Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Pagaljavab · 31 août 2025 à 0:08 · 175 photos 202 messages · 15 participants · 11 044 affichages | | | | À: Calaf · 16 septembre 2025 à 15:58 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 61 de 202 · Page 4 de 11 · 993 affichages · Partager Merci beaucoup, c'était aussi un de mes objectifs d'écriture que ces contrastes de style et je suis content que ça plaise à quelqu'un, même je reconnais que ça ne peut pas être du goût de tout le monde. C'est un style que j'assume à 100%.
Concernant la lisibilité, c'est une question que je me posais, merci de relever ce problème. J'étais parti du principe qu'il y aurait les paragraphes seraient séparés par un saut de ligne pour chaque "phase d'actions" de la journée. Il est vrai que ces phases d'actions sont longues et denses, mais cohérentes et je n'ai aucunement l'intention de les réduire! Je peux néanmoins essayer, au sein d'un même paragraphe, d'aller à la ligne sans sauter de lignes pour séparer un peu les sous-sections pour qu'ils aient moins l'air de gros pavés.
Merci en tout cas pour ces remarques bien pertinentes. | | | Annonce · Sponsorisé | | | À: Pagaljavab · 16 septembre 2025 à 20:54 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 62 de 202 · Page 4 de 11 · 959 affichages · Partager Je sais aussi que quelques-uns lisent dans l'ombre
Souvent, les lecteurs silencieux se manifestent en fin de carnet | | | À: Pagaljavab · 17 septembre 2025 à 0:45 · Modifié le 4 oct. 2025 à 15:13 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 63 de 202 · Page 4 de 11 · 937 affichages · Partager Jour 5, 28 juillet : Jaisalmer-Khuri"L'immersion dans la famille du désert et la caravane passe"
Notre rikshāwālā passe nous chercher à l’hôtel vers 8h. Nous avons prévu large car il n’y a qu’un seul bus local qui rallie Khuri depuis Jaisalmer, apparemment le matin vers 8h30, 9h30 ou 10h30 sur le bord d’une route à la sortie de Jaisalmer, selon les sources locales et internet... Comme les infos sont vagues et les bus locaux parfois un peu lâches au niveau des horaires, nous préférons être sûrs de ne pas le rater. Le rickshaw s’engage sur Gadisar Road, contourne le lac de Gadisar et s’engage vers le sud de la ville. Nous sortons peu à peu de l’agglomération et au bout de quelques minutes, il nous arrête au bord d’une route où se trouve une petite échoppe de chāy et de choses à grignoter. Il n’y a encore personne, à part le chāywālā qui nous confirme qu’il y aura bien un bus pour Khuri vers 10h, et il est... 8h30. Il y a quelques banquettes et de grosses pierres pour s’installer : nous en profitons pour consulter nos Lonely Planet et sources internet, boire quelques chāy, tandis que Kelyandre (et à moindre mesure Théo) continue ses expérimentations de cochonneries indiennes « nutriscore Z+ » : biscuits, sodas chimiques, chips et autres snacks d’apéritifs étranges... Nous regardons les véhicules défiler, une des passions de Théo, surtout que ce spectacle n’est pas commun pour lui en Inde : presque à chaque passage, en grand connaisseur qu’il est, il nomme le nom des véhicules qui passent (dont les rickshaws qu’il a déjà bien mémorisés) et demande qu’on lui nomme les objets roulants non identifiés qu'il ne connaît pas.
Le temps passe et il commence à y avoir un peu plus de présence humaine. Certains s’arrêtent à l’ombre des arbres qui tiennent lieu d’abribus, des hommes enturbannés commencent leurs conciliabules tel un conseil de village improvisé au bord de la route.
Enfin un peu avant 10h30, notre bus arrive. Nous comprenons l’importance de ce seul bus quotidien pour les locaux : il tient aussi lieu de véhicule de livraison pour tout le village de Khuri. Les gens chargent d’abord dans la soute et où ils peuvent des marchandises : grands sacs de riz, de farine, de sucre, d’appareils divers... Puis nous nous ruons dans le tas de ferraille comme les autres voyageurs et trouvons même des places assises. Il va sans dire que nous sommes les seuls non Indiens.
Le bus part enfin et le contrôleur se faufile entre les gens pour faire payer les tickets (dans les 35 roupies par personne, sauf pour Théo qui comme toujours ne paye pas). Il nous faut environ une heure de trajet pour parcourir la quarantaine de kilomètres qui sépare Jaisalmer de Khuri sur une petite route en plein désert qui dévoile la beauté des paysages du Thar : étendues de sol caillouteux ou de sable fin, sèches mais pourtant fertiles avec ses cactus, ses arbres arbres chétifs donnant baies et haricots du désert, et surtout ses interminables rangées de babūl, ces petits arbustes épineux de la famille des acacias qu’aucun voyageur ne peut manquer car ils recouvrent littéralement la surface du Rajasthan et au-delà... Troupeaux de chèvres et de vaches par-ci, dromadaires par-là. Le bus s’arrête pour prendre des villageois en route ou devant un temple de Kṛiṣṇa pour laisser deux ou trois passagers descendre honorer la divinité d’offrandes, tandis que ceux restés à l’intérieur se signent le visage en fixant la demeure sacrée. Les gens sont toujours d’une extrême bienveillance avec nous, particulièrement avec les enfants. Kelyandre prend l’habitude dans le bus de s’endormir la tête sur l’épaule de ses voisins qui ne s’en montrent jamais dérangés. Les voyages en bus locaux sont une véritable passion pour moi qui scanne chaque minutieux élément du paysage pour observer la vie ou à la recherche d’un détail inattendu. Un peu trop même, car j’aperçois le temps d’un clignement d’œil, vision d’horreur, un chien pendu à un arbre sur le bord de la route et suis tellement ébahi par cette vision furtive que j’en viens presque à me demander si je n’ai pas imaginé cette intrusion furtive dans la continuité de la merveilleuse monotonie du Thar.
Le village où nous nous rendons, Khuri, n’est pas vraiment un trou perdu. Il est même assez bien connu des voyageurs car il est l’alternative principale au très (trop) touristique village de Sam et ses photogéniques dunes, passage obligé de la plupart des camel safaris et des nuits en camps touristiques avec tentes deluxe, où l’on assiste à des spectacles de musiques et danses folkloriques des gitans du désert, Langā, Māngaṇiyār, Bhopā et autres Kālbeliyā... Un peu moins touristique que Sam et donc resté un peu plus authentique, notre choix s’est en définitive porté sur Khuri. D’abord parce que lors de la préparation de notre voyage, nous avions appris que ces camps du désert, qui bien que très touristiques pas forcément dans le bon sens du terme, mais qui auraient pu être une découverte ludique pour les enfants, sont presque tous fermés ou ne proposent pas de spectacle pendant la période de la mousson. D’autre part, nous avons trouvé la possibilité de loger chez l’habitant dans un lieu dont nous n’avons lu quasiment que du bien : Badal Singh House. L’adresse est tenue par Badal Singh, un ancien chamelier de caste Rājpūt comme l’indique son nom, qui propose des séjours au sein de sa demeure, qu’il refuse d’ailleurs d’appeler guesthouse. On y vit donc avec et dans les mêmes conditions que sa famille. Il n’est lié à aucun opérateur et propose également des camel safaris indépendants. Les sources trouvées sur les guides et sur internet louent tous sa simplicité et son honnêteté. Les prix sont cohérents avec l'état d’esprit du personnage : 400 roupies par personne incluant la chambre, le petit-déjeuner et le dîner, 150 roupies pour le déjeuner et 500 roupies par personnes pour une balade à dos de chameau d’environ deux heures sur les dunes de Khuri pour seulement 500 roupies par personne. De plus, le fils de Badal a été très réactif sur WhatsApp, nous donnant tous les renseignements et prenant notre réservation de manière amicale. Depuis le projet de ce voyage, Magali a placé beaucoup d’attente dans ce séjour villageois et se montre particulièrement enthousiaste à l’idée de le réaliser enfin !
Nous atteignons Khuri où le bus s’arrête à un carrefour à l’entrée du village près d’une petit kiosque qui vend de tout, probablement le seul magasin du village. Le fils de Badal Singh (dont j’ai oublié le prénom) n’a pas de mal à nous identifier à la descente du bus et vient nous saluer. Nous le suivons sur une sorte d’« allée centrale » poussiéreuse que nous parcourons à pied jusqu’à sa maison. Khuri est vraiment un tout petit village aux couleurs du désert.
Le temps caniculaire rend la courte marche difficile : on prévoit 42°C en milieu d’après-midi avec un ressenti de 48°C ! Nous arrivons devant la demeure de Badal que le fils nous fait visiter. Elle est en tout point semblable à celle de ses voisines, soit des maisons traditionnelles en dur avec un toit habité, une cour au sol en bouse de vache tapissée comprenant quelques huttes de terre (habitables quand les températures sont plus clémentes) et un petit enclos pour les chèvres. Derrière la cour se trouve le lieu de vie des membres de la famille. Rustique et authentique : exactement ce que nous cherchions !
Nous croisons les femmes de la maison : mère, filles, belle-fille, affairées aux tâches de la maison.
Théo fait connaissance avec les petit-enfants de Badal, un légèrement plus petit que lui et le second un peu plus vieux. Magali a eu la bonne idée d’amener des petites voitures, des stylos et des Tours Eiffel miniatures pour offrir aux enfants. Cela provoque quelques chamailleries, car Théo ayant déjà bien acquis le sens de la propriété ne compte pas se faire prendre ses jouets à lui dans le lot, qu’il défend avec force autorité. Mais les petits jouent bien ensemble tout de même. Pour les visiteurs, il y a deux petites chambres très rudimentaires sur les deux côtés de l’entrée avec des lits simples et des couvertures empilées, juste un ventilateur au plafond et une minuscule et étroite salle d’eau avec un sceau et un baquet, et des toilettes à la turque. Le fils de Badal nous invite à utiliser les deux pièces à notre guise puisqu’il n’y a pas d’autres invités aujourd’hui. Lui et les enfants restent avec nous sur les banquettes et les chaises à l’ombre du porche d’entrée qui donne sur la rue tandis que les femmes de la maison s’occupent des tâches du foyer et passent pour nous servir un simple mais délicieux déjeuner : dāl, riz, chapātī, légumes, kaḍhī (sorte de sauce hollandaise à base de farine de pois-chiche et d’épices, chhāchh (babeurre) et un divin ker kā achar (pickle de baies du désert). Nous voilà calés et comblés !
Nous passons à la phase de sieste digestive sous une chaleur à mourir... Le ventilateur brasse des boules de feu et nous transpirons toute l’eau de notre corps. Les enfants arrivent à dormir un peu, mais pas trop nous... Nous faisons enfin la connaissance de Badal Singh, un vieil homme qui dégage une aura en adéquation avec sa réputation, une sagesse et une simplicité qui marque immédiatement. Quelques instants plus tard, une voiture débarque musique à fond devant la maison et un groupe de jeunes indiens très modernes, garçon en chemise et filles en débardeurs et shorts courts, descend. Ils viennent de l’État voisin du Madhya Pradesh et sont venus directement pour réserver un camel safari pour le soir même. Au vu des symboles religieux protecteurs dans la voiture et de la discussion que je capte, je devine qu'ils sont musulmans. Je les entends demander à Badal s’il est possible qu’ils leur « arrangent » un repas carné en lieu et place du repas végétarien proposé par la pieuse famille. Le végétarisme, s’il n’est pas obligatoire pour tous les hindous, est censé être obligatoire pour les castes Brahman (ceux qui officient dans les fonctions religieuses) et très valorisé pour tous les hindous. Dans les villages où la religion prend plus de place et où les animaux sont précieux, il n’est pas rare que le végétarisme soit la norme. Badal leur explique ainsi que le village entier est végétarien comme les villages aux alentours et qu’il sera impossible de leur fournir ce service. Le jeune homme le prend pour un appel à négocier (exercice de style courant en Inde quand on veut obtenir un demande spéciale) comme s’il essayer de corrompre un contrôleur de train : « Allez mon oncle, je suis sûr que ça doit être possible d’ARRANGER ça ! ». Mais Badal reste droit : « Vous ne comprenez pas, on ne peut pas trouver de viande ici, ce n’est pas possible ». Tout ne s’achète pas en Inde... Les jeunes prennent leur voiture, sûrement pour tenter leur chance ailleurs. Finalement, ils reviendront plus tard. Ils se montre d’ailleurs très à l’aise avec nous, les filles jouant avec les enfants et n’hésitant pas à passer dans notre chambre pour brancher leurs téléphones. Eux aussi souffrent de la chaleur. On vit l'espace d'une heure comme une famille élargie !
Puis en fin d’après-midi, les pas lents de lourdes bêtes et des blatèrements se font entendre devant la demeure : les chameaux et leurs chameliers arrivent en caravane.
Nos colocataires éphémères du Madhya Pradesh sont appelés en premier et partent de leur côté avec un groupe de chameliers. Vient ensuite notre tour d’enfourcher nos camélidés : Magali et Kelyandre ont chacun leur monture alors que Théo partage la scelle avec moi. Sacrée expérience pour les autres qui expérimentent pour la première fois le tour de rodéo quand leur dromadaire se lève sur ses pattes, et l’assouplissement barbare des adducteurs forcé par l’assise sur la large scelle. Nous essayons de nous stabiliser, et c’est parti !
| | | À: Pagaljavab · 17 septembre 2025 à 1:27 · Modifié le 4 oct. 2025 à 15:09 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 64 de 202 · Page 4 de 11 · 932 affichages · Partager Jour 5, 28 juillet : Khuri"L'immersion dans la famille du désert et la caravane passe" (suite)Nous traversons les dernières habitations du village où les femmes pâtissent des tourteaux de bouse de vache qui serviront de combustible ou de matériau de construction.
Miracle, le vent se lève et l’air se rafraîchit! Progressivement, le paysage du désert se dessine... D’abord assez vert à l’endroit où se trouvent les habitations des basses castes un peu à l’écart du village.
Le soleil baisse de plus en plus, les femmes en saris rouges vont chercher de l’eau au puits et les hommes font paître les troupeaux. Le ciel s'assombrit, on entend l'orage gronder un peu au loin et nous commençons à nous demander si nous n'allons pas prendre la pluie. Mais il n'en sera rien...
En arrière de ma scelle avec Théo devant que je dois entourer de mes bras tout en tenant la bride, je lutte en position un peu courbée mais trouve cahin-caha ma position. Théo apprécie : « Papa, il est fort notre chameau ! », répète-t-il. C’est bien vrai ! Les babūl se font moins espacés et nous atteignons les belles dunes de Khuri. Nos chameliers organisent un séance photo et nous invitent à visiter les dunes par nous-mêmes, l’occasion de d’admirer l’immensité du désert du Thar à la tombée du jour.
Brusquement, un curieux gamin sorti de nulle part déboule sur la dune où nous sommes en chantant et s’accompagnant de ses kartāl, deux paires de morceaux de bois avec lequel on obtient un son de castagnettes en les balançant dans la paume des mains. Je ris car lors de mon premier camel safari dans le désert en 2007, le souvenir de ces gens débarquant de nulle part en plein désert pour vous vendre un pepsi ou autres choses inattendues m’avait marqué. Le garçon nous gratifie rapidement des chansons classiques comme « Gorband » (ornements du dromadaire lors des grands événements et le poignant « Kesariyā bālam padhāro mhāre desh » (« Cheveux couleur safran, bienvenue dans mon pays ») qui prend en cet instant une résonance particulière. Nous donnons les quelques piécettes qu’il nous reste dans les poches et le curieux gamin repart apparemment satisfait en dévalant la dune, disparaissant aussi vite qu’il est arrivé. Nous allons retrouver nos chameliers à quelques dunes de nous et faisons le chemin en sens inverse vers le village. Nous descendons de nos braves dromadaires, donnons un pourboire mérité à nos chameliers (100 roupies chacun) qui n’en reviennent pas et les mettent vite à l'abri dans leur poche! Le temps de retrouver nos esprits et d’admirer les derniers instants du coucher de soleil sur le toit.
Pendant ce temps, Magali postule pour un stage de confection de chapātī; avec les femmes dans les cuisines (accepté). Elle revient une fois la mission accomplie mais suant à grosses gouttes : la réussite d’une galette demande de la dextérité, mais elle est surtout en admiration devant les femmes qui travaillent dans une chaleur d’enfer sans en paraître affectées. Le dîner arrive, assez semblable à celui de midi, mais avec en sus un succulent alū gobī (pommes de terre et choux) simplement épicé, et bien sûr, la bājrā ki roṭī (galette de millet) confectionnée par Magali. Nous nous régalons encore une fois. Mais la petite fraîcheur que nous avions la chance d’avoir pendant notre balade s’estompent alors que s’abat la chaleur du soir. Nous buvons bouteilles d’eau sur bouteilles d’eau si bien que nous finissons par tarir le stock que le fils de Badal a mis a notre disposition dans un frigo et un congélateur. Il a la gentillesse de sortir en acheter de nouvelles au petit magasin de l’arrêt de bus. Badal nous déconseille de dormir dans notre chambre devenue invivable et nous invite à dormir avec lui sur les nattes. Nous nous couchons donc à la belle étoile en discutant avec Badal qui nous conte son histoire et celle du lieu qu’il tient depuis plusieurs décennies sous un ciel étoilé. Mais il fait encore 37°C quand nous essayons de nous endormir et nous continuons à vider des bouteilles. Badal nous assure que nous apprécierons mieux si nous revenons à une autre saison. Le thermomètre ne descendra pas plus bas que 32°C et nous avons du mal à trouver le sommeil tant la chaleur pèse sur tout le corps et les nerfs et le cerveau... | | | À: Pagaljavab · 22 septembre 2025 à 15:53 · Modifié le 4 oct. 2025 à 23:30 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 65 de 202 · Page 4 de 11 · 821 affichages · Partager Jour 6, 29 juillet : Khuri-Jaisalmer"La Carcassonne du désert et le déluge"
Je me réveille aux premières lueurs du jour, les vêtements poisseux de sueur. Même à la belle étoile, la nuit a été proche de la torture. Nous avons eu beau essayer de nous concentrer sur le ciel étoilé, si clair dans ce désert isolé de la lumière de la ville, ou à jouer à chasser les étoiles filantes, rien n’y a fait. J’ai très peu dormi et Magali a même fait une nuit quasi-blanche car en plus de la chaleur étouffante, elle dormait sur la même natte que Théo qui bougeait sans cesse: elle se retrouvait donc gênée par la barre en métal qui fait la structure latérale du lit rustique... Bien sûr, les chiens ont aboyé toute la nuit, se répondant de quartiers en quartiers. En les écoutant, on pouvait se représenter mentalement, d’où aboyaient les uns, d’où répondaient les autres, d’où relançaient l’écho d’autres encore plus loin... Nous avons passé la nuit à nous réhydrater à l’eau sortie du congélateur. Je sais, il faut boire chaud dans le désert, mais n’empêche, ces grandes goulées glacées soulagent drôlement bien sur le moment! Maintenant, ce qu’il reste dans les bouteilles est devenu tiède-chaud. Il est 6h. J’entends un peu d’activité pastorale avec des meuglements et des tintinnabulements de clochettes devant la maison. Comme je n’ai qu’une envie, celle d'oublier cette nuit de fournaise, je me lève pour aller voir le sur le bord du muret la vie qui renaît. C’est Badal qui, tout de blanc vêtu, part faire paître ses veaux.
J’observe les voisins qui comme nous, ont dormi sur leur toit et se lève. Les femmes commencent les tâches du matin : linge, petit-déjeuner... Il y a une telle proximité de tous ces toits qui se touchent ou presque qu'on a l’impression que ce grand réseau de petits rectangles en pierre qui s’élève au-dessus du quartier est comme une même grande maisonnée élargie.
De doux bhajan (chansons hindoues populaires dédiées à une divinité) s’élèvent doucement dans l’air matinal. Tout le monde se réveille petit à petit. Le besoin de se décrasser est vital et nous passons chacun notre tour dans la petite salle de bain en bas, pour un nettoyage exaltant au sceau et à l’eau tiédie par la canicule. Les femmes de la maison nous ont concocté l’un de mes petits-déjeuners indiens préférés, la pohā ! Cette spécialité du Madhya Pradesh et du Maharashtra, également populaire dans une grande partie de l’ Inde de l’Ouest et du Nord est composée de fins pétales de riz sautés dans une friture d’oignons et de piments verts au curcuma (qui donne sa couleur jaune au plat) et souvent agrémentés de cacahuètes grillées, de coriandre fraîche et de jus de citron. Idéal avec un chāy fort en thé noir et bien sucré ! Nous ne nous attardons pas trop car il faut ranger nos affaires : le premier bus vers Jaisalmer part à 8h du même petit kiosque à l’entrée de Khuri. Nous remercions chaleureusement Badal et sa famille qui nous invitent à revenir à une saison plus clémente. Au total, nous ne payons que 2700 roupies en tout pour la pension complète et le camel safari : ils ont visiblement décidé de nous offrir le déjeuner d’arrivée de la vieille (et la bonne douzaine de bouteilles d’eau que nous avons englouties comme des sols desséchés). Bien sûr, les conditions sont rustiques et spartiates, mais malgré la nuit difficile, l’expérience a été formidable et c’était en (presque) tout point ce que nous voulions. Pour qui n’en n’a pas l’occasion autrement c’est un excellent moyen de vivre avec et comme une famille de l’ Inde profonde dans un cadre on ne peut plus authentique. Cela restera pour nous un de nos meilleurs souvenirs de ce voyage. Nous relongeons la « grand-rue » au bout de laquelle le petit bus nous attend, démarre quand il est plein et retraverse le désert en sens inverse. Kelyandre consolide son habitude de terminer sa nuit la tête sur l’épaule de son voisin et les tresses de Magali font encore sensation. Ce court voyage en minibus nous met de bonne humeur.
Cette fois, il nous dépose à la gare routière, donc à deux pas de notre hôtel ! Nous en profitons pour réserver dans une agence privée nos billets de bus pour Jodhpur le lendemain : il ne nous en coûte que dans les 1800 roupies (commission d’agence comprise) pour deux couchettes en bus sleeper et climatisé, largement suffisantes pour nous quatre. Les billets en poche et le rendez-vous pris devant l’agence, nous retrouvons notre douillet Tokyo Palace pour souffler un instant. Mais pas trop longtemps car nous avons programmé la visite de la partie payante du fort ce matin, c’est-à-dire le palais royal.
Sur le coup de 11h, nous nous sentons prêts à réaffronter la chaleur qui monte. Même si le fort n’est pas très loin à pied, nous n’avons pas le courage de porter Théo sous cette chaleur et nous hélons un rickshaw. C’est un jour très différent d’avant-hier aux pieds de la citadelle : il y a beaucoup plus de monde. Il faut dire que nous arrivons au début du pic d’affluence, mais nous n’avons pas trop le choix... Nous retrouvons notre pot de colle attitré de guide-rabatteur qui, à ma grande surprise, n’insiste pas trop et acquiesce d’un petit hochement de tête quand je le lui dis en hindi, avec le sourire mais fermement, que nous n’avons pas besoin de guide pour visiter le fort. Nous passons la première porte et après la grande cour d’entrée, gravissons le chemin en colimaçon qui passe trois autres portes pour aboutir à l’enceinte habitée et au palais royal : une forteresse pas très aisée à prendre !
Nous achetons nos billets, 250 roupies par étranger de plus de 5 ans, qui donnent droit à un audioguide de qualité en plusieurs langues et attaquons la visite. Le fort de Jaisalmer, aussi surnommé Sonār Qilā (« forteresse dorée ») en raison de la couleur du grès jaune qui constitue ses murailles, a été fondé au 12ème siècle par un chef Rājpūt du clan des Bhāṭī nommé Rāwa Jaisal, donnant donc son nom à la ville. Rājpūt ("fils des rois") est le nom des Kṣatriya (la grande caste hindoue des rois, nobles et guerriers) au Rajasthan et d’une partie de certains États voisins. Chaque clan Rājpūt se rattache à une lignée : solaire, lunaire ou du feu. Le clan Bhāṭī et le fort sont ainsi les représentants de la chandravanshī, la lignée lunaire, et selon le mythe, sont donc descendants du héros et dieu Kṛiṣṇa, avatar du grand Viṣnu, le grand constructeur de l’univers. Plus rationnellement, il est probable que ces guerriers venus à l’origine de différentes tribus d’ Asie centrale, par la force des conquêtes, aient été légitimés par les Brahmanes de l'ère védique, les sages religieux de l’ Inde antique au sommet de la hiérarchie hindoue des castes qu’ils avaient eux-mêmes créée, en les rattachant artificiellement à des lignées divines. On trouve sur les murs et dans l’architecture du fort les marques de cette lignée de la Lune.
La position idéale du château sur le passage de la Route de la soie a conduit à sa prospérité. Originellement et pendant plusieurs siècles, la ville n’était que l’enceinte fortifiée, avant que des colonies de nouveaux arrivants se développent autour, jusqu’à former l’aire urbaine actuelle. Nous circulons sur les remparts où meurtrières et autres ouvertures dans les murs jaunes permettent de belles photos sur le bas du fort et la ville, autant qu’elle permettait autrefois de guetter les razzias de chefs de guerre afghans, puis les attaques de la puissante armée de l’Empire moghol.
Nous apprécions les allées ouvertes aux belles encadrures où Magali, vêtue d’une de ses belles robes tribales du Gujarat achetée à Ahmedabad, se prend pour une princesse afro-indienne. Nous marchons au fil d’épaisses et opaques murailles, parfois savamment sculptées de divinités et autres symboles royaux, d’autres fois de salles perforées de persiennes aux fins motifs donnant des yeux et des oreilles aux murs pour saisir les rumeurs et déjouer les complots qui se tramaient.
| | | À: Pagaljavab · 22 septembre 2025 à 17:06 · Modifié le 4 oct. 2025 à 15:17 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 66 de 202 · Page 4 de 11 · 813 affichages · Partager Jour 6, 29 juillet : Jaisalmer"La Carcassonne du désert et le déluge" (suite)
En continuant vers le haut fort, la plus tardive salle impériale du Rang Mahal (« palais des couleurs ») où le mélange des styles orientaux et européens comme la collection de palanquins froufrouteux qu’affectionnaient les derniers Maharajas sont le triomphe du kitsch le plus indien ! C’est dans cette salle que nous sympathisons avec un groupe de femmes habitant Jaisalmer (l’appellation « tourisme domestique » est ici on ne peut plus adéquate), dont l’une en sari rose se prend d’affection pour Théo avec qui elle se fait photographier en lui faisant des câlins tandis qu’il pleure et hurle, apeuré par cette inconnue qui colle sa joue contre la sienne, mais ne lui veut pourtant que du bien. Une tour au sommet offre une vue imprenable sur l’ensemble du fort et une perspective panoramique à 360 degrés sur la ville, ses toits et à l’horizon le désert qui l’encercle. « This is why I love my Jaisalmer ! », s’émeut de fierté la dame en sari rose qui a fait un bout de chemin avec nous, contemplant la vue avec d'amples gestes de bras.
J’ai eu beau visiter ce site pour la troisième fois, je ne m’en lasse toujours pas. Mon audioguide sur les oreilles, je m’imagine presque à l’époque des Maharajas, au cœur des intrigues familiales ou du danger des assauts et des sièges qui ont parsemé son histoire. Ce fort majestueux mérite largement son référencement au patrimoine de l’UNESCO et définitivement celle de "Carcassonne du désert".
Mais pour revenir sur Terre, le charme enchanteur de cette promenade à travers les âges est parfois un peu rompu par la chaleur, l’heure du repas qui approche, la gestion de Théo qu’il faut porter, surveiller ou changer coupe un peu les effets du sortilège ou le fait que Magali et Kelyandre ne sont pas aussi férus que moi d’histoire et d’architecture. Il reste certes des salles, des temples (particulièrement le somptueux temple jaïn) et des anciennes havelī à voir, mais la visite devient difficile pour les enfants et mon équipée s’est déjà bien imprégnée de l’esprit et de la magie des lieux, alors nous ne nous sentons pas obligés de la terminer. Je n’en suis pas trop frustré car j’ai déjà vu tout cela et quand j’y pense, c’est déjà énorme pour les enfants d’avoir pu réaliser tout ça. En descendant le chemin du fort, nous retrouvons nos amies gitanes vendeuses de bijoux. Magali les trouve très beaux et compte bien repartir avec quelques bracelets pour elle et pour offrir. Elle fait des essais sur ses poignées et chevilles, nous négocions drastiquement mais dans la bonne humeur les prix excessifs qu’elles lancent à grands coups d’arguments douteux (« Ok pour celui-ci, mais je ne peux pas baisser le prix de celui-là, c’est de l’argent pur ! »). Nous concluons la transaction lorsque que le prix convient à tout le monde : pas trop élevé par rapport aux prix indiens mais légèrement avantageux pour elles (et surtout pour le pot de colle qui les supervise). Dans la foulée, nous attrapons un rickshaw direction notre très apprécié Green Park Restaurant dont nous apprécierons une nouvelle fois fraîcheur et la cuisine rajasthanie succulente. Et enfin, retour à l’hôtel pour une trêve encore bien méritée.
En milieu d’après-midi, le ciel s’assombrit. La veille dans le désert à Khuri, nous avions vu qu’il y avait eu de l’orage dans la région et appris qu’il y avait même légèrement plu à Jaisalmer, ce qui est rare ici même en période de mousson. Nous profitons vite de la piscine dont l’eau était en train d’être changée le matin avec une énorme pompe. La nouvelle eau n’est pas claire comme du cristal, légèrement sableuse (ce qui ne paraît pas illogique), mais elle est incomparable à son état d’il y a deux jours. Il y a d’autres personnes, des Français bien sûr, qui sont arrivés entre temps. Puis quand nous avons fait quelques brasses et nous sommes bien rafraîchis, quelques gouttes commencent à tomber et nous remontons à la chambre. Quelques minutes plus tard, un déluge éclate et depuis la fenêtre de notre chambre, nous apercevons une petite rivière qui se forme et commence à inonder la rue. Du rarement vu à Jaisalmer ! Cela a dans tous les cas l’avantage de chasser la canicule et radoucir l’air.
Quand la pluie s’arrête, nous descendons pour notre dernière sortie au lac de Gadisar, un lieu prisé des habitants de Jaisalmer comme des touristes au coucher du soleil. Voilà une chose plutôt nouvelle pour moi qui n’ai jamais eu l’occasion de vraiment le visiter, si ce n’est qu’en coup de vent. Nous logeons Gadisar Road partiellement inondée, résignés à tremper nos tongs et sandales dans les grandes flaques boueuses laissées par la mousson. Après une quinzaine de minute de marche, sur la droite, un chemin mène au lac entouré de marches qui descendent vau bord de l’eau ( ghāt), comme il y en a presque toujours autour des points d’eau en Inde, faisant autant office d’égouts que de lieux sacrés pour les hindous. Nous nous promenons sur les ghāt et profitons de l’air devenu beaucoup plus frais et agréable. Des photographes professionnels et leurs modèles en sari des grandes occasions arpentent les rives pour prospecter familles et couples endimanchés qui veulent immortaliser l'instant. Une activité dont les Indiens sont adeptes et que l'on voit sur nombre de lieux touristiques dans le pays.
Ils sont assez nombreux à venir prendre la pause devant ce fond enchanteur de cénotaphes qui émergeant du lac, s’estompent dans le bleu de la nuit naissante.
Depuis un temple aux parois léchées par les flots résonne une pūjā dont les chants, les cloches et les tambours instille cette atmosphère de ferveur si particulière à l’ Inde au moment de la transition entre le jour et la nuit. Il s’agit du temple d’Hingalāj Mātā, déesse tutélaire ( kuldevtā) des souverains de Jaisalmer et de nombreuses familles de la ville. )
Nous allons nous mêler un instant aux dévots qui déposent les dernières offrandes et finissent leur recueillement, avant que les prêtres brahmanes ne ferment le lieu sacré. Nous apprécions particulièrement cette balade crépusculaire, mais la nui commence à l'emporter sur le jour.
Il nous faut désormais trouver un endroit où manger. Nous hésitons à nous rendre sur la terrasse du restaurant au bord du lac ou à tenter un autre endroit. Mais nous aimons tellement le Green Park que nous stoppons un rickshaw pour nous y déposer une nouvelle fois. Nous sommes accueillis comme des habitués (que nous sommes) par le personnel et nous mangeons divinement bien encore une fois, quoi que plus légèrement ce soir après tous ces riches repas ! Pour changer des lourds plats épicés en sauce, nous nous essayons même à leurs très bonnes pizzas. Retour à l’hôtel où nous empaquetons l’essentiel de nos affaires car demain, le départ de notre bus est assez matinal. Ce sera une nouvelle étape du voyage : Jodhpur. Les enfants s’endorment vite, et nous aussi...
Les évaluations Jaisalmer 😃😃 Fort de Jaisalmer 😃😃😃 Lac de Gadisar 😃😃 Khuri et Badal Singh House + camel safari 😃😃😃
Hotel Tokyo Palace 😃😃😃 Green Park Restaurant 😃😃😃 Desert Boy's Dhani 😃😃 | | | À: Pagaljavab · 23 septembre 2025 à 10:55 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 67 de 202 · Page 4 de 11 · 779 affichages · Partager Pour changer des lourds plats épicés en sauce, nous nous essayons même à leurs très bonnes pizzas
Théo mangeait épicé comme vous ? Je suis épatée du comportement de cet enfant qui semble relativement sage en s’adaptant à toutes conditions. Il y a peut être eu des crises dont tu nous fait grâce mais quand même, drôle de petit bonhomme | | | À: Kate · 23 septembre 2025 à 12:36 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 68 de 202 · Page 4 de 11 · 765 affichages · Partager Salut Kate
Non, Théo ne mangeait pas épicé comme nous! Avec sa mère qui cuisine régulièrement africain et moi souvent indien ou d'autres "ailleurs" bien épicés (on fait une grosse consommation de piment à la maison), il est habitué à manger ainsi depuis qu'il a commencé à manger comme nous. Mais à partir d'un certain âge, il a commencé à sentir l'effet du piment. Il peut toujours manger des plats un peu corsés quand ce n'est pas trop fort, mais sinon il nous dit quand il trouve que c'est un peu trop. Comme je l'avais écrit au début du carnet, en Inde, nous commandions pour lui ce que mangent les tout petits des Indiens: des daal simples seulement au curcuma et au beurre avec du riz ou des chapaati (qu'il adorait particulièrement) et du raita (yaourt concombre ou oignons et parfois tomate). Il mangeait aussi de la pizzas ou un peu de nos plats s'ils n'étaient pas épicés. Sinon, il adorait les biscuits, gâteaux, glaces et lassis!
Bien sûr, je ne peux pas raconter tous les petits détails mineurs du type "il a pleuré deux minutes parce qu'on avait pris le doudou bleu à la place du doudou blanc", sans quoi chaque épisode déjà bien long le serait encore plus... Mais le carnet est loin d'être fini et les événements majeurs seront évoqués.
Je le disais au début aussi: - Théo est habitué à nous suivre en voyage depuis ses 2 mois. Il aime beaucoup quand nous partons (c'est parfois lui qui demande quand il entend le mot "vacances"), et au moment du voyage en Inde, il était déjà aller deux fois en Bretagne, a sillonné la France, en Norvège, sur des séjours de plus d'une semaine. Donc c'était une configuration plutôt normale pour lui, juste un environnement très différent! - Lui qui était déjà si turbulent et bavard au moment du voyage à ses 2 ans, il était beaucoup plus inhibé par ce chaos et ces choses nouvelles autour de lui, ce qui nous a surpris au début. Mais il restait très observateur. Comme il était inhibé et en même temps absorbé par ce qu'il voyait, il n'y a pas eu de grosses crises: il vivait son voyage. En revanche, il demandait plus que d'habitude qu'on le porte, un peu gêné par l'absence de trottoirs, la circulation et la chaleur humide, ce qui a été destructeur pour nos dos...
Donc en gros, il s'est montré bien sage dans l'ensemble! | | | À: Pagaljavab · 23 septembre 2025 à 18:30 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 69 de 202 · Page 4 de 11 · 747 affichages · Partager Les emmener jeunes, c'est leur transmettre le goût du voyage. J'ai des souvenirs fantasmagoriques de certaines virées pourtant pas si lointaines, mais le monde parait si grand aux yeux des enfants. Merci pour ce carnet très étoffé...et assaisonné | | | À: Pagaljavab · 24 septembre 2025 à 7:54 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 70 de 202 · Page 4 de 11 · 719 affichages · Partager Théo est une vieille âme sage, n'en doutez pas ! | | | À: Jojoone1 · 24 septembre 2025 à 14:20 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 71 de 202 · Page 4 de 11 · 691 affichages · Partager Merci Joël!
Oui, je le fais copieux et épicé, ce qui en ravira certains et en rebutera d'autres.
Je suis du même avis que toi : le voyage, que ce soit en Bretagne, au Sénégal, en Norvège, en Inde ou dans le Cantal, ouvre de nouveaux imaginaires aux enfants. J'observe que l'effet sur le développement du langage, des connaissances et de l'imagination est incontestable.
》》Marien 》》: une vieille âme sage je ne sais pas, mais bien éveillée c'est certain! | | | À: Pagaljavab · 24 septembre 2025 à 21:54 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 72 de 202 · Page 4 de 11 · 641 affichages · Partager Bonsoir, quel voyage avec ce jeune Theo ! Grâce à toi, j'ai amélioré ma connaissance de la cuisine indienne en apprenant comment d'orthographe "poha" (je n'ai pas trouvé sur mon téléphone le supplément sur le à) et également que c'est féminin... J'adore ce petit déjeuner. Cordialement. | | | À: Did0764 · 24 septembre 2025 à 22:39 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 73 de 202 · Page 4 de 11 · 635 affichages · Partager Oh, un connaisseur!
Tu me permets là d'éclairer un point mineur mais qui peut susciter des interrogations pour des oiseaux rares! Tu as remarqué que j'ai mis en italique et retranscrit les mots hindi et d'autres langues indiennes en marquant les voyelles longues par ā, ī, ū et les consonnes rétroflexes par ṭ, ḍ, ṣ, etc... C'est la manière de retranscrire des universitaires sanskritistes et indianistes. Comme je suis puriste en la matière et par habitude aussi, je fais cet effort. Cette méthode est aussi la plus précise en termes de précision des sons. Je reconnais que c'est un peu inutile pour un carnet de voyage sur VF, mais déformation professionnelle, je n'arrive pas à faire autrement!
Il y a d'autres manières plus communes de retranscrire. Les Indiens utilisent le plus largement une retranscription à l'anglaise, colonisation oblige. Au Pakistan, elle suit encore plus les sons anglais. Mais il y en encore d'autres, qui évitent les sons anglais et marque les ā par aa par exemple, voire plus simplifiée qui ne marquent pas du tout les voyelles longues et rétroflexes.
Il n'y a donc pas d'orthographe précise, c'est juste un choix de retranscription et il se trouve que j'utilise la plus prétentieuse. C'est ainsi 😂
"Poha" (donc "pohā" pour les pédants indianistes) est la retranscription exacte son pour son du mot en alphabet devanagari, पोहा. Mais on le trouve parfois retranscrit "powa" et peut-être d'autres encore. Je ne sais pas si le mot est féminin ou masculin en hindi, plus probablement masculin car finissant par un ā, mais il y a des exceptions... J'ai choisi "la" poha parce que je trouve simplement que ça sonne mieux à l'oreille que "le" poha.
Oui, j'adore moi aussi la poha et en fais de temps en temps à la maison car c'est très facile et rapide à faire! | | | À: Pagaljavab · 28 septembre 2025 à 13:44 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 74 de 202 · Page 4 de 11 · 583 affichages · Partager Bonjour Pagal,
Sur les conseils avisés et parfois insistants de Kate, j’ai entrepris la lecture de ton carnet au long cours. Comme je viens de le lire in extenso en tout cas pour ce qui concerne la partie que tu as pour le moment publiée, je ne vais pas m’arrêter sur des points de détail ou te poser des questions précises, mais plutôt essayer de te livrer quelques remarques et impressions générales.
J’ai bien aimé tout d’abord dans ton préambule l’idée bien formulée du voyage rétrospectif qui nécessite et favorise l’introspection. C’est exactement ce que je pense aussi, car si l’on écrit bien évidemment un carnet pour les autres, on le construit d’abord pour soi. Je ne suis pas un voyageur aussi « roots » que toi, mais dans ta description de l’ Inde je m’y suis souvent retrouvé, et tu as ranimé en moi de nombreux souvenirs et de nombreuses sensations éprouvée lors de mes trois voyages là-bas.
La façon tout d’abord dont les Indiens, sans avoir l’air d’y toucher se débrouillent toujours pour prendre ta place dans une file d’attente. La réalité très indienne que les complications auxquelles on s’attend n’arrivent pas ou au contraire finissent justement par arriver et pas forcément au moment prévu. J’ai adoré de ce point de vue ton récit des invraisemblables complications survenues dans votre interminable équipée lors de la visite du puits d’Adalaj depuis Ahmedabad. Adalaj, si loin, si proche !!!  J’aime beaucoup également quand tu parles de ce moment de transition si particulier en Inde de la tombée du soir. Cette atmosphère étrange, « effervescente et paisible » je te cite, empreinte de spiritualité...
Après comme tout le monde qui te lit, j’ai bien sûr été impressionné par la façon dont tu conduis ta petite famille dans la découverte du pays. Mi- guide de luxe, mi- père et compagnon attentionné. Un guide soucieux d’aider à la meilleure découverte possible, protecteur et rassurant par moment mais capable également de laisser à chacun selon son âge l’autonomie nécessaire à l’immersion. J’aime bien aussi quand tu sais redynamiser un récit parfois un peu long, par de belles fulgurances littéraires.
Bref, je suis un peu bavard et je ne veux pas non plus faire une exégèse de ton récit. Simplement te dire que je me suis finalement retrouvé embarqué, à te lire, comme le 5eme élément virtuel de ton petit groupe.
Hâte de lire la suite... | | | À: RichardXI · 28 septembre 2025 à 15:46 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 75 de 202 · Page 4 de 11 · 563 affichages · Partager Cher collègue et compatriote audois,
Au moment ou après quelques jours intenses de travail puis une fin de semaine horrible d'angine qui m'a zombifié, je me remettais tant bien que mal à la suite de ce carnet, voilà que je tombe sur ton bien agréable commentaire.
Je suis content que Kate t'es tanné pour lire ce carnet car je me rends compte que tu l'as fait de manière très attentionnée et précise. Tu as relevé des passages essentiels qui me tiennent à cœur. Je n'ai pas grand-chose à ajouter car tu en as parfaitement saisi l'essence. Ce que tu évoques me fait d'autant plus plaisir que c'est ce à quoi je vise.
Je sais que ça peut-être parfois un peu long et chiant à lire, mais je ne veux pas renoncer à cette écriture en vue subjective un peu exhaustive qui tente d'inclure autant que possible celle des trois autres co-voyageurs (tu connais bien cette contrainte), déjà bien alourdie par mon style ampoulé totalement assumé qui alterne les passages informatifs très "Guide du Routard/Lonely Planet" et les prétentions savantes et littéraires!
Ravi de t'avoir embarqué dans mon rickshaw en tous les cas 😁
Pas sûr que la suite arrive ce soir, mais bientôt. | | | À: Pagaljavab · 2 octobre 2025 à 23:19 · Modifié le 4 oct. 2025 à 15:20 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 76 de 202 · Page 4 de 11 · 499 affichages · Partager Jour 7, 30 juillet : Jaisalmer-Jodhpur"Course folle et voyage en bulle vers la fourmillante et traditionnelle Jodhpur"
Nous nous levons très tôt car notre bus pour Jodhpur part vers 6h40 du matin. Je me suis même tellement programmé pour ne pas rater l’alarme de mon téléphone que je me réveille naturellement bien avant qu’elle retentisse. J’ai le temps de me doucher et de rassembler des affaires pour gagner du temps. Cela réveille Magali qui se lève et s'active. La veille au soir, nous avions pris la peine de nous débarrasser du check-out et de préparer toutes nos valises pour ne pas perdre une seconde. Le départ du bus devant les locaux de l’agence sur Gadisar Road se trouve à maximum deux minutes à pied et c’est sereinement mais efficacement que nous faisons les derniers rangements, réveillons les enfants et vérifions de n’avoir rien oublié dans la chambre. Nous partons tranquilles car nous avons prévu suffisamment large pour arriver bien en avance au cas où il y aurait un problème. Nous sommes en train de quitter les lieux quand je m’aperçois que j’ai un appel en absence tout frais... Je rappelle le numéro. Une personne de l’agence me répond avec un ton urgent que notre bus est sur le point de partir ! Il nous dit de faire au plus vite. L’espace d’une fraction de seconde, je suis dans un état de sidération car je ne comprends pas la raison de ce départ avancé, nous sommes censés être dans les temps, j’ai vérifié je ne sais combien de fois l’heure sur internet. Mais je m'en extrais immédiatement et à partir de là, tout se passe dans un temps accéléré: les souvenirs alternent entre détails précis et séquences rendues confuses par la succession rapide des événements. Dans cette situation d’extrême urgence, mon cerveau reptilien se met en marche en un clin d'œil et prend le contrôle des choses. J’explique la situation à Magali, très brièvement sidérée elle aussi par la situation critique avant de se propulser dans l’action, je saisis les deux énormes valises et le plus gros sac à dos, Kelyandre la petite valise et le reste des sacs à dos, Magali porte Théo, nous dévalons les escaliers de l’hôtel. Ça commence à être un peu la panique quand nous voyons que la grille d’entrée est fermée ! Et la malchance se poursuit quand nous apercevons les deux réceptionnistes en phase de sommeil profond, l’un sur une banquette, l’autre sur le sol... Je suis un peu gêné mais je me dépêche d’aller tapoter sur l’épaule de l’un. Le temps d’un regard vide, il comprend qu’il n’est plus dans son rêve et je lui explique que la grille est fermée et que notre bus est en train de partir. Il se lève mécaniquement comme un robot réglé en vitesse rapide (j’ai constaté nombre de fois cette aptitude qui m’étonnera toujours chez beaucoup d'Indiens, surtout les réceptionnistes de nuit, à dormir comme des bébés dans les conditions les plus inconfortables et à se réveiller instantanément disponibles comme s’ils restaient toujours sur le qui-vive dans un recoin de leur esprit) pour attraper la clé et ouvrir la grille. Ça part vraiment très mal... Le temps de lui dire merci au revoir en lui tournant presque le dos, nous descendons la petite rue qui va vers Gadisar Road, un moment en suspension dans le temps où je me dis que c’est probablement foutu, mais chargés comme des mules dans la file indienne que je mène avec mes deux valises de vingt kilos, nous sommes en pilotage automatique et maintenons la cadence sans nous poser de question. Nous traversons Gadisar Road en bravant le danger de la circulation car le seul but est d’atteindre l’agence en face. Pas de bus en vue... Arrivés de l’autre côté de la voie, un employé qui n’est pas celui de la veille nous dit que le bus est parti il y a quelques instants... et qu'il n’y en a pas d’autre dans l'immédiat... Nous avons à peine le temps d'être désespérés qu’un rikshāwālāqui passe ralentit au milieu de la route à notre niveau et d’un regard appuyé mais un peu hésitant, semble nous inciter à monter. Comme il arrive pile en cet instant crucial et qu’il donne l’impression d’essayer de nous identifier, je ne comprends pas si l’agence l’a appelé spécialement pour nous ou s’il est là par hasard et a été interpelé par notre traversée téméraire. L’urgence de la situation chasse de ma tête sans délai cette question existentielle, à laquelle nous n’aurons d'ailleurs jamais de réponse. Je crois qu’en quelques mots, l’employé de l’agence lui explique la situation, nous dit de monter avec lui et me demande d’appeler la personne de l’agence qui vient d’essayer de me contacter. Sans transition, nous voilà déjà dans le véhicule qui accélère tout ce qu’il peut en évitant les divers objets roulants ou marchants non identifiés qui entravent notre désormais course folle, tandis que je tends mon téléphone au chauffeur qui fait tout ce qu’il peut mais n’a pas l’air très optimiste pour nous. D’une main, il fait zigzaguer sa Formule 1 d’un matin et de l’autre il appelle la personne. Je comprends que cette dernière lui donne le numéro du contrôleur du bus. Chaque arrêt de quelques secondes dans la circulation nous paraît durer des éons et anéantit nos maigres espoirs... « Laisse tomber, c’est mort... » murmure-je dans ma barbe. Il rappelle le bus dans la foulée. Le contrôleur répond ! Je suis suspendu à chaque mot de leur conversation, comme mon équipée est suspendue à ce que je tente de leur traduire. Il y a du bruit mais je capte l’essentiel... Il tente de savoir où se trouve le bus par rapport à nous. Le contrôleur a l’air de lui dire d’essayer de nous rattraper mais qu’il ne peut pas s’arrêter pour nous attendre. La course-poursuite continue un petit moment et subitement, notre chauffeur nous dit : « Il est là ! ». Nous regardons alors devant nous et apercevons l’arrière d’un bus privé peut-être à une vingtaine de mètres devant nous sur la route, au niveau de la gare ferroviaire. Il roule lentement mais ne s’arrête pas. Notre incroyable rikshāwālā accélère se faufile, essaye d’appeler au téléphone, fait des grands signes... Miracle : le bus s’arrête, le conducteur nous a vu dans le rétro ! Nous descendons, sortons notre campement du coffre avec l’aide de notre sauveur à qui j’ai à peine le temps d’exprimer ma gratitude la plus infinie et la plus sincère, presque la larme à l’œil. Il ne veut que 50 roupies. Je lui en donne 100, 150 ou 200, je ne sais plus, ce que j’ai le temps de sortir de mon portefeuille. Le contrôleur nous aide à mettre nos valises dans la soute et nous dit de nous dépêcher de monter. Nous sommes dans le bus... Encore tout déroutés du bref mais dense laps de temps qui vient de s’écouler depuis que nous avons quitté la chambre d’hôtel, peut-être à peine plus de cinq minutes, nous sommes néanmoins heureux et incrédules de notre sort : nous nous sentons comme des miraculés. Notre bonne étoile doit avoir joué pour nous. D’où est donc sorti ce chauffeur de rickshaw venu de nulle part ? Comment a-t-il réussi à rattraper le bus ? Quoi qu’il en soit, nous traversons maintenant l’allée bondée accompagnés du contrôleur en direction de nos couchettes dans le véhicule déjà en mouvement.
Autre espace-temps, autres préoccupations. Quand nous préparions le voyage, je vantais à Magali les bus sleeper indiens, ce qui la laissait pour le moins dubitative : comment pouvait-on caser des couchettes dans un bus et comment cela pouvait-il être pratique? J’essayais des tentatives de description : « Il y a des couchettes ouvertes sur l’allée en bas et d’autres au-dessus un peu comme des cabines qu’on peut fermer pour s’isoler. Celles des bus privés sont confortables, on s’y sent bien, comme dans une bulle ! ». Mais rien à faire, mes mots n’arrivaient pas à trouver une corrélation satisfaisante dans son esprit qui demeurait dans le doute quant à privilégier cette option... En arrivant au fond du bus, Magali pose un regard en haut vers les fameuses « cabines ». Nous soulevons Théo pour l’y poser, puis les sacs à dos, elle monte à son tour en s’aidant de la petite échelle en métal, puis Kelyandre fait son tour d'escalade. Verdict : elle est immédiatement conquise ! « Je m’imaginais pas ça du tout comme ça ! C’est super, pourquoi on n’a pas ça en France ?? » (C’est vrai d’ailleurs, pourquoi on n’a pas ça en France ?). Elle est surprise de l’espace largement assez grand pour elle et les deux enfants. « Tu vois, je te l’avais dit ! », lui dis-je depuis ma couchette en face. La quiétude qui règne dans nos cabines contraste avec le moment intense que nous venons de vivre. J’attrape mon téléphone et tente de rationnaliser tout cela en cherchant à comprendre l’erreur qui s’est produite. Sur le site Redbus, il y a bien un bus d’une autre compagnie qui part du même endroit, alors que celui parti plus tôt dans lequel nous sommes n’y figure pas... Je commence alors à comprendre que malgré mon expérience, j’ai certainement commis une erreur de débutant. Conforté par le fait que l’employé qui nous a vendu les billets la veille m’avait affirmé que c’était le seul bus privé vers Jodhpur dans cette tranche horaire, j'ai pensé qu'il ne pouvait pas s'agir d'un autre que celui proposé par Redbus. J’ai donc pris l'horaire avancé pour une heure de rendez-vous alors que c'était une heure de départ. Comme il peut arriver que les compagnies s’arrangent entre elles en fonction du nombre de voyageurs, j’en viens à la conclusion que celle-ci a affrété un bus qui a remplacé l’autre... sauf qu’il a été programmé plus tôt. J’aurais dû anticiper ces imprévus indiens que je connais pourtant bien... Finalement peu importe puisque cette nouvelle drôle d’expérience nous amuse déjà et que si tout va bien, nous devrions atteindre Jodhpur plus tôt que prévu. On ne perd jamais son temps en Inde et il y a toujours une solution : que de bons souvenirs ! Alors que le trajet se poursuit, je consulte mon Lonely Planet et mon téléphone afin de m’inspirer pour la prochaine étape. Nous échangeons nos cabines de temps à autres avec Kelyandre qui, pas aussi sensible que nous à la contemplation des scènes de vie et des évocateurs paysages du Thar qui défilent derrière nos vitres, veut se cloîtrer un peu pour passer le temps avec des jeux vidéo.
Magali ne se remet toujours pas du confort de ces bus sleeper ! En plus, elle se rend compte que la possibilité de régler l’ouverture de la fenêtre extérieure offre une climatisation naturelle et modulable, plus agréable que l’A/C. Tous n’ont pas notre chance car la plupart des passagers sont assis sur les banquettes du bas et quelques-uns font même le voyage debout et serrés, agrippés aux barreaux des couchettes. À un moment donné, une dame en sari rouge assise en contrebas de notre cabine est prise du mal des transports et se met à vomir (scène assez fréquente en Inde) dans un sac (moins fréquent...). Magali a le réflexe de fouiller dans un de nos sacs et de me suggérer de lui proposer les lingettes nettoyantes que nous avons gardées de notre vol sur Vistara et des petits sachets de pān masālā, ce mélange parfumé d’épices en graines digestives et de boules sucrées que l’on a conservée de nos visites au Green Park Restaurant de Jaisalmer. La dame nous en est reconnaissante.
Le bus rebrousse sensiblement la dernière partie de l’itinéraire que nous avons parcouru en train il y a quelques jours, avec un court arrêt à Pokhran (la ville radioactive) où je descends à la hâte pour un ravitaillement en chāy brûlants, biscuits, samosā et autres kachauḍī. Quelques kilomètres plus loin, je suis ému de repasser tout près du temple du dieu Pābūjī à Kolū et du petit village de Kalau que j’ai atteint une décennie auparavant sur le toit d’un minibus au gré des sentiers et des hameaux du désert, alors que je réalisais une étude de terrain d’anthropologie : un de mes plus beaux souvenirs de mes dix voyages en Inde... Notre bus ne traîne pas et mine de rien, Jodhpur se rapproche. Dans la ville de Dechū où nous n’avons pas le temps de descendre, nous attrapons les petits sacs plastiques tendus du bout des doigts par les vendeurs à la sauvette qui se massent sous notre vitre dans une cacophonie de noms de choses à vendre, à qui nous lançons à la hâte un billet de 20 roupies qui virevolte dans les airs avant que le bus redémarre. Nous sortons des petits emballages transparents des dāl kachauḍī, ces petits beignets de farine du Rajasthan frits dans l’huile et fourrés de lentilles jaunes pimentées, que nous dégustons dans le calme de notre bulle sleeper : aucun restaurant, même réputé, ne parviendra jamais à nous en servir de meilleurs que ceux-ci. Les premiers signes de vie périurbaine font leur place dans l’étendue semi-désertiques : bâtiments commerciaux et industriels, campements de fortune pour travailleurs pauvres affectés à la construction d’infrastructures routières, avant de pénétrer dans l’agglomération de Jodhpur. À 10h45, le bus termine son voyage dans une gare routière qui est plutôt une grande station-service, ni très proche, ni vraiment éloignée du centre historique.
Nous avons mis à peine plus de quatre heures, ce qui est moins que les cinq annoncées, mais nous n’avons pas vu le temps passé. Le voyage nous a paru durer deux ou trois heures, tant ces bus sleeper permettent de pouvoir rester allongé dans le calme en vaquant à ses occupations ou en observant de derrière sa vitre les fugaces tranches de vie qui défilent en continu et en apprennent plus sur le pays que la visite de cent musées. À peine avons-nous récupéré nos valises qu’une équipe de chauffeurs de rickshaw se rue sur nous.
A la vue de cette famille d’étrangers dépareillés, ils commencent à faire des offres folles. Je négocie sec car j’ai le souvenir que plus qu’ailleurs au Rajasthan, les rikshāwāle de Jodhpur sont redoutables, annonçant des prix élevés et refusant fermement de descendre en deçà d’un certain seuil. Je sors tout de suite l’artillerie en hindi en leur expliquant que c’est ma cinquième fois à Jodhpur et que je connais les vrais prix. Tout se fait encore dans les rires et la bonne humeur pour aboutir à un prix largement rabaissé à 150 roupies, ce qui n’est pas si mal vu la « cherté » de la ville et la poignée de kilomètres qui nous sépare de l’hôtel. Un des bien aimables chauffeurs nous emmène avec lui. Nous traversons les grands axes où, au milieu du chaos de la circulation, la vision furtive d’un éléphant au milieu de la voie me fait me retourner subitement : « Oh ! Un éléphant ! ». Je n’ai pas pris d’hallucinogène et il n’est de toute façon pas rose... Je prends mon téléphone et passe la main à l’extérieur du véhicule pour tenter de le cadrer à l’aveuglette... Magali a le temps de le voir, mais pas les principaux intéressés, les enfants, pas assez vifs sur ce coup-là.
Le rickshaw traverse l’emblématique place de la Tour de l’Horloge (Ghaṇṭā Ghar), le plus connu des marchés de Jodhpur, l’impérial fort de Mehrangarh en toile de fond, en direction des ruelles de la vieille ville où se situe notre hôtel. La voilà, Jodhpur la bleue ! L’impression de se retrouver dans une Inde immuable en plein cœur de la deuxième ville du Rajasthan. Après quelques coincements dans les étroites ruelles qui obligent rickshaws et voiture à faire des marches arrière et détours, nous parvenons au Jodhpur Heritage Haveli, où nous avons réservé pour trois nuits ce qui est un de nos « coups de folie » du séjour, à presque 5300 roupies (49€) la nuit ? Oui, ça va, mais pour moi, c’est du presque jamais vu (en Inde bien sûr). Nous sommes accueillis par le gérant népalais et sa famille, à la sympathie très commerciale mais néanmoins agréablement avenante, qui a racheté cette authentique havelīconvertie en hôtel de cachet. La cour du rez-de-chaussée est magnifique et comme le veut la structure d’une havelī, ouvre la vue sur les étages supérieurs. Après l’enregistrement des passeports et du paiement, un employé nous mène au dernier étage et nous découvrons une belle chambre avec deux lits à la décoration traditionnelle et surtout, dont les fenêtres ont une vue imprenable sur le fort ! Magali qui a plus d’appétence que moi pour les hôtels de charme est conquise, tout comme Kelyandre. Mobilier en bois, literie douillette aux motifs traditionnels, salle de bain impeccable : c’est parfait. Nous découvrons le vertigineux rooftop qui à l’instar de nombre de concurrents aux pieds du fort, a une vue panoramique de toute beauté sur la ville.
Pour l’heure, comme à chaque arrivée d’étape, la priorité est de se rafraîchir et de se décrasser. Et comme mine de rien, il est l’heure de nous restaurer, je propose à Magali de nous rendre à Janta Sweet Home, une institution mythique de la scène culinaire de Jodhpur, du type street-food en version restaurant, où je me suis rendu pour la dernière fois en 2007, soit lors mon premier voyage en Inde. Je suggère de faire le chemin à pied pour nous imprégner de l’ambiance de la ville. Nous parcourons les ruelles bleues avant de déboucher à nouveau sur Ghaṇṭā Ghar, où Magali commence un bref repérage de shopping. Le soleil tape bien. Théo marche un peu mais demande vite à être porté au bout de quelques pas, toujours un peu méfiant de ce trafic routier qui n’obéit à aucune logique apparente. Nous marchons sur les trottoirs encombrés de Nai Sarak, un large axe central saturé de commerces en tout genre, au bout duquel se trouve notre destination finale du moment. Magali repère un assez grand magasin de vêtements indiens, Bhandani, dont la marchandise bariolée est particulièrement bien mise valeur sur des mannequins au bord de la route. Quelques dizaines de mètres plus loin, je ne reconnais pas l’endroit de 2007 et Google Maps l’indique de l’autre côté de la grande avenue, ce que nous constatons en effet. C’est maintenant un bâtiment moderne à l’allure assez différente de celui que j’avais connu 17 ans auparavant. En passant la porte, la fraîcheur de la clim nous enveloppe d’une fraîcheur qui nous fait revivre. Le rez-de-chaussée étant consacré à la vente à emporter et aux sucreries, nous nous dirigeons vers l’étage, où un accueillant serveur nous installe à une grande table avec vue sur l’animation de Nai Sarak. Nous consultons la carte tandis que les auréoles de transpiration sur nos vêtements disparaissent petit à petit. Le concept du lieu est qu’il faut aller commander à un comptoir en laissant son nom avant de venir chercher les plateaux quand le nom est appelé au micro. Le serveur fait preuve d’une hospitalité rare avec nous, nous faisant la conversation, nous conseillant et nous facilitant la prise des commandes. Puis les « Misterrrr Maïkeul ! Misterrrr Maïkeul ! » font bien rire les autres à chaque fois que mon nom est appelé au micro pour récupérer un plateau, alors qu’ils me donnent l’illusion d’être un VIP. La carte est incroyablement fournie, des spécialités de Jodhpur et du Rajasthan en passant par pléthore de snacks d’ Inde septentrionale, méridionale ou mondialisée à des prix particulièrement doux, un peu plus chers que les stands de rue mais nettement en-dessous des restaurants où nous avons mangé jusque-là, pour une qualité assez comparable... Nous essayons et partageons plusieurs petits plats alors que la mirifique carte des glaces fait de l’œil à Kelyandre. Le serveur continue à se montrer attentionné envers nous comme si nous étions des invités spéciaux, ce qui a souvent été le cas jusqu’à maintenant : le sentiment que notre famille attire finalement la sympathie des Indiens fait sa place dans mon esprit. Pratique, confortable, exquis et bon marché, nous sommes enchantés par l’endroit, nous nous promettons de revenir en quittant le lieu l’estomac un peu lourd... Il nous sera trop difficile de faire le retour à pied avec Théo alors nous prenons un rickshaw que nous n’arrivons pas à baisser à moins de 70 roupies (soit le prix que nous paierons toujours peu ou prou pour une petite course en ville après des premières propositions systématiques à 100 ou 150 roupies) tandis qu’une petite mendiante nous temps les mains en répétant « chapātī, chapātī, chapātī... ». En dix minutes, nous sommes de retour dans notre havelī pour notre traditionnelle sieste de l’après-midi. | | | À: Pagaljavab · 2 octobre 2025 à 23:58 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 77 de 202 · Page 4 de 11 · 492 affichages · Partager Ça c'est de la course poursuite ! Bravo ! | | | À: Pagaljavab · 3 octobre 2025 à 0:26 · Modifié le 4 oct. 2025 à 15:21 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 78 de 202 · Page 4 de 11 · 488 affichages · Partager Jour 7, 30 juillet : Jodhpur"Course folle et voyage en bulle vers la fourmillante et traditionnelle Jodhpur (suite)
Une sieste digestive absolument nécessaire donc, et nous montons profiter un instant de la vue du roof-top où la chaleur nous fait carburer au lemon soda, la boisson la plus efficace que je connaisse contre la chaleur : de l’eau gazeuse, du citron et parfois une pointe de sel. Rafraîchissant et désaltérant! Cela nous donne l’occasion d’admirer la vue pleine sur le fort de Mehrangarh dans la lueur déclinante de la fin d’après-midi qui s’annonce. Plus tôt dans la journée, j’avais proposé que comme les familles locales, nous allions profiter de la fraîcheur du soir à Mandore Garden, un parc historique situé à 9 kilomètres de Jodhpur, dans le village de Mandore qui fut l’ancienne capitale des Maharajas de Jodhpur avant qu’ils ne fondent Mehrangarh au 15ème siècle sur la colline qui domine la ville bleue. Tout le nécessaire calé dans nos sacs de sortie, nous voilà en bas en train de négocier un rickshaw dont le chauffeur nous propose un aller-retour avec un arrêt d’une heure pour 400 roupies. L’affaire conclue, nous montons la route qui surplombe Jodhpur et file vers Mandore. Kelyandre qui commençait à douter de ma promesse selon laquelle il y avait des singes partout en Inde, se met enfin à me croire : de nombreux langurs sautent au-devant des voitures ou dans les arbres sur le bord de la chaussée. Au bout d’une vingtaine de minutes, nous voilà devant les grilles de Mandore Garden où je ne suis pas retourné non plus depuis 17 ans car j’en avais eu un mauvais souvenir à cause des mendiants et rabatteurs qui m’en avaient gâché la visite. L’entrée est gratuite mais les enfants ont très envie de prendre le mini-train touristique (pas bien cher) qui fait le tour du parc. Ayant payé au petit kiosque à l’entrée, nous pénétrons dans le parc où nous attendons deux passages pour pouvoir monter dans le toy train. Pas de mendiant ou de rabatteur à l’horizon... mais des dizaines de langurs qui impressionnent Théo et Kelyandre.
Le tour pas désagréable mais anecdotique fait un petit parcours dans les jardins et nous ramène au point de départ où nous commençons la vraie visite à pied dans les grandes allées du parc où les familles viennent s’aérer aux dernières lueurs du soir et les langurs font le spectacle. Les grands singes blancs-gris que les hindous vénèrent comme représentant le dieu-singe Hanumān pullulent littéralement dans ces jardins, sautent et courent dans tous les sens, se battent, s'agrippent sur tout ce qu'ils peuvent, ce qui amuse beaucoup les enfants (et leur fait un peu peur aussi).
Nous circulons sur une des allées principales, bien animée, qui mène au centre du parc. C'est là que l'on voit le mieux que Mandore Garden est l'endroit privilégié des habitants de Jodhpur et des touristes indiens pour prendre le frais le soir. Il y a sur le bord de l'allée un spectacle son et lumière payant auquel nous renonçons finalement à assister.
Le principal intérêt historique du parc réside en les beaux cénotaphes royaux et un temple du 18ème siècle, quand l'ancienne capitale est devenue le lieu de repos des familles royales. Leur architecture est assez différente des chhatrī de la région de Jaisalmer car elle ne trouvait pas entièrement son inspiration dans le savoir-faire rajasthani, mais aussi dans celle de l' Inde du Sud que l'on observe bien sur les parties supérieures. Je déambule entre les bâtiments pour en admirer les détails.
Il n'aurait pu en être autrement, ces cénotaphes servent bien sûr d’arrière-plan de luxe pour les photographies et selfies des Indiens, couples, familles, et ces fameux modèles qui posent pour les photographes touristiques que je reconnais tout de suite désormais.
Je remarque en particulier un groupe de femmes rajasthanies que je trouve très assorties et photogéniques.
Les enfants profitent des quelques aires de jeu qui sont proposées dans le parc, en restant vigilants envers les singes qui les gardent jalousement...
Il reste une autre partie des jardins à visiter et aussi une petite colline qui est apparemment l'emplacement des ruines de l'ancien fort, mais il est déjà l’heure d’aller retrouver notre rikshāwālā qui nous attend alors que la nuit tombe. Magali et les enfants ont adoré Mandore Garden et j’en ai au final une impression diamétralement opposée à celle de 2007. Une bien belle balade et une intéressante redécouverte sous un nouveau jour pour moi.
Retour et repas à l’hôtel où la carte autant indienne que népalaise nous incite à changer un peu et prendre des momos tandis que Théo aura droit aux mêmes dāl presque sans épice que la petite fille du patron qui a sensiblement le même âge. Nous restons un moment pour observer les énormes chauves-souris qui volent devant le mystérieux fort éclairé. Pour la petite journée que nous y avons passé, Magali avoue beaucoup apprécier Jodhpur, plus encore que Jaisalmer. Avant de nous coucher, nous mettons en place un jeu que j’avais imaginé pour Kelyandre avant notre départ. Comme nous ne savions pas comment il allait vivre sa rencontre avec ce pays déroutant, nous avions pensé que cela pourrait l’aider à lui dérouler un fil d’Arianne dans le voyage. Chaque soir avant de dormir, nous lui posons des questions sur des choses que nous avons observées dans la journée. Chaque bonne réponse lui donne des roupies pour qu’à la fin, il puisse s’acheter quelque chose qui lui plaît. Cela lui demande donc d’être attentif pendant les visites, l’aide à mieux s’intéresser à la culture indienne et donne plus de sens à son voyage. Puis extinction des feux dans notre bien jolie chambre, sous les rayons mystérieux de l'impassible fort de Mehrangarh. | | | À: RichardXI · 4 octobre 2025 à 15:30 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 79 de 202 · Page 4 de 11 · 403 affichages · Partager Ça c'est de la course poursuite ! Bravo ! Clin d'oeil
Bravo au rikshāwālā surtout! Oui, une véritable course-poursuite désespérée avec un heureux dénouement : un des grands moments de ce voyage!
J'en profite pour signaler à l'assistance qu'avant de continuer le carnet, je viens de donner un coup de poussière aux précédents épisodes en ajoutant des titres à chaque jour de voyage et des évaluations des lieux visités à la fin de chaque étape. | | | À: Pagaljavab · 5 octobre 2025 à 12:33 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 80 de 202 · Page 4 de 11 · 352 affichages · Partager Sans transition, nous voilà déjà dans le véhicule qui accélère tout ce qu’il peut en évitant les divers objets roulants ou marchants non identifiés qui entravent notre désormais course folle, tandis que je tends mon téléphone au chauffeur qui fait tout ce qu’il peut mais n’a pas l’air très optimiste pour nous. D’une main, il fait zigzaguer sa Formule 1 d’un matin et de l’autre il appelle la personne. Je comprends que cette dernière lui donne le numéro du contrôleur du bus. Chaque arrêt de quelques secondes dans la circulation nous paraît durer des éons et anéantit nos maigres espoirs... « Laisse tomber, c’est mort... » murmure-je dans ma barbe. Il rappelle le bus dans la foulée. Le contrôleur répond ! Je suis suspendu à chaque mot de leur conversation, comme mon équipée est suspendue à ce que je tente de leur traduire. Il y a du bruit mais je capte l’essentiel... Il tente de savoir où se trouve le bus par rapport à nous. Le contrôleur a l’air de lui dire d’essayer de nous rattraper mais qu’il ne peut pas s’arrêter pour nous attendre. La course-poursuite continue un petit moment et subitement, notre chauffeur nous dit : « Il est là ! ». Nous regardons alors devant nous et apercevons l’arrière d’un bus privé peut-être à une vingtaine de mètres devant nous sur la route, au niveau de la gare ferroviaire. Il roule lentement mais ne s’arrête pas. Notre incroyable rikshāwālā accélère se faufile, essaye d’appeler au téléphone, fait des grands signes... Miracle : le bus s’arrête, le conducteur nous a vu dans le rétro ! j’ai à peine le temps d’exprimer ma gratitude la plus infinie et la plus sincère, presque la larme à l’œil. Il ne veut que 50 roupies. Je lui en donne 100, 150 ou 200, je ne sais plus, ce que j’ai le temps de sortir de mon portefeuille.
J'ai beaucoup aimé cet épisode car il m'a rappelé un très ancien "mauvais" souvenir qui est ensuite de venu un "bon". J'ai vécu exactement la même situation moi aussi lors d'un de mes premiers voyages en Inde. Je venais de voyager de nuit. Je ne me souviens plus aujourd'hui d'où à où. Mais brusquement à 5h du matin le "conductor" c'est ainsi qu'ils appellent en Inde (au moins dans le sud) celui qui distribue les billets et s'occupe des voyageurs, me réveille soudainement pour descendre dans un lieu au milieu de nulle part, m'annonçant que j'étais arrivé à destination, alors que je pensais en avoir pour au moins encore une heure et demie. Le bus avait foncé et était en avance et si j'avais consulté régulièrement l'heure, je n'avais pas prêté attention aux lieux. Je descends de ma couchette, avec mon sac à dos et ma petite valise, brusqué par l'homme - comme toujours lors arrêts intermédiaires où des passagesr doivent descendre - sans même avoir le temps de lacer mes chaussures de marche. Et je me retrouve au bord de la route, hagard, les yeux encore mal ouverts et l'esprit embrumé par un sommeil insuffisant. Et le bus repart aussitôt sur les chapeaux de roue. Et je réalise que dans sa précipitation, et mon "état second" il a oublié d'ouvrir le coffre et ne m'a pas donné ma grosse valise. Je hurle pour essayer de me faire entendre, mais il est déjà parti au galop et personne ne me voit ni ne m'entend. Et je me retrouve seul, perdu, désespéré, sans personne avec qui partager mon émoi (au moins vous étiez en famille pour partager le stress et l'émotion) Et soudain, dans les premières lueurs de l'aube surgit un rickshawallah, sorti de nulle part qui me demande quel est l'objet de mon désarroi. - T'inquiète pas me dit-il, monte, on va le rattraper. Et nous voilà parti comme des fous à la poursuite de ce bus de l'enfer qui roule à tombeau ouvert. Et il a beau user de son klaxon, - aussi puissant que celui d'un camion ! - le chauffeur du bus ne semble ni le voir ni l'entendre... J'en suis malade car avec certaines affaires indispensables, ma valise contient tous mes médicaments vitaux sans lesquels je me trouverais en danger. En fait le chauffeur du bus croyait avoir affaire à un rickshawallah irascible et prenait de plus en plus de vitesse pour le semer... J'abrège, grâce à la réactivité des passagers auxquels nous montrions mes sacs et par des gestes le bus, le malentendu a été levé et le bus a fini par s'arrêter. Comme pour vous le rickshawallah m'a demandé un prix dérisoire et je lui ai laissé 4 ou 5 fois le prix demandé en le remerciant moi aussi presque avec les larmes aux yeux... J'ajoute qu'il m'est arrivé plusieurs fois dans des conditions difficiles que des prestataires de services, au lieu de profiter de la situation pour exiger 4 ou 5 fois le prix, se sont au contraire montrés tout à fait corrects et arrangeant pour me porter aide ou assistance. | Carnets similaires sur l'Inde: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 2 925 visiteurs en ligne depuis une heure! |