Traduction de "Machegoidi" (malien)

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Original post
GE
Bonjour à tous,

Quelqu'un pourrait-il me dire ce que signifie "machegoidi" en malien ? Il s'agit en effet du titre d'un morceau du dernier album d'Ali Farka Touré .. Un grand merci ! [:)]
AS Assigué Regular ·
"machegoidi" ???

Perso, je n'en sais rien mais Hery saura sûrement te le dire. Mais d'ores et déjà, sache que le Malien, en tant que langue, n'existe pas. Désolé !
GE Geyr ·
Oui, merci quand même .. je sais que le "malien" n'est pas une langue mais je ne sais pas en quel langue c'est, j'ai mis ça de façon générique .. Et puis je me suis trompé sur l'orthographe : c'est "MACHENGOIDI "
LA Lapirogue Veteran ·
la tonalitée fait penser a la langue sonraïl. mais je n'en est pas un pres de moi.[:P] et n'en suis pas sur. et comme ali farka chantais au moins cinq langue differente !... willynomad
le site du nomad
HE Hery Veteran ·
Monsieur, bonjour !

En ce qui concerne "malien", mon cher Maliden ("ami du Mali"), Assigué, l’a déjà dit ... Au Mali sont parlées environ 45 langues dont le bamana (la plus parlée), le fulfulde, le soninke, le maninka, le xasonke, le sonraï, le tamasheq (pour citer les plus importantes) ...

Comme a déjà évoqué LaPirogue, Machengoidi est sonraï* (langue nilo-saharienne) ! Ici, il ne s’agit pas d’un lexème mais d’une phrase, pour être plus précis, d’une phrase interrogative. En orthographe sonraï correcte (le /c/ de ci est écrit correctement avec accent circonflex inversé, pas en état de marche ici), c’est :

maa ci ni goy di ?

et veut dire : "Quel est ton travail ? / Qu'est-ce que tu travailles ?"

Voici les morphèmes en détail :

maa = pronom interrogatif, "quoi" ; ci = copula équatif, "être" ; ni = pronom personnel 2e singulier, "tu, toi ; ton/ta" ; goy = verbe, nom, "travailler, travail" (en haut, goy est un nom pas un verbe !) ; di = anaphorique, succédant à un nom sémantiquement défini (le head noun d’une construction génitive est per se défini)

Par ailleurs, Monsieur, le morceau Machengoidi du CD "Savane" est un re-enregistrement ; ce chant est déjà à écouter sur le CD "Radio Mali" (1998) d’Ali Farka Touré, version grandiose et beaucoup plus authentique que celle du "Savane", chantée et accompagnée par la guitare et le njarka seulement. Le njarka (en so. zarka), violon à une corde, est un instrument classique de la musique sonraï, utilisé surtout par les femmes (!!!). L’utilisation des instruments par les femmes (non pas le njarka seulement) s’affiche en effet comme une règle de la tradition musicale des Sonraï (mais aussi celle des Touareg, Bella et Maure), contrairement aux autres groupes ethniques du sud du Mali, où le maniement des instruments de musique est presque exclusivement réservé aux hommes (et les femmes chantent ; c’est pourquoi les nombreuses et célèbres chanteuses maliennes, que ce soit Amy Koïta, Oumou Sangare, Kandia Kouyate, Sali Sibide, Mah Damba, etc. etc. viennent du sud du Mali et pas du nord). L’une des particularités de la musique sonraï est qu’elle établit une distinction presque nette entre musique de simple réjouissance, musique corporative et musique religieuse.

J'espère qu'il m'est arrivé de vous aider !

Bon week-end à vous, hgb

* Petit supplément : Si l’on veut être très méticuleux et tatillon (désolé, des linguistes sont terriblement tatillons !), il faut dire que le sonraï n’est pas une langue mais un terme générique désignant un groupe de langues. Au Mali, ce groupe comprend du moins cinq langues clairement distinctes : le koyra chiini (parlé de Tombouctou à Niafounke), le koyraboro senni (à Gao et dans son environnement), le humburi senni (dans la région de Hombori), un sonraï découvert récemment et encore sans nom, parlé près de Douentza, et finalement le tadaksahak (parlé surtout par les nomades près de Menaka, à une vocabulaire essentiellement tamasheq). Une autre variante, le djenne chiini, parlé dans la ville enclavée de Djenne, est un offshoot du koyra chiini. En dehors du Mali, il y a aussi le kaado (au Niger), le zarma (parlé surtout à Niamey/Niger) et le dendi (au Niger et au Bénin). La langue sonraï la plus pure et la plus riche est le koyraboro senni de la "capitale" des Sonraï, la ville de Gao.
GE Geyr ·
SUPER MERCI pour toutes ces précisions ! Je crois que j'ai à faire à une experte De mon côté et bien humblement je me suis procuré le CD "Savane" et l'on peut y lire que "Machengoidi" est traduit par "Quelle est ta contribution ? " (dans le sens de, comme vous l'avez précisé : "Quel est ton travail ?). Je me suis également rendu compte qu'une autre version du morceau sur "Radio Mali". Personnellement je préfère celle de "Savane". Encore merci pour votre réponse. Bon week-end à vous
AS Assigué Regular ·
Je crois que j'ai à faire à une experte

Erreur ! Hery est un Monsieur !

et ses explications sont toujours très pointues. Un maître, tout simplement !

bonne journée
GE Geyr ·
ups !
LA Lapirogue Veteran ·
c'est surement la jolie photo qui a tromper notre amis !, sa perturbe !!

je suis fier d'avoir reconu la langue de mes freres. ce doit etre a les entendres, je connaisait le mot "goy" comme "travail"

il est vrais que quand mon petit frere de gao est venu me visiter et me disait que ma voisine etait sonraïl mais ne parlais pas exactement la même langue que lui.

willynomad
le site du nomad
AS Assigué Regular ·
salut,

c'est vrai, (et çà a été validé par l'expert es langues ) que tu avais deviné de quelle langue c'était ! Félicitations !!

Bon w-e

ps : et Jipi ? toujours puni ! c'est dingue !!!
AM Amilaba Regular ·
Bonjour, Tes réponses sont toujours enrichissantes, un vrai bonheur. Merci du temps que tu y consacres.
http://rootsvoyage.canalblog.com

«Est meilleur que perle et corail le geste que l'homme dédie à l'homme.» Ibn Al-Habbab
FO Fortier Regular ·
Trop précis !

Allah ka sira nogo ya (je suis sûr que tu vas corriger) et vive le grand fleuve.
Le plus long des voyages commence par un pas http://tribalzOOm.com
HE Hery Veteran ·
Bonjour !

Oh, être une femme ... je pourrais m’y faire !

Par cette chanson, AFT s’adresse à ses compatriotes en les demandant : "Qu’est-ce que vous – toi, et toi, et toi ... – avez déjà fait et faites encore afin que le Mali progresse ? Comment t’investis-tu - et toi, et toi, et toi - dans le développement du Mali ? Quelle est ta contribution ?!"

Il chante :

"Moi, je suis paysan, je travaille la terre. / J'ai produit des céréales / (Refrain) Qui d’autre ? Toi, qu’as-tu concrètement fait ?

Moi ? Je suis enseignant. / Toute ma vie j’ai cherché du savoir à distribuer. / (Refrain) Qui encore ? Toi, qu’as-tu concrètement fait ?"

C’est un sujet typique d’Ali Farka (voir aussi – en bas - la chanson "Howkouna"* du CD "Niafounke", hommage musicale à sa! ville, à mon avis, son chef-d’œuvre). Ali Farka aimait son pays, et surtout sa petite ville de Niafounke (région de Tombouctou), situé au majestueux fleuve Niger. AFT était beaucoup plus qu’un grand musicien (le plus grand de l’Afrique !!!). Maire, notable, cultivateur, bienfaiteur, il s’est efforcé de redonner aux jeunes la fierté d’appartenir dans cette région aride et enclavée. Et il le leur a montré : il préférait Niafounké auprès de Paris ou Londres, et même Bamako (il avait une maison à Bko-Lafiabougou). Par exemple, AFT détestait être en tournée ... Il ne voulait pas laisser Niafounke ("On ne peut pas mourir à Niafounke. Il y a le fleuve Niger qui te donne le bon poisson, le bon riz, il y a la bonne musique, il y a tout ici, on ne meurt pas, là !"), sauf pour ses affaires à Bamako. Petite histoire :

Un jour, j’étais à Ségou, à l’hôtel Djoliba (dirigé par un compatriote de moi), là, je passe toujours les nuits au dortoir, en terrasse en haut. Pour quitter l’hôtel, il faut descendre et traverser le restaurant ; un matin, je veux aller en ville, donc entre au restaurant ... J'aperçois, tout seul à une petite table, un Monsieur, un chapeau blanc à très large bord sur la tête (modèle cowboy), prendre le petit-déjeuner. Ma première idée : "Eh, ce type, c’est quel lonesome cowboy ?" Ce type était ... Ali Farka Touré ! (je ne vais jamais oublier cette "rencontre" dans ma vie).

Worthy sons of Mali / Let us set to work / Only work can set men free / Men, women, young and old / Our country needs your stones / To build it. / While there is still time / Fishermen, farmers, / Shopkeepers and students / Do you understand the priorities / Of the hour ? / Change of attitude comes first / And the rest will follow automatically.

VIVE LE MALI !

Bonne journée, hgb

* Howkouna est aussi sonraï (hawkuna), mot composé qui veut dire "ceinture" : haw "attacher", kuna "à, dans, à l’intérieur ; intérieur".
HE Hery Veteran ·
Allah ka sira nogo ya (je suis sûr que tu vas corriger) et vive le grand fleuve.

Ami du fleuve Niger, bonjour !

Je pourrais, je pourrais (et pourtant, ta formule bamana est presque parfaite) ... mais je laisse pour ne pas continuer à contribuer moi-même à une mauvaise image. On m’a déjà qualifié de "famoso linguista", une fatale erreur d’appréciation, sauf si son initiatrice le rapporte à mon caractère tatillon ... (je présume une confusion de mes Initiales avec celles d'un important et influent théoricien de l'Afrikanistik ou, plus probable, une petite méchanceté féminine)

Mais, Ami des Bozo, sans rancune !, même au Mali, on ne maîtrise pas une correcte orthographe bamana. Voir mon image ci-jointe :

Ka sira dia ! ("Bon voyage !")

D’abord, un morphème dia n’existe pas en bamana. Il s’agit ici correctement du verbe transitif diya (< di "bon" + -ya ) "rendre agréable qc" (ou alternativement ja, selon Bailleul 2007*, mais difficile à suivre, à mon avis). Ka sert d’injonctif (à comparer avec "que" du français, p.ex. dans la formule "Que Dieu t’aide !"), sira "route" : donc, "Que la route rende agréable (à toi/vous)" ...

La photo a été prise à la sortie de Sévaré (en direction de Barbé/Ségou/Bamako) en avril 2009 ...

Bon dimanche, hgb

* Père Charles Bailleul 2007. Dictionnaire bambara-français. Troisième édition corrigée. Bamako : Editions Donniya.

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