Jour 15, 7 août : Udaipur«
The Indian hospital (ity) » (suite de la suite)
Aujourd’hui est le premier jour de Tīj, une fête hindoue annuelle majeure qui honore la dévotion et les austérités de la déesse Pārvatī pour gagner le cœur de son mari, le grand dieu Shiva. Conjointement, elle célèbre selon le calendrier hindou l’arrivée de la mousson, saison de fertilité et de renouveau, d’où son nom qu’elle emprunte à un petit insecte rouge qui fait son apparition à cette période. Pendant trois jours, les femmes se parent des saris particulièrement colorés, de bijoux et de henné, jeûnent en dévotion envers leur mari pour leur souhaiter une longue vie (surtout parce qu’être une veuve en
Inde est une malédiction rituelle et sociale) ou espérer un bon mariage. Le soir, elle se rendent au temple pour honorer la puissante Pārvatī d’offrandes de fleurs, fruits, pâtisseries, des chants et des danses à sa gloire. Ce festival était l’une des raisons pour lesquelles nous avions calé ces cinq jours à Udaipur, car les festivités de Tīj y étaient décrites comme étant assez suivies lors de la préparation de notre voyage. Mais c’est certain, nous sommes mal partis pour pouvoir y assister.
Finalement, Théo a plutôt bien dormi malgré la nouvelle incision brutale de sa veine la veille avant de se coucher. J’ai reçu quelques messages inquiets de Magali dans la nuit pour être sûre qu’il allait bien, qu’il était bien couvert pour ne pas en plus attraper froid avec la climatisation de la chambre dont nous montons sans arrêt la température que les infirmières viennent rabaisser à chaque fois (vous connaissez peut-être cette obsession des Indiens pour les pièces climatisées à 18°C quand il en fait 35 ou plus dehors, soit le meilleur moyen d’attraper une angine). Je ne les découvre qu’en me réveillant à 6h et lui réponds pour la rassurer que cette deuxième nuit s’est bien passée.
Dans la matinée, j’ai la visite de la nutritionniste qui vient demander quel repas je souhaite pour Théo. Voilà dans ce ballet de passages un nouveau rituel qui me plaît plus que les autres car c’est signe que son état de santé s’améliore. Elle me propose des légumes bouillis pour les vitamines et la réhydratation. Je lui explique que la veille, il a beaucoup aimé les vermicelles au curcuma et les
dāl simple avec du riz et du yaourt. Ce sont aussi les préparations qui me paraissent les moins risquées pour lui, mais je suis d’accord car il faut varier un peu. Je pose la question à l’intéressé qui me répond d’une voix encore faiblarde qu’il préfèrerait des pâtes ou le
dāl/riz. Elle conseille plutôt les légumes... Sur un tout autre sujet, elle m’informe qu’elle a appris que les infirmières nous demandaient depuis le début d’aller chercher nous-mêmes les médicaments à la pharmacie de l’hôpital, ce dont elle semble être assez mécontente car ce devait être à elles de fournir ce service. Elle me demande de refuser fermement à partir de maintenant. Je suis à la fois stupéfait (quoi que pas vraiment surpris) et heureux de l’apprendre car c’est une grosse contrainte ! Mais comment aurions-nous pu le savoir quand nous ne connaissions pas le système et alors même que l’équipe médicale nous a demandé de le faire nous-mêmes ? J’estime que puisqu’elle est au courant de ces agissements, pourquoi ne leur donne-t-elle pas l’ordre elle-même ? Elle part en m’affirmant qu’elle leur fera savoir. Nous avons donc fait tous ces allers-retours, nous sommes relayés pour que quelqu’un reste dans la chambre avec Théo et perdu tant de temps à attendre au guichet de cette pharmacie alors que ce n’était même pas à nous de le faire ! Après tout rien de bien surprenant, même à l’hôpital « américain », nous sommes bien en
Inde. Je me dis que l’avantage est que nous avons pu contrôler le coût des médicaments que nous devions payer en espèce à chaque ordonnance, ce qui n’aurait pas été le cas si l’équipe médicale l’avait fait à notre place : Gaṇesh sait quelle surfacturation nous aurions découverte sur la note finale...
Magali et Kelyandre, qui sont maintenant experts pour prendre et négocier le rickshaw (presque) comme des routards aguerris de l’
Inde, viennent prendre leur tour de garde vers 8h pour me libérer. Magali me demande de ne pas trop traîner à l’hôtel car la sœur de Sukhdeo doit passer apporter à manger à Théo et n’étant pas très à l’aise en anglais, elle préfère que je sois là pour la recevoir. Je descends sur le parking où je trouve tout de suite un très sympathique
rikshāwālā qui accepte la course à 100 roupies sans sourciller. À l’hôtel, le manager toujours aussi souriant et aimable me demande des nouvelles du petit. Je profite un peu de ce confort jusque-là largement sous-exploité pour prendre un petit bain (oui, il y a même une baignoire !). Je me rends tout de même compte que la chambre, du fait de la saison et de sa proximité avec la piscine, est bien humide.
Je sors le plus vite possible de l’hôtel pour profiter un peu d’Udaipur et retrouver les sensations de cette ville qui fut dix-sept années auparavant ma porte d’entrée en
Inde, et que j’ai revisitée plusieurs fois en long et en large. Je commence tout près par le temple de Jagdīsh où j’ai des souvenirs bien réels qui me paraissent avec le recul, presque irréels. Sans trop rentrer dans les détails, lors de mon premier voyage en
Inde en 2007, j’avais rejoint une personne qui effectuait avec d’autres artistes un stage de « danse et percussion du
Rajasthan » dans l’enceinte du palais d’Udaipur. Au dernier jour, leur professeure qui était une femme
brāhmaṇ assez influente leur avait offert de danser sur la scène montée devant ce temple le plus révéré de la ville à l’occasion de l’immensément populaire fête de Kṛiṣṇa. J’étais arrivé en retard et alors que je me trouvais bloqué au milieu de la foule compacte de plusieurs centaines de personnes littéralement en folie devant ces Françaises qui présentaient une courte et simple chorégraphie sur une vieille chanson de Bollywood filmée par télévision locale, j’avais expliqué à des jeunes hommes que je connaissais les filles sur la scène. Ceux-ci m’avaient alors soulevé par-dessus la foule pour que je puisse passer par-dessus les barrières et rejoindre l’estrade VIP où j’aurais dû me trouver si j’avais été à l’heure. J’ai assisté au reste des festivités, notamment à un étonnant concours de pyramides humaines, assis tout près du fils du dernier
Mahārāṇā, le titre des souverains
Rājpūt d’Udaipur. Dans l’ambiance électrique de cette nuit merveilleuse, nous avions ensuite été invités à une
pūjā spéciale dans le temple...
En cette heure matinale, ces souvenirs se superposent sur la même place quasi-vide alors que je monte à nouveau les trente-deux marches menant au premier
maṇḍapa (pavillon) que j’ai gravies tant de fois. Le temple de Jagdīsh date du 17ème siècle consacré à Viṣṇu sous sa forme de Jagannāth, le « Seigneur de l’Univers ». Ses parois et bas-reliefs ont la particularité d’être recouverts de splendides sculptures de scènes mythologiques, dont certaines représentant des postures du
Kāma Sūtra que l’on jugerait aujourd’hui licencieuses.
Sa structure constellée de divinités et de personnages mythologiques qui s'élèvent en piliers jusqu'au sommet me rappelle les temples du Tamil Nadu que j'ai visité en 2018.
Quatre chapelles situées à chaque angle de l’enceinte carrée du temple sont dédiées à d’autres divinités majeures de l’hindouisme : Shiva (alter-ego destructeur de Viṣṇu), Gaṇesh (le dieu éléphant fils de Shiva qui défait les obstacles et apporte la prospérité), Sūrya (l’ancien dieu védique du soleil) et Shakti (le principe divin féminin, force active de cosmos). En haut des marches, une statue du dieu aigle Garuda, fait face au sanctuaire principal de Viṣṇu dont il est la monture, en contrehaut sur le second
maṇḍapa. À l’intérieur, des dévots assis en pause méditatives sont réunis autour d’une
pūjā réalisée par le prêtre à la divinité. Je m’installe avec eux, un peu au fond de la salle et tente de prendre une photo, ce qui est strictement interdit dans les temples les plus sacrés. Je me fais rembarrer par des jeunes fidèles un peu zélés mais joue la carte du touriste ignorant : la pilule passe de justesse et j’efface le cliché de toute façon raté.
Pendant cette visite, Magali m’écrit qu’elle a participé en simultané à la
pūjā d’un autre dieu : la quotidienne visite cérémonielle de notre « Docteur Jaïn » et son équipe. Excellente nouvelle : les analyses sont bonnes et Théo pourra sortir demain ! Il aurait presque pu sortir aujourd’hui mais le médecin préfère ne prendre aucun risque et être sûr qu’il soit guéri à 100%. Magali en est grandement soulagée et ses rancœurs contre l’établissement un peu balayées ! Les miennes aussi : la nouvelle nous soulage d’un gros poids. Je me mets enfin à envisager autrement la suite des événements. Théo a été vite guéri, et cette épreuve difficile en passe d’être définitivement derrière nous, nous allons enfin pouvoir profiter du peu de temps qu’il nous reste à Udaipur et terminer notre périple comme nous l’avions débuté. Enfin pas tout de suite, il nous reste encore 24 heures à vivre cette curieuse expérience d’un séjour hospitalier en
Inde...
Contrairement aux autres jours, le temps est doux et ensoleillé. De bonne humeur et l’esprit plus léger, je décide de faire à pied les 2,5 kilomètres qui me séparent de l’hôpital américain. Sur la place du temple, la scène d’ânes chargés de lourds sacs de gravats sur leur dos qu’ils transportent dans les rues pentues qui m’avaient marqué il y a dix-sept ans est exactement la même aujourd’hui face au temple.
En descendant Jagdish Temple Road vers Ghaṇṭā Ghar (la Tour de l’Horloge, moins remarquable que celle de
Jodhpur), je profite paisiblement des scènes de rue de cet artère commerçante très animée.
Je surveille de part et d’autre de la chaussée car je suis à la recherche d’un tailleur: le bouton de mon bermuda commence à se détacher depuis quelques jours. Je ne tarde pas à trouver une petite échoppe où se trouve un homme moustachu d’une cinquantaine d’années affairé derrière sa machine à coudre. Comme il se montre agréable et qu’il est content que je parle hindi, il me pose plein de questions, m’offre un
chāy qui arrive dans une pochette plastique avec quelques petits gobelets et nous commençons à sympathiser. Il fait son travail avec un grand professionnalisme et me propose de lui donner ce que je veux. Je lui donne 50 roupies et lui dit que je reviendrai sûrement le lendemain car Magali et Kelyandre ont aussi des choses à faire recoudre. Il me souhaite bonne chance pour le petit et je poursuis ma descente par Sindhi Bazar où il n’y a plus aucun touriste alors que je me trouve encore dans la vieille ville. Je traverse un marché aux légumes particulièrement coloré qui me rappelle qu’en dehors de son (magnifique) quartier historique envahi de touristes, Udaipur reste une ville indienne tout ce qu’il y a de plus authentique.
Je flâne au gré des magasins de pâtisseries, des stands de street-food, des scènes de rues, d’un étrange emplacement de déchetterie au beau milieu de tout cela... Au niveau du rond-point de
Delhi Gate, la vieille ville laisse place aux larges avenues encombrées qui mènent aux quartiers de la ville nouvelle. Une autre ambiance de promenade s’installe.
Depuis chez le tailleur, il ne me faut qu’une petite vingtaine de minutes en prenant mon temps pour arriver à l’hôpital en milieu de matinée. Alors que je viens à peine de monter dans la chambre, je dois déjà redescendre. J’ai oublié de prendre des bananes dont Théo et nous tous faisons une grande consommation. Près du parking des rickshaw, je vais voir le vendeur de jus qui est toujours là dès tôt le matin, mais il a presque tous les fruits disponibles en
Inde sauf des bananes... Il m’indique le quartier résidentiel derrière Residency Road, la grande avenue qui passe devant l’hôpital. Je déambule dans les ruelles plutôt désertées et me perds dans les petites allées résidentielles mais ne trouve personne pour me renseigner. Finalement, je trouve un
chāywālā chez qui je m’arrête faire une courte pause. Il m’indique une direction et après encore quelques minutes de marches de ce quartier presque plutôt « riche », je finis par trouver comme un mirage une charrette de banane et leurs propriétaires, un couple assez rustique très souriant et prompts à discuter et plaisanter. Pour 30 roupies, j’ai le double de bananes que d’habitude pour 40 ou 50 ! La chaleur monte et il me faut un rebrousser tout le chemin fait pour ramener ma cueillette à la chambre.
Quand je reviend vers midi, la sœur de Sukhdeo est déjà là. Elle est venue seule cette fois. Elle a préparé pour Théo un
ālū gobhī et quelques délicieuses
chapātī qu’elle a apportés dans des récipients en métal fermés par des couvercles en plastique. Théo venait tout juste de recevoir ses
dāl et son riz de l’hôpital, mais je me fais la remarque que cela fait un petit
thālī végétarien complet en réunissant le tout ! Nous découpons à Théo des morceaux de galette avec lesquels il attrape quelques bouts de pomme de terre et de chou devant Damayantī qui s’émeut de la scène, tout comme nous. Elle reste peu de temps : nous discutons de choses et d’autres, elle est rassurée de savoir que Théo va sortir, puis nous promettons de garder contact. Nous lui disons qu’il faudra de toute façon que nous trouvions un moyen de lui rendre les récipients qu’elle a amenés. Quoi qu’il en soit, nous ne pourrons jamais remercier assez cette incroyable famille qui nous a apporter son aide jusqu’au bout.
Nous avons fini les maigres restes des victuailles de Théo, mais cela fait bien peu pour nous trois. Nous consultons les photos de la longue carte en hindi sur Google Maps du Swad Café, le petit
ḍhābā végétarien pas très propre mais que nous avions bien aimé le premier jour de l’autre côté de Residency Road, en face de la clinique. La cuisine est aussi locale que les prix : les plats tournent autour de 100 roupies et les
chapātī à 10 roupies. Magali est tentée par quelque chose de pas pimenté, alors suivant mes conseils, elle se décide pour un
malāī koftā (des boulettes de légumes et de fromage dans une sauce à la crème et à la coco râpée) et j’opte pour un
chanā masālā (curry de pois-chiche). Je remonte et nous commençons à déballer la commande. Magali goûte à son
malāī koftā mais elle fait la grimace : c’est très sucré-salé, crémeux et pas du tout ce qu’elle imaginait. Nous échangeons nos plats. Elle trouve le mien très pimenté mais toujours plus satisfaisant que le sien. Comme Kelyandre n’est pas très emballé par ce qu’il voit, nous faisons une entorse à notre promesse de ne plus jamais rien acheter chez le vieux fou au pied de l’hôpital qui nous a (volontairement ou pas) arnaqué il y a deux jours. Il vaut mieux que ce ne soit pas moi qui y aille alors Magali descend à son tour. Quand elle commence à passer sa commande à l’homme gâteux, un jeune arrive tout de suite et dit va s'en occuper. Il semblerait que notre petite altercation ait été relayée ! Nous sommes les seuls étrangers dans tout l’hôpital et ses environs et l’employé a dû faire le lien entre Magali et l'altercation de la dernière fois. Ainsi, un nouvel incident a été évité! Cette fois, aucun oubli et Kelyandre peut se délecter de son double-cheese burger végétarien.
Sans trop de transition, je dois repartir assez vite vers la vieille ville car il me faut trouver un taiilleur la
kurtī de Magali qui s'est déchirée et ramener de l’hôtel quelques lingettes pour Théo. Je veux également passer dans un magasin que j’ai repéré sur internet et qui se trouve sur la route car une collègue m’a demandé de lui rapporter un mélange d’épices pour
biryānī et des amis indiens expatriés à
Paris un bon sac de piments rouges de Mathaniyā, réputés des connaisseurs pour leur goût rond et sucré et leur propriété très colorante. Comme j’aime marcher, je retente l’expérience à pied. Mais la boutique en question n’a pas ce qu’il me faut. En cherchant mon chemin, je me rends compte que je me suis un peu perdu. Je vois alors un rickshaw s’arrête à mon niveau et son chauffeur m’invite à monter. J’hésite puis monte parce que j’ai perdu un peu de temps. Quand je m’installe sur la banquette, il me demande si je le reconnais : mais oui, c’est le
rikshāwālā qui m’a conduit de l’hôpital à l’hôtel ce matin ! Il m’a reconnu et s’est arrêté. Quelle était la probabilité de rencontrer le même conducteur, le même jour, à ce moment et cet endroit précis ? Après tout, il nous arrive tant de coïncidences comme celle-ci... Pensant que j’aurai plus de chance de trouver mes épices au marché que j’ai traversé ce matin, lui demande de me déposer à Sindhi Bazar où je fais me repérages ou flâne devant les étals par pure curiosité : il y a tant de choses qui font envie ! En demandant à plusieurs commerçants, je finis par trouver un vendeur d’épices dont la marchandise déborde jusque dans la rue. Il me dirige vers de gros sacs de jute remplis des piments de Mathaniyā que je cherchais. Je lui dis que je repasserai demain pour faire mes achats et il me donne sa carte.
Mes repérages faits, je monte vers l’hôtel. Après m’être posé un instant, pris une bonne douche, avoir réuni les affaires que j'étais venu chercher et déposé notre linge sale pour la
laundry à l’accueil, je constate que j’ai un peu de temps devant moi. Avec le stress accumulé et la fatigue de toutes ces aller-venues, je me laisse tenter par le salon de massage ayurvédique voisin de l’hôtel, Ayurvedic Body Shop, qui m’a fait de l’œil plusieurs fois en passant. Je pousse la porte et suis reçu par une dame d’une cinquantaine d’année qui me tend une carte des prestations et me précise que ce n’est que du «
man to man ». J’ai envie de lui répondre que je sais que je ne suis pas en
Thaïlande et connais les habitudes en vigueur dans le pays. Même si cela semble tendre à évoluer un peu sous la poussée inéluctable de la mondialisation et des réseaux sociaux, la bienséance indienne veut qu’on soit en général obligatoirement massé par une personne du même sexe pour éviter les prestations sexuelles (ce qui est complètement nier, ou faire semblant de nier du moins, l’homosexualité). J’imagine qu’elle est obligée de prendre cette précaution pour éviter toute confusion avec les touristes habitués à l’
Asie du Sud-Est qui pourraient penser que c’est pareil en
Inde. Comme je ne suis pas l’un d’eux et que je ne suis venu que pour un massage ayurvédique classique, cela me convient tout à fait. Il y a plusieurs formules, la plupart entre 1000 et 2000 roupies. J’opte pour une formule d’une heure à 1500 roupies. La dame appelle au téléphone le masseur qui arrive assez vite. Contrairement à ce que la devanture laisse supposer. L’endroit est tout petit et la pièce e été découpée en de petits espaces séparés par des rideaux. La prestation est conforme à la grande majorité des massages ayurvédiques que j’ai pu faire en
Inde : le masseur communique très peu mais se montre professionnel. Je ressors dans la rue dénoué et détendu, l’esprit tout léger.
De retour dans la chambre quelques secondes après, je reçois un nouveau message de Magali qui me dit qu’elle a mal au ventre, se sent nauséeuse et est prise par moment de tremblements comme s’il faisait froid (ce qui n’est pas vraiment le cas...). Elle pense que c’est le repas de midi commandé au
ḍhābā qui ne passe pas... C’est bizarre parce que j’ai mangé les mêmes plats qu’elle et je n’ai rien. Le problème avec la tourista, c’est qu’entre les intoxications immédiates et celles qui incubent jusqu’à deux ou trois semaines, il est bien difficile de savoir d’où et de quand ça vient exactement. Cependant, elle assimile son état à ce
malāī koftā dont juste la pensée lui donne des frissons. Il est temps que je rentre. Je prends mes affaires et vais héler un rickshaw. Comme c’est arrivé la veille à Magali et Kelyandre, le chauffeur ne prend pas la route habituelle. Je ne sais pas s’il a une route alternative ou s’il se trompe mais ce n’est pas la bonne direction pour l’instant... Je surveille attentivement et quand il commence à s’engager sur le pont de Chand Pole qui va vers l’autre rive du lac, je l’interpelle tout de suite pour lui rappeler que je vais au « GBH AMERICAN HOSPITAL » ! Il est confus et me dit qu’il s’est trompé d’hôpital. Heureusement, le détour n’est pas gigantesque. Il finit par m’amener à destination et reconnaissant son erreur, ne me demande pas de supplément, chose peu fréquente...
C’est donc encore moi qui m’y colle pour cette troisième et dernière nuit à l’hôpital car Magali n’arrive pas toujours à comprendre ou se faire comprendre de l’équipe médicale. Kelyandre et elle reste une grosse heure avec Théo et moi. Puis en habitués qu’ils sont devenus ces deux derniers jours, repartent chercher un rickshaw pour aller à l’hôtel. Peu après leur départ, le plateau de Théo arrive. Encore
dāl et riz! C’était bien la peine que la nutritionniste se soit déplacée pour nous demander le menu que nous souhaitions. Mais cela nous va très bien, c’est un plat sain et sûr qu’il dévore d’ailleurs sans en laisser la moindre miette. Il en a le ventre tendu ! Il louche même sur les crudités mais malgré son chantage, c’est hors de question et je dois l’empêcher de s’en emparer malgré ses fermes protestations. Je suis d’ailleurs assez étonné qu’étant donnés les risques, la nutritionniste en mette au menu... finalement, je règle la question et les avalant moi-même ! Je devrais me contenter de ça ce soir : moi qui comptais sur les restes, je vais presque devoir faire comme les dévotes de Tīj et jeûner. C’est malgré tout une excellente nouvelle qu’en si peu de temps, Théo ait retrouvé un tel appétit. Et ce n’est pas tout : il recommence à parler sans arrêt comme il faisait avant. Ça y est, il est bien guéri !
Pendant ce temps, côté Magali et Kelyandre, les événements prennent un tour difficile... Ils ont encore des galères de rickshaw... Il n’y en a aucun de disponible sur le parking. Je lui écris que c’est très probablement en raison des festivités de Tīj. Ils s’avancent à pied sur l’avenue pour tenter d’en arrêter un mais tous les véhicules débordent de corps aux vêtements colorés. Pour ne rien arranger, Magali se sent de plus en plus mal. Il leur faut une bonne vingtaine de minutes à faire des signes au bord de la route pour qu’un finisse enfin par se garer sur le côté. Il est presque plein et il demande 100 roupies alors qu’ils devraient bénéficier d’un tarif de course partagée. Elle ne sent pas bien du tout, il ne compte pas baisser son prix et donc elle ne discute pas trop. Tous les autres passagers se rendent aussi au temple de Jagdīsh, où les rituels nocturnes de Tīj, que nous vivons décidemment en parallèle au lieu d'y participer, doivent battre leur plein. Alors qu’ils descendent aux abords du lieu sacré, Kelyandre a faim. Ils repèrent l’Old Town Café, juste en face de notre hôtel, lieu très touristique et fréquenté avec son beau rooftop, où Kelyandre commande ses nouilles sautées fétiches qu’ils prennent à emporter. L’attente est longue et les odeurs de nourriture grasse donne encore plus envie de vomir à Magali. Elle n’y tient plus. Enfin, ils sont servis et traverse vite la rue. Elle court dans la salle de bain pour vomir tout ce qu’elle a, puis se blottit dans les draps où elle grelotte anormalement de froid...
Un peu avant d’avoir été informé de toutes ces péripéties, je m’occupe de donner son traitement à Théo avant de le coucher. Dans le ballet de passages tardifs, j’ai la visite des infirmières, celle du ménage et encore le type à l’air stressé qui me demande si j’ai une réclamation à faire. Magali, toute vidée, m’écrit que j’aurais dû lui demander un remboursement pour incompétence du personnel de l’hôpital !