Bonjour,
Je vais avoir du mal à répondre, car il n'y a pas vraiment de règle absolue. En tout cas, il est certain que si on veut voyager, ce n'est pas en travaillant dans une agence de voyage que l'on va y arriver.
Le premier point pour lequel je vais avoir du mal à te conseiller, c'est que je ne te connais pas. Et être photo-reporter, ce n'est pas être écrivain. Donc, ne sachant pas quelles sont tes forces potentielles, je suis dans l'incapacité totale de te dire où tu vas réussir (pour être plus précis, où tu vas faire la différence avec les autres).
Quelques points tout de même sur les éléments clefs pour faire carrière en photo-reportage :
- > Ce qui compte, ce n'est pas vraiment le diplôme, mais si tu es publié. C'est simple : si ton papier va être publié (je parle en tourisme), tu peux avoir la plupart du temps des destinations (en général des offices du tourisme) qui te payent le voyage. Car pour un Office du Tourisme, mettre 2000 ou 2500 euros dans le commerce pour avoir 2 ou 3 pages dans la presse, c'est tout à fait correct, d'autant plus que la plupart du temps, cela revient à moins car ils ont des partenaires qui vont participer (attention à savoir les citer intelligemment dans le texte, les photos ou les encadrés).
A contrario, si tu n'as pas une rédaction qui t'a au moins écrit un courrier pour te dire qu'ils sont intéressés à ce que tu livres un papier sur tel ou tel sujet, on te remerciera poliment, mais peu de chance d'avoir la prise en charge de ton voyage.
- > Un article en tant que pigiste est payé environ 75 euros le feuillet (1500 signes, espaces compris). Une page de magazine fait environ 3 feuillets avec les photos. Donc, article plus photo te rapporte entre 240 et 400 euros la page, droits photos compris. Il est donc clair que si tu pars une semaine pour ramener une page, tu vas bientôt crier au secours, même si tu es tout le temps partie. Mais si tu as un beau brin de talent, et que tu pars 15 jours pour ramener un super papier de 5 pages, tu peux faire 2000 euros en deux semaines.
Moi, chaque fois que je pars en reportage, je tente de ramener au moins deux papiers, et parfois plus. mais ce n'est pas toujours facile à faire.
- > Il existe deux statuts de journaliste : "intégré" et "pigiste". En étant "intégré" (salarié), tu as en général un salaire pas très mirobolant, et la plupart du temps, tu ne bouges pas tellement. Mais par contre, tu as en général la carte de presse, tu as la garantie de salaire, et si tu te bouges un peu, tu peux assez facilement t'arranger la le rédac chef si les frais soient pris en charge par un tiers (un Office du Tourisme). Mais le chemin est dur, car on commence tout en bas comme "stagiaire" (CDD), sans sécurité avec un salaire vraiment bas.
En "pigiste", tu es rémunéré à la pige, c'est à dire article par article. Et chaque fois, bien entendu, si le rédac chef refuse ton article, soit tu le refais, soit tu n'es pas payé(e). Dieu merci, cela m'arrive rarement, mais cela m'est arrivé une fois l'année dernière sur une quarantaine d'articles et j'ai du le refaire 3 fois (quand ça part mal, ça continue mal). Et des fois, les sujets sont refusés (cela m'est arrivé deux fois l'année dernière) et donc je ne suis pas parti.
Pour avoir la carte de presse en tant que pigiste, il faut passer à la commission et il y a deux conditions impératives. D'une part, gagner plus que le smic en tant que journaliste, et d'autre part que tes revenus en tant que journaliste représentent plus de 50% de tes revenus. Perso, je n'ai plus la carte de Presse à cause de ça.
Par ailleurs, si un sujet est refusé de publication et que ton voyage a été payé, il faut vraiment refaire et refaire en mettant sa fierté "d'artiste" dans sa poche et son mouchoir par dessus jusqu'à ce que l'article soit bon (accepté), parce que sinon c'est ta crédibilité qui en prend un coup, et les services presse parlent entre eux...
- > Les diplomes, c'est bien pour les discussions de salon ou pour démarrer quand tu n'as rien à montrer. Mais ce qui compte vraiment, ce sont tes compétences et la possibilité de les montrer.
Donc en fait, il faut démarrer quelque part, et cela se fait en jouant là où il n'y a pas vraiment de risque pour les autres que toi.
Ton réseau personnel va compter beaucoup, par exemple dans la PQR, les magazines locaux, directement, ou via des amis et de la famille. L'objectif est d'être publiée avec articles photos signées de toi. Et comme il faut accepter de démarrer, cela veut probablement dire sans que tu ne sois payée ni défrayée. Donc, dans ta géographie ou à l'occasion d'un voyage. Mais la solution du reportage local me semble bien. Tu te construiras ainsi des références.
Ensuite, si tu as envie d'aller quelque part, trouve le support qui va te publier (en utilisant tes références). Il est rare qu'ils refusent de te faire un courrier d'intérêt si tu as prouvé que tu savais travailler (publications déjà faites), sachant que cela ne leur coûte rien et ne les lie pas contractuellement, même s'ils ont une sorte d'engagement moral.
Ensuite, avec la présentation du support et le courrier de la rédaction (qu'on n'a pas souvent l'occasion de montrer, mais il arrive parfois qu'ils appellent la rédaction pour vérifier que tu est repertorié par la Rédc Chef en tant que pigiste), aller voir les Offices de Tourisme pour qu'ils prennent en charge ton voyage.
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Pour ce qui concerne les formations, j'ai un peu de mal à te conseiller, car photo-reporter, c'est à cheval sur photographe et journaliste, et il faudrait les deux formations. Mais comme le diplome n'est pas vraiment impératif à 100% (sauf pour être intégré), tu peux peut être économiser quelques années d'Ecoles qui reviennent cher.
Pour ce qui concerne le journalisme, je ne sais pas ce qu'il existe aujourd'hui en dehors des écoles de journalisme. Il doit certainement exister des formations plus légères qui t'apprennent à rechercher l'information (la rechercher, la recouper, l'analyser et en faire la synthèse) et à rédiger (un article ne se rédige pas come un roman). Cela me paraît le minimum.
Pour ce qui concerne la photo, il faut apprendre les bases (profondeur de champ, ouverture, vitesse, composition, traitement couleurs, législation au niveau national et international) et apprendre à faire un photo d'illustration d'un article.
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Enfin dernier point, à mon avis le plus important, c'est que photo reporter dans le monde nécessite la capacité à prendre du recul. Je me méfie beaucoup des photo-reportages "engagés" pour la démocratie, la sauvegarde de la planète, la défense de tel animal ou de telle communauté, car la plupart du temps, la pensée est soit trop courte, soit partisane ou les deux.
Il ne s'agit donc pas d'aller parcourir le monde pour dénoncer telle ou telle pratique avec l'oeil et la moralité ancrés dans la culture du reporter, mais quelque chose de beaucoup plus subtil où ces points ne sont pas écartés mais équilibrés avec les apsirations des habitants des endroits que l'on visite, leur philosophie et leurs croyances. A mon sens, il ne s'agit pas de juger les autres ou de les défendre, mais de remettre les choses en perspective. Ce n'est pas simple, car il y a toujours un peu de nos sentiments qui passent dans un papier. Mais un photo reportage n'est pas un éditorial.
Cette intervention va peut être faire hurler certains lecteurs (en particulier sur la liste des éléments de base en photo qui n'est probablement complète, ce dont on se f... pas mal dans le contexte de cette intervention), mais c'est comme ça que je vis ce métier qui représente un bon bout de mon activité professionnelle. Mais si d'autres professionnels veulent bien expliciter leurs positions je suis intéressé, mais pas tellement par ceux qui ne sont jamais allé sur le terrain et qui n'ont pas au minimum plusieurs années d'expérience dans le domaine : trop facile de dire n'importe quoi quand on ne connait pas vraiment et qu'on n'en vit pas.