Salut JF, tu as attendu mais c'est long !
Mais ce qui me hérisse dans ton propos, c'est que tu généralises toujours tout.
Ça me fait dresser les cheveux sur la tête !
A mon sens, il y a des gens plus ou moins intelligents, plus ou moins curieux, plus ou moins courageux, etc. dans tous les peuples
Je m'efforce d'apporter une réponse la plus précise possible à la question que tout le monde me pose, et en particulier ceux qui veulent venir vivre au
Paraguay. "Comment sont les Guaranis, parle-moi des Guaranis ?"
Pour cela je dois essayer de dégager des traits de caractère communs les plus représentatifs possible en faisant abstraction des exceptions, car je ne peux pas dire qu'il y en a qui sont comme ci, d'autres comme ça et encore d'autres qui sont comme ci.
Ca s'appelle un portait-type, tu le sais comme moi, et tu sais aussi que dans nos pays ces portraits types s'appuient sur des statistiques relativement précises ce qui permet de les évaluer à partir de moyennes de valeurs.
Mais quand tu es dans un pays qui ne dispose pas d'organisme statistique, tu dois aller à la pêche aux infos (c'est ce que je fais au quotidien) et comme je ne peux pas me baser sur des chiffres et moyennes, je dois extrapoler un profil général le plus proche de la majorité. Quand je dis que la majorité des Guaranis sont analphabète, bien sûr qu'il y a des gens qui maîtrisent la langue sinon comment faire pour que les administrations, hôpitaux et autres puissent fonctionner ! N'empêche que quand le gouvernement annonce un taux d'alphabétisation de 79% pour le
Paraguay, ça me fait hurler de rire ! La réalité du terrain c'est presque 70% des gens qui ne lisent pas suffisamment la langue pour comprendre "dans le texte" ce qui s'écrit dans les journaux.
Alors j'accepte volontiers tes critiques, mais dis-moi simplement comment je dois faire pour extrapoler un portrait type du Paraguayen si je dois y inclure toutes les exceptions ?
Quand les étrangers font un portrait du français type ou du Français moyen, il est quasi certain que ni toi ni moi nous ne nous reconnaîtrons dedans. Et pourtant nous sommes bien français tous les deux.
Donc c'est bien, on s'auto-irrite mutuellement, moi en généralisant tout, et toi en me sortant l'exception (ou la minorité) de ton chapeau magique à chaque fois que je parle de généralité.
Au cours de mon voyage, j'ai discuté avec des Guaranis qui m'ont semblé être tout sauf primaires. J'y ai vu des gens plutôt ouverts, curieux et souriants.
Quand tu voyages, tu rencontres des gens majoritairement pour la première fois de ta vie et quelle que soit leur nationalité, tu partages avec eux des moments et des phrases conventionnelles, lors d'échanges eux-mêmes conventionnels, généralistes et très superficiels de par leur durée. Même si ça nous arrange tous dans ces moments là d'avoir l'impression de bien connaître un pays et (ou) sa population, l'expérience démontre on ne connaît jamais rien des gens avec lesquels on ne vit pas. Tu pourras bien passer 20 ans dans le même bureau avec un type qui te semble comme ci comme ça, tu n'auras toujours que des impressions, et si ce type a une double vie la nuit, tu n'en sauras finalement jamais rien ! Il y a même des couples qui vivent 20 ans côte à côte sans se connaître... Alors, comment faire pour savoir le minimum de la nature profonde d'un peuple si tu ne vis pas avec lui, que tu ne travailles pas avec lui, et que tu ne sens pas ses réactions face à telle ou telle situation, et surtout tant que tu n'es pas confronté avec lui à un problème grave ? Tu pourras bien y passer un mois, ou deux mois, six mois, tu n'auras encore qu'une très vague idée et il te manquera l'essentiel.
Même si le niveau économique du
Paraguay est très bas, je ne puis croire que tous ses habitants, ou l'écrasante majorité d'entre eux se complaisent dans la crasse, l'ignorance, la cuisine grasse et les ragots sous la ceinture
D'abord il faut faire la différence entre s'y complaire et ne rien faire pour en sortir. Malheureusement, sur le terrain on ne peut que constater une situation qui est encore bien pire que celle que j'évoquais.
Depuis que je vis ici à temps complet, c'est-à-dire deux ans, je n'ai pas rencontré un seul Paraguayen avec lequel je puisse avoir une conversation autre que les sujets cités qui dérangent un peu les opinions que tu t'es faites. Sujets auxquels on peut ajouter tout ce qui touche à l'argent ou à la "bagnole", ou bien encore à ce qu'ils rêvent tous de se payer s'ils ont du fric un jour, ou ce qu'ils n'ont pas pu trouver de suffisamment luxueux quand ils ont.
Crois-tu que ce brave Paraguayen que tu as croisé au détour d'un chemin et qui va te recevoir avec gentillesse pour boire un maté va te raconter qu'il a 2 ou 3 femmes avec 10 autres gamins, qu'il a complètement délaissés, sauf pour aller tirer son coup de temps en temps ? Et c'est grosso modo 70% à 80% des hommes paraguayens qui sont comme dans cette situation. Je sais, c'est hallucinant, mais c'est la réalité de la situation ici, tout le monde le dit, tout le monde le sait, et quand je demande aux hommes combien ils ont de femmes, soit ils me le disent, ou ils rigolent, ou me font le signe "chut" avec le doigt devant la bouche en souriant. Mais aucun ne m'a dit qu'il n'avait qu'une femme, tous sans aucune exception ont plus ou moins reconnu la situation. Quant aux femmes, elles sont toutes au courant et connaissent généralement les maîtresses de leur mari.
Ces choses-là tu ne les apprendras qu'en vivant dans le pays au quotidien et à leur côté, et un an ne suffit pas, ce n'est qu'au bout de 18 mois que j'ai vraiment changé mon regard sur le pays.
Mais il faudrait peut-être s'interroger sur les raisons économiques et historiques qui en sont à l'origine,
Oh, l'histoire est simple, les Guaranis ont toujours été maintenus dans un niveau d'ignorance totale, avant Stroessner, pendant et depuis. Comme je suis un garçon curieux je m'amuse à prendre à part des « échantillons », tous dans les classes pauvres ou très pauvres, et âgés au moins de 50 ans, pour leur poser la question suivante : quelle vie préfères-tu, celle que tu avais pendant le régime Stroessner ou pendant la démocratie de Lugo ? Et bien, cramponne-toi, tous, absolument tous répondent sans l'ombre d'une hésitation qu'il préféraient leur vie sous la dictature de Stoessner. Deux raisons sont toujours invoquées
- Il n'y avait aucune insécurité et aucune délinquance, tu pouvais laisser ta maison ouverte, alors que maintenant ils ont presque peur de sortir la nuit dans certains quartiers de la ville de la banlieue et ferment leurs maisons à triple tour (je parle ici des villes et banlieues). Certains m'ont raconté que sous la dictature ça ne rigolait pas quand il mettait la main sur un voleur. S'il s'était fait prendre la main dans le sac ou bien qu'il avait reconnu avoir volé et revendu le matériel, les militaires ne prenaient même pas la peine de le mettre en prison, ils l'exécutaient d'une balle dans la tête, purement et simplement. Il faut dire que c'est très dissuasif.
- tout était beaucoup moins cher, y compris la nourriture, et leur niveau de vie était bien meilleur.
Je leur ai répondu « mais maintenant vous êtes libres, vous pouvez vous exprimer et dire ce que vous pensez » certains d'entre eux m'ont dit « qu'est-ce que ça change pour nous, même si je vais crier que Lugo est un con ça ne mettra pas de la nourriture dans mon assiette »
en clair ils ont la sensation désagréable d'avoir troqué une dictature militaire dans laquelle il se sentaient moins malheureux contre une dictature de l'argent dans laquelle il n'y a aucune place pour eux.
Si tu as une solution...
... avant de décréter que les Guaranis auraient une culture qui tend au néant. Crois-tu vraiment que les Guaranis n'aient pas une culture digne de ce nom ? Qu'ils n'aient pas une identité aussi honorable que les autres ?
C'est un raccourci, car c'est un peu plus complexe que ça évidemment. La langue guarani est une langue nationale parlée par six millions de personnes. C'est la troisième langue au monde pour le nom des plantes (après le latin et le grec) et cette langue à des résonances dans le Castillan sud-américain (ici on ne dit pas l'espagnol) et jusque dans notre français, dans lequel certains des mots que tu pourras trouver dans le dictionnaire sont directement dérivés du langage guarani. Par exemple le mot « boucan » et un mot d'origine guarani.
Il est évident qu'ils en ont une culture, comme tous les peuples qui ont un passé. Mais force est de constater que cette culture est hyper limitée en comparaison d'autres pays d'Amérique latine comme
Cuba par exemple, la culture guarani devient insignifiante dès qu'on la met en concurrence. Et puis la culture, elle existe sous beaucoup de formes (patrimoine, éducation, sociologie, philosophie, littérature, cinéma, musique) chacun y trouve ce qu'il veut bien y trouver, et quand on cherche on finit toujours par trouver. Pour l'instant je cherche et je n'ai encore rien trouvé d'intéressant à part quelques morceaux de harpe Paraguayenne (ouf) quelques vêtements, quelques sculptures religieuses en bois de l'époque des missions, mais c'est tout et c'est "peau d'balle ". Je suis allé à la maison de l'artisanat paraguayen d'
Asuncion, je suis ressorti en courant.
Parlons de l'éducation ?
Ici tu n'existes pas et tu n'inspires aucun respect parce que tu es intelligent ou brillant. D'abord personne ne s'en apercevra et personne n'en tiendra compte. Tu peux bien venir avec ton prix Nobel de physique ou avoir inventé l'eau chaude, tout le monde s'en fout. Le type respecté c'est celui qui est plein aux as, qui le montre et qui écrase tout le monde. Le Guarani l'envie, le déteste parfois, mais il l'admire et le respecte parce qu’il a de l'argent !
Pas un seul de tous les Paraguayens que j'ai rencontrés ne s'intéresse à ce qui se passe dans le monde, je ne dis pas que ça n'existe pas, je n'en ai pas rencontré un seul et je cherche également !
Quand je dis à tous ces gens que je croise (je devrais dire « disais », car j'ai abandonné depuis) qu'ils ont bien tort de ne pas s'intéresser à ce qui se passe dans les pays étrangers, car ça va conditionner leur futur et les rattraper tôt ou tard, je vois bien dans leurs yeux qu'ils ne prennent pour un illuminé. Une infime minorité s'intéresse dans les grandes lignes à ce qui se passe uniquement dans les pays voisins, ainsi qu'au
Venezuela je ne sais pas pourquoi d'ailleurs, pétrole = gazole pour leur voiture ?.
Pour ma part, j'ai toujours estimé qu'un journal populaire était très représentatif des centres d'intérêts de la population d'un pays. Pour info je viens d'apprendre par mon copain péruvien que les gens ne lisent que les gros titres des journaux. Raison ? Celle évoquée plus haut sur l'incapacité à comprendre un texte, et les autres parce que tout ce qui est entre les gros titres ne les intéresse pas, tout simplement.
Il y a deux quotidiens ici qui s'appellent ABC (pas mal pour une population quasi analphabète) et Ultima hora.
Je dispose de Ultima Hora sous les yeux, il y a 75 pages et je vais donc te dire ce qu'il y a dedans :
17 pages sont consacrées à la politique interne du
Paraguay.
12 pages sont consacrées à une économie interne du
Paraguay.
8 pages sont consacrées aux petits potins du
Paraguay.
6 pages constituent le « social » un album de photos de personnalités du coin participant à des réceptions, certaines personnes très bien, d'autres un peu "poufs" et encore d'autres bien "bimbo-pétasses". 2 des 6 pages traitent des arts et spectacles, dont une sur Freddy Mecury (l'inventeur du moteur hors-bord) et santa Madonna, et l'autre page traitant d' un club de karaoké et de l'ouverture d'un vidéoclub par Internet, chose d'autant plus utile qu'il n'y a que 2 % de la population qui possède un ordinateur et seulement 0,3% de la population qui est reliée à Internet. (je ne parle pas des entreprises et administrations)
4 pages de guides et services
6 pages "Mundo" qui traitent de Michelle Bachelet au
Chili, de Morales en
Bolivie, des incendies de forêt à
Cordoba en
Argentine, du cyclone Katia, des Casques bleus uruguayens et enfin un tiers de page qui survole tant bien que mal la Syrie et la Libye dont tout le monde se fout ici, j'en ai fait l'expérience, ils ne savent même pas ce qui s'y passe, encore moins qui sont les pays engagés et pourquoi.
6 pages "Sucesos" les faits divers qui traitent des meurtres et affaires de police locaux, avec cadavres à la clé.
1 page pour la liste des morts
14 pages de sport, dont 9 de foot, toutes en couleurs.
Je fais le calcul, ça fait 74, zut j'en ai oublié une, mais on s'en fout, de toute façon j'ai été obligé d'inclure les quelques pages de pub !
Tu remarqueras que rien n'a été abordé sur ce qui se passe ailleurs et en particulier en Europe et les pays arabes, encore moins en Afrique. Peut-être qu'il ne se passe rien après tout ? Pas un mot également sur l'effondrement de la bourse et les crises européenne et américaine, ça n'intéresse personne.
J'ajoute aussi, puisque tu me parles de la culture guarani, que j'ai une jeune femme d'une quarantaine passée qui m'aide dans mon boulot paraguayen, car je ne suis pas très bon en espagnol. Cette femme a fait la FAC, elle rédige et parle parfaitement le Castillan, elle est d'un niveau social du dessus du panier, tout comme l'ami Raul mon copain Péruvien. Je parlais avec eux tout à l'heure dans la voiture, de l'importance de boire chaud quand il fait chaud en citant en exemple les touaregs qui connaissent tous les secrets pour ne pas gaspiller l'eau du corps. Tout faux, les touaregs, les hommes-bleus qui traversent le Sahara sur des dromadaires, inconnu au bataillon, jamais entendu parler ! Tu peux aisément en déduire le niveau de culture des autres...
Je sais donc maintenant que je pourrai bien passer ma vie ici, je n'aurai jamais un ami Guarani avec lequel je pourrai "échanger". J'applique donc la méthode de Coluche, j'apprends aux murs à parler + la méthode Coué : ça va marcher, ça va marcher !
Et je te confirme que la cuisine n'est pas grasse, elle est hyper grasse, et à l'origine d'un taux d'accidents vasculaires sans précédent. Un type qui m'a vendu il y a peu de temps un terrain est mort à 48 ans d'une crise cardiaque la semaine dernière, c'est le 3e que je connais en 2 ans, aucun n'avait plus de 50 ans. Et ce n'est pas de leur faute en fois encore. Paradoxalement il est très difficile de se trouver de la bonne viande au
Paraguay. Tous les beaux morceaux partent à l'exportation, il ne se vend que le 2e choix. Le seul bon "lomito" que tu puisses acheter ici est celui vendu sous plastique hermétique genre Charal et destiné à l'exportation, il se conserve 3 mois, ce qui n'est pas très catholique pour un pays qui l'est complètement... D'ailleurs la viande paraguayenne vient d'être interdite en
France, il doit y avoir une raison.
Pour en revenir aux ordures, j'ai bien conscience qu'il n'y a rien de bien original avec mes photos. C'est un trait commun à tous les pays d'Amérique latine et pas seulement, à des niveaux différents, beaucoup de pays sont concernés et pas forcément tous défavorisés.
Mais une fois encore c'est la façon de faire, de se comporter, que je critique, car je n'ai jamais vu ça ailleurs. Prends
Cuba où il y a pas mal de pauvres également, c'est un pays que je connais mieux que le
Paraguay, j'y ai passé plus de deux ans cumulés et que j'y ai une vraie seconde famille. Mais à
Cuba c'est un régal de parler avec les gens et c'est toute la différence du système éducatif.
Tous les jours ici c''est la peau de banane qui arrive dans ton pare-brise de la fenêtre d'un collectivo, ou sur un parking de super marché le gars qui t'envoie sa boîte de bière sur les pieds par la fenêtre de sa voiture. Si encore la boîte était pleine... Je n'ai, jamais vu ça à
Cuba ni même au
Mexique, ni en
Equateur, ni au
Guatemala qui sont des pays dans lesquels il y aurait aussi pas mal de choses à dire sur ce plan. Le type qui la jette n'a pas conscience de ce que ça peut représenter comme danger pour une moto par exemple, et que ce motard pourrait être l'un de ses enfants. Par contre il sera le premier à s'offusquer et montrer les dents si quelqu'un met en danger la vie de son fils, mais il ne va pas hésiter pour autant à enfourcher sa moto en y chargeant sa femme avec un bébé dans les bras et deux de ses enfants, à cinq sur la moto, tout le monde sans casque, et roule ma poule !
Le Guarani moyen a le comportement d'un enfant de 12 ans agrémenté d'une double personnalité : un garçon gentil serviable et très attachant (celui que tu as rencontré dans tes voyages) et qui peut te flinguer sans aucun état d'âme avec une violence incroyable si ta relation avec lui se transforme en conflit, même s'il a complètement tort.
Au risque de te faire hurler, dans son comportement profond le Guarani ne respecte rien, ni les gens, ni même ses voisins pour le bruit la nuit, ni sa femme, ni les matériels, ni la nature, ni sa parole. Il ne respecte que sa voiture ou sa moto s'il en a une. Et dès qu'il s'agit d'argent, tu ne peux avoir confiance en personne. Ceci n'est malheureusement pas discutable, car tout le monde le sait, et pire, eux-mêmes l'avouent.
Du
Brésil à l'
Argentine en passant par le
Chili, aucune entreprise n'accepte de monter une succursale ayant à la tête un Guarani. J'ai été moi-même sollicité pour en monter une lorsque je suis allé voir ce qui se fabriquait à Sao Polo et
Buenos Aires, c'est comme ça que j'ai eu cette confirmation, on me l'avait soufflé à l'oreille, mais je ne le croyais pas.
Certes le tableau que je fais n'est pas très reluisant. Je te rassure le but n'est pas de les diaboliser comme tu dis, mais bien de les voir comme ils sont pour comprendre comment ils fonctionnent, car sinon je ne peux pas vivre ici. Je suis un étranger, ils n'ont rien demandé, je suis sur leurs terres et ils peuvent vivre sans moi. C'est donc à moi de m'adapter, c'est ce que je fais, car eux ne changeront pas sinon ce serait fait.
J'ai donc décidé de les aimer comme ils sont, avec leurs qualités (ce sont de braves gens au bon sens du terme) et leurs défauts dont je commence à m'accommoder, le mensonge permanent et petite arnaque au quotidien, mais ici ce n'est pas méchant, ça s'inscrit dans un mode de survie. Un fils peut revendre à son père un objet en faisant la culbute, ça ne choque personne et surtout pas le père, donc je ne me choque plus...
Quelques détails complémentaires :
Actuellement le
Paraguay occupe la 146e place sur 178 au box-office des pays corrompus. A titre indicatif, car je ne sais pas si tu le sais, la
France occupe la 25e place, curieusement derrière l'
Uruguay mieux classé ainsi que le
Chili à la 21e place
Au moment où le
Chili, le
Brésil et l'
Argentine explosent économiquement, tant sur le commerce que dans l'industrie (tout ici vient de ces trois pays, même les fruits), l'industrie paraguayenne stagne, complètement plombée par l'illettrisme et les coutumes de sa population, ainsi que par sa corruption. Il faudrait éduquer et commencer par éduquer les parents, c'est une mission qui peut rebuter pas mal de monde... Ensuite il est impossible d'éduquer une population qui refuse pour l'instant de l'être, et les Paraguayens n'ont pas l'intelligence des Cubains. Ca ne me dérange pas de consommer Argentin, brésilien ou Chilien, mais ça me fait de la peine de voir des gens qui visiblement, et pour en avoir parlé avec eux, refusent catégoriquement d'évoluer pour conserver leurs coutumes dont ils acceptent volontiers le côté ridicule ou désuet, mais comme ils disent "je suis Indien, c'est ainsi !"
Mais s'il est très bien de vouloir conserver ses traditions, il est désolant de voir les paysans travailler exactement de la même manière que leurs ancêtres pour y faire pousser la même chose - coton- tabac - manioc, arachide - sur des terrains minuscules parfois qui peuvent aller à 1 ha pour les plus riches.
Le
Paraguay va donc continuer à patauger dans la semoule en faisant du sur-place pendant de nombreuses années, tandis que ses voisins vont continuer à s'élever. Il faudra faire avec
Voilà, tout le monde a compris, le
Paraguay se mérite et il faut gratter. Mais celui qui pense pouvoir s'accommoder de tout ce que j'ai écrit jusqu'ici est mur pour vivre ici, car si on gratte un peu, les bonnes surprises arrivent. Parlons maintenant des points positifs.
D'abord le climat, presque idéal. Toute l'année de 6 à 12° de plus qu'à
Buenos Aires ou
Montevideo. Et les Guaranis qui sont (je l'ai gardé pour la fin) des gens très attachants.
Puis curieusement, le pays fonctionne. Les choses se font, plus tard certes, souvent beaucoup plus tard et en plusieurs étapes, les matériels arrivent quand ils peuvent, mais ils arrivent, pour nous c'est un autre monde. Et puis nous européens ne sommes-nous finalement pas trop pressés ?
Autre point important, ma tension a baissé de quatre points, j'étais en permanence à 16 à
Paris, j'ai frôlé 17 avec le stress de ma société, je suis tombé à 12 ici, et j'y suis resté depuis.
Le
Paraguay est encore un pays d'aventure, pour le décrire à ma famille et à mes amis je dis que c'est le Far West avec internet, la télé et le téléphone portable. Je pense que l'image est appropriée
Question insécurité (ou sécurité) il n'y a pas de rapt au
Paraguay, et si on ne se fait pas d'ennemis, mieux, si on entretient avec eux de bonnes relations, il n'y a pas grand-chose à craindre sauf de tomber sur un muchaco fêlé déjà évoqué...
Concernant les escroqueries, ce ne sont pas les pauvres qui sont dangereux, mais les Guaranis qui roulent en 4X4 et qui commencent à tâter la devise étrangère. Heureusement pour nous et malheureusement pour la population, les pauvres représentent plus de 70%, donc ils sont beaucoup plus nombreux.
Pays corrompu oui, d'accord, mais ici tout s'achète, une identité, un permis de conduire, une contravention, un accident en état d'ébriété, absolument tout !
Et quand on paye on a tout ce qu'on veut et tout de suite. Papiers de résident, et pas besoin de passer son certificat médical obligatoire, les fournisseurs de papiers de résidence sont tous en cheville avec des toubibs véreux qui vivent de faire des certificats bidons "pour une poignée de guaranis".
Quand je fais le calcul de tout ce dont j'ai eu besoin la première année, que je fais le cumul de ce que j'ai payé ici, j'arrive à 6% du montant des impôts et charges sociales que ma chère France me facturait (à ma Sté et à moi) pour le droit de... alors la corruption ici, j'ai décidé très vite de m'en accommoder !
Un pays à l'avenir flou ? Oui, mais on fait une SARL avec 150€, l'objet social a le mérite d'exister, et avec cette société on peut fabriquer des avions de chasse et vendre des bananes ou des nougats, ou les trois ensembles. Tout cela avec une taxe de 10% et une seule et unique déclaration annuelle. Les contrôles fiscaux n'existent pas, car il n'y a pas de services fiscaux de vérification et d'investigation. Tu peu faire l'activité commerciale ou industrielle dans ta maison sans rien dire à personne. Quand on achète un produit 10€ et qu'on le revend 20, on gagne 10€. Il n'y a pas de permis de construire, et tous les terrains sont dits constructibles sans COS, pas de permis à point, pas d'obligation d'assurance (personne ne pourrait payer) et pas de courrier. Oui, ça surprend un peu, mais les gens n'ont pas de compte bancaire donc personne ne peut prélever... Enlève les courriers des banques, des assurances, des services (EDF, Gaz, eau, téléphones, chaînes câblées, internet) et ceux des impôts, plus tous les courriers des prélèvements qui y sont liés et tu me diras le courrier qui reste ?
Tout le monde va payer ses contribuons en fin de mois dans les coopératives du coin, en espèces.
Rien que pour ne plus avoir l'obsession, la hantise de la boîte aux lettres, il est bon de vivre ici, avec les joyeux Guaranis.
Certes il y a d'autres pays, mais il faut bien se fixer quelque part. moi j'ai choisi, et je me sens bien surtout depuis que les murs me répondent !
Voilà JF, j'espère que ça ne t'a pas saoulé, mais j'avais besoin de préciser tout cela d'une seule traite sinon ce serait sorti par épisodes.
A vos claviers !