mer. Cette frontière n’est pas seulement physique, formée de multiples strates de roche, cassées, plissées, projetées vers le haut par des forces énormes. Elle est presque magique, elle qui sépare deux mondes si différents, deux mondes ou même le temps ne semble pas passer au même rythme. La bas, au delà, tous semble faussé, déraciné, construit pour d’éphémères plaisirs estivaux qui ont noyé dans le béton, le bitume et le sable blanc, l’âme de région entière. Ici, sous le ciel pourtant immense on se sent immédiatement à l’abri, apaisé. Ici, les racines des Oliviers et des Pins ne plongent pas seulement dans la terre, mais aussi dans le souvenir de tant d’époques, mémoire et âme d’une terre que l’Homme respecte et aime alors qu’en bien des endroits il la domine et l’appauvrit.
Je ferme les yeux, savourant mon bonheur... Ecouter. Le chuintement doux du vent agitant la cime des pins, le crissement des cigales qui inlassablement depuis l’ombre des troncs défient les rayons brûlants d’un soleil de plomb. On pourrait presque entendre l’impact de cette chaleur sur la terre, imaginer le murmure du sol assoiffé qui raconte les légendes de pluies diluviennes et même de froides neiges. Fermer les yeux toujours... Respirez. Emplir ses poumons à fond, apnée d’ivresse, air presque liquide car tellement saturé d’odeurs. Minérales de la terre rouge et sèche et des pierres surchauffés. Végétales surtout, effluves puissants des pins, parfums entêtants du thym et du romarin, senteur suave et sucrée des figuiers.
Je ne suis que sensation.
Penser que dans moins d’une heure je serais là bas. Déjà, par l’imagination y être un peu. Les anciens qui, la sieste s’achevant, sortent les chaises à l’ombre des ruelles étroites. Les cris des enfants les plus impatients qui déjà se précipitent en riant vers la piscine dont l’eau fraîche sera la bienvenue. Les retraités se retrouvant dans le bar de la plaça major pour parler politique, agriculture, ragots, souvenirs. Le bruit de quelques télé et radios, les appels et les rires qui emplissent les rues depuis les fenêtres entrouvertes. Bientôt là bas, cela fait si longtemps que je l’attends. Les souvenirs de tant d’années se superposent, se mélangent, se fondent pour former une boule qui grossit dans mon cœur, une boule de chaleur diffuse qui irradie, vertige heureux de tous mes sens comblés après une si longue absence. Remonter dans la voiture, rouler doucement les fenêtres ouvertes, laisser le vent évacuer et dissoudre au loin les horaires, le stress et les soucis. Vivre intensément l’instant présent, goûter se qu’il a d’unique, cette saveur spéciale, ce goût de félicitée qu’aucun mot ne pourra jamais retranscrire.
Je ne suis qu’émotion. | | | À: Manualejandr · 29 décembre 2005 à 23:17 Re: Sujet de dissertation géantropique Message 39 de 43 · Page 2 de 3 · 2 030 affichages · Partager  Et bien, Manuel, je ne sais pas ce qu'en dira "el señor Loopkin"  , mais j'ai pris un vrai grand plaisir à te lire, j'ai perçu un torrent de sensations à travers tes mots et je te dis tout simplement : chapeau le géantrope !
Chris. | | | À: Manualejandr · 30 décembre 2005 à 22:50 Re: Sujet de dissertation géantropique Message 40 de 43 · Page 2 de 3 · 2 014 affichages · Partager Bonjour.
J'ai lu tes messages publics et privés. Je n'ai pas trop le temps de répondre vu que je suis pour le moment en vadrouille. Mais dans tous les cas, merci, bravo, et bienvenue. J'ai hâte de te contacter par mp, dès que j'aurai du temps pour le faire bien. Et je te répondrai aussi en détails en public.
Bonnes fêtes à toi, et à très bientôt.
Et comme dit le Chris51, oui, je suis content. Très content. Chapeau le géantrope!! | Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 9 471 visiteurs en ligne depuis une heure! |