Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Pagaljavab · 31 août 2025 à 0:08 · 175 photos 202 messages · 15 participants · 11 048 affichages | | | | À: Pagaljavab · 5 octobre 2025 à 12:40 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 81 de 202 · Page 5 de 11 · 794 affichages · Partager Sinon, je veux te dire aussi que toi qui prônes les voyages dans les conditions qui sont les vôtres et te moques un peu des chochotes qui font appel à une voiture avec chauffeur, c'est bon pour des jeunots mais qu'on ne peut plus s'en accomoder à partir d'un certain âge. Ce genre de stress avec les bus ou les trains, je ne veux/peux plus le connaître... Même si je ne suis pas de nature "chochote" | | | Annonce · Sponsorisé | | | À: Marien33 · 5 octobre 2025 à 13:08 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 82 de 202 · Page 5 de 11 · 784 affichages · Partager Où me suis-je "moqué des chochottes qui font appel à une voiture avec chauffeur"?? Où ai-je contredit qu'à partir d'un certain âge il était plus simple de prendre une voiture avec chauffeur?? Et où ai-je insinué que tu étais une chochotte??
Je ne comprends pas ton intervention, il n'y a rien dans mon carnet qui aille dans ce sens...
Je ne fais que décrire notre voyage de manière subjective sans le comparer à d'autres. Mais si on doit vraiment lire entre les lignes sur ce sujet précis dans mes propos, je veux simplement signifier que nous adorons voyager comme ça et que nous le faisons tant que nous le pouvons! | | | À: Pagaljavab · 5 octobre 2025 à 18:06 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 83 de 202 · Page 5 de 11 · 758 affichages · Partager Où me suis-je "moqué des chochottes qui font appel à une voiture avec chauffeur"?? Où ai-je contredit qu'à partir d'un certain âge il était plus simple de prendre une voiture avec chauffeur?? Et où ai-je insinué que tu étais une chochotte??
Je ne comprends pas ton intervention, il n'y a rien dans mon carnet qui aille dans ce sens...
Je ne fais que décrire notre voyage de manière subjective sans le comparer à d'autres. Mais si on doit vraiment lire entre les lignes sur ce sujet précis dans mes propos, je veux simplement signifier que nous adorons voyager comme ça et que nous le faisons tant que nous le pouvons!
Décidément je ne sais plus écrire et je suis très maladroit dans l'expression de ce que je veux dire. Je vais relire ce que j'ai écrit donc. Mais a priori je faisais une remarque d'ordre général par rapport à d'autres fil s et échanges entre les "partisans" du voyage avec chauffeur et ceux qui estiment que rien ne vaut le voyage en transport en commun et de préférence dans la classe la plus populaire en train. Sous-entendant que pour bien découvrir l' Inde il est préférable d'éviter la voiture avec chauffeur. Il ne s'agissait absolument pas de toi. Au contraire je suis très admiratif de ce carnet et de votre façon de voyager. Je te l'ai déjà dit. Je suis d'autant plus admiratif que je me sens INCAPABLE (et désolé) de ne plus pouvoir voyager ainsi... | | | À: Marien33 · 5 octobre 2025 à 18:12 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 84 de 202 · Page 5 de 11 · 754 affichages · Partager Sinon, je veux te dire aussi que toi qui prônes les voyages dans les conditions qui sont les vôtres et te moques un peu des chochotes qui font appel à une voiture avec chauffeur, c'est bon pour des jeunots mais qu'on ne peut plus s'en accomoder à partir d'un certain âge. Ce genre de stress avec les bus ou les trains, je ne veux/peux plus le connaître... Même si je ne suis pas de nature "chochote"
Je viens de me relire. Effectivement je comprends ta réaction. Je pense que mes neurones ont disjoncté et j 'ai écrit bêtement "Tu" alors que je pensais à d'autres personnes... Ma pensée s'est déplacée... Je suis franchement désolé; Je te prie d'excuser mon erreur et ma substitution involantaire de destinataire... Je peux retirer mon message. Vraiment, je déraille, comment ai-je pu écrire "Tu" ? | | | À: Marien33 · 5 octobre 2025 à 22:01 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 85 de 202 · Page 5 de 11 · 722 affichages · Partager Allons allons, rien de bien grave! Je n'ai juste pas vraiment compris cette réaction. Il est vrai que sur ce forum il y a 10-15 ans, j'ai pu être un peu plus engagé sur la question. Et même si aujourd'hui je continue à voyager de cette manière, je suis capable de comprendre ceux qui préfèrent voyage avec un chauffeur-guide, même si ce n'est pas ma conception du voyage. Et parfois, il m'arrive même d'en utiliser les services sur une portion du voyage quand ça s'y prête.
Allez les chochottes, sortez donc de votre taxi climatisé et remontez immédiatement dans mon bus local dégligué car la suite arrive! | | | À: Pagaljavab · 5 octobre 2025 à 23:48 · Modifié le 6 oct. 2025 à 20:27 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 86 de 202 · Page 5 de 11 · 702 affichages · Partager Jour 8, 31 juillet : Jodhpur« L’âme du Rajasthan »
Cette première journée pleine à Jodhpur nous donne le temps de nous consacrer à la visite du fort de Mehrangarh. Bien que nous ne puissions pas nous lever tous les jours aux aurores pour profiter de la fraîcheur des premières heures du matin car nous avons aussi besoin de nous reposer de ces étapes denses et énergivores, surtout pour les enfants, nous nous levons vers 8h, histoire de faire quasiment l’ouverture du fort. Ici à Jodhpur, il ne fait pas aussi chaud qu’à Jaisalmer et l’air du Rajasthan s’est légèrement rafraîchi depuis les averses de l’avant-veille. Pour autant le thermomètre monte vite et peut rendre les visites plus éprouvantes. Un copieux petit déjeuner de crêpes banane-chocolat bien épaisses ou d’œufs brouillés avec des toasts sur le roof-top et nous nous mettons en route à travers les ruelles colorées de la ville bleue, dont les dernières maisons accolées à la colline rocheuse sur laquelle Mehrangarh trône à 120 mètres au-dessus de la capitale du Mārwāḍ, débouchent sur un chemin sablonneux.
L’ascension du fort n’est pas très longue, mais celui-ci se montre bien plus difficile à prendre que celui de Jaisalmer !
Nous croisons des familles un peu essoufflées par la montée : sans vouloir répandre de clichés, il faut reconnaître que les Indiens ne sont globalement pas de grands sportifs. Depuis la dernière ruelle qui tutoie les contreforts de la colline, un chemin un peu sec monte, puis vire avec un premier palier qui offre déjà un bel horizon duquel on distingue au loin le palace Ummaid Bhavan, résidence de la famille royale de Jodhpur. Un peu plus haut, nous passons la première porte qui ouvre sur une large allée le long d'un rempart intérieur où il reste cinq autres portes à franchir avant d'atteindre l’enceinte du fort.
Pour une fois, Magali, vêtues d'une robe sénégalaise qui pourrait tout à fait passer pour indienne, me devance avec les enfants et tente de faire marcher un peu Théo, alors que je me tiens à l'arrière-garde pour prendre quelques photos.
Un peu avant d’arriver à destination, nous traversons une petite cour dans la montée où un Bhopā joue du rāvaṇhatthā sur un magnifique tapis. Ayant réalisé une étude sur la question, j’étoffe un peu le sujet que j’ai déjà évoqué dans la partie de Jaisalmer. Cette (basse) caste de musiciens itinérants du Rajasthan qui servent les chameliers Rāikā sont rituellement les seuls à avoir le droit de jouer de ce violon archaïque à une corde mélodique, doublée par une corde qui maintient le bourdon tonal, tandis que les cordes sympathiques résonnent dans sa calebasse en noix de coco (à la manière du célèbre sitār) et les clochettes suspendues au manche en bois recouvert de métal tintinnabulent avec le mouvement de l’archer en bois pour marquer le rythme.
Une fois par an, les Bhopā jouent, dansent et content pour la communauté Rāikā l’épopée du souverain divin et protecteurs et guérisseur des chameaux et des troupeaux Pābūjī Rāthauḍ, dont on peut voir une représentation, toujours à cheval et en arme, au hasard d'une alcôve dans une muraille du fort.
La cérémonie qui a lieu au temple Pābūjī dans le village de Kolū, près duquel nous sommes passés lors de notre voyage en bus à une centaine de kilomètres de Jodhpur, peut durer plusieurs jours. Ce long récit épique est une sorte de variante locale du Rāmāyaṇa, mythe hindou fondamental s’il en est. D'où le nom de l'instrument qui signifie "la main de Rāvaṇa", d'après la forme de l'instrument et le nom du roi et démon de Lankā dans cette épopée. Mais dans cette Inde où les jeunes tentés par la libéralisation, les réseaux sociaux et un hindouisme plus véhiculaire que vernaculaire tendent à se détourner des traditions locale, le rituel est menacé d'extinction. Malgré ce recul, Pābūjī demeure toutefois une divinité régionale majeure et évocatrice dans le folklore du Rajasthan. Pour ma part, dans la māyā (le monde de l’illusion, c’est-à-dire notre monde réel), le son de cet instrument m’évoque instantanément une rêverie dans laquelle les clochettes des chèvres paissant les fines feuilles des babūl et leurs bergers enturbannés dans les paysages du désert du Thar... Je m’approche et entame la conversation avec le Bhopā qui est surpris que je connaisse si bien l’histoire et la culture de sa caste. J’évoque ma rencontre avec un autre Bhopā assez connu à Udaipur (qu'il connaît) qui m’avait donné quelques cours de rāvaṇhatthā dans la rue du temple du Jagdīsh lors de mon premier voyage en 2007. Il nous joue enfin un beau morceau qui captive Théo avant que nous le saluions pour regagner notre chemin. Une brève mais belle rencontre.
Comme nous sommes un peu en avance, nous descendons un autre petit chemin où se trouvent des jardins et le point de départ du Flying Fox, un vertigineux parcours de tyroliennes au-dessus des remparts qui intéresse Kelyandre. Je pars m’enquérir des conditions, des horaires et des prix. Le très professionnel et rassurant moniteur me renseigne : il n’y a plus qu’à réserver le créneau. Mais Kelyandre, pourtant grand afficionado de tyroliennes, commence à se sentir un peu fébrile en passant la tête à travers les remparts pour observer le début du parcours... Pour ne pas l'aider, je lui dit que je passe mon tour pour tenter l'expérience. Pour essayer de nous rassurer, nous observons une famille de Français qui prend le départ. Mais finalement, cela lui passe définitivement l’envie... Sur ce, nous remontons poursuivre notre calvaire (porter Théo en pente ascendante). Il n’y a quasiment personne et c'est très appréciable. L'ensemble palatiale nous regarde d'en-haut.
Nous passons chaque porte, autant de bouches qui nous font parvenir jusqu'à parvenir au cœur de la forteresse, où se trouve le guichet d'entrée pour visiter les palais. "Je suis l'âme du Rajasthan", semble me souffler l'édifice.
| | | À: Pagaljavab · 6 octobre 2025 à 1:01 · Modifié le 6 oct. 2025 à 20:31 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 87 de 202 · Page 5 de 11 · 698 affichages · Partager Jour 8, 31 juillet : Jodhpur « L’âme du Rajasthan » (suite)
Nous voilà enfin au guichet et nous achetons les billets qui ne sont pas donnés pour un site indien : 600 roupies pour les adultes, bien que Kelyandre paye moitié prix et Théo est invité comme toujours. Mais même pour moi qui pénètre dans l’enceinte de ce fort pour la cinquième fois, je trouve qu’il serait fort dommage d’en faire l’économie. À mon sens, Mehrangarh est le plus remarquable des forts du Rajasthan. Construit le 15ème sous les ordres d’un prince Rājpūt de la dynastie Rāthauḍ (Rathore), Rāo Jodhā, et agrandi par les souverains suivants jusqu’au 17ème siècle, le fort a traversé les époques troublées et belliqueuses sans jamais n’avoir été pris, paré qu’il est de quatre hauts et épais remparts qui bordent les falaises abruptes de la colline. Sous tous les angles, la forteresse renvoie un sentiment de puissance et de majesté, qui est d’ailleurs l'une des significations de Mehrangarh (littéralement « ma Majesté »), sa traduction plus évidente étant "Cité du Soleil", rappelant le rattachement du clan Rāthauḍ aux Rājpūt de la lignée solaire ( sūryavanshī), où ceux de Jaisalmer appartenait à la lignée lunaire ( chandravanshī)et ceux du Gujarat à la lignée du feu ( agnivanshī). Il a d'ailleurs des points de ressemblance avec celui de Jaisalmer, mais s’il n’a pas son charme de « citadelle du désert », il est en tout point plus massif, impressionnant, sophistiqué et aussi nettement mieux conservé que son aîné mārwāḍī. En dépit de ses glorieux faits d’armes et de résistance, le fort et la ville endurerait pourtant une malédiction qui date de sa fondation même. Les sites royaux et religieux hindous, et plus largement indiens, sont presque toujours expliqués par des mythes fondateurs comportant certains invariants. Le plus souvent, un sādhu (ermite renonçant qui quitte la société des castes pour se consacrer à son salut) habite le site de construction, et selon les cas, la résolution du litige peut tourner bien comme mal. Concernant Mehrangarh, ledit sādhu n’a pas apprécié de se faire chasser des lieux et a lancé une malédiction sur le fort. Comme souvent dans ces mythes, une brave personne héroïque se sacrifie pour mettre fin au sort : ici, c’est un habitant de Jodhpur qui se porte volontaire pour être enterré vivant dans la fondation (habituellement, c’est l’architecte qui subit ce sort). Mais la malédiction se serait tout de même manifestée par moment, provoquant notamment la mort d’un des Maharajas tombé des remparts sous l’effet de l’opium. Il est de coutume d’apaiser le rancunier sādhu avec des offrandes dans le sanctuaire qui lui est consacré. Malgré cela, on raconte que sa colère frapperait toujours : elle serait la cause de la sécheresse qui touche la région de Jodhpur, et celle de la mort de nombreux visiteurs du site... Le passage d’une des portes rappelle un autre élément macabre de son histoire : les marques des mains des quinze princesses qui à la suite du décès de leur souverain de mari se sont immolées par le feu, comme le veut la tradition rājpūt, lors d’une satī, « acte de vérité » mais comprendre « sacrifice ». Espérons que nous sortions sains et saufs de cette visite...
Le reste est finalement moins effrayant et même très plaisant. L’audioguide de qualité, toujours le même depuis 2007, dont la voix en français me fait penser à une sorte de Stéphane Bern qui écorche les mots indiens, me plonge dans l’histoire passionnante du fort. Nous traversons les différents palais : Motī Mahal et ses vitraux barriolés, l’opulent Phūl Mahal qui servait de salle de spectacle, le Shīsh Mahal et ses miroirs et enfin le Thakhat Vilās et son style indien et européen entremêlés qu’appréciaient les Maharajas du 19ème siècle. Une réel appétence pour le comble de kitsch!
Le parcours traverses des merveilleuses cours et allées dont les sculptures dans les fenêtres et les parois, encore plus dans le zenānā (comme son nom l’indique accidentellement, la partie du palais uniquement réservé aux... nanas), sont d’une rare et exceptionnelle finesse du détail.
En bout de visite, le musée est moins dispensable, mais les amateurs d’objets médiévaux y trouvent leur pesant d’armes, de costumes, de tableaux et de palanquins kitsch. Je dois d’ailleurs courir après Théo qui passe la barrière de sécurité et commence à mettre le bazar dans une salle de palanquins particulièrement froufrouteux et ornés d'angelots bien chrétiens, témoignage de l'admiration que les Maharajas tardifs avaient pour l'art européen. Je me fais un peu sermonné par le gardien en costume militaire : « Sorry sir, sorry... ».
Les hauteurs du palais offrent enfin des vues extraordinaires de Jodhpur sous tous les angles, dont le cénotaphe du Maharaja Jaswant Singh II, surnommé de manière plutôt opportuniste le "mini- Taj Mahal".
Une dernière petite rencontre avec une famille indienne et leurs enfants dans la dernière cour, et le chemin de la sortie nous fait obligatoirement passer par le marché du fort où les boutiques ne proposent que des produits d’artisanat agréés et non marchandables. Magali craque pour un magnifique foulard jaune et bleu à 2500 roupies dont le vendeur nous promet qu’il est de fabrication rare et que nous ne le trouverons pas ailleurs que dans le fort. Nous quittons définitivement le lieu par les mêmes portes qu'à l'allée, assez éblouis de cette visite. Jodhpur ne serait-elle pas en effet l'âme du Rajasthan ; la ville qui synthétiserait le mieux l'esprit du "Pays des Rois" sous toute ses facettes?
| | | À: Pagaljavab · 6 octobre 2025 à 1:32 · Modifié le 6 oct. 2025 à 16:09 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 88 de 202 · Page 5 de 11 · 694 affichages · Partager Jour 8, 31 juillet : Jodhpur « L’âme du Rajasthan » (suite de la suite)
Cette bien plaisant visite nous a malgré tout mis en appétit et nous rêvons déjà de la fraîcheur et des mets salivants de Janta Sweet Home ! Comme nous sortons par la route d’accès pour les véhicules, nous prenons un rickshaw à qui nous demandons de nous déposer à Ghaṇṭā Ghar, le marché de la Tour de l’Horloge. De là, nous continuons à pied sur Nai Sarak pour faire le tour de quelques boutiques. Ironie du sort, nous trouvons dans la première que nous rentrons le même foulard soi-disant trouvable qu’au fort, qui après demande au vendeur coûte en première intention...100 roupies ! Je suggère que ça doit être une imitation de moins bonne qualité, mais l’épreuve de la comparaison dédit mon hypothèse optimiste : c’est strictement le même ! « Ah le voleur ! », nous exclamons-nous avec un sentiment de trahison. Nous voyant très agités sur cet article, le vendeur s'approche évidemment avec un grand sourire nous incite à le prendre. « Non merci, c’est notre première boutique, on va d’abord faire un tour et on reviendra si on n’a rien trouvé de mieux... ». D’ailleurs, les quelques boutiques où nous passons sur l’avenue nous confirme la fraude. Nous n’en revenons pas de nous être fait avoir à ce point comme des bleus et d’en avoir eu la preuve aussi immédiate. Nous l'avons un peu en travers de la gorge. Peut-être la fameuse malédiction du fort...
Avec un peu de recul, nous pensons qu’il y a pire malédiction et que les spécialités de Janta Sweet Home, dont nous approchons, nous feront oublier cette mineure péripétie. Nous sommes à nouveau merveilleusement accueillis par le serveur qui nous reconnaît et nous régalons des divers plats que nous commandons. Magali commande un kachauḍī royal qu’elle apprécie mais ne trouve pas aussi bon que celui que le vendeur à la sauvette nous a vendu par la fenêtre du bus. À nouveau rassasiés, nous faisons un court passage dans la boutique Bandhani où Magali repère deux belles tenues indiennes qu’elle garde bien dans un coin de sa tête. En sortant, nous faisons signe à un rickshaw qui en entendant notre destination, nous affirme bien connaître le gardien de notre hôtel. Il nous ramène ainsi à bon port en saluant effectivement son ami, et nous filons vers la promesse d’une nouvelle sieste méritée. En rentrant dans le hall de l’hôtel, je me rends compte qu’il me manque mon téléphone... « Merde, il a glissé de ma poche et est resté dans le rickshaw ! ». Je sors dans la rue, mais il n’est plus là. Je demande au gardien s’il l’a vu son ami partir. Nous l’apercevons plus loin à une vingtaine de mètres. Il tente de l’appeler au téléphone mais il ne l’entend pas. Je cours en hurlant « Stop ! Stop ! », mais le rickshaw s’éloigne de plus en plus et ne peut pas m’entendre. La scène de la veille du bus à Jaisalmer se reproduit presque à l’identique dans une autre configuration : je me dis que c’est vraiment foutu car les brefs arrêts du véhicule dans les méandres de la ruelle me font inutilement espérer, avant qu’il reparte de plus belle vers l’horizon... Même si c’est désespéré, je n’ai pas le droit d’abandonner car la perte du téléphone serait dramatique. Je cours comme un dératé en faisant de grands signes et en criant. Malheureusement, il commence à atteindre le bout de la rue, c’est trop loin, c’est fichu... Alors que je ne quitte pas des yeux le triporteur vert et jaune qui s’éloigne inexorablement, la pensée me traverse qu’il connaît le gardien et qu’il finira peut-être par me le remettre à l’hôtel, mais rien de sûr malheureusement... Soudain, je remarque qu’il se retrouve bloqué par la circulation dans le goulot du fond de la ruelle. C’est ma chance ! L’adrénaline me fait sprinter presque aussi vite qu’Usain Bolt ! Il reste immobile, le trafic est difficile dans les étroites ruelles de la vieille ville, mais il peut repartir à tout moment... Je suis à deux doigts de m’arrêter quelques secondes pour reprendre mon souffle mais je résiste à ce besoin. Je poursuis ma course au triple galop tandis que le rickshaw reste miraculeusement bloqué. Et voilà qu’au terme de cette course effrénée, je finis par l’atteindre ! J’ai du mal à y croire mais je suis bien en train d’interpeler le chauffeur qui fronce le visage en me voyant. Lui ayant expliqué la situation, je retrouve mon téléphone sur la banquette arrière. Il s’excuse sincèrement car il constate qu’il n’a pas entendu l’appel de son ami, mais je serais bien incapable de lui en vouloir : ce n’est pas sa faute et l’essentiel est bien que j’ai retrouvé mon précieux. Essoufflé et en sueur, je rentre à l’hôtel aussi lentement que je l’ai quitté rapidement et retrouve Magali qui bien qu’heureuse du dénouement, ne mesure pas à sa juste valeur l’étendue de l’exploit que je viens d’accomplir... Peu importe, je suis soulagé et la sieste n’en sera que plus régénératrice.
Magali et les enfants ont tellement aimé Mandore Garden la veille que nous projetons d’y retourner ce soir ! Alors quand nous réémergeons au moment où l’après-midi commence à entrer dans sa dernière phase, nous préparons notre nécessaire et quittons notre havelī. Comme cette fois nous avons plus de temps et que nous ne sommes pas des chocottes du genre à voyager comme des pachas dans des taxis climatisés (référence indispensable...), nous décidons de nous rendre à Mandore Garden en minibus local. Cela nous permet de d’abord de nous réimprégner de l’atmosphère de la vieille ville.
En plus, cela coûte bien moins cher et c’est beaucoup plus marrant ! Au niveau de Ghaṇṭā Ghar, nous demandons à des passants où se trouve l’arrêt pour Mandore. On nous dit qu’il faut prendre le bus 1 qui part à la jonction de Ghaṇṭā Ghar et de Nai Sarak. Mais au final, il nous faut descendre entièrement l’avenue car il se trouve au niveau de notre bien aimé Janta Sweet Home, où un bus 1 est justement en train de partir... Nous patientons relativement peu de temps avant qu’un autre passe. Nous sommes assez peu à monter dedans, ce qui est appréciable et payons pour quatre une somme proche de la gratuité. Cependant, le bus est pris dans les embouteillages, s’arrête faire le plein dans une station, percute un piéton (sans gravité heureusement, mais arrêt obligatoire) et marque les arrêts au bord de la route : il va sans dire qu’il met un peu plus de temps que le rickshaw la veille... Quand il arrive à destination, nous nous rendons compte qu’il a mis une heure pour parcourir les 9 kilomètres. Mais nous avons le temps et apprécions d’être immergés dans la vie indienne.
Nous entrons et traversons les portions du parc infestées de singes plus rapidement que nous ne l’avons fait la veille, en repassant dans la zone des cénotaphes sur lesquels la lumière fébrile a une lueur différente de la veille, plus mystérieuse.
Nous nous enfonçons plus loin pour explorer toute la partie arrière que nous n'avions pas pu visiter hier, jusqu’à la fin du parc où se trouve un grand lac. Nous rebroussons chemin en compagnie de familles indiennes, plus nombreuses en cette heure tardive. Des guirlandes colorées s’allument au bord des allées et des fontaines alors que le jour s’efface. Un petit chemin pentu monte sur la colline qui servait de promontoire à l’ancien fort de Mandore, dont il reste bien peu de choses... Nous nous armons de bâtons pour éloigner d’éventuels singes agressifs et montons les quelques dizaines de marches vers le sommet qui sert de point de vue de coucher de soleil (d’accord, ça fait trop québécois, la prochaine fois je dirai « sunset point » comme tout le monde). Le spectacle du coucher du soleil sur les jardins aux toutes dernières lueurs du jours est de toute beauté. En toile de fond, encore cette ambiance mystique assez indicible de l’ Inde en transition entre le jour et la nuit, alors qu’une musique rituelle résonne en bas.
Nous redescendons en suivant le son de la musique et rendus en bas, nous comprenons qu’elle vient de l’unique temple de Mandore Garden, dédié au dieu éléphant Gaṇesh à en juger par la grande effigie qui trône au centre du sanctuaire, où des dizaines de pèlerins dansent en transe, jusque sur les marches de l’entrée. Je ne sais s'il s'agit d'une occasion spéciale ou d'un rituel habituel, mais je me mêle à la foule pour prendre quelques photos.
Il fait maintenant nuit noire et nous nous demandons un instant si nous n’allons pas manger dans un des restaurants du parc. Je ne le sens pas trop car mon estomac commence à faire glouc-glouc, mais pas dans le bons sens... Il devient urgent de trouver des toilettes. Des visiteurs nous indiquent l’entrée du parc, que nous retraversons à un rythme rapide mais pas trop, moi serrant le sphincter autant que je le peux. Je transpire et mes intestins sont pris d’assaut. J’ai déjà été confronté quelques fois à de telles situations en Inde et je suis toujours sorti vainqueur. Alors je résiste encore! Au niveau des cénotaphes, il y a un petit stand de nourriture où les propriétaires m’indiquent que c’est un peu plus loin. Ça devient vraiment difficile mais j’entrevois le petit bâtiment. Ce n’est pas très propre mais en ces circonstances, on est vraiment plus du tout regardant sur la chose. Je tiens jusqu’au bout de mes limites et quand je passe la porte et ferme le loquet, je sais que l’enfer que je viens d’endurer n’est déjà plus qu’un lointain souvenir... Peut-être l’aura du fort m’a-t-elle encore frappé, entre la malédiction lancée par son ermite et le sacrifice qui en protège sporadiquement la ville. Nous rentrons en rickshaw cette fois (un peu de chochotterie ne fait pas de mal). Nous dînons plus léger sur le roof-top de l’hôtel pour profiter de sa merveilleuse vue urbaine en nocturne et des énormes chauves-souris qui impressionnent tant les enfants. Cette journée touchant à sa fin, je conclus que pour beaucoup de raisons, Jodhpur la bleue est vraiment l'âme du Rajasthan. Sur ces rêveries, tout le monde au dodo... | | | À: Pagaljavab · 6 octobre 2025 à 10:28 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 89 de 202 · Page 5 de 11 · 666 affichages · Partager les marques des mains des quinze princesses qui à la suite du décès de leur se sont immolées par le feu
Mais de leur qui, mais de leur qui Mickaël !?   
le même foulard qui n’était soi-disant trouvable qu’au fort, qui après demande au vendeur coûte en première intention...100 roupies ! Je suggère que ça doit être une imitation de moins bonne qualité, mais l’épreuve de la comparaison dédit mon hypothèse positiviste : c’est strictement le même !
Alors là je rigole ! TOI tu te fais avoir !? Alors imagine nous, roulés dans la farine à chaque coin de rue, près à frire comme des pakoras | | | À: Kate · 6 octobre 2025 à 18:18 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 90 de 202 · Page 5 de 11 · 618 affichages · Partager Merci Kate, que ferais-je sans tes corrections? Cela m'a d'ailleurs permis de relire les trois articles postés tardivement hier soir et corriger les nombreuses autres fautes, oublis et imprécisions...
Oui, on s'est fait avoir mais nous avons des circonstances atténuantes! Le vendeur nous a juré que nous ne pourrions pas trouver ce foulard soi-disant de fabrication artisanale ailleurs. Nous avons hésité à vérifier mais dans le doute, comme nous ne reviendrions pas au fort, nous courions le risque de passer à côté. Nous savions qu'il y aurait peut-être une chance qu'il se trouve ailleurs en ville, mais nous ne pouvions pas vérifier, alors nous avons pris le "risque"... Mais de là à nous imaginer qu'il coûtait 20 à 25 fois mon cher en ville 😅😅 | | | À: Marien33 · 6 octobre 2025 à 18:28 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 91 de 202 · Page 5 de 11 · 612 affichages · Partager Jean-Marie,
Avant ton message auquel j'ai réagi, je n'avais pas vu que tu en avais posté un autre au préalable où tu racontais une expérience similaire à la mienne, car il s'est trouvé en fin de quatrième page. Je n'ai donc vu que les messages qui se trouvaient au début de la cinquième! À la lumière de ce nouveau contexte, ta réflexion me paraît beaucoup moins abrupte que je l'avais comprise en premier lieu! Catapulté comme ça, je ne saisissais pas pourquoi tu disais cela!
Sinon, mon expérience avec le rickshaw et le bus ressemble effectivement à la mienne, et celle aussi que je raconte dans la suite à Jodhpur! Ce doit être un lieu commun des aventuriers de l' Inde 😂 | | | À: Pagaljavab · 6 octobre 2025 à 19:20 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 92 de 202 · Page 5 de 11 · 596 affichages · Partager Jean-Marie,
Avant ton message auquel j'ai réagi, je n'avais pas vu que tu en avais posté un autre au préalable où tu racontais une expérience similaire à la mienne, car il s'est trouvé en fin de quatrième page. Je n'ai donc vu que les messages qui se trouvaient au début de la cinquième! À la lumière de ce nouveau contexte, ta réflexion me paraît beaucoup moins abrupte que je l'avais comprise en premier lieu! Catapulté comme ça, je ne saisissais pas pourquoi tu disais cela!
Sinon, mon expérience avec le rickshaw et le bus ressemble effectivement à la mienne, et celle aussi que je raconte dans la suite à Jodhpur! Ce doit être un lieu commun des aventuriers de l' Inde 😂
Bien entendu j'avais noté que tu avais réagi avec promptitude à ce qui n'était qu'un petit post scriptum au long commentaire que je venais de t'envoyer et au sujet duquel tu n'avais eu aucune réaction... Mais tout cela n'est pas important. | | | À: Pagaljavab · 8 octobre 2025 à 23:04 · Modifié le 12 oct. 2025 à 22:25 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 93 de 202 · Page 5 de 11 · 534 affichages · Partager Jour 9, 1er août : Jodhpur« Une journée cool dans la Ville Bleue »
Cette nuit, la malédiction du fort dont l’énergie irradie derrière nos fenêtres a encore frappé. Nous avons entendu un bruit sourd, puis un hurlement et les pleurs de Kelyandre qui nous ont réveillés. Il a habituellement un sommeil agité et remue beaucoup. Chez nous, cela a assez peu de conséquences, mais dans ces grands lits élevés aux gros matelas moelleux sans protection sur les bords, il a chuté et sa tête a heurté la table de nuit en métal avant de se retrouver par terre... Heureusement, plus de peur que de mal ! Nous nous levons au matin pour notre dernier petit-déjeuner sur le roof-top. Pour ce dernier jour à Jodhpur, nous avons organisé une journée plus cool. Le programme : flâner dans la vieille ville et faire des achats nécessaires comme récréatifs. À quelques encâblures de l’hôtel, nous allons d’abord visiter Tūrjī kā Jhālrā, un très beau puits à degré au centre de la ville bleue bâti au milieu du 18ème siècle. Il n’y a pas âme qui vive et nous profitons d’être seuls pour prendre le temps de descendre l’ensemble un peu pyramidale de marches qui plonge vers le bassin. Ainsi, nous pouvons contempler de plus près cette merveille d’architecture rājpūt aux parois savamment ciselées qui rappelle un peu celles de Mehrangarh.
Puis nous déambulons au hasard des ruelles bleues où les habitants, majoritairement de castes Brāhmaṇ, les plus élevées dans la hiérarchie socio-religieuse hindoue, vivent un pied dans le 21ème siècle et l’autre dans un passé plus lointain. Si ce n’était les véhicules qui encombrent les rues, les installations électriques et les smartphones, on pourrait presque avoir l’impression d’avoir fait un voyage quelques siècles dans le passé en voyant ces résidents en habits traditionnels, parfois des chèvres au sein des vieilles bâtisses et les charrettes tirées par des animaux qui transportent diverses marchandises.
D’ailleurs, Kelyandre qui a décidemment beaucoup de chance aujourd’hui marche dans une énorme bouse de vache bien fraîche. Nous sommes un peu emmerdés pour lui (qui l’est littéralement) car nous ne savons pas trop comment résoudre cet imprévu. Nous hésitons à revenir à l’hôtel quand j’aperçois une maîtresse de maison en train de nettoyer la devanture de vieille maison avec un tuyau : c’est la providence ! Je lui montre le pied de Kelyandre et lui fait comprendre que son tuyau nous serait vraiment d’une grande utilité. Kelyandre pose le pied dans la petite rigole devant la maison tandis que la gentille dame arrose sa tong souillée par la déjection bovine. En quelques secondes, le voilà avec un pied mouillé mais tout neuf ! Comme son lait, la bouse de vache est sacrée pour les hindous après tout.
Parmi les démarches indispensables du matin, nous achetons du lait en poudre qui vient à nous manquer, dans une petite échoppe. Aussi, il me reste un billet de 2000 roupies de mon voyage dans le Tamil Nadu en 2018, devenu obsolète depuis que le Premier ministre-Empereur Narendra Modi a décidé en 2023 de réimprimer des billets neufs pour lutter contre le marché noir. Les Indiens ont donc été invité à échanger leurs billets de 500 et 1000 roupies, tandis que celui de 2000 créé à peine huit ans plus tôt a été carrément supprimé. Depuis le début du voyage, j’essaye de le refourguer, mais il est refusé à chaque fois, alors que sur internet, je trouve l’information qu’il est encore légal jusqu’en été 2025... Alors depuis Ahmedabad, on me répond de faire la démarche dans une agence banque State Bank of India (la première banque en Inde). Mais ici à Jodhpur, des commerçants me disent que c’est à la Poste. Dans un premier temps, on m’envoie donc dans un petit bureau de poste du quartier bleu... qui m’envoie ensuite dans un plus grand bureau de poste près de la gare ferroviaire... qui me renvoie à son tour dans une agence de State Bank of India autour de Ghaṇṭā Ghar. Les employés me font espérer et attendre un long moment... pour finalement m’annoncer que la transaction n’est pas possible chez eux... Cela dit, ils me donnent l’adresse d’un repreneur de billets dont on me donne le numéro : je lui laisse un message sur WhatsApp et prend rendez-vous avec lui pour l’après-midi. Loin de nous agacer, cela nous donne l’opportunité de découvrirdes quartiers que nous ne connaissions pas. Au passage, nous repassons devant la grande boutique de vêtements Bandhani où Magali craque finalement pour deux très beaux ensembles indiens qui lui vont à ravir. Les prix sont fixes, entre 1500 et 2000 roupies la pièce. Ma mère qui souhaite que je lui ramène une belle « tunique indienne » me donne des descriptions incompréhensibles par téléphone et les vendeurs déballent à foison des kurtī dont je lui envoie les photos par WhatsApp et qui ne correspondent évidemment pas à ce qu’elle attend...
Pour finir cette longue mâtinée de marche, nous nous arrêtons à nouveau à Ghaṇṭā Ghar pour grignoter chez Shri Mishrilal, autre adresse mythique de Jodhpur où l’on vient déguster des kachauḍī et autres snacks frits, de délicieuses pâtisseries du Mārwāḍ, et surtout son célébrissime mākhaniyā lassī, un lassi bien épais dont le yaourt est agrémenté de crème de lait, noix de cajou, raisins secs, safran et eau de rose : un repas en soi ! L’endroit est très populaire, les prix pour le moins bons marchés et la petite salle invariablement bondée.
Retour pour la sieste à l’hôtel avec nouvel achat de bouteilles d’eau, de biscuits et de bananes au passage. Après quelques minutes de repos, je laisse mon équipage se reposer et repart tout seul chez le repreneur de billets dont j’ai le nom et l’adresse sur un bout de papier : « Birla Ji Note Wala, Sojati Gate ». Sojati Gate se trouve entre Janta Sweet Home où nous avons mangé deux fois et la gare ferroviaire. Sans Théo, je mets moins d’une quinzaine de minutes à pied pour arriver devant le restaurant. Je retrouve pour la première fois le rythme et les sensations de mes voyages solo ! Puis je continue vers Sojati Gate, une ancienne porte de la ville devant une petite place où se dresse sculpture qui résume bien notre état d’esprit : « I love Jodhpur ».
Je tourne, demande aux commerçants aux alentours, mais personne ne connaît ce Monsieur Birla... J’insiste en précisant que c’est un « note wala » (assez littéralement « gars des billets »). Enfin, un de mes interlocuteurs tilte et m’amène devant la petite échoppe qui n’était en fait pas bien loin. Monsieur Birla, un charmant vieil homme qui attendait ma venue, m’accueille au fond de sa boutique. Il m’explique que cela fait très peu de temps qu’on ne peut plus du tout changer les anciens billets en banque, mais il connaît des réseaux financiers où réinjecter ces coupures ou des collectionneurs. Je lui tends mon billet de 2000 roupies et il m’en donne 1600 roupies. C’est toujours ça de pas perdu, ça enrichit ma connaissance de l’ Inde et ça me permet de profiter des derniers instants de ma parenthèse solo en faisant détour par un beau quartier traditionnel aux ruelles commerçantes, avant de réatteindre Ghaṇṭā Ghar, le quartier bleu et l’hôtel.
Magali et moi commençons à préparer les valises car notre train du lendemain pour Falna part à 6h du matin : la nuit sera plutôt courte... Nous nous mettons en route pour faire notre dernier repas dans une autre institution de Jodhpur, le Vijay Restaurant, qui se trouve également dans la vieille ville, donc pas très loin à pied.
Nous faisons donc une dernière promenade dans les ruelles bleues et avant de nous restaurer, nous visitons le temple Kunj Bihārī, un temple de Kriṣṇa extrêmement populaire à Jodhpur qui a près de 250 ans. Alors que le jour qui décline fait scintiller les lumières du temple qui éclairent toute la rue, nous laissons nos sandales en bas et gravissons pieds nus les marches qui montent vers une grande cour ouverte entourée de coupoles au centre de laquelle se trouve le temple principal.
Nous visitons les extérieurs tandis que Théo se défoule en courant et que j’explique à Kelyandre à Magali la signification des symboles et figures qui nous entourent. Kelyandre emmagasine les informations pour gagner des points à son jeu de piste. L’espace d’un instant, nous sommes un peu éberlués : comme je montre à Magali une représentation picturale de Mīrā, poétesse et sainte du Rajasthan médiéval extrêmement révérée dans toute l’ Inde pour sa dévotion indéfectible envers Kriṣṇa, elle me répond que quelques minutes avant, Théo s’est précipité devant en lui disant « C’est Mīrā ! ». Nous nous demandons comment cela est possible, mais avant que Magali commence à s’imaginer que Théo est peut-être une réincarnation de Kriṣṇa, je devine qu’un dévot du temple a dû lui apprendre le nom alors que Théo fixait l’image ! Près de là, un escalier descend au bord de la cour et un pujārī (prêtre desservant aux rituels d’un temple) nous salue et nous invite à descendre dans un sous-sol où se trouve une petite cave. Il s’agit d’un petit temple dédié au grand Shiva, ici pertinemment nommé Pātāleshwar, le Dieu du Souterrain. Il arrive souvent que dans le temple, d’autres divinités aient le droit à un petit sanctuaire, car les divinités hindoues sont toujours complémentaires : masculines et féminines, bonnes et colériques, constructrices et destructrices... L’hindouisme se divise en deux grands courants, shivaïsme et vishnouisme (même si c’est infiniment plus complexe que ça) et dans ce temple du plus illustre avatar de Viṣṇu le constructeur, son beau-frère Shiva le destructeur a un espace pour ses fidèles. Shiva est représenté comme souvent sous la forme d’un liṅga, symbole phallique représentant l’énergie masculine passive, celle-ci émergeant toujours d’une yonī, la vulve qui représente l’énergie féminine active ( shakti) : associés l’un à l’autre, on comprend bien qu’ils symbolisent la totalité du cosmos et sa création. Le rituel veut que l’on immerge le liṅga d’eau ou de lait, mais le brāhmaṇ nous explique qu’en période de mousson, la particularité de ce sanctuaire est qu’il est parfois immergé par l’eau des pluies, résultant en une pūjā naturelle. Le prêtre me passe ensuite un bracelet rouge autour du poignet, signe qu’ayant accompli la pūjā, je suis désormais protégé par la divinité. Nous saluons le prêtre et remontons visiter le temple de Kriṣṇa où quelques dévots se prosternent en recueillement devant un autel fastueux et au son frénétique des cloches. Partout dans le temple, les dévots se montrent très avenants avec nous, prompts à nous donner des explications et à discuter un peu.
Ce moment de recueillement paisible consommé, nous redescendons les marches et rejoignons le Vijay Restaurant qui se trouve juste de l’autre côté de la rue. Un serveur qui ne parle qu’hindi nous installe. Changement d’ambiance : ici ce n’est pas l’un de nos habituels family restaurant moderne et climatisé avec une carte large, mais une gargote beaucoup plus simple et traditionnelle qui sied aux attentes pieuses des dévots dans ce quartier très religieux. Il sert une cuisine végétarienne du Rajasthan de grande qualité, dit-on, et il est même possible de commander des demi-portions. Nous commandons entre autres diverses galettes (pas de riz ici, qui n’est pas un accompagnement habituel au Rajasthan), des plats de dāl, de panīr (fromage) et le fameux gulāb jāmun masālā, la version salée du célèbre dessert, qui n’existe qu’ici. Je me délecte de ces recettes moins commune. Théo ne mange pas grand-chose à part du yaourt et des bouts de galettes, et les autres apprécient aussi mais sont un poil moins emballés que moi : c’est un poil trop pimenté pour eux et leur préférence va tout de même aux family restaurants que nous fréquentons le plus souvent. Je règle la modeste addition et nous rentrons à l’hôtel pour nos derniers rêves bleus exposés sous l'influence du fort de Mehrangarh. Demain, nous changerons totalement d’environnement pour ce que nous avons prévu être l’un des points culminants de notre voyage : le sanctuaire des léopards de Jawai Bandh qui nous fait déjà rêver de nature et d’aventure.
Jodhpur 😃😃😃 Fort de Mehrangarh 😃😃😃 Boutiques du fort de Mehrangarh 🤮 Bazar de Ghanṭā Ghar 😃😃 Mandore Garden 😃😃😃 Puits à degré de Tūrji kā Jhalrā
Jodhpur Heritage Haveli 😃😃😃 Janta Sweet Home Restaurant 😃😃😃 Shri Mishrilal Restaurant 😃😃😃 Vijay Restaurant 😃😃 Bandhani Designers 😃😃 | | | À: Pagaljavab · 9 octobre 2025 à 18:49 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 94 de 202 · Page 5 de 11 · 501 affichages · Partager Voilà, je viens de rattraper mon retard en lisant 3 ou 4 "épisodes". J'ai failli rebondir plusieurs fois, mais je me suis abstenu pour ne pas prendre trop de place. J'ai à nouveau vécu des choses absolument identiques à ce que tu racontes... Notamment le téléphone perdu/tombé de la poche dans un rickshaw - des heures de suspens pour moi - et une autre fois dans un bus local. Quand je circule dans mon secteur c'est toujours bus local brinquebalant, jamais en voiture sauf avec celle d'un de mes amis. Et je répète toujours la même chose : c'est carrément un moment de bonheur du fait qu'il n'y a pas de fenêtre (de vitre), de la vitesse, des cahots et des secousses, j'ai l'impression de faire un tour de manège de fête foraine, genre train de la mort ou "la chenille" de mon enfance/adolescence. Je suis allé 3 fois à Jodhpur, dans la même haveli et j'ai l'impression que c'est aussi la même que la vôtre d'après ta description. J'adore cette ville !
Théo s’est précipité devant en lui disant « C’est Mīrā ! ». Nous nous demandons comment cela est possible, mais avant que Magali commence à s’imaginer que Théo est peut-être une réincarnation de Kriṣṇa, je devine qu’un dévot du temple a dû lui apprendre le nom alors que Théo fixait l’image !
Mais non pas du tout... Je t'ai dit que Théo est une vieille âme. | | | À: Marien33 · 9 octobre 2025 à 20:29 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 95 de 202 · Page 5 de 11 · 483 affichages · Partager c'est carrément un moment de bonheur du fait qu'il n'y a pas de fenêtre (de vitre), de la vitesse, des cahots et des secousses, j'ai l'impression de faire un tour de manège de fête foraine, genre train de la mort ou "la chenille" de mon enfance/adolescence.
C'est exactement ça!
Je suis allé 3 fois à Jodhpur, dans la même haveli et j'ai l'impression que c'est aussi la même que la vôtre d'après ta description.
Honnêtement, elle se ressemblent toutes. Le roof-top et la vue m'ont paru en tout point semblable à ceux que j'avais déjà vu. La différence est que les chambres étaient bien mieux que ce que j'avais l'habitude.
Collectivement parlant, Jodhpur a été notre ville préférée du voyage. Je ne l'avais pas trop aimé la première fois en 2007 et j'avais bien aimé les fois suivantes dans les années 2010. Avec du recul, la différence de perception est due aux circonstances du voyage, notamment les personnes qui m'accompagnaient ou pas, les conditions de logement, etc... Objectivement, Jodhpur est peut-être un peu moins plaisante qu'Udaipur, mais c'est une sacrée ville. Comme je l'ai martelé, je trouve qu'elle est l'âme du Rajasthan.
J'en profite pour dire que j'ai rajouté mes évaluations à Jodhpur. | | | À: Pagaljavab · 9 octobre 2025 à 22:13 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 96 de 202 · Page 5 de 11 · 466 affichages · Partager Collectivement parlant, Jodhpur a été notre ville préférée du voyage
D’après ce que je lis je pense que je suis « passée à côté » de Jodhpur. Littéralement parlant je suis vraiment passée à côté car nous avions décidé de passer nos 3 nuits dans un village à 30kms ! C’était un choix, une envie de campagne pour couper un peu et nous ne l’avons pas regretté. Mais à part une journée dans la ville de Jodhpur... de mauvaises frites qui m’ont rendue malade... un lassi pas bon... une arnaque pour l’achat d'épices...  Comme tu le dis, faut y revenir, en espérant des circonstances différentes, en logeant au sein même de la ville (ou en faisant un copiė collé Pagal  ) | | | À: Kate · 10 octobre 2025 à 13:35 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 97 de 202 · Page 5 de 11 · 433 affichages · Partager Comme je le disais précédemment, l'idée de passer à côté d'un lieu peut avoir différentes causes. Les humeurs de nos co-voyageurs, être malade ou avoir une mauvaise expérience peuvent modifier notre perception du lieu.
Mais dans ton cas, une des raisons est effectivement que vous logiez à 30 km de Jodhpur. Ce n'est pas forcément un mauvais choix, c'est un autre choix. Nous cette étape campagne, nous l'avons justement faite entre Jodhpur et Udaipur, dans la suite du carnet qui arrive. Ce qui nous a permis de loger dans les deux villes tout en ayant l'expérience rurale profonde.
Évidemment, tout dépend du temps que l'on a, et de toute façon, on ne peut pas tout voir, il faut faire des choix. Il m'a fallu cinq voyages au Rajasthan pour m'apercevoir que j'étais passé à côté de certains endroits. | | | À: Pagaljavab · 13 octobre 2025 à 11:16 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 98 de 202 · Page 5 de 11 · 388 affichages · Partager Il est sûr que ton évocation de Jodhpur nous donne des regrets, mais comme tu l'as justement dit les circonstances peuvent modifier notre perception des lieux...
Et sans vouloir te contraindre à un développement trop long, ni trop pointu, pourrais-tu expliciter cette phrase de ton carnet qui m'interpelle ?
Pour ma part, dans la māyā (le monde de l’illusion, c’est-à-dire notre monde réel) | | | À: RichardXI · 13 octobre 2025 à 15:56 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 99 de 202 · Page 5 de 11 · 365 affichages · Partager Pour les hindous, le monde matériel dans lequel nous vivons est en fait une illusion, la māyā. Au contraire, la réalité pure s'atteint en progressant dans "l'au-delà". Ici, j'utilisais le terme māyā pour opposer le mythe d'origine de cet instrument de musique à ma perception plus prosaïque dans la réalité. Mais comme il se trouve que pour les hindous, la réalité est illusion et vice-versa, ça donne une jolie figure de style qui croise et embrouille les logiques. Voilà 😎 | | | À: Pagaljavab · 13 octobre 2025 à 16:56 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 100 de 202 · Page 5 de 11 · 351 affichages · Partager OK. Merci à toi. Il y a me semble-t-il des similitudes avec la vision platonicienne du monde. Mais bon je te laisse poursuivre ton carnet tranquillement. | Carnets similaires sur l'Inde: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 4 630 visiteurs en ligne depuis une heure! |