Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Pagaljavab · 31 août 2025 à 0:08 · 175 photos 202 messages · 15 participants · 11 053 affichages | | | | À: RichardXI · 13 octobre 2025 à 18:06 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 101 de 202 · Page 6 de 11 · 960 affichages · Partager Sens-toi libre d'intervenir comme bon te semble! Il y a en effet beaucoup de similitudes entre les pensées grecque et indienne, et pas mal d'historiens comme d’anthropologues font l'hypothèse que les échanges intellectuels ont pu être vifs entre les deux civilisations. Il y a beaucoup d'exemples flagrants. | | | Annonce · Sponsorisé | | | À: Pagaljavab · 19 octobre 2025 à 0:02 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 102 de 202 · Page 6 de 11 · 915 affichages · Partager Jour 10, 2 août : Jodhpur-Falna-Jawai Bandh.« Sur les traces des léopards, le gentleman rajpoute et le drame »
Il est 5h du matin. Nous descendons les marches de notre havelī et ouvrons les grilles. Comme prévu, un rikshāwālā rencontré la veille près de l’hôtel qui nous avait paru sérieux nous attend dans la rue à l’heure dont nous étions convenus. Cet homme hindou plutôt jeune et d’apparence pieuse parle peu mais se montre fiable et professionnel. Alors que le jour se lève et l’activité urbaine démarre lentement, il sort des ruelles bleues, descend les grandes avenues et nous dépose devant le vieux et beau bâtiment en brique de la gare de Jodhpur.
Nous rejoignons le quai pour y prendre un semblant de petit-déjeuner : chāy, fruits et divers grignotages. Puis notre train arrive. Et pas n’importe lequel : le Vande Bharat Express ! Ce train rapide, propre et moderne mis en service en 2019 ne contient que des wagons climatisés : AC Chair Car pour la plus « simple » et la prestigieuse Executive Class. Portes automatiques, compartiments avec tables immaculées, toilettes écologiques à capteurs sensoriels, réseau wi-fi à bord, affichage écran des informations de voyages, prises électriques... Sous tout rapport, c’est l’antithèse des trains indiens classiques. C’est l’alliance de « l’ Inde qui brille » promue et promise par les réformes libérales des années 2000 et de « l’ Inde propre » de Modi dans un seul train. Nous l’avons avant tout réservé car l’horaire nous arrangeait et nous permettait d’arriver à Falna en moins de deux heures, là où un train classique en aurait mis le double. C'était également l’occasion de découvrir ces nouveaux TGV indiens, une première pour moi (même après dix voyages, il y en a toujours heureusement). Nous nous sommes contentés de la classe AC Chair (600 roupies par personne) qui est déjà bien au-delà de nos attentes et à des années-lumière du confort et de la modernité que j’ai pu connaître dans tous les trains indiens. Ici, les allées et banquettes poussiéreuses laissent place à des installations d’une propreté qui sent encore le neuf, les foules populaires à de petits groupes de gens de bonnes familles bien habillés, les vendeurs ambulants et balayeurs à des serveurs en costume et des personnels de nettoyage en combinaisons aseptisées, et l’esprit de proximité à une cohabitation cordiale un peu distante. Le silence et la quiétude ne sont troublés que de temps en temps par le signal de fermeture automatique des portes, les annonces d’informations avec voix électronique, le passage tous les quarts d’heure agents d’entretien, ou celui des serveurs pour les chāy et biscuits offerts : l’impression d’être dans une clinique qui roule à 150 km/h. Pour l’habitué des trains indiens classique, le Vande Bharat peut presque avoir quelque chose d’angoissant dans le fond... Nous avons même l’impression que le temps passe moins vite. Mais même si j’aime beaucoup ma Sleeper Class, je ne crache pas dessus non plus : l’expérience est divertissante, enrichissante et malgré tout confortable ! Mais alors, que doit être l’Executive Class ?!
Au fait, qu’allons-nous donc faire à Falna ? Et d’ailleurs, quelqu’un connaît-il seulement Falna ici ? Personne ? C’est normal... Il n’y a rien de bien spécial à faire dans cette toute petite ville de 25.000 âmes à environ 150 kilomètres au sud de Jodhpur. Car en réalité, ce n’est pas notre destination finale : nous allons à Jawai Bandh, qui n’est d’ailleurs même pas une vraie localité. Jawai Bandh est un lac artificiel formé grâce à un barrage sur le fleuve Jawāī (d’où son nom qui signifie « barrage de la Jawāī) dont la construction a commencé en 1946 sous les ordres du Maharaja de Jodhpur, à cause des dégâts récurrents causés les crues en période de mousson. C’est d’ailleurs le plus grand barrage du Rajasthan. Il fournit l’essentiel des ressources en eau du district de Pali, aussi bien pour les besoins humains primaires et agricoles que pour l’énergie électrique. Aux confins de l’aride Mārwāḍ et du plus doux Mewāḍ, Jawai Bandh, toponyme et unité territoriale plus largement appliqué à la zone formée par l’ensemble des villages autour du lac, est géologiquement et climatiquement beaucoup plus proche du second. Son paysage de formations rocheuses parsemées d’épineux et de plantes grasses marque une entrée dans la basse chaîne montagneuse des Arāvalī qui sépare le Rajasthan en deux régions climatiques distinctes.
Avec le temps, le lac et sa périphérie sont devenus un habitat naturel pour les oiseaux migrateurs, les crocodiles, les antilopes et toute une faune très diverse. Mais il y a une chose par-dessus tout qui attire des touristes depuis quelques années dans ce trou paumé : les léopards. Dans les localités de Jawai Bandh, on affirme que les villageois ont toujours vécu en paix avec les léopards. Et si ces derniers se servent autant dans le garde-manger de la faune sauvage que celui du bétail des éleveurs Rāikā, on ne recense pas le moindre cas d’attaque sur des humains. D’ailleurs, ici, - on est bien en Inde après tout - les léopards sont sacrés et un petit temple leur est même consacré dans la cavité d’une colline. Il se dit que les villageois venus déposer leurs offrandes et gros félins venus les chercher s’y croisent sans heurt aucun. À partir de 2010, Jawai Bandh qui n’avait jusque-là pas le moindre attrait touristique est officiellement devenu une réserve naturelle de préservation des léopards, la plus grande du monde paraît-il, et les infrastructures hôtelières, campements de tentes comme complexes luxueux, se sont progressivement installées autour du lac pour proposer des safaris en jeep à la découverte de la faune, la flore et la culture locale. Pourtant, le site emble rester encore assez confidentiel et épargné du tourisme de masse.
Après quatre visites au Rajasthan, je n’avais jamais entendu parler de Jawai Bandh... C’est lors de la préparation de ce voyage que je suis tombé par hasard sur ce nom en consultant la version anglophone du site de Lonely Planet, alors que bien curieusement, il n’en est fait aucunement mention dans les versions papier. J’ai alors creusé la question en faisant mes propres recherches et me suis rendu compte que la réserve se trouvait à mi-chemin entre Jodhpur et Udaipur, ce qui pouvait constituer une étape intéressante entre les deux villes. Aussi, j’apprenais qu’il ne s’agissait pas d’une réserve fermée, mais d’une zone sanctuarisée autour du lac où les léopards vivent dans un milieu naturel ouvert sur l’extérieur. Même si la mousson n'est pas la meilleure saison pour optimiser ses chances de tomber nez à nez avec ces gros chats, la végétation y est plus luxuriante. Et finalement, l’idée de séjourner en pleine campagne rajasthanie pour observer la faune ou visiter les villages nous a paru idéale pour les enfants. Très vite, nous avons imaginé cette étape comme l’un des grands rendez-vous de notre voyage.
Une fois le lieu intégré dans notre projet de circuit, il a fallu envisager les possibilités de logement. Nous avons fait nos recherches à l’aide de Google Maps en cliquant sur tous les hébergements référencés au tour du lac. Puis nous avons écartés les grands complexes hôteliers qui en plus de pratiquer des tarifs exagérément élevés, participent à la spoliation des terres des paysans locaux, puis les guesthouses moins chères dans les petites villes périphériques comme Sheoganj et Sumerpur, mais un peu plus éloignés du lac ? Nous nous sommes finalement rabattus sur les tent resorts, des campements en pleine nature avec des tentes bien équipées. Après avoir contacté quelques adresses par WhatsApp, c’est le propriétaire de Bagheera Bagh Jawai, Sukhdeo Singh Rathore, qui en plus d’avoir été le plus réactif et avenant, nous a proposé une offre largement plus avantageuse que celle de ses concurrents : 36.000 roupies (395€ au moment du voyage) tout compris pour trois nuits dans une grande tente deluxe climatisée en pleine réserve, piscine, petits-déjeuners, déjeuners, goûters, dîners et trois safaris en jeep inclus. Bien que 12.000 roupies la nuit ne soient pas du tout dans notre tranche de prix habituelle, le package complet et l’offre bien inférieure à celle des concurrents nous a convaincus et nous n’avons pas cherché plus loin. Par la suite, Sukhdeo a même accepté d’effectuer gratuitement notre réservation de train entre Ahmedabad et Jaisalmer, que nous avons payée par Western Union (seulement 3€ de frais) en même temps que les 50% d’avance sur la réservation. Nous avons gardé le contact les mois précédents le voyage et Sukhdeo a continué à nous donner les renseignements dont nous avions besoin, notamment le moyen de rejoindre son campement en bus depuis Falna, non sans nous avoir proposé de venir nous chercher en voiture. Mais l’idée de prendre encore le bus local nous a paru plus attrayante.
Justement, avec une petite quinzaine de minutes de retard, notre Vande Bharat Express arrive à Falna vers 8h10 sous un ciel gris un peu menaçant. Nous ne sommes pas beaucoup à descendre... Il est vrai qu’il y avait des gares plus proches de notre destination finale, principalement la gare nommée « Jawai Bandh ». Toutefois, aucune d’entre elles n’est desservie par un train rapide et Falna n’est pas si loin du lac, ce qui rend au final la combinaison Vande Bharat-bus local moins chronophage. Nous sortons de la gare, et comme pour notre route il n’existe pas de bus de la RSRTC, la compagnie publique de l’État du Rajasthan, nous cherchons le bus de la compagnie locale Khalsa censé desservir le village de Bera, près duquel se trouve notre campement au sud du lac. Sur internet, j’ai repéré qu’il y avait un bus pour Bera à 9h30, mais avec les bus ruraux, jamais rien n’est gravé dans le marbre... Nous allons à la rencontre des quelques chauffeurs de rickshaw postés devant la gare, qui nous informent qu’un bus part bientôt pour Bera, à 8h30 ! Nous qui avions prévu de prendre le petit-dèj à Falna et de visiter les deux (réputés beaux) temples jaïns de la ville pour patienter, nous ne traînons pas et descendons la toute petite rue de la gare au bout de laquelle partent les bus. Il pluviote, mais rien de bien dérangeant. Comme nous avons tout de même quelques minutes, que le bout de la rue est tout proche et que nous apercevons un petit groupe d’hommes affairés autour d’un chāywālā en train de faire bouillir eau, thé, lait et épices dans sa grande casserole, nous prenons le temps d’une courte pause. Nous contemplons le spectacle de la rue principale de cette petite bourgade rurale au réveil où rickshaws, rares passants, vaches, chiens défilent sur la voie un peu boueuse. Nous profitons de nos compagnons de chāy pour demander confirmation du bus pour Bera et on nous montre bien le bout de la rue. Ils se montrent accueillants et discutent un peu avec moi. Kelyandre est pris tout d’un coup d’une envie pressante d’aller aux toilettes et les hommes indiquent le temple juste à côté. Il s’agit du temple de Shītalā Mātā, déesse de la variole (et bien d’autres maladies dégoûtantes) qu’elle inocule ou bien guérit, c’est selon le karma. Nous faisons suivre nos valises sous le porche d’entrée du temple et nous demandons vite les toilettes qui sont à l’étage. Cette famille dépareillée avec son gros barda dans le temple de ce gros village à une heure si matinale fait un peu désordre... Un desservant s’approche et nous demande d’inscrire notre nom sur une liste de visiteurs : on nous réclame 10 roupies pour l’utilisation des toilettes sous forme de donation pour le temple. L’homme se montre par la suite très amical et discute avec nous. Pendant ce temps, Kelyandre qui est monté met un peu de temps... Nous nous inquiétons car l’heure du départ approche et qu’on se demande ce qu’il peut bien faire... Je monte pour vérifier : il s’était un peu perdu en cherchant les toilettes et est un tout petit peu malade...
Avec ce petit imprévu, nous sommes vraiment juste pour le bus. Nous fonçons avec notre lourd attirail au bout de la fameuse rue... Nous essayons de trouver notre véhicule mais un jeune homme nous explique qu’en début de matinée, il y a eu des grosses averses qui ont coupé les petites routes. Comme il se rend dans la même direction que nous, il nous invite à le suivre. Il me dit que nous devons prendre un savārī (jeep collective). Toujours sous cette pluie légère, nous mettons nos valises à l’arrière et nous installons dans la jeep qui fait une poignée de kilomètres avant de s’arrêter sur le bord d’une plus grande route. Le jeune homme m’explique que nous devons maintenant prendre un bus qui nous déposera à une vingtaine de kilomètres dans la petite ville de Sheoganj qui, avec sa jumelle Sumerpur dont elle est seulement séparée par le fleuve Jawāī, forment la plus grande agglomération proche de Jawai Bandh. De là, un bus public effectuera la vingtaine de kilomètres suivant qui nous séparera encore de Bera. Nous attendons un peu à l’abri du savārī et un bus privé rouge arrive dans l’instant. Nous payons la course (quelque chose comme 70 roupies en tout) et descendons avec notre adorable guide qui s’est fait un sacerdoce de nous faire arriver à destination et de veiller sur nous. Il y a pas mal de place et nous installons tranquillement, payer une dizaine de roupies par personne auprès du chief conductor (le contrôleur). Notre ange-gardien vérifie que tout va bien pour nous : je le remercie vivement pour son aide mais il réagit comme si tout cela n’était que le plus normal du monde.
Après un court trajet, le bus traverse Sumerpur, passe le pont sur la Jawāī et nous dépose dans la minuscule gare routière de Sheoganj. Nous descendons sous la pluie qui s’est bien intensifiée entre temps. Notre ami va se renseigner auprès d’un nouveau petit groupe d’hommes agglomérés autour de la casserole d’un chāywālā : on nous montre le minibus pour Bera qui partira dans une demi-heure. Nous trouvons un petit abri et l’un des hommes vient nous apporter du chāy ! Enfin, le chauffeur monte dans le bus. C’est alors la ruée pour monter dans le petit habitacle poussiéreux. Un peu mouillé, je dois rester debout compressé avec ceux qui n’ont pas de place, mais des villageois toujours aussi accueillants et bienveillants avec nous cèdent leur place pour Magali et les enfants.
Kelyandre n'a encore une fois pas son pareil pour s'endormir sur l'épaule de ses voisins, mais cette fois, il s'agit d'une belle villageoise sensiblement de son âge aux allures de petite princesse pure, qui face à cette situation inattendue, met son gh ūnghaṭ, le voile de son sari vert devant son visage et reste droite comme un piquet en essayant de faire mine que tout est normal. Un scène insolite que je n'ai pas d'autre choix que d'immortaliser!
Je reste en contact sur WhatsApp avec Sukhdeo pour l’informer de notre progression tandis que je consulte Google Maps pour suivre le trajet du bus en temps réel. Nous longeons les étendues épineuses et rocheuses de Jawai Bandh, passons même à proximité du petit chemin qui mène à notre campement mais où nous ne pouvons malheureusement pas nous arrêter... Mine de rien, en cumulant les petites routes de campagne inondées et les nombreux arrêts au bord de la route, il nous faut près d’une heure pour atteindre enfin la rue principale de Bera qui sert de gare routière. C’est toujours un peu moins de temps que si nous avions pris un train classique pour la gare la plus proche. Notre ange-gardien nous indique que c’est là que nous devons descendre. Nous ne savons que faire pour le remercier de son aide. Sans parvenir à cacher son immense bonté, il nous montre dans le désintéressement le plus total qu’il n’a fait qu’accomplir son dharma, son devoir, celui de veiller sur ce couple d’étrangers et leurs deux jeunes enfants vadrouillant bien étrangement sur les terres inondées du Rajasthan le plus profond à la recherche d’un itinéraire secondaire vers leur destination de vacances. Eh oui, nous ne galvaudons pas la bien trop galvaudée expression « hors des sentiers battus ». On pourra nous reprocher de chercher inutilement les complications et les problèmes alors que nos moyens de classe moyenne occidentale font instantanément de nous des gens très riches dans ce pays encore assez largement englué, quoi qu’en dise, sur l’interminable voie du développement. Mais nos visages ne seraient pas si éclairés qu’ils le sont maintenant si nous avions pris un taxi depuis Jodhpur ou trouvé une gare juste à côté de notre destination. Nous n’aurions pas pu faire l’expérience de l’accueil absolument incroyable de tous ces villageois qui ne nous montrent qu’aide et bienveillance dans ces bus cabossés et sur fond de décor de savane : cela vaut mille et une visites des fabuleux fort de Jaisalmer ou de Mehrangarh. D’ailleurs, au moment de se quitter, je regrette de ne pas en savoir plus sur cet homme, de ne pas pouvoir l’inviter autour d’un chāy et discuter un peu de lui, de sa vie. Mais nous descendons ici et il poursuit sa route. Nous devons accepter que nos chemins se séparent comme il s’étaient croisés, sans autre adieu que de vains remerciements, et le bref instant d’un échange de regard ému et reconnaissant qui en dit finalement plus que tout...
Sukhdeo Singh Rathore n’a pas vraiment de mal à nous identifier à la descente du bus ! Il nous aide à attraper nos grosses valises et les dispose à l’arrière de sa voiture neuve et climatisée. Il s’enquiert de notre aventure du matin que nous évoquons dans les rires. Nous reprenons une petite portion de la route que nous venons de faire en bus, bifurquons sur un chemin de terre rendu gadoueux par la pluie et bordé d’une végétation éparse mais verdoyante. Vers 11h, soit près de trois heures après notre arrivée à Falna et cinq heures après notre départ de Jodhpur, nous voilà enfin au Bagheera Bagh, le « Jardin des Panthères », dans lequel nous nous étions tant projetés en rêves. Sous un ciel nuageux qui alterne avec quelques éclaircies occasionnelles, nous découvrons la modeste mais étendue propriété, composé de quatre très grandes tentes.
Tout près, un pavillon abrité pour l’espace de cuisine et de restauration, une petite piscine juste à côté des tables, plus loin une maisonnette qui sert visiblement de remise et de pièce de lavage, un beau cheval, quelques canards, oies et poules gambadant librement sur le terrain, et au tour, une vue à 360 degrés sur ce singulier paysage à la fois verdoyant, semi-désertique et rocheux.
Nous entrons dans notre immense tente, qui de l’intérieur à plutôt l’apparence d’une grande chambre d’hôtel bâchée et décorée façon folklore local, avec une spacieuse salle de bain à l’arrière. En plus, nous sommes seuls et avons l’impression que toute le campement est à nous. Nous sommes immédiatement sous le charme du lieu, c’est encore mieux que ce que nous imaginions !
Sukhdeo nous laisse découvrir les lieux et nous dit que nous pouvons le contacter par message WhatsApp si nous avons besoin de lui. La plupart du temps, il est sur la propriété et loge dans l’une des tentes, ou est occupé à quelque tâche avec les deux adolescents qui sont ses employés. Nous pouvons enfin déballer nos affaires pour nous approprier les lieux et nous décrasser de cette matinée poussiéreuse et humide quand soudain... problème... notre valise à code ne s’ouvre pas. Nous avons beau essayer plusieurs fois mais ça ne marche pas. Or, c’est notre plus gros bagage et l’essentiel de nos affaires est dedans... Nous pensons que trop pleine et malmenée dans les différentes soutes où elle a séjourné ce matin, la fermeture s’est bloquée. Nous retentons encore et encore, mais rien n’à faire. Nous devons envoyer un message à Sukhdeo pour lui demander de trouver un serrurier dans un village voisin. Cela va peut-être nous coûter un peu avec le déplacement mais nous n’avons pas le choix. Sukhdeo arrive une dizaine de minutes plus tard dans notre tente. Il regarde un peu la valise, nous demande le code, essaye de la forcer un peu, sans plus de succès que nous. Il appelle alors un serrurier qu’il connaît à Bera à qui il explique la situation et envoie des photos. Il suit par téléphone les consignes du professionnel mais toujours rien. Nous sommes vraiment embêtés car une partie conséquente de notre vie se trouve dans cette valise. Serait-ce encore cette malédiction de Mehrangarh qui nous poursuit ?? Sukhdeo a alors une idée et tente quelque chose : il remet le code, manipule un peu la fermeture et tente de la forcer un peu. Nous sommes impuissants et suspendus à chacun de ses gestes. Il s’y prend à plusieurs fois, et out d’un coup, miracle : la valise s’ouvre ! En voilà encore un qui n'a fait que son dharma mais à qui nous sommes infiniment reconnaissant dans ce voyage: nous serions prêts à lui bâtir un temple ! Il réagit modestement en disant qu’il a déjà eu à faire une fois à ce problème avec des touristes qui avaient la même valise que nous : il a compris que surchargée et secouée, le code c’est simplement décalé d’une unité et ainsi, il a essayé le nombre inférieur et supérieur en forçant un peu. Bien sûr, logique...
De caste royale comme l’indique son nom de clan, Sukhdeo Singh Rathore est un homme d’une bonne quarantaine d’années de belle allure, grand et mince avec une belle moustache qui associée à une posture flegmatique imperturbable et une affabilité ancrée dans son tout son être, lui confère à la fois une allure de prince Rājpūt et d’administrateur colonial britannique du 19ème siècle. Qu’il s’exprime en hindi ou en anglais, il n’a jamais un mot de trop et parle avec un ton déférent sans être obséquieux, serviable sans être servile, d’une courtoisie commerciale mais bien sincère. Un mot semble définir le personnage à la perfection : un gentleman. Il en est la figure même. Après une petite pause nettoyage et repos et alors que la pluie s’est définitivement arrêtée, nous nous installons à une table sous le pavillon. Sukhdeo nous demande si nous mangerons végétarien ou non-végétarien, ce à quoi nous choisissons comme toujours la première option. Pendant qu’il prépare notre repas avec ses deux garçons dans la grande cuisine au comptoir ouvert sur la salle couverte, nous profitons du calme absolu du lieu, propice à la détente et au repos. Les trois gars sont des cordons bleus et nous servent un véritable festin d’authentiques spécialités rajasthanies qui arrivent au fur et à mesure à volonté : riz, différentes sortes de chaāptī, dāl, ālū gobhī... et un délicieux pickle de ker, ces petites baies des arbustes épineux du Rajasthan. Une merveille ! En apéro, nous avons eu droit à de délicieuses crudités de tomates et concombres qui poussent sur la propriété. Théo qui est parfois un peu difficile depuis le début du voyage avec ces nouvelles habitudes alimentaires et s’alimente moins qu’à l’accoutumée insiste pour en manger. Nous savons que ça peut être risqué mais c’est la première fois qu’il montre autant d’entrain pour avaler quelque chose et les produits sont entièrement naturels. Alors nous cédons...
Nous digérons l’un des meilleurs repas que nous avons eu depuis notre arrivée avec un bon chāy et Sukhdeo nous donne des jumelles pour observer les alentours. Il nous explique qu’en regardant dans les collines les plus proches, on peut parfois apercevoir des léopards près des grottes où ils résident. Pour l’heure, nous ne voyons rien à part de magnifiques paons perchés sur les rochers et ce paysage de plaine assez vert, parsemé de ces étonnantes formations granitiques d’origine volcanique si particulière à Jawai Bandh. Ensuite, nous allons nous mettre en maillot pour essayer la piscine juste à côté du pavillon, qui se révèle très agréable. Sukhdeo sait se montrer discret et s’effacer quand il le faut, pour se rendre disponible quand nous en avons besoin. Nous discutons ensuite un peu de nos vies, moi de mes voyages en Inde et de mon étude éphémère sur son illustre ancêtre mythologique, Pābūjī Rāthauḍ, tandis qu’il me décrit son quotidien dans cette propriété qu’il a acquise et convertie en tent resort il y a quelques années, ou sa famille restée à Pali, le chef-lieu du district à une centaine de kilomètres de là. Nous abordons ensuite notre programme : pas de safari prévu aujourd’hui, il préfère que nous nous reposions un peu. Nous aurons une première excursion demain, une autre après-demain et nous verrons si nous pouvons en caler une troisième à un moment. Cependant, nous avons à loisir de pouvoir profiter du terrain et du petit promontoire rocheux près des tentes pour admirer la vue et tenter d’apercevoir des léopards de loin.
Il n’y a pas grand-chose d’autre à faire que de s’imprégner du cadre paisible du site. Nous allons nous reposer un peu sous la tente. Mais Magali se rend compte que Théo n’est pas dynamique comme à son habitude et me rappelle que quand il est comme ça, c’est qu’il couve quelque chose...
En effet, il n’est pas très bien et a besoin de repos. Il ne cesse de se plaindre du ventre. À un moment, il finit par vomir. Et vomir encore et avoir la diarrhée, et sans arrêt. Nous essayons de le faire boire avec plus ou moins de succès car il n’a pas très envie et revomit l’eau aussitôt... Nous lui donnons les médicaments que nous avions prévus car nous étions conscients que nous pourrions rencontrer pareille situation. Mais rien n’y fait... Il continue à se vider de toutes parts. Nous espérons que ce n’est pas trop grave et n’avons pas trop d’autre solution pour l’instant que de le laisser récupérer. Cela vient un peu casser l’atmosphère idyllique qui s’était installée. Le soir, nous avons encore un merveilleux repas avec de nouveaux voisins de tente, une famille de Mumbai qui en un passage éclair, a fait son safari l'après-midi et passera la nuit ici pour repartir tôt le lendemain. Leur guide leur a dit voir un léopard et eux croient l'avoir vu avec les jumelles mais ne sont pas sûrs... Mais Théo est faible et n’a pas très faim. Nous avons l’étrange sensation d’être dans un endroit idéal et de subir ces malédictions qui nous tombent dessus les unes après les autres, bien que nous les ayons toutes déjouées jusque-là... La nuit tombe et nous rejoignons notre tente. Nous continuons la traditionnelle « chasse au trésor » de Kelyandre avec quelques questions sur des éléments de la journée écoulée. Puis nous nous couchons en espérant que tout ira mieux demain... | | | À: Pagaljavab · 20 octobre 2025 à 17:17 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 103 de 202 · Page 6 de 11 · 862 affichages · Partager Toujours aussi vivant et intéressant... Quand même pour la jeune femme/jeune fille en vert il vaut mieux son joli petit voisin de gauche que la mamie de droite  enfin, ça dépend des goûts... La valise à code, quelle horreur j'ai connu ça plusieurs fois. Et oui, souvent c'est un décalage de chiffre, mais il faut trouver lequel. C'est pas forcément le dernier ou le premier... La dernière fois que ça m'est arrivé en plein aéroport de bangalore où j'avais absolument besoin de quelque chose d'important à l'intérieur et nous avons tout essayé pendant des heures et il a fallu finalement casser la valise et la scotcher méchamment ensuite pour finir la dernière étape du voyage. Depuis plus jamais de code je préfère le bon vieux cadenas à clef ! | | | À: Marien33 · 21 octobre 2025 à 21:40 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 104 de 202 · Page 6 de 11 · 826 affichages · Partager Quand même pour la jeune femme/jeune fille en vert il vaut mieux son joli petit voisin de gauche que la mamie de droite  enfin, ça dépend des goûts...
Tous les goûts sont dans la nature hein!
La valise à code, quelle horreur j'ai connu ça plusieurs fois. Et oui, souvent c'est un décalage de chiffre, mais il faut trouver lequel. C'est pas forcément le dernier ou le premier...
Là, nous avons eu la chance que ce soit décalé d'une seule unité et qu'il y ait quelqu'un d'assez doué pour faire la manip. Sinon, nous aurions sûrement été obligé de casser, ce que nous avons été à deux doigts de faire
Allez, la suite! | | | À: Pagaljavab · 21 octobre 2025 à 21:49 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 105 de 202 · Page 6 de 11 · 823 affichages · Partager Encore de bien belles rencontres ! Et il est vrai que ta (votre) façon de voyager les favorise. J'attends la suite de ton ample récit "au pays des léopards". Mais je me demande si vous allez en voir. Suspense... | | | À: Pagaljavab · 21 octobre 2025 à 22:21 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 106 de 202 · Page 6 de 11 · 817 affichages · Partager Jour 11, 3 août : Jawai Bandh « Sur les traces des léopards, le gentleman rajpoute et le drame » (suite)
Nous nous réveillons et constatons que Théo ne va pas mieux. Il a bien mauvaise mine, vomit dès qu’il boit la moindre gorgée d’eau et continue à avoir la diarrhée. Malgré tout, nous allons sous le pavillon pour un copieux petit-déjeuner toujours divinement préparé par Sukhdeo et ses deux acolytes. Nous essayons de le faire manger et boire un peu mais il refuse d’avaler quoi que ce soit et ce plan d’avoir mal au ventre... Nous croisons rapidement la famille mumbaīkar sur le départ après leur safari express. Pendant que Théo passe la matinée à se reposer dans la tente, nous essayons avec Kelyandre de profiter un peu du camp en faisant quelques brasses dans la piscine ou en essayant d’apercevoir des léopards avec les jumelles, mais je suis un peu inquiet bien que je tente de conserver mon optimisme. Nous en profitons aussi pour laver un peu de linge à la main, pendant que nous donnons le plus gros de notre lessive aux deux jeunes employés qui s’occupent aussi du service de laundry. À midi, nos hôtes nous concoctent encore un festin, mais Théo ne veut toujours rien et ne va vraiment pas mieux. Il est même extrêmement difficile de lui faire accepter de l’eau. Notre premier safari prévu en milieu d’après-midi est d’ores et déjà compromis... D’ailleurs, en début d’après-midi, il semble de plus en plus faible et ne parle quasiment, seulement quelques mots d’une voix faible pour dire qu’il a mal au ventre. Nous remarquons même qu’il a maigri en très peu de temps... Nous lui donnons les médicaments que nous avons et le laissons dormir. Comme ce coin de rase campagne n’est pas le meilleur endroit pour tomber malade, nous demandons à Sukhdeo s’il y a un bon médecin dans les parages. Il nous répond que le village de Bera dispose d’un petit hôpital où il pourra nous amener si cela se montrait nécessaire.
Vers 16h, notre jeep arrive alors qu’il pleut quelques gouttes. La météo continue à alterner toute la journée entre nuages lourds et éclaircies brèves. Le temps est en tout cas bien agréable, bien moins chaud qu’au début de notre voyage : depuis l’épisode de mousson à Jaisalmer, le climat s’était déjà un peu rafraîchi. Mais depuis que nous nous sommes éloignés du cœur du Mārwāḍ, les températures sont devenues clémentes et les courts interludes de pluie plus fréquents. Je n’ai jamais connu une telle douceur de mes cinq voyages au Rajasthan. Finalement, Théo a repris un tout petit peu du poil de la bête et nous décidons de maintenir le safari. Nous prévenons notre chauffeur de la situation et nous mettons d’accord sur le fait que si le petit ne va pas bien, nous écourterons la virée. Nous l’enveloppons et nous installons dans la jeep. Nous gardons un œil attentif sur lui, mais nous mettons de côté notre inquiétude un instant pour nous lancer sur la piste des léopards. Nous sortons du camp et notre véhicule se lance sur les routes cabossées et détrempées, souvent bordés de buffles et de vaches qui ruminent près de l’herbe humide et verdoyante.
Parfois, de grands troupeaux de chèvres menés par des bergers Rāikā munis de bâtons nous barrent la route momentanément avant que notre jeep les fende comme la mer Rouge.
Avant de regagner la route principale qui fait le tour du lac, nous traversons quelques hameaux autour de Bera, plutôt bien à l’écart de la civilisation. Les villageois semblent y perpétuer un mode de vie rural très traditionnel et modeste.
Et alors que nous nous enfonçons dans la campagne, une embellie qui perce les nuages sombres et la capote du véhicule désormais rabattue grâce au beau temps dévoilent les magnifiques paysages de collines et d’éperons granitiques qui découpent le ciel, les plaines et les reliefs de Jawai Bandh. Nous effectuons un arrêt sur un vallonnement qui nous offre un fabuleux panorama. Ces perspectives spectaculaires nous redonnent le sourire et Théo réagit même par moment, surtout lorsqu’il voit des animaux ou d’autres choses surprenantes qui attirent son attention. Bien qu’ils ne soient pas au mieux, la traque des léopards dans laquelle nous nous sommes lancés tient un peu en éveil son enthousiasme et son imagination.
Nous nous enfonçons maintenant dans d’étroits sentiers boueux et broussailleux où les oiseaux s’envolent devant notre intrépide sanglier de métal qui défonce tout sur son passage. Dorénavant, le jeu devient de se baisser à l’arrivée de chaque touffe de branches épineuses de babūl qui, en nette surpopulation dans la région, nous arrivent intempestivement à hauteur de tête et risquent de nous égratigner (ce qui arrive par moment). Dans cette jeep à ciel ouvert, nous nous servons du parapluie qu’on nous a fourni en cas de faible pluie pour nous protéger des offensives déchirantes. Plus bas sur les genoux de Magali, Théo est en sécurité. Mais Kelyandre et moi nous faisons un peu agripper par moment. Nous n’attendions pas cette activité à sensation que notre chauffeur semble légèrement se plaire à nous faire subir ! Puis la piste se transforme finalement en impasse. Il y a un amas désordonné de gros blocs de pierres taillés au milieu de la végétation qui suggère la construction d’une digue. Effectivement, il y a un peu plus loin une construction qui ressemble à une digue taillée à même la roche. Nous devons être tout près de la rive du lac et pas très loin du grand barrage, même si la flore invasive nous empêche de les apercevoir. Il nous semble que cette étape est juste une mise en bouche avant de passer aux choses sérieuses. Nous marquons un bref arrêt photo et repartons en faisant demi-tour.
Nous regagnons une portion d’asphalte avant de nous enfouir à nouveau dans les épaisses broussailles. Notre guide fait des pauses occasionnelles pour scruter de ses jumelles les collines à la recherche du mouvement ou signe de vie d’un félidé aux tâches noires. Dans le même temps, il appelle au téléphone ses indics villageois qui ont l’air de lui donner quelques tuyaux pendant que nous faisons des pauses photo occasionnelles. Nous commençons d’ailleurs à croiser quelques concurrents, le plus souvent des groupes de touristes indiens entassés dans leur jeep, et c’est à la fois une course et tout un jeu de piste qui se crée : chaque chauffeur a ses propres informations et les uns se mettent à essayer de suivre ou devancer les autres pour être les premiers sur le coup. Notre chauffeur se révèle être un véritable expert, et même un virtuose, de la conduite de jeep car nous avons l’impression qu’il a une dextérité au-dessus de ses collègues que nous croisons. Parfois, il se met à faire des dérapages dans les grandes flaques ou fait chauffer les quatre roues motrices pour escalader des collines raides. C’est digne d’un véritable tour sur une montagne russe de parc d’attraction ! Nous nous employons à bien tenir Théo à qui ces cascades esquissent des sourires, même s’il s’assoupit par moment malgré les secousses d’une intensité sismique. Impressionnés par son aisance, nous nous persuadons que nous pouvons avoir foi en notre homme pour nous mener à la victoire. Nous traversons par endroits des zones cultivées intégrées au milieu naturel car le sol doit être particulièrement riche dans cette région.
Soudain, une piste sérieuse semble lui avoir été communiquée et c’est reparti de plus belle pour une nouvelle cavalcade. Notre 4x4 démarre sur les chapeaux de roue, dérape, rebondit et ricoche entre les babūl acérés et les rochers dentelés. D’autres chauffeurs hésitent, cherchent leur route. Le nôtre n’en n’a cure et trace son chemin à travers la brousse, quand il n’en défouraille pas de nouveau lui-même. Il gravit de belles saillies de roches avant de les dévaler, tente de semer les suiveurs ou de forcer à la marche arrière ceux qui nous barrent le sentier en sens inverse, se gare et reprend ses jumelles, puis fait à nouveau crisser les pneus... Vraiment, nous ne nous attendions pas à une telle aventure. Cela fait sûrement partie du show !
Là c’est sûr, ça s’agite dans tous les sens, ça prend le téléphone sans arrêt : nous sommes apparemment sur la piste d’un spécimen qui se trouverait sur une colline en face. Des bergers sur le bord d’un chemin pointe une direction, que d’autres jeeps empruntent aussi alors que d’autres passent à contresens. Notre chauffeur tente d’atteindre le lieu en slalomant entre les obstacles puis en regagnant la route goudronnée, descend du véhicule quelques minutes, puis redémarre à toute vitesse dans la savane. Au détour d’un chemin, il bifurque et défie les lois de l’apesanteur en nous fait escalader une pente rocheuse pour le moins raide dans d’incroyables soubresauts. Nous sommes estomaqués et pris de rires un peu nerveux. Je pensais que seules les chèvres qui tiennent à la verticale à flanc de montagne était capable d’une telle prouesse ! Plusieurs jeeps s’engouffrent sur la bute et chacune se bat pour avoir une place aux premières loges en montrant les pare-chocs ou se lançant quelques invectives au passage. D’autres arrivent encore puis cherchent à se garer. Ce spectacle de véhicules en rangs d’oignon sur ce bout de rocher arrondi, les phares, jumelles et yeux rivés vers le même point sur la colline qui nous fait face à une centaine de mètres figure un insolite cinéma en plein air. Étant hors-saison et dans un lieu réputé assez confidentiel, nous sommes stupéfaits de ce ballet de véhicules tout-terrain bondés d’aventuriers d’un jour ! Nous nous demandons ce que cela doit être en haute saison... Est-ce queJawai Bandh ne serait pas devenu un peu " hype" depuis les informations que nous avions glanées ? Puis à l’exception de quelques chuchotements, tout se fait silencieux. Notre guide scanne l’horizon avec ses jumelles qu’il nous fait passer ensuite. Il susurre qu’il y a un léopard couché près d’une roche derrière la végétation. Nous regardons chacun à notre tour mais ne voyons rien... Il reprend les jumelles, fixe et me les redonne en me décrivant la zone à observer, mais je ne vois toujours rien... Il semble sûr de lui et passablement énervé que nous ne parvenions pas à identifier la cible. Autour, tous les yeux fixent et fouillent le paysage vers le même endroit que nous. Pourtant, il n’y a personne pour s’exclamer « Je le vois, il est là ! ». Je regarde encore et distingue bien les repères, crois peut-être voir quelque chose... mais non, je me rends à l’évidence : je ne vois pas de léopard... Je me résous à conclure qu’il a quitté les lieux ou qu’il n’y en a jamais eu. Soudain, j’aperçois une forme animale assez massive en bas de la colline. Plusieurs personnes dans les autres jeeps semblent la voir. Je zoome ! Mais ce que je vois ressemble plus à cheval ou une sorte de grande antilope. « C’est un nīlgāy », me dit le chauffeur... Soit un nilgaut en français, une espèce d’antilope assez commune en Inde. La déception laisse vite place à un certain intérêt pour le bovidé des steppes qui broute et fixe hébété cette armée de jeeps silencieuses qui lui fait face d’un air de penser sans ressentir la moindre crainte : « Mais qu’est-ce qu’ils me veulent ceux-là ? ». D’ailleurs, il ne bouge pas le moins du monde, ce qui nous laisse le temps de nous passer les jumelles et de l’immortaliser.
Ce n’est pas le léopard que nous pistions, certes, mais le nīlgāy, littéralement « vache bleue » en raison de la robe gris bleutée de son pelage, est tout de même un animal majestueux et nous ne boudons pas le plaisir de cette rencontre. Il me vient à l'idée qu'il servait peut-être d'appât pour les léopards, mais je n'ose validé cette pensée...
Nous comprenons toutefois qu’il n’y aura pas de léopards pour aujourd’hui. Les jeeps redescendent le rocher un peu penaude dans un concert de rugissements de moteur. Pour compenser, notre chauffeur virtuose nous en donne pour notre argent en nous gratifiant de quelques acrobaties supplémentaires avant de regagner la route et nous ramener au Bagheera Bagh à la nuit tombante. Notre esprit se trouve dans une bien étrange situation. D’un côté, nous sommes émerveillés par les magnifiques paysages et le rodéo que nous venons de vivre, et qui justifient à eux seuls la visite même sans léopard. Mais dans le même temps, nous sommes troublés par l’état de santé de Théo que nous avons du mal à jauger précisément.
Nous retrouvons Sukhdeo qui s’enquiert de nos découvertes et de la forme de Théo. S’il avait montré quelques signes de mieux pendant le safari, il se montre maintenant bien affaibli. Et alors qu’un succulent repas nous attend encore (dont la composition m'échappe encore probablement à cause du contexte), il refuse toujours catégoriquement de manger, il faut le forcer pour qu’il accepte de boire un peu. Sukhdeo nous conseille de le laisser se reposer encore et d’attendre demain matin pour voir s’il y avait besoin de l’amener à Bera. Nous regagnons notre tente mais au bout d’un certain temps à le regarder impuissants vomir tout ce qu’il a et à délirer de fièvre, nous téléphonons à notre hôte sur le coup de 21h pour qu’il nous conduise à l’hôpital de Bera. Il n’hésite pas une seconde, appelle l’établissement et quelques minutes plus tard, nous voilà à reprendre les sentiers dans la nuit avant de rejoindre la route goudronnée...
Nous arrivons à Bera en une vingtaine de minutes. Malgré la nuit noire et le peu d’éclairage, nous reconnaissons la rue centrale par laquelle nous sommes arrivés en bus, entièrement désertée en cette heure tardive. L’hôpital se trouve près de là. Il est fermé mais assez vite, une personne arrive et nous ouvre la grille. Il s’agit plutôt d’un petit dispensaire, même si pour un village aussi perdu, il nous paraît étonnamment propre et assez moderne : c’est déjà rassurant car nous nous attendions au pire... Une infirmière se met à l’accueil et nous font patienter avec quelques formalités. Puis le médecin arrive et au bout de quelques minutes nous emmène dans son cabinet. Il nous pose des questions, effectue quelques examens. Puis son verdict tombe : pour lui, c’est une bactérie intestinale, cette amibe qui enquiquine temps le voyageur en Inde. Mais il nous assure que ce n’est pas très grave et que le mal passera assez vite avec un traitement. Il nous prescrit un antibiotique, un anti-vomitif et des briques de jus de fruit pour qu’il accepte de s’hydrater plus facilement. Il faudra revenir chercher une partie du traitement demain matin. Dans la précipitation, j’ai oublié de recharger mon portefeuille dans la réserve d’espèces et n’en ai pas assez pour payer la prestation (qui de mémoire n’est pas trop élevée), mais Sukhdeo nous avance l’argent sans sourciller. Un peu rassurés, nous repartons. Après quelques minutes de route, nous retrouvons le chemin de terre qui mène au camp, quand soudain, les phares éclairent un sanglier qui surgit juste devant notre pare-choc et s’enfonce dans les ténèbres broussailleuses ! Je dis sur le ton de la plaisanterie à Sukhdeo que nous venons d’effectuer le deuxième safari de notre prestation, ce qui le fait sortir de son imperturbable flegme et rire de bon cœur. Un peu d’humour ne fait pas de mal en ces circonstances un peu angoissantes, mais nous le pensons presque. | | | À: Pagaljavab · 22 octobre 2025 à 10:53 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 107 de 202 · Page 6 de 11 · 786 affichages · Partager Nous comprenons toutefois qu’il n’y aura pas de léopards pour aujourd’hui
Mais y en a-t-il vraiment ? Enfin, quelles sont les chances d’en croiser un ? J’ai lu que la population estimée serait d’environ 721 individus au Rajasthan. C’est beaucoup et peu à la fois... | | | À: Kate · 22 octobre 2025 à 13:43 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 108 de 202 · Page 6 de 11 · 766 affichages · Partager Ça fait effectivement assez peu pour une grand État comme le Rajasthan. Mais les léopards sont largement concentrés dans cette petite région des Aravallis.
Oui, il y a bien des léopards à Jawai Bandh! Le sanctuaire est même réputé pour ça. Il n'y en a qu'une soixantaine mais la zone autour du lac n'est pas très étendue et ils vivent dans des grottes que les guides connaissent. Les villageois en verraient presque quotidiennement et beaucoup de voyageurs en observent. Par rapport aux réserves fermées, le fait qu'ils soient "en bons termes" avec les villageois fait aussi qu'ils sont moins peureux et se montrent plus facilement. Mais la donnée officielle qui veut qu'il y ait 90% de chances de voir un léopard à Jawai Bandh est évidemment très abusive...
Quoi qu'il en soit des léopards, c'est un lieu splendide. | | | À: Pagaljavab · 22 octobre 2025 à 22:41 · Modifié le 11 nov. 2025 à 23:03 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 109 de 202 · Page 6 de 11 · 727 affichages · Partager Jour 12, 4 août : Jawai Bandh « Sur les traces des léopards, le gentleman rajpoute et le drame » (suite)
Le lendemain matin nous donnons ses médicaments à Théo qui ne va pas vraiment mieux. Après le petit-déjeuner, nous avons un nouveau safari prévu, matinal cette fois, départ à 7h. Nous décidons de le maintenir car les médicaments administrés la veille ont l’air d’avoir eu un minimum d’effet et il y a quelques moments où il semble aller un tout petit peu mieux. Nous convenons avec Sukhdeo et le chauffeur de la jeep de réaliser un safari plus tranquille en nous donnant à nouveau la possibilité de rentrer si ça ne va pas. Nous partons donc sous un temps couvert et brumeux mais nettement plus frais que la veille en direction du nord du lac à une dizaine de kilomètres de là. Il nous faut sortir nos sweats à capuche et autres gilets tandis que Théo est bien emmitouflé. Nous remontons la route principale qui fait le tour du lac. Les beautés naturelles de Jawai Bandh sous la brume ne sont pas moins magnifiques, elles revêtent même des atours encore plus nébuleux.
Au bout de quelques kilomètres sur la route principale qui fait le tour du lac, nous passons devant le monumental barrage de Jawai, le plus grand du Rajasthan.
Plus loin, sur les routes aux environs du village de Balwana, nous logeons des collines où se nichent parfois près de grottes des petits temples dédiés à des divinités locales, toujours avatars de grands dieux cosmiques. Le ciel obscur et le brouillard les habillent d’un aspect mystique.
L’espace d’un instant, alors que nous roulons, je crois apercevoir comme une tête de vache dans un ensemble de roches sur le bord de la route. Je temps mon appareil photo et tente de la capturer pour me prouver que je n’ai pas été en proie à une hallucination. Mais non, je visionne mon cliché et il y a bien le museau et les naseaux d’une vache sacrée aussi vrais que nature et pourtant de facture entièrement naturelle, aucune façonnée par l’homme. L’ Inde et ses mystères...
Cette fois, notre guide nous emmène sur un site où nous ne connaîtrons pas la cohue de la veille. Les jeeps que nous croisons sont rares et la concurrence de la veille n’existe plus. Son téléphone à la main à la recherche de pistes fiables et sondant les cavités creusées au sein des collines avec ses jumelles qu’il nous prête régulièrement, il se montre moins cascadeur qu’hier, à quelques rares exceptions pour nous impressionner un peu. Mais toujours pas de léopard en vue...
Nous sommes en revanche surpris de l’importante population de paons qui se promènent dans le sanctuaire ou criant des « piyaaaaaaaa » (du moins, c'est ainsi que les Indiens entendent cet appel, "piyā" signifiant "chéri") qui résonnent dans la vallée silencieuse. À cet endroit, les formations granitiques produisent d’impressionnantes falaises étagées qui ressemblent à des terrassements. Il faut froncer les yeux ou sortir ses jumelles pour apercevoir le minuscule temple de Shiva qui trône au sommet du plateau, et que je reconnais grâce au grand trident planté près de la bâtisse blanche en direction du ciel.
Nous nous arrêtons de temps en temps pour prendre des photos ou visiter quelques temples égarés dans les massifs. Enfin seulement moi, parce que Magali est un peu troublée et préfère le plus souvent garder Théo dans la jeep, et Kelyandre qui est une véritable éponge émotionnelle n’y est plus trop... En dépit de ce moral en berne, il y a des moments où surplombant les plaines où le calme règne, nous nous retrouvons subjugués par le décor qui nous entoure. Nous n’avons rien vu de plus agréable dans ce voyage jusqu’au moment présent. Mais nous avons beau arpenter les terres accidentées de Jawai Bandh, les léopards qui sont un peu le but de toute venue dans la région ne veulent pas se montrer à nous, alors qu’il se dit qu’il est assez facile d’en observer (90% de chances selon des sources locales, mouais...). Nous sommes à présent quasiment sûrs que nous n’en verrons pas. Mais cela nous ne nous importe finalement pas trop tant nous sommes en admiration devant ces paysages et ces tranches de vie rurales qui dégagent une atmosphère si singulière que je n’ai rencontrée nulle part ailleurs au Rajasthan.
| | | À: Pagaljavab · 22 octobre 2025 à 23:09 · Modifié le 11 nov. 2025 à 23:06 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 110 de 202 · Page 6 de 11 · 723 affichages · Partager Nous traversons la petite localité de Bisalpur où nous marquons une pause pour prendre un chāy et grignoter un peu. À notre grand étonnement, nous arrivons même à trouver dans une petite boutique rustique de ce village hors du monde des couches à la taille de Théo. En y pensant à deux fois, c’est peut-être l’une des choses les plus insolites de l’ensemble de ce voyage. Je capture quelques scènes villageoises au passage.
La matinée est calme question safari mais nous croisons quand même quelques jeeps, il faut l'avouer, un peu plus remplies que la nôtre...
Notre guide ne nous dit rien mais nous comprenons qu’il a renoncé à traquer les léopards. Comme nous l’avons pressenti, nous rebroussons chemin vers le Bagheera Bagh en retraversant les mêmes villages et la même route périphérique.
Après le passage du barrage, le temps commence à s’éclaircir. Quelques kilomètres plus loin, le chauffeur se gare au bord de la grande route à un endroit où se trouve une petite échoppe au milieu de nulle part. Nous pensons qu’il s’arrête pour acheter quelque chose, mais au lieu de cela, il demande à un jeune homme qu’il semble bien connaître, probablement quelqu’un de sa famille, de prendre le volant et de nous ramener au camp. Lui qui a été plutôt sympathique durant ces deux safaris nous dit à peine au revoir... Ressent-il le fait de ne pas avoir pu nous montrer de léopard comme un échec ? Se sent-il mal à l’aise que Théo soit malade ? A-t-il brusquement eu quelque ressentiment envers nous dont nous ignorons la raison ? N’a-t-il qu’une urgence qui l’oblige à nous abandonner à la hâte ? Toujours est-il que les adieux sont pour le moins abrupts... Son confrère nous mène à bon port et nous retrouvons nos petits sentiers boueux habités par les castes bergers, qui nous sont devenus si familiers.
De retour au camp, nous annonçons à Sukhdeo que n’avons pas vu de léopard, mais que nous sommes éblouis par les deux virées en jeep dans cette merveilleuse région de Jawai Bandh. Nous le savions déjà, mais il nous explique que ce n’est pas la meilleure saison et qu’il faudrait revenir entre novembre et mars pour décupler nos chances d’en observer. Donc pas de sitôt ! Je lui demande ensuite s’il veut bien m’emmener encore une fois à Bera afin d’acheter des aliments plus adaptés à l’état de Théo comme des bananes, des lassis en brique et quelques encas à grignoter pour tout le monde. Il accepte et nous reprenons la même route sous la pluie jusqu’au village. Nous nous garons près du petit hôpital de la veille où je trouve une boutique pour me ravitailler alors que Sukhdeo fait également quelques achats. De retour au camp, un merveilleux déjeuner nous attend. Comme pour les autres repas, nous ne nous rappelons plus les plats exacts : nous avons le souvenir que cette cuisine traditionnelle du Rajasthan a toujours été succulente, mais le fait que Théo ait été souffrant à ce moment-là a effacé de notre mémoire la grande variété des repas. Nous nous rappelons avoir mangé pêle-mêle durant le séjour une grande variété de chapātī, souvent des dāl, le classique ālū ghobī campagnard, un divin bhinḍī masālā (gombo épicés), des kaḍhī (sauce épaisse de yaourt et farine de pois-chiche), mais aussi des soupes, des pâtes, des frites maison, des plateaux de crudités fraîches, de délicieux achār (fruits et légumes en pickle pimenté) et tellement d’autres délices végétariens... Sans pouvoir les identifier dans leur totalité, ils furent parmi les meilleurs souvenirs culinaires de notre voyage.
Mais notre préoccupation immédiate est plutôt d’essayer de trouver une solution pour Théo. Nous essayons de situer à quel moment il a pu tomber malade. Nous pensons aux crudités qu’il a beaucoup insisté pour manger parce que bien qu’elles aient été fraîches et issues du jardin de la propriété, elles peuvent toujours contenir des bactéries que nos organismes occidentaux peuvent avoir du mal à supporter. Or, c’est environ deux heures après les avoir ingurgitées que nous avons remarqué les premiers symptômes. C’est donc ce qui nous paraît le plus vraisemblable. Mais en y réfléchissant, la période d’incubation est très variable selon les cas et cela a pu aussi pu se produire à n’importe quel moment depuis notre arrivée. En Inde, bien malin est celui qui sait vraiment ce qui l’a rendu malade avec certitude. N’importe quel restaurant, même haut-de-gamme, même de la nourriture bien cuite, une baignade dans une piscine ou encore l’air chaud et humide de la mousson qui fait pulluler partout les bactéries – à moins que ce ne soit l’alliance de tout cela – peuvent en être la cause... Et de toute façon, ça n’apporte pas de solution à notre problème. Nous passons l’après-midi à nous occuper de Théo, tenter de le faire boire et manger un peu, avec peu de succès. Le traitement ne semble pas avoir beaucoup d’efficacité. Nous sommes de plus en plus inquiets car il est même encore plus faible que la veille et continue à se vider sans arrêt. Lui qui s’exprime habituellement si bien pour un enfant de deux ans ne parle d’une voix éteinte en chuchotant des mots isolés : « non, couché... ». Il a surtout drastiquement maigri en à peine deux jours. Il ressemble à un petit enfant sous-alimenté et rachitique... Nous sommes maintenant certains qu’il doit être hospitalisé assez vite, mais pas ici. Magali commence à se demander si c’était une bonne idée de faire ce voyage en Inde avec lui et que nous aurions peut-être pu atteindre qu’il soit un peu plus grand. Elle ne cesse de répéter que nous aurions dû aller en Bretagne et nous n’aurions pas eu ce problème...
Je pars sous le pavillon m’entretenir avec Sukhdeo de la situation et de notre fin de séjour. À l’origine, nous avions éventuellement prévu de nous rendre à notre étape suivante, Udaipur, en faisant un crochet par le temple jaïn de Ranakpur, considéré comme l’un des plus beaux du genre, et les anciennes murailles du fort de Kumbhalgarh, les secondes plus longues au monde (malgré tout infiniment loin derrière la Grande Muraille de Chine). Je lui explique que cela n’est bien évidemment plus d’actualité car le but est désormais de nous rendre directement à Udaipur où nous devons trouver un bon hôpital. Nous n'abordons même pas la question du troisième safari qui n'a pas pu être honoré : il aurait été indécent de le faire et il semble qu'il ait finalement pris ma réflexion humoristique de compter les allers-retours pour nous emmener à Bera au sérieux, ce qui de toute façon nous paraît logique étant donnée le tour qu'ont pris les événements. Il nous faut donc un taxi pour demain matin. Avec la quiétude qui le caractérise, il mesure l’urgence de la situation, prend sa calculatrice et me propose de nous amener lui-même à Udaipur pour 3900 roupies, juste de quoi lui rembourser l’essence pour l’aller-retour. C’est presque moitié moins que les tarifs d’un taxi confortable pour cette distance. J’ai croisé peu de personnes en dix voyages en Inde qui en aurait fait autant... Puis nous faisons les comptes avec Sukhdeo : je lui paye en espèces le reste des 50% que nous lui devons de la réservation du séjour auxquels j’ajoute l’avance des frais médicaux de la veille, la lessive qui tente encore de sécher dans cette atmosphère humide et donc, le trajet pour Udaipur. De son air de gentleman rajpoute (une fois n'est pas coutume, je l’écris comme sur les vieux livres francophones sur l' Inde pour souligner le charisme nostalgique que m’inspire le personnage), il me fait comprendre que nous sommes quittes et qu’il accomplira sa mission pour nous aider. Il m’assure qu’il a l’habitude faire des allers-retours entre Jawai Bandh et Jodhpur ou Udaipur où vit sa sœur à qui il en profitera pour rendre visite. Voilà, tout est planifié. La journée se poursuit avec la préparation de nos valises et les soins de Théo. Nous sommes encore gratifiés d’un succulent repas. Cependant, nous sommes déjà focalisés sur la journée du lendemain et ne tardons pas à aller nous coucher pour notre dernière nuit dans la grande tente deluxe.
Réserve naturelle de Jawai Bandh 😃😃😃 Resort de tentes Bagheera Bagh Jawai 😃😃😃 Safari en jeep 😃😃 Léopards 👻😿 Hopital de Bera 🙂 | | | À: Pagaljavab · 25 octobre 2025 à 17:23 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 111 de 202 · Page 6 de 11 · 635 affichages · Partager Bonjour, j'attendais votre retour de Jawai Bandh. Je suppose que la santé de Théo s'est améliorée rapidement après le passage à l'hôpital. J'aurais été plus qu'inquiet. J'ai atteint la soixantaine et n'ait plus été malade en Inde depuis 2013, sans le savoir, j'avais bu de l'eau du puits... En tout cas, vous ne m'incitez pas à revenir à Bera et alentours. Ce n'est pas le fait de ne pas voir de léopard, j'en ai toujours vu de près et de loin entre novembre et avril. C'est le nombre de jeeps participant à la recherche des léopards. Entre 2006 et 2015, il y en avait 3 ou 4 au plus en comptant la mienne. J'ai souvent été seul!
A l'époque, il y avait 2 hébergements tenus par les 2 thakurs de Bera. 2 frères qui ne se parlaient absolument pas. Tout un sketch.
Par ailleurs, je constate que l'ambiance champêtre est toujours identique. Ce coin du Rajasthan est quand même bien magique. J'attends la suite... | | | À: Pagaljavab · 25 octobre 2025 à 18:14 · Modifié le 25 oct. 2025 à 18:29 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 112 de 202 · Page 6 de 11 · 624 affichages · Partager Nous sommes en revanche surpris de l’importante population de paons qui se promènent dans le sanctuaire ou criant des « piyaaaaaaaa » (du moins, c'est ainsi que les Indiens entendent cet appel, "piyā" signifiant "chéri") qui résonnent dans la vallée silencieuse.
En français, il est dit qu'ils crient Léon, Léooonnn... J'ai tout le loisir de les entendre - et écouter - chaque matin lors de mes marches dans « ma petite jungle » dans laquelle s'est développée une véritable colonie de paons. Et je n'entends ni « piyaaaaaaaa », ni « Léon »...  Comme tu sais, je viens d'arriver hier et dès demain, j'espère bien les retrouver avec tous les « Petits Riens » de ma vie quotidienne au Kérala...
En lisant l'attitude de votre guide, j'ai pensé à une autre éventualité que tu n'as pas évoquée... Et ça me surprend que tu n'y aies pas pensé. Une peur subite de la contagion et de ramener une « saloperie » à la maison, mais aussi une de leurs superstitions - j'ai connu exactement ça il y a qqs années. On m'a fui comme si je portais le diable et risquais d'apporter le mauvais œil dans la famille... - La maladie bizarre, les médicaments qui font pas effet... C'est le diable... Et il ne s'agissait pas d'une peur de contagion, mais bien de « porter malheur ». Tu vois ce que je veux dire... | | | À: Marien33 · 26 octobre 2025 à 13:35 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 113 de 202 · Page 6 de 11 · 579 affichages · Partager Nous voilà en Turquie, à Ankara, où nous sommes arrivés hier. J'essaye quand même de continuer ce carnet pendant nos heures de pause à l'hôtel, d'autant plus que j'essaye de démarrer ce carnet turc et que j'aimerais ne pas trop tarder à faire celui du Sénégal de février dernier et celui d' Andorre de cet été 🥵
Comme tu sais, je viens d'arriver hier et dès demain, j'espère bien les retrouver avec tous les « Petits Riens » de ma vie quotidienne au Kérala...
Que tu vas nous narrer bien vite j'espère. Je suis friand de ces "Petits Riens" qui en disent beaucoup!
En lisant l'attitude de votre guide, j'ai pensé à une autre éventualité que tu n'as pas évoquée... Et ça me surprend que tu n'y aies pas pensé.
Je vois tout à fait ce que tu veux dire. J'y avais pensé sur le moment. Si c'est le cas, je pense plus à l'éventualité de la pollution rituelle que microbienne... Bien sûr, ça m'est déjà arrivé comme toi lors de mes nombreuses pérégrinations en Inde, quoi que rarement, d'être vu comme un étranger impur qui porte le mauvais œil. Mais plus souvent comme un demi-dieu venu des pays qui apportent la richesse et la prospérité 😂 Mais pourtant, ce guide a fait deux safaris avec nous sans que ça ait eu l'air de le déranger. Puis il est descendu de la voiture après avoir reçu un coup de fil du propriétaire de notre camp, donc j'ai plus penché pour le fait qu'il n'avait pas réussi à nous faire voir des léopards. Mais qui sait... | | | À: Pagaljavab · 26 octobre 2025 à 14:02 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 114 de 202 · Page 6 de 11 · 573 affichages · Partager Rigolo, j'éa$tais en train de t'écrire ! | | | À: Did0764 · 26 octobre 2025 à 14:07 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 115 de 202 · Page 6 de 11 · 572 affichages · Partager Bonjour, j'attendais votre retour de Jawai Bandh.
Merci pour ta présence Didier!
Je suppose que la santé de Théo s'est améliorée rapidement après le passage à l'hôpital. J'aurais été plus qu'inquiet.
La suite au prochain épisode à Udaipur... Oui, nous avons été très inquiet à un certain point, surtout quand nous n'avons pas constaté d'amélioration après le passage au dispensaire de Bera... Heureusement, nous étions bien accompagnés avec le propriétaire du Bagheera Bagh Jawai qui est un homme en or. La suite le montrera aussi...
J'ai atteint la soixantaine et n'ait plus été malade en Inde depuis 2013, sans le savoir, j'avais bu de l'eau du puits...
Pour ma part, j'ai été un peu malade sur la fin du voyage, mais rien de bien sérieux. L' Inde quoi... Sinon je n'ai pas vraiment été malade en Inde depuis 2012 alors que j'ai séjourné assez longtemps au Rajasthan, parfois chez l'habitant et dans des endroits reculés. Mais peut-être ai-je attraper la chose à Delhi ou ailleurs, comment savoir...
En tout cas, vous ne m'incitez pas à revenir à Bera et alentours. [..] A l'époque, il y avait 2 hébergements tenus par les 2 thakurs de Bera. 2 frères qui ne se parlaient absolument pas. Tout un sketch.
En Inde, cela arrive assez fréquemment que deux frères qui ne s'entendent plus monte chacun une affaire, parfois l'un à côté de l'autre, j'ai vu ça plusieurs fois 😂 Le temps que tu évoques semble révolu... Maintenant, il doit bien y avoir une quarantaine de resorts (hôtels de luxe ou camps de tentes) dans la réserve. J'ai lu sur des articles indiens que pendant longtemps, les villageois ont protesté contre la spoliation de leurs terres et ont réussi à limiter l'expansion des infrastructures touristiques. Mais il semble que récemment, le Dieu Argent l'ait emporté et que la politique menée serait désormais toute tournée vers le développement touristique de ce sanctuaire à fort potentiel, les lobbies hôteliers ayant joué de leur influence pour investir. Il y a fort à parier que d'ici quelques années, Jawai Bandh sera comme n'importe quelle réserve indienne, ce qui sera fort dommage...
En attendant, Jawai a encore un peu cet aura de trésor caché et cela vaut encore la peine car les resorts ne sont pas très visibles dans l'immensité du sanctuaire et ne gâchent pas encore ce paysage magique comme tu l'as relevé. C'est un lieu unique au Rajasthan. En revanche, comme tu l'as lu, il peut y avoir beaucoup de jeeps même hors-saison le week-end, ce qui rend la traque au léopard rigolote mais un peu ridicule... Je me demande comment on peut espérer optimiser ses chances d'en observer avec 20 jeeps qui tournent dans tous les sens dans un boucan d'enfer!
Entre 2006 et 2015, il y en avait 3 ou 4 au plus en comptant la mienne. J'ai souvent été seul!
La chance, tu as connu l'âge d'or! | | | À: Pagaljavab · 26 octobre 2025 à 14:25 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 116 de 202 · Page 6 de 11 · 563 affichages · Partager Nous voilà en Turquie, à Ankara, où nous sommes arrivés hier. J'essaye quand même de continuer ce carnet pendant nos heures de pause à l'hôtel, d'autant plus que j'essaye de démarrer ce carnet turc et que j'aimerais ne pas trop tarder à faire celui du Sénégal de février dernier et celui d' Andorre de cet été 🥵
Ouh là ! Tu as rechopé le virus ? ou tu es retombé dans l'adiction à VF. Mois c'est le contraire je suis en train d'essayer de me sevrer... Là, tu me rappelle quelqu'une qui écrit des carnets en série... 
Comme tu sais, je viens d'arriver hier et dès demain, j'espère bien les retrouver avec tous les « Petits Riens » de ma vie quotidienne au Kérala...
Que tu vas nous narrer bien vite j'espère. Je suis friand de ces "Petits Riens" qui en disent beaucoup!
Je sais pas trop... Mais c'est vrai que j'aime bien raconter mon quotidien sans intérêt, mais qui est la vie que je mène ici.
Et puis, pour moi c'est une façon de rester en contact avec des amis virtuels à défaut de les avoir dans la vie réelle, Car parfois c'est un peu dur ici de rester seul et sans contact avec des non-Indiens. Mais presque tous mes anciens potes-lecteurs ont déserté et ne sont pas revenus sur VF. Mais faut que je finisse aussi le carnet Thaïlande laissé en plan... | | | À: Pagaljavab · 26 octobre 2025 à 14:32 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 117 de 202 · Page 6 de 11 · 558 affichages · Partager En Inde, cela arrive assez fréquemment que deux frères qui ne s'entendent plus monte chacun une affaire, parfois l'un à côté de l'autre, j'ai vu ça plusieurs fois 😂
Dans "Le trône du paon" (tu as lu ?), ils ont m^ême construit un mur dans la boutique pour la séparer en deux. Ils en ont fait duex boutiques-couloirs et les clients doivent choisir et faire la queue devant, ne pouvant plus pénétrer... Je dis de mémoire... | | | À: Pagaljavab · 26 octobre 2025 à 14:54 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 118 de 202 · Page 6 de 11 · 555 affichages · Partager Les 2 frères ont partagé le "palais" familial, le plus âgé a d'abord construit un resort juste à côté du village, son frère par la suite à ouvert des chambres dans le palais, et évidemment l'autre par la suite... Un effet comique, je partage des safaris depuis 2013 avec un ami toulousain qui accompagnait des touristes en Inde. Nous nous sommes retrouvés un soir au même endroit devant une femelle et ses 2 jeunes. Nous avons commencé à parler en attendant de les trouver, les 2 thakurs se jetaient des regards glaciaux... | | | À: Marien33 · 26 octobre 2025 à 21:44 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 119 de 202 · Page 6 de 11 · 517 affichages · Partager " Là, tu me rappelle quelqu'une qui écrit des carnets en série...Clin d'oeil"
Je ne sais pas qui c'est mais je la félicite 😂. Heureusement que les carnets de voyage sont là pour animer VF en 2025 (dont les tiens et ceux de Pagaljavab 😉🙏) | | | À: Solene40 · 27 octobre 2025 à 2:51 Re: Un énième carnet de voyage dans ce (trop) familier Rajasthan, mais en famille et avec des enfants Message 120 de 202 · Page 6 de 11 · 496 affichages · Partager " Là, tu me rappelle quelqu'une qui écrit des carnets en série...Clin d'oeil"
Je ne sais pas qui c'est mais je la félicite 😂. Heureusement que les carnets de voyage sont là pour animer VF en 2025 (dont les tiens et ceux de Pagaljavab 😉🙏)
Tiens, ça me fait plaisir de te revoir, Christelle !!! T'inquiète ma remarque était juste un clin d'œil à Pagal (du coup plus personne ne l'appelle Pagal, dommage... J'aimais bien ce pseudo) avec qui nous avions échangé à propos de la boulimie de voyages et de carnets enchaînés. Et je nous inclus dans le nombre, puisque tous deux nous parlons de nouveaux carnets alors que nous n'avons même pas achevé celui en cours 🤣 😜 😂 | Carnets similaires sur l'Inde: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 8 904 visiteurs en ligne depuis une heure! |