Monsieur, bonjour !
En ce qui concerne "malien", mon cher Maliden ("ami du Mali"), Assigué, l’a déjà dit ... Au Mali sont parlées environ 45 langues dont le bamana (la plus parlée), le fulfulde, le soninke, le maninka, le xasonke, le sonraï, le tamasheq (pour citer les plus importantes) ...
Comme a déjà évoqué LaPirogue, Machengoidi est sonraï* (langue nilo-saharienne) ! Ici, il ne s’agit pas d’un lexème mais d’une phrase, pour être plus précis, d’une phrase interrogative. En orthographe sonraï correcte (le /c/ de ci est écrit correctement avec accent circonflex inversé, pas en état de marche ici), c’est :
maa ci ni goy di ?
et veut dire : "Quel est ton travail ? / Qu'est-ce que tu travailles ?"
Voici les morphèmes en détail :
maa = pronom interrogatif, "quoi" ; ci = copula équatif, "être" ; ni = pronom personnel 2e singulier, "tu, toi ; ton/ta" ; goy = verbe, nom, "travailler, travail" (en haut, goy est un nom pas un verbe !) ; di = anaphorique, succédant à un nom sémantiquement défini (le head noun d’une construction génitive est per se défini)
Par ailleurs, Monsieur, le morceau Machengoidi du CD "Savane" est un re-enregistrement ; ce chant est déjà à écouter sur le CD "Radio Mali" (1998) d’Ali Farka Touré, version grandiose et beaucoup plus authentique que celle du "Savane", chantée et accompagnée par la guitare et le njarka seulement. Le njarka (en so. zarka), violon à une corde, est un instrument classique de la musique sonraï, utilisé surtout par les femmes (!!!). L’utilisation des instruments par les femmes (non pas le njarka seulement) s’affiche en effet comme une règle de la tradition musicale des Sonraï (mais aussi celle des Touareg, Bella et Maure), contrairement aux autres groupes ethniques du sud du Mali, où le maniement des instruments de musique est presque exclusivement réservé aux hommes (et les femmes chantent ; c’est pourquoi les nombreuses et célèbres chanteuses maliennes, que ce soit Amy Koïta, Oumou Sangare, Kandia Kouyate, Sali Sibide, Mah Damba, etc. etc. viennent du sud du Mali et pas du nord). L’une des particularités de la musique sonraï est qu’elle établit une distinction presque nette entre musique de simple réjouissance, musique corporative et musique religieuse.
J'espère qu'il m'est arrivé de vous aider !
Bon week-end à vous, hgb
* Petit supplément : Si l’on veut être très méticuleux et tatillon (désolé, des linguistes sont terriblement tatillons !), il faut dire que le sonraï n’est pas une langue mais un terme générique désignant un groupe de langues. Au Mali, ce groupe comprend du moins cinq langues clairement distinctes : le koyra chiini (parlé de Tombouctou à Niafounke), le koyraboro senni (à Gao et dans son environnement), le humburi senni (dans la région de Hombori), un sonraï découvert récemment et encore sans nom, parlé près de Douentza, et finalement le tadaksahak (parlé surtout par les nomades près de Menaka, à une vocabulaire essentiellement tamasheq). Une autre variante, le djenne chiini, parlé dans la ville enclavée de Djenne, est un offshoot du koyra chiini. En dehors du Mali, il y a aussi le kaado (au Niger), le zarma (parlé surtout à Niamey/Niger) et le dendi (au Niger et au Bénin). La langue sonraï la plus pure et la plus riche est le koyraboro senni de la "capitale" des Sonraï, la ville de Gao.