| Les bus... Opai · 8 novembre 2005 à 20:32 · 3 photos 50 messages · 19 participants · 9 564 affichages | | | | 8 novembre 2005 à 20:32 Les bus... Message 1 de 50 · Page 1 de 3 · 5 867 affichages · Partager Les bus... J’adore les bus, l’ambiance dans les gares routières. Je perds la notion du temps quand les trajets sont longs. La nuit, mes sensations changent. C’est un moment de grâce quand, seul, je peux contempler les paysages bordant la route ou, simplement, penser. Il m’arrive aussi de lire et biensûr, de profiter des rencontres. Mais ce que je préfère c’est ne rien faire... Me laisser avancer dans l’espace et le temps. Heureux cependant quand j’arrive! La boûche pâteuse, les jambes lourdes...et le coeur battant à l’idée de découvrir enfin une ville attendue ou inconnue.
Au Japon, à ma descente de l’avion, je trouve très vite le bus pour Joyo-Shi, près de Kyoto. Je suis dans un état second, mélange de fatigue et d’excitation. La lumière est éclatante mais il fait frais. Le bus doit partir à 10h45... Je guette l’horloge! OUI, ce n’est pas une légende: l’heure qui bascule à 10h45 entraîne le démarrage du moteur et le départ. Quelle précision! Je suis bien au Japon.
En Egypte, il y a pas mal de contrôle à l’approche du canal de Suez. Plusieurs check-point aussi dans le Sinai. Je m’endors. Sans arrêt, l’assistant du chauffeur me réveille pour que je sois présentable aux militaires montant dans le bus. Rien à faire, je replonge aussitôt dans mon sommeil. Il me secoue et semble exaspéré de mon refus de coopérer.Il gueule en me disant “you’re drunk, you’re drunk”...Non, je suis juste incapable de maintenir mes yeux ouverts. Et de toute façon, aux contrôles, en voyant mon passeport français, on me laisse tranquille en me félicitant pour Chirac et Zidane.
Au Myanmar, ancienne Birmanie, la saison des pluie anéantit les routes. Le labeurs des travailleurs forcés, essentiellement des femmes, qui placent une pierre à côté de l’autre ne sert pas à grand chose. Les mosaiques recouvertes de sables sont rincées et emportées bien vite. La distance entre Yangoon et le Lac Inle n’est pas énorme...500 km peut-être. Mais les 27 heures de voyage m’ont paru bien longues. D’abord, des paysages assez monotones de rizière puis...la nuit! Des montagnes, je n’ai pu que ressentir les innombrbles virages. Je fonds à cause de la chaleur humide.Les vitres transpirent mais les fenêtres restent fermées. Il y a eu une pause après 4 heures de trajet, puis, plus rien. Un seul chauffeur conduit. Il mâche sans cesse du Bethel. Sa joue est énorme et, de temps en temps, il crache couleur rouge sang. Au matin, la brume enveloppe les montagnes couvertes de végétation. Il fait frais maintenant, mais à quoi bon, on est presque arrivé. Le bus s’arrête... j’en profite pour dormir. Deux heures plus tard, nous n’avons pas bougé... les pluies ont provoqué la chute de rochers. Il faut attendre. Le chauffeur est hilare, il me conseille de continuer à pied. Il me récuperera au prochain village, Kalaw. Je marche une petite heure et mange quelques fritures de mais, et une soupe. Toujours ce mélange: je suis exténué, las, mais bien! Heureux d’être là.
Au Cambodge, entre Kratie et Phnom-Penh se trouve un village dont la spécialité est l’arraignée frite. C’est très apprécié mais, bizarrement, je n’ai pas faim! Tout le monde déguste ça et voudrait bien me faire gouter. Je ne suis pas courageux. Une araignée, pourquoi pas, on mange bien de crevettes. Mais cette odeur qui sature l’air du bus. C’est presque ennivrant, plutôt écoeurant.
Aller de France en Bulgarie en bus, d’une traite, a été un bonheur. je n’ai rien vu des pays, mais ce n’était pas le but! Ah, l’ambiance des frontières serbes ou bulgares... J’ai vu le soleil se lever sur les alpes slovènes, puis, me suis rendormi sur l’autoroute hongroise, entourée de plaines grises et baignée de pluie. Les faubourgs de belgrades et les montagnes au sud de la Serbie m’ont rempli de joie. Puis je suis retombé dans un demi sommeil, où mes pensées sur le voyage à venir et sur ma vie en général allaient librement.
Je croise souvent des personne qui s’ennuient lors des déplacements. Le bus est pourtant pour moi, le lieu idéal de tous les voyages intérieurs. Image attachée: Photo postée par le membre Opai. | | | À: Opai · 9 novembre 2005 à 8:21 Re: Les bus... Message 2 de 50 · Page 1 de 3 · 5 828 affichages · Partager Ce matin, en montant dans le bus 62, j'ai failli demander au chauffeur de poursuivre sa route jusqu'à... Yadz (au hasard  !!).
Je pensais à toi et à tes déambulations bussiennes (désolée pour les puristes) ; et puis je suis descendue à Convention, comme d'habitude  .
Merci mon ami pour ces moments que tu nous fais très agréablement partager.
Dolma | | | À: Opai · 9 novembre 2005 à 10:34 · Modifié le 9 nov. 2005 à 14:47 Re: Les bus... Message 3 de 50 · Page 1 de 3 · 5 809 affichages · Partager Houla!!! Tu commences une discussion glissante (glissante dans le sens qu'elle va vitre croître)!!! D'ailleurs, incroyable que personne n'ait encore lancé la fameuse discussion sur "les bus". Comme disait Grobi, qui n'est plus sur ce forum et c'est bien dommage, "on pourrait écrire des livres entiers sur les histoires de bus". surtout les chicken-bus. Et en fait, je pense qu'on peut écrire des encyclopédies sur les histoires de bus. Tout le monde s'accorde là-dessus: en voyage, les moments les plus épiques, les meilleures rencontres, les moments les plus durs, les plus marquants, sont souvent, presque toujours, dans des bus. D'ailleurs, il avait une blague:
Devinette: Combien de personne peut-on faire entrer dans un chicken-bus? Réponse: voir à la fin de ce message
Alors, je suis sûr que sur ce forum, vu tous les routards qui routardisent depuis, pour certains, plus de quarante ou cinquante ans, il risque d'y en avoir, des histoires de bus. Déjà, j'adore les tiennes, et comment tu les as écrites.
Hier soir encore, alors que nous raccompagnions une amie dans la voiture, j'en suis arrivé à raconter une de mes "escapades" en bus les plus marquantes. Attendez un peu, que je retrouve mon journal, que je recopie ce qui est recopiable, et je la poste ici. Mais de toute façon, même si cette histoire restera un souvenir peu banal pour moi, ce n'est qu'une histoire de bus parmi des millions d'autres. Et une pensée pour les populations locales qui, elles, ne font jamais ça "just for fun". Elles, ça ne les amuse pas du tout de mettre 30 heures pour faire 450 km et d'avoir à descendre en plein nuit dans la boue jusqu'aux chevilles pour pousser le bus enlisé. Ca ne les amuse pas, et pourtant, ce sont eux qui se marrent le plus. Ils se marrent, dans les mares, mais n'en ont jamais marre. Chaque histoire de bus est une leçon de vie.
réponse à la devinette de Grobi: une de plus. | | | À: Loopkin · 9 novembre 2005 à 13:19 Re: Les bus... Message 4 de 50 · Page 1 de 3 · 5 791 affichages · Partager Finalement, en voici une autre, vécue quelques semaines avant dans la même région, plus courte, par respect pour la productivité de ceux qui bossent:
Dimanche 21 novembre 2004, 20h, hôtel Central, Wiwili, Nord du Nicaragua
(...) Nous tentons le stop, de saut de puce en saut de puce, sur cette route que nous connaissons déjà, avec des temps d’attente prohibitifs à chaque fois, qui nous donnent de Wiwili une impression d’Eden de plus en plus inaccessible au fur et à mesure que les heures défilent. La pluie complète le tableau morose de cette journée post-défonce. (...) Nous décidons finalement de monter dans le prochain bus. L’attente est longue, mais nous la passons avec des enfants surgis de la demie maison située au carrefour où nous sommes échoués. Nous nous sourions, et discutons un peu. Le bus arrive finalement, cahin caha, sur cette piste défoncée, en slalomant entre des nids de poule qui se transforment progressivement en flaques. Nous montons, car, même si ce bus est évidemment bondé, une foule est fortement compressible. Les enfants nous disent au revoir mais nous ne les voyons pas entre les vitres pleines de boue. De toute façon, il y a tellement de monde dans l’allée centrale qu’on ne voit presque pas les vitres. Nous arrivons dans une ville où il faut changer de bus. Nous en profitons pour manger dans un « comedor » quelconque, gras, sale, et hostile, en essayant de ne pas prêter attention à tous ces gens qui nous prêtent attention, comme si nous étions des extraterrestres.
L’autre bus arrive trop rapidement, nous n’avons que le temps de payer, de ramasser les sacs et de courir, les mains pleines de jus de poulet. Nos sacs vont sur le toit, bondé de sacs de cafés et de travailleurs saisonniers qui vont d’une exploitation de café à une autre (nous sommes dans le cœur caféier du Nicaragua, à la période de la récolte). Nous sommes parqués à l’intérieur et le bus repart sans coup férir. Trop inquiet pour les affaires laissées sans notre surveillance dans cette jungle humaine, je finis par monter de force pour rejoindre la foule du toit. Philippe reste en bas, debout, la nuque de son trop grand corps contorsionnée pour faire tenir le tout sous la paroi du plafond, trop basse.
J’arrive là-haut en escaladant l’échelle, en évitant les grappes de gens déjà accrochés à cette échelle. Je vis un moment fort de mon voyage. Un monde hostile s’ouvre d’abord à moi. Sur ce toit, ce n’est qu’un entassement de sacs, de gens, de pneus, de vélos, de troncs d’arbres indéplaçables. Les gens, saouls pour la plupart en cette heure avancée de l’après midi, marchent sur les sacs et sur les autres gens. Ils ont une canette de bière à la main, et ne font pas attention à la tenir droit, notamment lorsque le bus roule dans un trou, ce qui arrive plusieurs fois minutes. La bière vient décorer les sacs, ou les gens. Nos sacs n’échappent ni à la règle du piétinement ni à celle des renversements. Evidemment, sur ce toit, inutile de préciser qu’il n’y a que des hommes. Ils ont absolument tous une casquette, un tee-shirt et une moustache. Ils me regardent bizarrement, ou boivent, ou se déplacent beaucoup, marchant sur ma cuisse sans s’en rendre compte. Je suis au début extrêmement stressé, et m’en rends rapidement compte. Je me dis qu’il n’y a pas lieu, et que mieux vaut, dans ces cas là, rester détendu, parce que le chemin est encore long, et qu’il vaut donc mieux qu’il soit bien vécu. De plus être stressé attire les ennuis, alors qu’être calme attire les bonnes choses. Les branches et les fils électriques arrivent parfois vite et bas, et tout le monde, comme un seul homme, se penche d’un côté, ou de l’autre. Il recommence à pleuvoir. Un des travailleurs, de ceux qui me regardaient très bizarrement, termine sa troisième bière, et me parle. Il m’invite à prendre un café chez lui lorsque nous arriverons à Wiwili. Je me détends encore un peu plus, en me disant qu’une fois encore, « ça marche, il faut rester en mode ‘’ouvert’’, c’est tellement mieux ».
Le voyage se prolonge, les heures passent, la pluie a cessé, et il y a de moins en moins de gens et de sacs, et de bière sur les sacs. J’ai de plus en plus de place, je suis installé comme un roi, vautré sur les sacs à dos, pendant que Philippe s’ennuie royalement en bas. Je vois des paysages magnifiques, et, tout comme lorsque je suis dans une remorque de pick-up en stop, je suis à l’air libre et voit à 360 degrés. Je prends parfois des branches dans la figure, avec la visibilité qui décroît avec le jour, mais étant donnée la vitesse du bus, c’est supportable. Le voyage dure trois heures. Sur la fin, les étoiles décorent la voûte céleste entre les branches, et les lucioles décorent les arbres.
Arrivés à Wiwili, le mec de tout à l’heure m’a oublié depuis longtemps, nous prenons nos sacs, et Philippe est nettement moins enchanté que moi. Nous trouvons immédiatement une chambre qui sent mauvais dans un hôtel miteux mais qui a au moins l’énorme mérite de contenir une cuisine prometteuse dans laquelle nous sommes autorisés à pénétrer. Les courses sont faites, ne reste plus qu’à « attaquer la bouffe ». Gare !
Pour illustrer, un dessin de bus, fait au Guatemala, mais ils se ressemblent Image attachée: Photo postée par le membre Loopkin. | | | À: Loopkin · 9 novembre 2005 à 13:57 Re: Les bus... Message 5 de 50 · Page 1 de 3 · 5 782 affichages · Partager Moi aussi j'adore les bus ! Au delà de la rencontre avec les gens et la découverte de paysages en travelling comme dans un film de Jarmush, il y a les odeurs : La famille slovaque qui a fait provision de sandwitchs au salami, et qui mange pour désser des bananes (j'adore les bananes mais dans un bus cela devient une arme redoutable) les poules d'une femme peule en partance pour un marché, qui chient dans l'allée centrale l'odeur des freins qui chauffent dans les descentes vertigineuses de l'Atlas/... toutes ces effluves peu agréables sur le moment mais qui construisent des légendes
Là je pars pour 6000 km de transport en commun à travers le Sahara, je vous raconterai ! | | | À: Loopkin · 9 novembre 2005 à 14:06 Re: Les bus... Message 6 de 50 · Page 1 de 3 · 5 779 affichages · Partager Ma productivité en a souffert  mais mon plaisir de lecture est à son comble, alors...........  !
Merci pour ce cahotant voyage Loopkin et à bientôt pour d'autres n'est-ce pas ?
Dolma | | | À: Loopkin · 9 novembre 2005 à 16:05 Re: Les bus... Message 7 de 50 · Page 1 de 3 · 5 766 affichages · Partager Ceux qui bossent te remercient de cette fenêtre d'évasion | | | À: BlueBird · 12 novembre 2005 à 22:38 Re: Les bus... Message 8 de 50 · Page 1 de 3 · 5 724 affichages · Partager Merci Loopkin pour ce beau récit... J'en attend d'autres...
J'ajoute une photo de bus sur la route de Mandalay...La mousson était exceptionnelle!
Ce jour là, nous avons roulé une centaine de kilomètres dans un mètre d'eau. Les birmans, tout sourire ne semblait pas souffrir de la situation. Moi aussi, je prenais ça avec le sourire... Puis, tout à coup, il y a eu une rumeur dans le bus, des discussions... Le bus s'est arrêté et on a sorti mon beau sac à dos de la soute pour que surtout, il ne soit pas trempé! Je n'y avait même pas pensé et cette mesure d'exception, comme toujours, m'a un peu gêné. Dans le bus, les gens s'excusaient de la mousson! Incroyable... Image attachée: Photo postée par le membre Opai. | | | À: Opai · 13 novembre 2005 à 11:03 Re: Les bus... Message 9 de 50 · Page 1 de 3 · 5 714 affichages · Partager Des petits bouts de voyages comme celui-ci cher Opai j'en demande encore... ça ne va pas te surprendre !
Hallucinante cette photo qui me donne le vertige  .
A très bientôt dans d'autres bus......
Dolma | | | À: Opai · 16 novembre 2005 à 8:21 Re: Les bus... Message 10 de 50 · Page 1 de 3 · 5 666 affichages · Partager Cela se passe aux Bahamas. Nous prenons régulièrement un bus de ville et pure coïncidence nous avons souvent le même chauffeur. Nous sympathisons et nous avons même de franches parties de rigolade. Il m'indique mêmequ'il me voit bien avec un chapeau type colonial en paille blanche. Pour lui faire plaisir je me l'achète et nous sommes repartis pour de bons moments amusants. Je lui fais part de mon intention de visiter l'île et lui demande les coins à visiter. Il me dit d'être à l'arrêt du bus le lendemain matin. Je pensais qu'il allait demander à un copain de nous faire visiter. Le lendemain nous le voyons arriver avec son bus de ville avec quelques dizaines de voyageurs. Il demande à tout le monde descendre et nous voilà partis pour un tour d'île en bus de ville pour 4 personnes. Il nous a emmené dans des endroits pas possible, des villages reculés, dans des écoles pour nous démontrer que bien qu'anglophone, le créole est enseigné aux bahamas. Les Bahamas ont peu d'attrait à part les casinos et les plages. Le contact avec la population et surtout avec ce chauffeur restera un grand moment de nos voyages. | | | À: PapyDeBlanch · 16 novembre 2005 à 9:42 Re: Les bus... Message 11 de 50 · Page 1 de 3 · 5 597 affichages · Partager Trop fort!!! Court mais excellent, vraiment! | | | À: Opai · 16 novembre 2005 à 17:26 Re: Les bus... Message 12 de 50 · Page 1 de 3 · 5 577 affichages · Partager Mali, gare de Sévaré, le bus en partance pour Sikasso. La nuit est tombée depuis quelques temps mais le contrôleur ne veut rien entendre. Moi la française je dois payer un supplément pour mes bagages car je suis "riche". Rien à faire, il est hors de question de céder à ce chantage. Mon ami malien fini de règler la chose sans débourser un CFA de plus et nous pouvons monter dans le bus. Là ce sont des rangées de 3 places, mais pas un fauteuil n'a de housse. On s'assois directement sur la mousse quand il y en reste ! quel confort pour une nuit de bus, mais bon je souris de cela et m'assied coincée entre mon ami guide et un autre malien qui s'est déjà endormi. Le bus doit être poussé pour démarer ! mais le problème c'est qu'une fois le moteur lancé le chauffeur n'a pas freiné a temps et a renversé l'étal d'une vendeur de cigarettes et de multiples babioles. Branle bas de combat pour voir si personne n'est blessé dehors. Un militaire de voyage dans le bus descend mitraillette au point, dis à tout le monde de se calmer. L'ordre est donné aux gens pour pousser le bus en marche arrière pour dégager l'étal ravagé. Heureusement pas de blessé. Je souffle mais j'ai eu un moment de panique tout de même. Le bus peut enfin partir sur une route pleine de trous. Que le voyage commence.
Karine | | | À: Karine71 · 16 novembre 2005 à 20:13 Re: Les bus... Message 13 de 50 · Page 1 de 3 · 5 570 affichages · Partager J'ai une expérience des bus en Amérique Latine et en Algérie, mais pas en Afrique Noire. Là, je crois que c'est encore une autre histoire. Respect. | | | À: Loopkin · 16 novembre 2005 à 22:00 Re: Les bus... Message 14 de 50 · Page 1 de 3 · 5 559 affichages · Partager Très chouette sujet ca, les bus... Effectivement, on a tous des histoires de bus à raconter... J'adoooore voyager sur les toits des bus... Il n'y a qu'en Inde ou ca m'arrive. La 1ere fois, voila:
"Lundi 1/12 Après avoir traîné toute la journée, nous avons presque raté le dernier bus pour Hospet. Le délire ! Le bus était complet, et le toit était presque rempli de bagages, mais aussi de passagers ! Une allemande qui s’installe et le bus qui avance, on crie, tape sur la carrosserie pour que le conducteur stoppe, je grimpe à toute vitesse avec mon sac par le petit escalier à l’arrière, puis Olivier, mais ensuite le bus redémarre et n’a pas l’air de vouloir à nouveau s’arrêter pour que Françoise puisse monter. Enfin après plein de cris à nouveau, le voilà qui s’arrête une dernière fois. Françoise toute essoufflée s’assied à côté de moi. Je lui annonce un « Welcome on board »! Le coucher de soleil du toit de ce bus indien est le plus folklorique que j’ai jamais vu ! Il fallait faire attention aux branches d’arbres, et se baisser souvent. Les Indiens n’aiment pas trop que les occidentaux voyagent sur les toits, c’est les places les plus mortelles en cas d’accident... Arrivés à Hospet, on s’est trouvé un petit hôtel, Françoise à ronflé toute la nuit...Levé à 4h 30, je suis dans un état second... Le bus de 06h n’est jamais venu, Shanti... Celui de 9 heures non plus.... Shanti... 11h, un bus part pour Hubli, nous le prenons, il est presque vide, je ne parviens pas à dormir bien sur, ce n’est pas un bus à étoiles et fauteuils inclinables, mais avec l’Indien et sa poule ficelée dans un sac d’osier hurlant des cot cot non-stop, c’est très typique comme dirait un guide de voyage... Vive les voyages... Je suis crevée, épuisée... On s’engueule avec un coolie à l’arrivée à Hubli..."
En Iran cette année... "Le taxi collectif de Kaleybar a Ahar ne respectait pas du tout la limitation de vitesse de 60km/h max, vu qu'il foncait a du 170km/h!!! Pili coincé entre le changement de vitesse et moi, moi coincée entre Pili et la portière, m'accrochant comme je pouvais... La route longant les montagnes, une fois à gauche, une fois à droite...
Au Pakistan... 14 heures de bus inerminable, seule femme dans le bus. Trois stop. Deux pour la prière en plein désert, le 3eme pour boire un thé et manger un paquet de biscuit. Arrivée dans une ville bien musulmane (Quetta), seule, à minuit...
Encore en Inde, un des plus beaux moments de ma vie!!! " 6/6/05 Réveil en douceur, et départ de Lamayuru en douceur. Vers 14h, Mick et moi se mettons à faire du stop. Quelques minutes plus tard, un camion arrive et s’arrête. On monte, au-dessus de la cabine du conducteur dans une espèce de grande boite sans toit, cheveux au vent... Le délire... La route, toujours au pied d’une vallée, est entourée de ses belles collines et montagnes solennelles enneigées, dont les sommets se découpent sur le ciel bleu... Installés comme nous sommes, sans fenêtres autour, ni toit, quelle liberté... Ce paysage à 360° est époustouflant... Pendant bien trois heures qu’à pris le voyage, nous sommes restés avec un de ces sourires de bonheur sur le visage!!! Ah oui ce qu’il est donc bon de voyager pour vivre de tels moments, de telles sensations, de voir tant de beautés... J’ai trouvé mon moyen de locomotion préféré ! Je n’hésiterai pas pour la suite :D Quel moment de pur bonheur..."
Au Kenya, de Diani Beach pour rejoindre Mombassa, j'arrive à la "gare des bus"... Du monde partout, je me renseigne et... Grève des bus... Bon, une seule solution pour attraper mon train au soir pour Nairobi, le stop... Parvat' faisant du stop seule au Kenya... J'suis pas à l'aise quand même... Bon, j'y vais. Direct une voiture s'arrête, et m'emméne à Mombassa. Le conducteur, du coin, m'a gentiment déposé, sans aucun problème :o) Les matatous au kenya, c'est quelque chose quand même... Rien que monter dedans et c'est déjà toute une histoire bien folklo :)
Et puis en Birmanie pour aller au Rocher d'Or, cet espèce de camion transportant une cinquantaine de gens, touristes et locaux, obligés de garder les jambes ouvertes pour laisser un peu de place au dos du voisin de devant :D... Inoubliable... | | | À: Opai · 16 novembre 2005 à 23:08 Re: Les bus... Message 15 de 50 · Page 1 de 3 · 5 551 affichages · Partager me rapellent quelques bons souvenirs....
Il est 18h ce 26 mai 2001 en bolivie...nous revenons de 6 jours de reve dans le sud Lipez avec ascension du Licancabur, laguna collorada et salar d'uyuni bref encore toutes ces images dans les yeux et il nous faut rejiondre la Paz Achat des billets de bus jusqu'à Oruro et vers 18h on embarque dans un bus plus tout jeune les 2 premières heures s'installe un froid sibérien heuresement nous avions prévu nos duvets pour dormir un peu ; ma tete s'appuie contre le carreau mais quoi : il y a de la glace sur la vitre intérieure ! Vont suivre ensuite 7 heures de secousses initerrompues...le bus tangue, dérappe, a travers les vitres gelées on ne voit rien qu'un nuage de poussière permanent : la route est une piste Parfois j'ai eu l'impression d'etre dans un avion traversant un orage sans fin, plusieures fois nous avons dit ça y est on va se renverser et avec tout ça la musique à fond... arrivés vivants à 4h30 à Oruro... 15 minutes plus tard bus de grand luxe pour La Paz arrives vers 8h du mat dormi à l'hotel jusqu'à midi En prenant la douche pour me secouer un peu j'ai compté pas moins de 4 bleus (echymoses) sur les jambes et les bras... | | | À: Opai · 25 novembre 2005 à 16:57 · Modifié le 25 nov. 2005 à 17:16 Re: Les bus... Message 16 de 50 · Page 1 de 3 · 5 475 affichages · Partager Ca ne prend pas tant que ça, je suis un peu déçu. Je pensais que les vf-autes auraient plus d'histoires de bus à raconter.
Je relance donc par une autre histoire, toujours au Nicaragua, toujours en chiken Bus. Ca s'est passé il y a un an, dans la région des Misquitos, des indigènes qui vivent le long du Rio Coco et de la côte Caraïbe, à cheval entre Nicaragua et Honduras. Nous sortions d'un périple sur ledit Rio, de plus de deux semaines, en pirogues, où nous avions vécu des trucs durs, des expériences fortes, et avions pris notre content de baffes pour occidentaux. Bref, du sacré voyage à la root, et on aspirait désormais à un peu de repos.
Mardi 7 décembre 2004, 7h30 hospedaje Mar Azul, Puerto Cabeza, Nicaragua
La journée d’hier commence à Waspam, Nicaragua, où nous nous levons, après avoir dormir toute une nuit réparatrice, dans de vrais lits, après ces deux semaines passées sur le Rio Coco. De grands lits, avec de vrais matelas, et une moustiquaire. Mon hamac est resté dans mon sac à dos cette fois là. Nous reparlons ensemble de la veille, dimanche soir, où nous avions voulu célébrer notre reconnection à la planète. Nous avions enfin pu trouver un cybercafé, alimenté par un groupe électrogène, et connecté par une liaison satellite. Cher, mais devenu tellement nécessaire après tout ce temps passé sans Internet. La police nous avait ensuite arrêtés, fait monter sans ménagement dans la remorque de leur pick-up, et nous avaient ramenés de force à notre hôtel, nous interdisant de ressortir le soir, tant ce bourg était mal famé, ce qui était sans doute vrai.
Nous en rions encore, faisons nos sacs, et nous dirigeons vers le croisement d’où doit partir le bus pour Puerto Cabeza. Puerto Cabeza est sensé être le point d’aboutissement de notre parcours commencé à Wiwili il y a plus de deux semaines. La fin de la descente du Rio, trop méandreuse, ne se justifie plus, d’autant plus que le réseau ‘’terrestre’’ reprend jusqu’à la côte. Le bus est là, déjà bien plein et se prépare à partir. Nous remettons donc comme la veille notre petit déjeuner pour plus tard. Nous trouvons chacun un siège, l’un derrière l’autre, du côté de l’allée. Philippe s’assied à côté de Veronica, une demie pute rencontrée la veille dans un restaurant sans nourriture, qui va le harceler tout le trajet. Nos sacs n’ont pas d’autre option, comme toujours, d’aller s’entasser au fond du bus, avec les autres bagages.
Dans ce voyage, nous aurons tout eu. Cela commence avec le bus qui est, évidemment, bondé. C’est heureux que nous soyons assis. Derrière moi, un enfant à la jambe cassée, emballée dans un pansement de fortune, est allongé sur deux ou trois membres de sa famille. Sur ma droite, de l’autre côté de l’allée centrale, une vieille très vieille se recroqueville chaque fois plus à chaque nouveau cahot. Elle est vraiment très très vieille. Ensuite, il y a la ‘’musique’’, qui hurle encore plus fort que d’habitude dans des baffles qui ne sont pas faites pour cela, et qui sont placées juste au-dessus de nos têtes. C’est un grésillement insupportable, à la limite du seuil occidental de la douleur. Puis, l’évangéliste intégriste exalté de service monte. Le chauffeur coupe enfin la musique. Rapidement, j’en viens à souhaiter qu’il la remette. Le discours éraillé que le fou fait à tue tête, transpirant la haine, la folie, l’intolérance, nous casse encore plus fort les oreilles. Ensuite, vient une oasis de bonheur. Le car s’arrête pour la pause du petit déjeuner, dans un comedor où, comme d’habitude, les femmes sont extrêmement désagréables, et ne comprennent rien à ce qu’on leur dit. Il faut dire que certaines ne parlent même pas espagnol. Nous mangeons le gallo pinto habituel (riz et haricots rouges), puis repartons. La route devient véritablement mauvaise. Un môme vomit au milieu de l’allée. Personne ne réagit, tout semble normal. Chez ces gens qui ne connaissent même pas le papier hygiénique, et qui, à la différence des arabes, n’ont aucune technique parallèle, le vomi n’est pas caractérisable comme désagréable. Ce n’est pas sale. Il commence à pleuvoir à verse. Les gens remontent les fenêtres, ce qui diminue d’autant les capacités aérantes du bus. Lors d’un arrêt au milieu de la forêt, une dizaine de personnes portant des instruments de musique trempés montent et s’installent dans l’allée et au fond, à moitié sur nos sacs. Entre temps, le môme a remis ça. Tous ces gens piétinent allègrement ses exploits et les dispersent aux quatre vents dans toute l’allée avec leurs chaussures et leurs sacs. Je suis stressé. Je me retourne en permanence pour voir si personne : un, ne vomit sur nos sacs, deux, ne marche sur nos sacs, trois, ne vole rien dans nos sacs. Mais la foule est trop compacte, et il y a trop d’instruments à corde séchant de la pluie qu’ils ont essuyé. Je ne vois donc plus les sacs, ce qui me stresse d’autant plus. Philippe ne s’occupe absolument pas de cela, il doit gérer les assauts de plus en plus intensifs de sa nymphomane de voisine, qui, dommage pour lui, est excessivement laide.
L’odeur devient dure. La pluie s’arrête. Les fenêtres s’ouvrent, sauf celles du fond, qui étaient déjà ouvertes, car personne ne s’était soucié de les fermer. Les sacs doivent être totalement trempés. J’en ferai le constat amer lors de l’unique grande pause qui suivra. Après cette dernière, le bus recommence à tressauter dans tous les sens sur la piste défoncée, et la vieille vieille sort une bassine, se croyant obligée de remplacer au pied levé le môme expressif de tout à l’heure. Elle fait la chose discrètement, et la refera à plusieurs reprises le long du parcours. A la fin, la route n’est qu’une succession d’ornières gorgées d’eau et de boue, presque infranchissables. Nous avançons très lentement. Nous finissons par arriver à Puerto Cabeza après plus de cinq heures et à peine une centaine de kilomètres.
La suite de ces aventures est coton aussi; mais ce serait hors sujet, puisqu'il ne s'agit plus d'histoires de bus. Jusqu'au lendemain. Oui, le lendemain seulement, ce fut une nouvelle histoire de bus, et une sacrée histoire aussi, celle-là! | | | À: Loopkin · 25 novembre 2005 à 17:25 Re: Les bus... Message 17 de 50 · Page 1 de 3 · 5 467 affichages · Partager tres beau recit...Ah, les bus dans le find fond de ce cher nicaragua...que du bonheur... | | | À: Alban2 · 25 novembre 2005 à 17:32 Re: Les bus... Message 18 de 50 · Page 1 de 3 · 5 465 affichages · Partager Sur ton profil, j'ai vu que tu aimais bien t'"évader en somme". Y aurait-il encore des bus pittoresques dans ce plat département agricole?
Bon, je sais, mais il se fait tard, et je n'ai pas encore fait ma sieste moi. Euh... mon somme. | | | À: Loopkin · 25 novembre 2005 à 17:34 Re: Les bus... Message 19 de 50 · Page 1 de 3 · 5 465 affichages · Partager très bon, très bon... | | | À: Loopkin · 30 novembre 2005 à 17:29 Re: Les bus... Message 20 de 50 · Page 1 de 3 · 5 433 affichages · Partager J'enchaîne, j'enchaîne, puisque peu sont ceux qui veulent bien nous faire part de leurs expériences en bus:
Voici la suite du voyage précédent, cela se passe le lendemain. C'est le trajet de 450 km effectué en trente heures dont je parlais au tout début. Donc, toujours au Nicaragua, de Puerto Cabeza, capitale des Misquitos, port laid et dangeureux situé sur la côte Caraïbe, vers Boaco, dans la région centrale, plus trop loin de Managua, la capitale.
Mardi 7 décembre 2004, 12h00 comedor du terminal, Puerto Cabeza
Je vais effectuer un voyage qui, je pense, va être plus dur que le voyage de sept jours dans le Transsibérien, même si celui-ci ne va durer que vingt-quatre à vingt-six heures jusqu’à Managua, n’arrivant que demain dans l’après midi après avoir roulé toute la nuit depuis 13h00 aujourd’hui. J’imagine d’avance la galère. Cela peut cependant donner lieu à des rencontres cocasses. Heureusement, je suis bien reposé, j’ai déjà ma place, je serai donc assis, et je vais dans l’instant me restaurer en goûtant de la tortue. Je veux bien essayer cela avant cette dure entreprise. Moi qui en ai marre des bus... Mais l’aventure en stop paraît trop risquée, étant donné le peu de trafic et de comptoirs le long de la route, où il serait possible de passer la nuit en sécurité. C’est qu’il s’agit de traverser tout le pays. Quel dommage que je n’ai plus de temps : j’aurais pu tenter, par un moyen ou un autre, de longer la côte jusqu’au Costa Rica, comme j’avais initialement, naïvement, prévu de le faire. Quant à l’avion, cela coûte tout de même 900 cordobas, soit 50 euros. Certes, ce n’est pas si cher, mais quitte à ne pas piloter, je préfère rester le plus possible en contact avec le sol de notre planète. Ce que j’aurais vraiment aimé, c’est discuter avec les pilotes, voire essayer de sympathiser avec eux. Une autre fois, peut être, mais maintenant, le bus va partir dans une demie heure et je ne veux pas laisser mon sac déjà posé à l’arrière du bus, sans surveillance, même si le terrain est juste derrière le terminal.
La tortue est bonne. Cela ressemble à du veau. C’est une viande blanche, tendre et filandreuse. Si on ne m’avait rien dit, je n’aurais pas vu la différence.
16h00 Wawa, départ du bac Les trois premières heures sont passées assez vite, même si ce fut dur : cahots, chaleur, peu de place, jean collant à la peau sur les sièges en sky. Nous attendons l’énorme barge, qui peut contenir quatre camions simultanément, qui traverse le fleuve Wawaun, le long d’un câble fixe normalement mu par un moteur de camion installé dans une cabane en bois sur pilotis en bétons (ce qui vaut mieux). Aujourd’hui, le moteur est évidemment en panne, alors la barge avance au ralenti, par une dizaine d’hommes, debout sur la barge, tirant de toutes leurs forces sur le câble. Ces hommes en pleine action, cette barge titanesque, portant son lot de camions, ces stands de vendeurs ambulants, d’un côté de la barge, ce fleuve perdu dans la jungle, au coucher du soleil forment tous ensemble une belle image, que me suggère d’ailleurs de dessiner un des voyageurs du bus qui m’a vu terminer un précédent dessin sur mon bloc de dessins.
Pour le moment, à part cette personne, les gens m’ignorent et s’ignorent les uns les autres. Ambiance nulle. J’attends de voir comment tout cela va évoluer. Ma voisine de bus ne parle pas plus.
Mercredi 8 décembre 2004, 6h00 une rivière, bloqués
Quel beau cadeau d’anniversaire pour mes cinq mois de voyage, aujourd’hui, que ce trajet en bus. Je voulais de l’aventure, j’en ai plein les yeux, et plein le dos. C’est dur, cela ne fait aucun doute. La nuit est vite passée, ce qui est déjà bien, et j’ai même pu dormir allongé, au fond du bus, sur deux banquettes jointes par mon sac à dos posé au milieu de l’allée pour colmater le trou. Etant donnés les cahots, cela tenait plus de la fête foraine qu’à une nuit au chaud sous la couette avec une jolie fille. Je fus extrêmement secoué. Au milieu de la nuit, le bus s’est totalement arrêté, la route devant était bloquée. Dans la rivière devant nous, un camion était couché, et le camion qui le suivait, lui aussi dans l’eau ne pouvait donc pas passer. Vers quatre heures, le bus a tenté de passer dans la rivière à son tour, en contournant l’ensemble. Pour ressortir de l’autre côté, le long du camion encore debout, le bus a du franchir une ornière de taille. Un camion tiers, situé sur la rive, le treuilla. Les roues avant sortirent sans trop de difficultés, mais le bus ne put continuer, car l’ornière que sa roue arrière gauche devait franchir le faisait trop basculer, ce qui venait le coller contre le camion voisin. Ce qui devait arriver arriva, les tôles connurent des caresses un peu trop appuyées, et le bus dut s’immobiliser à nouveau. Le voisin était déjà suffisamment mécontent. L’épisode du treuillage nocturne fut en soi une sacrée aventure.
Nous sommes maintenant bloqués depuis plus de deux heures. Le jour se lève, dévoilant le chantier plus ou moins abandonné d’un vague pont le long du gué actuel. Derrière, la jungle est humide et encore très obscure. De chaque côté de la route, les files de camions et de bus s’accumulent lentement mais sûrement. Les passagers descendent et viennent regarder. Je ne vois personne s’activer, ni encore moins, se stresser.
Hier après midi, le passage du bac a fini par se faire, mais ce fut bien long. Nous sommes passés sur l’autre rive du fleuve après une heure et demie d’attente, et le soleil était déjà couché. Ensuite, la route fut aussi mauvaise. Déjà tard dans la soirée, nous sommes arrivés dans une petite ville, où nous avons mangé. Un panneau indiquait : « Puerto Cabeza : 143 km ». Nous les avions franchis en neuf heures. Je doute que nous arrivions à Managua ce soir. Je vais descendre avant, je pense. On me parle d’une ville nommée Boaco.
Plus tard, le bus s’est retrouvé planté dans une ornière dont il ne parvenait pas à sortir, avec une inclinaison de vingt cinq degrés à droite du côté planté, et tous les passagers furent invités à descendre. Les femmes et les enfants ont eu le droit de ne pas pousser. Nous avons donc conjugué les forces masculines en pataugeant dans la boue, omniprésente, et le bus est reparti. Ici, ce genre d’événements est un non-événement.
14h30 sur la route, après Rio Blanco
Nous avons fini par repartir, de nouveau treuillés, mais plus subtilement. Les tôles frôlèrent, mais tout alla bien. La lumière du jour nous aida. Plus loin, la piste était toujours aussi défoncée. Je me sentais très mal, j’avais mal au ventre, suite, très certainement, à l’abus de fruits la veille, lors de la salade de fruits géante que nous mangeâmes goulûment avec Philippe. Impossible, donc, de dormir. Je me suis découvert une infection importante à un bobo à la cheville, et les cahots sur la piste continuaient à me secouer dans tous les sens. Mon moral suivit mon physique sur le chemin vers le bas. Assise sur la banquette située de l’autre côté de l’allée, à ma gauche, il y a Yajaya, une jolie jeune fille de seize ans. Ni elle ni moi n’avons de voisins de banquette. Nous avons donc conversé. Elle étudie à Puerto Cabeza. Je me demande pourquoi si loin, et pourquoi dans ce lieu si laid. Elle vit à Masaya, chez sa tente, et fait régulièrement ces aller-retours rocambolesques et usants emportant avec elle des marchandises issues du centre du pays (Masaya est proche de la capitale et de Granada et comporte un marché connu dans tout le pays). Elle revend ses marchandises dans la région enclavée des Misquitos, ce qui lui permet apparemment, de survivre. Je suis impressionné. Elle a deux sœurs, plus âgées, lointaines, et un père qu’elle n’a pas vu depuis deux ans, qui, certainement, ne s’est pas remis de la mort de sa femme, la mère de Yajaya, il y a quatre ans. Elle ne s’est pas étalée sur les détails, mais on devine un père alcoolique, ce qui ne manque pas dans ce pays de misère et de désœuvrement. Elle continue néanmoins ses études, cette fille est douée d’une énergie fascinante.
Le chauffeur m’a convoqué à l’avant il y a deux heures pour bavarder avec lui, la route se faisant longue, et l’aide-chauffeur (ayudante) dormant à poings fermés pour récupérer. Je lui ai donc tenu compagnie, me tenant debout à l’avant, sur le côté droit, devant la porte, à la place d’ayudante, sur le dernier tronçon non revêtu de la route, jusqu’à Rio Blanco. Je devais être le premier ayudante blanc du pays, je suppose. Tête des passants. Expérience intéressante, où j’ai appris des choses, mais la fatigue prenait le dessus sur la conversation. J’avais du mal à être prolixe. Je devais me forcer à trouver des thèmes de conversation, pour honorer ma fonction de réveil-chauffeur. Ici, on pourrait mettre des pancartes : « Il est défendu de ne pas parler au chauffeur ».
Je retrouvai ma prolixité un peu plus tard, après un soda, et une fois sur la route goudronnée, avec Yajaya. La pause déjeuner se termine. Nous allons repartir. J’imagine qu’il n’y aura plus de pauses jusqu’à Boaco, que j’estime à trois heures de route d’ici.
15h30 plus loin sur la route vers Boaco
Pause téléphone demandée à l’avis général au chauffeur, pour que tout le monde puisse prévenir du retard de cinq heures que nous aurons. Yajaya fait partie des personnes qui vont appeler au centre d’appel situé juste devant le bus. Je me demande avec quel argent. Ici, apparemment, il n’y a pas de réseau fixe, la connexion doit nécessairement être une connexion satellite. Je viens de réaliser que l’outre en peau dont je me sers de gourde depuis le début du voyage n’a pas supporté le rôle d’oreiller hydraulique que je lui ai forcé à accomplir cette nuit, pour mettre une certaine distance entre la banquette en plastique et ma tête martelée. Elle s’est déchirée sur une couture, trop sollicitée, et se retrouve donc inutilisable. Voici un nouvel objet perdu qui vient s’ajouter à ma liste déjà longue.
21h00 pension Boaco, Boaco
La surprise est agréable. J’imaginais arriver tard ce soir dans une de ces innombrables villes laides, homogènes, et sans âme de ce pays si pauvre, et voilà que j’arrive de jour, au couchant, dans une ville assez riche, belle, et pleine de charme, au milieu des montagnes. Je m’y suis promené ce soir, et je fus véritablement bouche bée devant cet assaut de civilisation dans le sens positif du terme, après deux semaines dans la boue des cochons et la merde de tout le monde, enfants, hommes, femmes, vaches, poules... Cette ville est bien agencée, avec quelques belles maisons. Elle est étalée sur plusieurs collines, contient plusieurs églises, et il y a de la lumière la nuit. On voit une foule de personnes dans la rue, surtout de jolies filles mais souvent trop jeunes, à croire qu’elles se sont toutes données le mot, et les voitures sont discrètes et parfois belles. Je distingue des sourires, les regards sont différents. Je repense à Gracias, au Honduras, et à la bulle d’oxygène que nous y avions ressentie Philippe et moi, après des mois passés au Chiapas et au Guatemala.
De plus, après ce terrible voyage en bus, interminable, cette surprise est plus que bienvenue. | Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 20 513 visiteurs en ligne depuis une heure! |