En ce mois de "chabanne", période de purification qui précède le ramadan, Sidi Abderrahmane connaît un record d'affluence. Les visiteurs se bousculent sur cet îlot rocheux situé à la sortie de
Casablanca. A marée basse, ils s'y rendent à pied, en pataugeant dans les flaques d'eau. A marée haute, ils embarquent sur un gros pneu piloté par un jeune garçon qui fait payer 5 dirhams (un demi-euro) la traversée.
L'îlot abrite la tombe d'un marabout, Sidi Abderrahmane, censé
accomplir
des miracles. Les âmes en détresse (des femmes, pour la plupart) viennent tout
demander
à ce saint : l'
amour
, la fertilité, le retour d'un mari volage... Les hommes sont rares, et, s'ils font le déplacement, ils se gardent d'
avouer
pourquoi.
"Quand ils ont un problème au lit avec leur femme, ils pensent qu'on leur a jeté un sort. Alors, ils viennent consulter
une "chouwafate"", explique Saïd, 20 ans, l'un des habitants de l'île.
Le diable ou le bon dieu ? Sidi Abderrahmane, c'est un peu tout cela. On prie le marabout, mais on paye les chouwafate, diseuses de bonne aventure, pour
conjurer
le mauvais oeil. Dans du plomb fondu plongé au fond d'un seau d'eau, ces "sorcières", comme les surnomme Saïd, lisent l'
avenir
avant de
prodiguer
leurs conseils : à l'une, elles demandent de
sacrifier
un coq. A l'autre, de s'
immerger
dans l'océan et de se
faire
fouetter par sept vagues purificatrices...