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Peuples de la Chine et de l'Asie du Sud-Est

23 août 2009 à 1:45
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On trouve en Asie une grande quantité de peuples dont les origines et les liens de parenté ne sont souvent pas évidents. La confusion est d’autant plus grande qu’ils ont une variété de noms aux sonorités assez semblables à premier abord, et qu’un groupe donné se voit attribuer des noms différents suivant le pays où on le rencontre, la date à laquelle on en parle, l’auteur etc…. Meo, Miao, Yao, Hmong, Lao, Taï, Thaï, Qiang, Jurchen, Mandchous, Khitai etc…. la liste et longue ! Comment s’y retrouver ? D’où viennent-ils et comment sont-ils reliés les uns aux autres? Je ne suis pas ethnologue, mais c’est un sujet qui m’a toujours intéressé. Au fil de mes lectures, je me suis rendu compte que pratiquement tous les peuples qui se trouvent maintenant en Asie du sud-est sont originaires de la Chine. La plupart des experts, par exemple, font remonter à Taiwan les langues austronésiennes, c.-à-d. malais, langues cham du sud du Vietnam, langues parlées dans le monde Malayo-Polynésien, qui s’étend de Madagascar jusqu’à Hawaï mais dont on trouve encore aujourd’hui quelques traces en Asie du sud-est. Comme référence, il suffit de citer l’excellent « Cambridge History of South-Est Asia », Vol. 1, Part One, « From early times to c. 1500 », 1999 ; page 112 (je traduis): « Pendant l’étape linguistique proto-Austro-Tai (vers 4500 av. JC ?), il semblerait que des colonisateurs possédant une culture agraire franchirent le détroit de Formose pour atteindre Taiwan. Ils y établirent les langues initiales du groupe Austronésien. Leur population augmenta et se répandit à travers l’île, jusqu’à ce que, un millénaire plus tard peut-être (vers 3500 av. JC ?), leurs descendants linguistiques firent leurs premiers mouvements vers Luzon. » Etc…… Curieusement, je n’étais pas trop porté sur la Chine au départ, mais j’ai fini par me rendre à l’évidence : un minimum de connaissances sur la Chine est essentiel pour comprendre les populations de l’Asie du sud-est et même au-delà. Que s’est-il passé en Chine qui aurait poussé tous ces peuples à se déplacer vers le sud ? Permettez-moi une plaisanterie ! On peut apporter une réponse simple et rapide à cette question : « Les Chinois sont des casse-pieds qui bousculent les gens autour d’eux. Les habitants non-Chinois de la Chine en ont eu marre, ont ramassé leurs cliques et leurs claques et se sont cassés ». Il y a du vrai dans cette réponse, mais nous sommes entre gens un peu moins simplistes que ça, j’en suis sûr, et il doit y avoir plus à dire sur le sujet ! Je me propose de prendre autant de raccourcis que possible sur l’histoire de la Chine, pour en distiller ce qui m’intéresse ici, c.-à-d. les mouvements des peuples dans la sphère géographique chinoise. Ma référence principale (il faut bien commencer quelque part, comme je l’ai dit, ce n’est que récemment que « j’aborde la Chine ») est un livre publié en 2008: « China, A History » (« Chine, Une Histoire ») de John Keay. Ce journaliste britannique a dénoncé le « consensus international, pour ne pas dire la conspiration, de faire de l’histoire de la Chine un sujet aussi rébarbatif et incompréhensible que possible ». Je recommande vivement de le lire (je ne sais pas s’il a été traduit en français). On me reprochera peut-être ma préférence à (souvent, sauf pour les termes déjà bien acceptés en français) ne pas utiliser les formes féminine ou plurielle pour les noms d’ethnies et de cultures de la Chine et de l’Asie en général. Ces formes n’existent ni en chinois ni dans d’autres langues locales. Je préfère donc dire « les Xia » plutôt que « les Xias ». Le comble, il me semble, est le terme « Laos », introduit il semblerait par des missionnaires Portugais, le « s » final en faisant un nom en portugais. Le problème, à mon avis, c’est que tout le monde prononce se « s » final, qui n’existe pas dans la langue Lao. Que ceux que ma petite manie dérange ajoutent les « s », les « e » et les « es » où ils veulent ! Alors allons-y! Premier chapitre: Les débuts - Xia La première dynastie chinoise reconnue, suivant la période des « cinq empereurs » mythiques, fut celle des Xia (2070-1600 av. JC ; chinois traditionnel: 華夏 ; chinois simplifié : 华夏; pinyin: Huáxià). On n’est pas absolument sûr que les Xia aient vraiment existé. La dynastie suivante, celle des Shang, est mieux corroborée. L’évidence archéologique ferait correspondre les Xia à un ensemble de cultures néolithiques et de l’âge du bronze du bassin inférieur du Fleuve Jaune (Huang He), c.-à-d. de la Plaine Centrale de la Chine du nord qui s’étend de la province de Shandong à la province du Shaanxi. L’histoire de la Chine, presque toujours un produit « officiel » par des gens qui avaient un « agenda », a tendance à idéaliser et à simplifier. En fait, il ne semble pas que le nord de la Chine ait été contrôlé d’une façon uniforme et centralisée par les premières dynasties. Et les développements qui résultèrent en une « culture chinoise » se déroulèrent plutôt sur des territoires plus vastes que ceux des Xia, et auraient impliqué des peuples qui n’étaient probablement pas uniformes d’un point de vue ethnique. En fait, le concept d’ethnies bien séparées ne semble pas « tenir la route », une constatation qui n’est pas unique à l’Asie d’ailleurs. On devrait plutôt parler de culture et d’héritage linguistique. De la même façon, le mot «Han », désignant au départ une dynastie (202 av. JC – 189 après JC), en passa à être utilisé comme une étiquette ethnique et se trouve maintenant être la dénomination officielle de la majorité du peuple chinois, supposée être d’une seule et même ethnie. Toujours est-il que les peuples de la Plaine Centrale, constituant le noyau des futurs Han, en fait les ancêtres de l'ethnie Han, se désignaient aux derniers siècles av. JC comme « Xia » pour se différencier des peuples « moins Chinois » considérés comme barbares, pour lesquels on usait de termes tels que « Di » ou « Rong ». Les Di ou Rong auraient été assimilés au fil de la très longue dynastie des Zhou (1050 – 256 av. JC). Cela résultait peut-être du sentiment d’avoir une identité privilégiée en tant qu’héritiers du royaume Xia, par des gens qui ont fini par se désigner comme « Xia ». Pour une première fois, avant l’usage du terme « Han », on avait abusé d’un terme désignant une culture pour désigner une population qui n’était pas ethniquement homogène. Le terme « Xia » était encore utilisé pour désigner la culture « Chinoise », celle du nord, à l’époque ou les Qin (d’un «état » du nord qui correspondait plus ou moins au Shaanxi d’aujourd’hui) commencèrent à unifier le territoire chinois dans un sens moderne. En particulier, le roi Hui de la dynastie Qin conquit le Sichuan (le pays « des quatre rivières », connu jusque là sous les termes de Shu et Ba) au IV-ème siècle av. J-C (on cite la date de 316 av. JC). Le Sichuan tomba donc sous l’influence culturelle Xia, et fut intégré dans l’empire chinois. Cette consolidation intégra d’autres territoires « non-Xia » : le reste du bassin du Yang Tse, une grande partie de la Chine du sud et la Mongolie Intérieure. L’apogée fut Huangdi, le premier empereur historique, rendu fameux entre autres par l’ armée de terre cuite de sa tombe (dont la chambre centrale n’a pas encore été excavée), et qui régna au III-ème siècle av. J-C. La dynastie Qin ne dura pas longtemps, mais donna la base à partir de laquelle l’empire suivant, celui des Han, se reforma à partir de la fin du III-ème siècle av. J-C. Voilà donc ma première fournée. J’espère que cela intéressera quelques forumistes, et comme je l’ai dit, je ne suis pas un spécialiste du sujet, donc j’espère bien en apprendre plus de la part de ceux dont la lanterne est plus éclairée que la mienne ! | |
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Re: [georgesOZ] Peuples de la Chine et de l'Asie du Sud-Est
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23 août 2009 à 20:24
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Re: [georgesOZ] Peuples de la Chine et de l'Asie du Sud-Est
(en réponse à...)

24 août 2009 à 6:08
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Re: [georgesOZ] Peuples de la Chine et de l'Asie du Sud-Est
(en réponse à...)

24 août 2009 à 8:00
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Re: [georgesOZ] Peuples de la Chine et de l'Asie du Sud-Est
(en réponse à...)

24 août 2009 à 9:06
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Han – Poussée vers le sud (première partie)
(en réponse à...)

24 août 2009 à 20:54
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Je me sens tout motivé après ces quelques sympathiques réactions de forumistes. En récompense, voici donc une deuxième « fournée ». Nous arrivons maintenant aux débuts de la fameuse dynastie Han, celle qui a donc donné son nom à ce qui passe pour être « l’ethnie Han » (chinois traditionnel: 漢族 ou 漢人; chinois simplifié : 汉族 ou 汉人; pinyin: hànzú or hànrén). La fin de presque toutes les dynasties chinoises est marquée par décadence, révoltes de tous genres, croissance du brigandage etc…. La dynastie Qin dont j’ai parlé précédemment n’y fait pas défaut. Le chef d’une bande de brigands qui sévit vers les années 200 av. JC fut Liu Bang du district de Pei. Il finit par obtenir le contrôle d’une partie du Sichuan et de la vallée supérieure de la rivière Han, et en conséquence à devenir en 206 av. JC le « roi de Han». Il devint empereur en 202 av. JC. C’est de là que vient le nom de cette dynastie. On passe sans en parler le premier empereur Zheng, Shi Huangdi, qui couvre une grande partie du 3-ème siècle av. JC, jusqu’à 210 av. JC, pour ne pas faire trop long et parce que je ne veux pas faire « l’histoire de la Chine » mais plutôt me concentrer sur les mouvements de populations. Quelques mots et réflexions s’imposent sur l’utilisation du terme « Han ». Au XII-ème siècle, les empereurs mongols de la dynastie Yuan l’avaient utilisé pour désigner la population du nord de la Chine: Hans proprement dits, ainsi que plusieurs autres peuples. Le terme fut aussi utilisé au XIX-ème siècle pour distinguer la majorité du peuple chinois de l'ethnie mandchoue fondatrice de la dynastie Qing. Sous la dynastie Qing, ces peuples avaient déjà fusionné. Comme je l’ai déjà dit plus haut, le terme “Han” est plus approprié pour désigner une population partageant les mêmes coutumes et la même culture que pour désigner une ethnie à proprement dit. Ceci n’ est d’ ailleurs pas unique aux Hans. On retrouve la même ambiguïté culture – ethnie (et langue !) dans beaucoup d’autres cas. Citons comme exemple la tribu des Khamseh en Iran qui est parfois répertoriée en tant qu’ethnie, alors qu’en fait il s’ agit d’ une fédération de cinq tribus (d’ où le nom de Khamseh, de l’ arabe khamsah/khamseh = 5) nomades de la province de Fars dans le sud de l’ Iran : Arabe ; les Basseri qui parlent persan ; les Ainalu, Baharlu, et Nafar qui parlent une langue turque. On peut en fait parler de culture commune émergeant d’un rapprochement politique, alors qu’il s’agit de plusieurs ethnies différentes (qui d’ailleurs véhiculent des langues différentes). Revenons à notre histoire. Durant les derniers siècles av. JC, on commence à parler des Xiongnu, une tribu nomade des confins de l’empire Qin. Les Qin avaient étendu leur contrôle à l’Ordos, une région de steppes et de déserts bordant la Mongolie, en 218 av. JC, ce qui aurait pu conduire les Xiongnu, ayant perdu une partie de leurs pâturages, à s’organiser pour mieux résister à la pression chinoise. Certains pensent qu’il s’agit là des Huns mais il n’y a pas de consensus là-dessus, du fait des distorsions phonétiques en chinois et en latin. De quelques mots qui nous sont parvenus, on attribue à la langue des Xiongnu une origine sibérienne. Comme les peuples des steppes au nord de la Chine n’ont laissé aucun écrit, pratiquement tout ce qu’on connaît d’eux a été transmis par les Chinois. Il est probable que les Chinois avaient utilisé le terme de Xiongnu pour désigner des peuples divers situés sur leurs frontières nord, de la même façon qu’ils avaient utilisé auparavant les termes « Di », Rong », « Man » ou « Yi » pour désigner les « non-Xia ». Les Chinois considéraient les Xiongnu comme des prédateurs (cela n’est pas une surprise !). Ils entretinrent des relations avec eux pour les pacifier, ce qui souvent consistait simplement à leur payer un tribut. On a cette image classique des nations envoyant des ambassades à la cour impériale chinoise pour lui faire allégeance, chargées de marchandises de toutes sortes en tant que tributs. Et bien, en ce qui concerne les Chinois et les Xiongnu, la situation était inversée ! Voici un mythe sur la Chine de détruit (il y en a quelques autres qui mériteraient de l’être). Il n’y avait pas que les Xiongnu ! Les Han eurent des tracas avec d’autres peuples, dont les Qiang du Kokonor (au Qinghai), ou les Wuhuan des forêts et des steppes de Mandchourie, ou les Xianbei qui remplacèrent les « Xiongnu du nord » en Mongolie (les ayant chassés avec leurs alliés Han). Les Wuhuan et les Xianbei semblent être originaires de l’est de la Mongolie ou de l’ouest de la Mandchourie, mais leur appartenance à un groupe ethnique « Proto-Mongol » n’est pas aussi bien établie que celle des Qiang au groupe « Proto-Tibétain ». Dans un effort de pacification, les Han établirent de nombreux groupes Qiang, Wuhuan (une estimation de leur nombre monte à 3 millions !) et Xiongnu (les « Xiongnu du sud ») dans les zones frontalières. Plus ou moins stabilisés, mais peut-être pas vraiment sédentarisés, ces gens finirent par abandonner leurs coutumes et leurs langues et par se mélanger aux Hans. La pression sur les frontières du nord poussa les Han vers le sud. Ce mouvement s’accéléra peu à peu et changea toute la démographie de la Chine. L’extrême sud, en fait le nord du Vietnam, connut une sinisation intensive. Avant de continuer ma longue dissertation, je crois que mes lecteurs ont mérité un petit intermezzo ! Je trouve l’énumération des rôles assumés par les nombreuses concubines d’un empereur Han particulièrement rafraîchissante. Il y en aurait eu plusieurs milliers, en comptant les servantes, et elles portaient des titres intéressants. Une « Brillante Compagne » aurait eu le même statut hiérarchique que le Chancelier (j’approuve ce sens des priorités !) . Suivaient les « Belles Dames », les « Dames Complaisantes » et les « Bonnes À Tous Besoins ». Passant aux rangs inférieurs, on trouvait enfin les « Servantes De Nuit » et les « Bonnes Réconfortantes ». Ah ! ce talent uniquement chinois pour la bureaucratie ! Ça laisse rêveur, non ? Tiens, ça me fait penser à cet autre poste qui traite du sujet « c’était mieux avant ». Peu importe si j’affronte la majorité qui s’est exprimée sur cet autre poste, je serais plutôt un tenant du « oui ! c’était mieux avant», et cette petite anecdote sur les concubines Han m’en donne une raison supplémentaire. Mais je digresse….. et il est vrai que la vie n’était pas rose pour tout le monde en Chine ! Elle n’y est d’ailleurs pas rose pour tout le monde de nos jours non plus. | |
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Han – Poussée vers le sud (deuxième partie)
(en réponse à...)

25 août 2009 à 19:36
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Mes lecteurs sont-ils en train de « digérer » les Han ? J’espère que ce n’est pas trop lourd, car ce n’est pas fini ! Nous étions prêts, un paragraphe plus haut, à nous tourner vers le sud. Un royaume qu’on peut considérer comme ayant fait partie de l’empire Han était celui de Nanyue (« Nan » = sud, donc « les Yue du sud »), qui correspondait grosso modo à la province actuelle de Guang Dong (Canton) et avait sa capitale à Panyu, l’actuel Guangzhou (la ville de Canton). On pense que les Yue étaient un peuple Malayo-Polynésien plutôt que Mongoloïde comme les Chinois Xia. Cela s’accorde d’ailleurs avec la théorie bien acceptée maintenant selon laquelle la culture Malayo-Polynésienne, et peut-être les peuples correspondants, seraient originaires du sud de la Chine, en passant par Taiwan. L’île de Taiwan est située à l’est de la province de Fujian, qui correspondait au « royaume des Yue de l’est ». Les pérégrinations impressionnantes qui ont fini par établir les Malais et Polynésiens dans leurs habitats actuels se seraient déroulées par vagues successives, commençant quelques millénaires av. JC et se terminant ce dernier millénaire par l’installation des Maoris en Nouvelle-Zélande et des Polynésiens de la Polynésie à Hawaii. Jean Michaud et Christian Culas parlent de migrations proto- et deutéro-malaises de 2500 à 300 av. JC (dans « Les Hmong de la péninsule indochinoise : migrations et histoire », si je ne me trompe – ce sont des lectures d’il y a longtemps déjà). Ces vagues auraient donc eu leurs origines dans la région de Taiwan et de Luzon, si on revient à ma note sur ce sujet dans mon introduction à ce poste. Les Yue se rebellèrent souvent contre les Han, en partie à cause de la forte immigration des Han vers les territoires du sud. Cette immigration continua sur plusieurs siècles et finit par bouleverser la démographie d’origine, par sinisation progressive. Cette immigration toucha en particulier le bassin de la Rivière Rouge (Song Hong), au sud de Nanyue qui était en fait le nord du Vietnam d’aujourd’ hui. Il paraît d’ailleurs que le caractère « Yue » était lu « Viet » par les Vietnamiens. Revenons aux Xiongnu. Ilsfinirent par faire tomber l’empire chinois en prenant leur capitale Luoyang en 311 après JC, une affaire comparable à la prise de Rome par les Goths en 410. Les Xiongnu, les Qiang, les Wuhuan et d’autres groupes tribaux d’au-delà des frontières du nord furent invités par les uns ou les autres à se joindre aux conflits multiples qui s’ensuivirent, ou s’invitèrent eux-mêmes à prendre leur place sur l’échiquier géographique chinois. Beaucoup restèrent. Des rescapés de l’empire chinois instaurèrent la dynastie « Jin de l’Est », en fait dans le sud de la Chine d’alors. On estime à un million, voire plusieurs millions, les gens qui fuirent le chaos du nord de la Chine pour se réinstaller au sud, souvent avec les mêmes structures administratives et les mêmes noms de districts que ceux qu’ils avaient abandonnés. Quand les dynasties du sud de la Chine se réclament par la suite être héritières des Han, il y a donc beaucoup de vrai ne serait-ce que dans un sens démographique. Bien des comparaisons peuvent être faites entre l’empire chinois et celui de Rome en ce qui concerne les mouvements de populations. Les Romains utilisèrent dans leurs légions des gens de toutes les parties de leur empire, et les établirent à la fin de leur service dans des régions qui n’étaient souvent pas celles dont ils étaient originaires. D’où un brassage génétique au fil des siècles. Mais surtout, la pression que les « barbares » exercèrent sur Rome résulta en plusieurs vagues d’invasion. C’est ainsi qu’un grand nombre de tribus germaniques finirent par s’installer dans les pays qui maintenant sont la France, l’Espagne, l’Italie etc…. Avant eux, il faut citer les tribus gauloises déjà bien installées en Italie du nord. Les Romains eux-mêmes en arrivèrent à inviter certaines tribus germaniques à s’installer en territoire romain. Il valait mieux ça que des confrontations violentes, et les Romains espéraient aussi que ces tribus aux talents guerriers indéniables défendraient leurs nouveaux territoires contre d’autres envahisseurs. De même, quelques siècles plus tard, les Francs (la tribu germanique dominante en France, d’où le nom du pays) cédèrent la Normandie aux Vikings. Avec tout ce méli-mélo, on ne peut pas vraiment parler d’une ethnie « Européenne de l’Ouest », et certainement pas d’une ethnie française ! Le concept de culture est probablement plus facile à définir et comprendre que celui d’ethnie. De la même façon, quand on parle des Chinois Han comme s’ils étaient une ethnie bien définie, il faut bien se rendre compte qu’en fait il s’agit de gens issus d’un brassage extraordinaire, sur quelques deux à trois millénaires, d’ethnies très différentes les unes des autres et dont les origines s’étendent de l’extrême sud de la Chine actuelle jusqu’en Sibérie. Avec les vastes mouvements de populations, tels ceux qui eurent lieu vers la fin de la dynastie Han, ou aussi (plus tard) à la fin de la dynastie Tang, ou encore les migrations massives des Jurchen au 12-ème siècle, les Chinois du nord de la Chine sont dans une large mesure issus des peuples de Mongolie, de Mandchourie et même de Sibérie, alors que les Chinois du sud de la Chine pourraient être de fait plus proches génétiquement parlant des Hans d’origine. Les cartes ont été passablement brouillées ! La dynastie Han dura de 202 avant JC jusqu’à 220 après JC. Elle fut suivie de quelques 400 ans de désunion et de confusion, pendant lesquels une multitude de brèves dynasties se succédèrent, et souvent existèrent en parallèle en des endroits différents. Il suffit de citer les Wei du Nord, les Jin de l’Est (cités plus haut), les Jin de l’Ouest, les Liang, les Chen, les Sui, et j’en passe, pour dégoûter les plus motivés ! On peut couper court. Ce que j’ai dit plus haut suffit pour montrer que la longue époque des Han et de leurs successeurs, avant d’arriver à la dynastie Tang au début du 7-ème siècle (618 après JC), n’a pas été de tout repos. Si les Vietnamiens, par exemple, ont eu beaucoup de fil à retordre avec les Chinois, c’est en partie parce que les Chinois avaient eux-mêmes de gros problèmes sur leurs frontières nord et ouest. J’en profite pour mentionner que les Chinois et les Vietnamiens étaient les seuls peuples d’Asie continentale à posséder le concept de frontières géographiques bien délimitées avant l’arrivée des puissances européennes. Les ennuis des Chinois sur leurs frontières nord (surtout), et les ennuis qu’ils causèrent aux Vietnamiens par contrecoup y sont pour quelque chose. Je termine ce chapitre ici pour permettre à mes lecteurs de reprendre leur souffle. Sans doute certains sentiront le besoin de chercher quelque pilule dans leur pharmacie, avec le mal de tête que j’ai dû leur donner !  | |
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Hello GeorgesOZ, Beau sujet dis donc. Je reviens au tout début...
| La plupart des experts, par exemple, font remonter à Taiwan les langues austronésiennes, c.-à-d. malais, langues cham du sud du Vietnam, langues parlées dans le monde Malayo-Polynésien, qui s’étend de Madagascar jusqu’à Hawaï mais dont on trouve encore aujourd’hui quelques traces en Asie du sud-est. Comme référence, il suffit de citer l’excellent « Cambridge History of South-Est Asia », Vol. 1, Part One, « From early times to c. 1500 », 1999 ; page 112 (je traduis): « Pendant l’étape linguistique proto-Austro-Tai (vers 4500 av. JC ?), il semblerait que des colonisateurs possédant une culture agraire franchirent le détroit de Formose pour atteindre Taiwan. Ils y établirent les langues initiales du groupe Austronésien. Leur population augmenta et se répandit à travers l’île, jusqu’à ce que, un millénaire plus tard peut-être (vers 3500 av. JC ?), leurs descendants linguistiques firent leurs premiers mouvements vers Luzon. » Etc…… ! 
| 400 000 aborigènes environ vivent encore à Taiwan (soit 2% de la population). Ils sont les descendants de ces migrants partis du sud de la Chine. Ils pratiquent toujours ces langues dont tu parles, les langues formosiennes, sorte de « langues mères » (ce que j’ai mis en gras dans ton texte). On en parlait apparemment une trentaine sur l’île. Aujourd’hui seules une dizaine sont encore pratiquées : atayal, bunun, paiwan, taroko etc… Elles finiront sans doute par toutes disparaître : la jeunesse aborigène ne voit guère l’utilité d’apprendre ces langues et préfère le mandarin, langue officielle de l’île, langue qui permet de communiquer avec tous les habitants de l'île, langue des chansons pop aussi. Ci-dessous groupes Bunun, Atayal (qui pratique encore la scarification) et Paiwan. Ne sont-ils pas magnifiques ?
Ci-dessous trois photos des Tao appelés aussi Yami. Ils vivent sur l’Île des Orchidées/Lanyu. Ils pratiquent une langue proche de celle parlée aux Philippines d'où ils seraient arrivés il y a mille ans environ. La première photo montre la cérémonie du « lancer de bateau » qui vise à éloigner les esprits des embarcations. La troisième, les femmes Tao lors de la « danse des cheveux ». On est généralement surpris d'apprendre que ces photos ont été prises à Taiwan. Elles évoquent plus, en effet, la Mélanésie que la Chine (je trouve en tout cas). Et illustrent assez bien ton propos . Je précise que je n'ai pas pris ces photos (hélas), elles proviennent de sites culturels taiwanais. Idem pour les photos insérées au-dessus.
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Re: [mariecurry] Peuples de la Chine et de l'Asie du Sud-Est
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26 août 2009 à 0:48
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Absolument superbes, ces photos , et merci pour ta contribution. C'est vrai que ces gens ont des physiques assez proches des autres Malayo-Polynésiens plus connus. Les noms des tribus, de leurs langues etc… « sonnent » aussi très malayo-polynésiens. La cérémonie du bâteau me remet en mémoire cette légende des Torajas (Sulawesi) qui disent qu’ils donnent au toit de leurs maisons leur forme d’embarcation typique en souvenir de leur arrivée par la mer. Ils disent se rappeler être venus de la région du Vietnam. Je ne sais pas s’ils ont une date précise, je crois plutôt qu’ils indiquent qqc dans le genre « il y a quelques centaines d’années », ce qu’on peut traduire par « il y a bien longtemps » (le « téléscopage » de l’échelle temporelle par les cultures orales est un phénomène fréquent, je crois). Leur origine au Vietnam n’est pas improbable, car ca les mettrait en rapport direct avec les Chams, qui y sont encore. Les Cham avaient le contrôle du pays de Champa, dont l’organisation politique était assez floue (sans doute des parallèles avec l’organisation le long de côtes entrecoupées de montagnes des Anciens Grecs). Les Chams parlent encore des langues Malayo-Polynésiennes. Les Viets ne sont vraiment descendus à partir de leur berceau de la Rivière Rouge (région de Hanoi) qu’à partir du moment où les Chinois ont décidé d’abandonner leurs grands projets maritimes, dont l’une des raisons principales était de soutenir les Chams contre les Viets. Cette décision aux conséquences lourdes pour le futur de la Chine fut prise au milieu ou à la fin du 15-ème siècle. Donc, les Viets ne sont dans les parties centrales et méridionales du Vietnam qu’à partir de la fin du 15-ème siècle. Ils ont joyeusement bousculé tous ceux qui y étaient avant eux, y compris les Khmers qui étaient très bien installés et depuis longtemps déjà dans le delta du Mékhong. Ouf ! Il faut me pardonner mes élucubrations , mais l’occasion était trop belle ! Merci Marie !  | |
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Hmmmm ! À juger le manque de réactions depuis 1 ou 2 jours, il semblerait que mes lecteurs souffrent d’une sévère migraine , avec toutes les chinoiseries que je leur ai servies plus haut ! Ou alors on m ‘en veut peut-être pour avoir glissé ce passage coquin sur les concubines Han ???? Nous arrivons bientôt à la dynastie Tang, mais auparavant, je voudrais rajouter un petit paragraphe qui devrait s’insérer plus haut, avant ma tirade philosophique sur les comparaisons qui s’imposent avec Rome. J’avais mentionné la période très confuse qui avait suivi la dynastie Han, avec les invasions des Xiongnu (qui sont peut-être les « Huns ») en Chine du nord. La situation chaotique au nord, au IV-ème siècle après JC, provoqua une migration nombreuse de gens du nord vers les provinces méridionales, comme je l’ai déjà dit. Il s’agissait peut-être de plusieurs millions. Un siècle plus tard, c’est au tour des Xianbei, d’autres tribus venues de la Mongolie ou de la Mandchourie. Ils réunifièrent le nord de la Chine sous la dynastie « Wei du Nord », et finirent par encourager l’homogénéisation des peuples Han d’origine avec les envahisseurs nomades venus des steppes du nord. Je voulais renforcer par là le message que le nord devint de plus en plus une fusion de peuples venus des steppes et déserts du nord avec les Han d’origine, alors qu’au sud il s’agit d’une fusion de migrants Han avec d’autres peuples. Quand on parle de mouvements de plusieurs millions de gens, et qu’on tient compte d’une population totale qui était de moins de 30 millions dans le nord et moins de 20 millions dans le sud (très approximativement), on se rend compte de l’impact énorme que ces migrations ont dû avoir sur les cultures et compositions génétiques des différentes parties de la Chine. | |
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Re: [catherineGil] Han – Supplément
(en réponse à...)

27 août 2009 à 19:49
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Discussion fermée
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Ah bon ! Je suis donc rassuré. C’est que je me voyais bien dans le rôle de l’empereur Han me choisissant dans le cheptel une « Bonne à tous besoins » ou une « Bonne réconfortante » pour la nuit, moi, hahaha ! C’est un voyage de deux ans que vous vous préparez dans les Amériques ? Quel projet ! Mais prendre deux années de libres, ce n’est pas donné à tout le monde. Quand j’aurai terminé ce poste, je le revisiterai peut-être pour en faire un condensé et en tirer les grandes lignes, car tu as raison, ce sont les grandes lignes qui comptent, et c’est exactement ce à quoi je vise. Il faut faire synthèse sur synthèse, en fait, car l’histoire est particulièrement touffue ! Mais je fais ça pour mon propre compte, pour commencer, et si ça plaît à d’autres, tant mieux ! À propos d’érudition, je ne fais que faire ma propre synthèse à partir du travail de quelques gens sérieux, et je rajoute de ci de là quelques observations et réflexions qui me viennent d’ailleurs. | |
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