Bonsoir,
vous dites "
dans beaucoup de pays d'Afrique, la mojorité des gens parle la langue officielle du pays, la langue coloniale et leur dialecte, et puis...". D'où savez-vous ça ?! De plus, les langues officielles sont des langues, les autres langues, non-officielles, les africaines, je suppose, sont dialectes ?! O la la... C'est pas un compliment pour ce continent unique ! Donc, si j'ai bien compris, dites-moi, dans quels pays d'Afrique, la majorité (!!!) de la population possède, maîtrise et utilise une langue officielle, soit l'anglais, le français, le portugais... ?! Je suis vraiment curieux de votre réponse !
Permettez-moi de vous présenter le
Mali (
www.ethnologue.com/country/ML
) dont la situation linguistique n'est pas du tout un seul cas mais, d'une certaine manière, représentative pour un grand nombre de pays africains :
La langue officielle unique de l'Etat malien est à ce jour le français (langue coloniale) mais la langue la plus parlée est le bambara (
bamanankan), comme langue maternelle, et aussi, et de très loin, comme langue seconde. Les trois quarts environ de la population l'utilisent aujourd'hui, et au-delà des frontières, à travers les variétés mandingues très proches du
Burkina Faso (dioula, mɛɛka), de la
Côte d'Ivoire (dioula, mauka, koro), de la
Guinée (maninka), du
Sénégal (mandinka) etc., on peut sans doute compter plus de vingt millions de locuteurs du mandinge. Le bambara est la langue de la capitale, la langue des tractations sur presque tous les marchés (exception faite en partie du nord), et du commerce ouest-africain. Cette langue est par surcroît la plus présente dans les médias, dans les programmes d'alphabétisation et d'expérimentation de l'enseignement en langues nationales (13 langues dont le bambara, bobo, bozo, dogon, fulfuldé, hassaniya, khassonké, sénoufo-miniyanka, soninké, sonraï, tamasheq). Au final, le bambara est, en quelque sorte, la seconde langue du pouvoir car, lorsque les hommes politiques ne s'expriment pas en français (certains d'eux ne peuvent pas s'exprimer car ils ne maîtrisent même pas le français, la langue de l'Assemblée nationale à Bamako. Pas de blague !), ils utilisent le bambara pour se faire comprendre de tous. De nombreux facteurs ont joué et continuent de jouer en sa faveur : le développement de l'administration, des communications et des voyages, et particulièrement les migrations saisonnières, l'expansion des grandes religions (surtout l'islam), l'essor du commerce. Le bambara constitue, avec le français, la seule langue qui couvre l'ensemble du territoire national : le fulfuldé (peul) dans le Delta intérieur, le sonraï dans le grand Nord-est, le soninké vers les frontières de la
Mauritanie et du
Sénégal sont des idiomes à vocation régionale, et partout le bambara comme seconde ou même troisième langue, particulièrement dans les villes petites et moyennes, se répand, n'arrête à se répandre : il progresse partout, quoiqu'à différentes vitesses.
C'est dans la capitale malienne, Bamako, où vit à peu près un Malien sur dix, que sa présence est la plus forte. L'assimilation linguistique des nouveaux-venus s'y opère rapidement. Dès la 2e génération, le bambara devient langue exclusive à l'extérieur du milieu familial, et pour la 3e génération, la "langue des pères" a disparu du répertoire des Bamakois tandis qu'apparaît, pour une partie encore très faible de la population bamakoise, la langue officielle, le français. Un père de famille, vieil homme de la ville de Kayes, située tout à l'ouest du Mali et loin de Bamako où l'on parle en priorité le khassonké, décrit la situation prédominante de la manière très très pertinente : "
Je leur [ses enfants ; Taamaden]
parle en khassonké, mais ils répondent en bambara". Si l'on veut la décrire sans ménagements : le bambara "bouffe" les petites langues. C'est dommage, très dommage !
Mise à part la réalité quotidienne de l'immense majorité des Maliens, le français a tout à fait son importance au pays. C'est en français que sont rédigés les textes de lois et les textes administratifs, que se discute, dans les instances officielles, la politique du pays, que se dispensent les enseignements à tous les niveaux, même si, à ne pas oublier !, le Mali est l'un des pays les moins scolarisés au monde. C'est aussi en français que journaux et chaînes de télévision diffusent l'information. Bref, le français est lié au monde de l'écrit, du moderne, du savoir et du pouvoir, alors qu'aux langues autochtones (africaines) sont réservés l'oral, le convivial et l'affectif, le quotidien.
Cette partition entre deux langues, l'une de la modernité d'un côté, l'autre, par rapport aux langues régionales liées à l'oral et à la tradition d'autre côté, commune à la grande majorité des pays africains, les francophones en tout cas mais bel et bien beaucoup d'anglophones également, est cependant défoncée depuis une vingtaine d'années car le bambara s'immisce de plus en plus comme un intermédiaire entre la langue officielle et les langues maternelles des Maliens. Exemples : le Mali possède depuis les années 70 plusieurs journaux en bambara (
Kibaru,
Jɛkabaara,
Karamɛnɛ). Depuis les années 70 s'est mise en place une alphabétisation des adultes dans les langues nationales, dont a essentiellement bénéficié le bambara. De nombreuses brochures et des livres ont été édités (
voyageforum.com/...liographie%20bambara
), et actuellement la plus grande partie des documents destinés aux agriculteurs de la zone cotonnière (au sud-est du pays, région de Sikasso) sont rédigés dans cette langue. Une décennie plus tard, le bambara est entré dans le système éducatif, et depuis lors, plusieurs écoles offrent un enseignement pour les trois premières années en bambara. Bien sûr, cette expérience concerne aussi d'autres langues (p.ex. le fulfuldé dans le Delta intérieur), mais la proportion de classes en bambara est d'environ 90%. Côté médias, environ la moitié des programmes de radio, et plusieurs émissions à la télévision nationale, dont un journal hebdomadaire d'une heure sont dans la première langue nationale, le bambara, qui est aussi devenu, depuis les années 80, la langue officieuse de l'islam, la même chose s'observant pour la petite communauté chrétienne. Le même s'applique aux discours politiques, les chansons modernes et les films maliens, très souvent en bambara.
Au final, les quelques nombres concernant le français au Mali, peu utilisé quoique d'importance essentielle et croissante : selon un récensement de 2009, en 1987, 11% de la population malienne de 12 ans et plus était apte à lire et écrire le français, en 1998 14%, en 2009 24%. Autrement dit, environ 75% de la population malienne ne sait ni lire ni écrire le français, ce sont trois Maliens sur quatre...
Hery