
Hiver 1986 - Saint Machin de je ne sais plus quoi - Vosges - France
La montagne, même pas haute, a aussi ses pièges...
J'avais laissé le groupe partir à ski de fond... Solitaire, je suis allée "faire un tour"... il faisait beau, grand soleil et une trentaine de cm de neige hors chemins... De villages en vallées, je me suis éloignée de la maison d'hôtes et, bien que connaissant la direction à prendre pour rentrer, je me dis que je n'arriverais pas à temps avant le coucher du soleil si je repartais par les chemins balisés... Aucune envie d'aller sonner chez des gens pour me faire raccompagner... mon orgueil me joue souvent des tours.
Le soleil descend lentement et s'approche dangereusement des cîmes... J'ai faim et je commence à avoir un peu froid...
"
Purée, je n'ai prévenu personne de ma rando, j'ai juste une ou deux barres de céréales dans ma poche et je ne sais pas du tout de combien de km je me suis éloignée... ! Qu'est-ce que je vais prendre en rentrant... !"
J'imagine déjà le laïus de mon fiancé : "
Tu es complètement barge, on ne part pas en montagne toute seule, on ne s'éloigne pas du groupe, faut toujours que tu fasses bande à part... etc, etc, et patati et patata..." - soit dit en passant, et c'est peut-être la raison de ce premier post -
IL AVAIT RAISON
IL EST TRES DANGEREUX DE PARTIR SEUL EN MONTAGNE
Pff... le stress pré-retour au bercail... Il faut absolument que je trouve une solution avant la catastrophe !!! Petite reconnaissance de la direction, et hop... me voilà engagée à travers bois et champs... l'été, ça va tout seul,
l'hiver, c'est moins évident !!!
Tout se déroule à merveille, je garde le clocher en point de mire et je vois que je reste dans la bonne direction; un peu dans le bois, un peu dans les prés, à chaque passage à découvert, je m'oriente et je me rassure. Sauf qu'il commence à faire sacrément sombre et qu'il me reste un fameux chemin à faire. A mort la prudence, je décide de prendre la ligne droite, celle-ci étant le plus court chemin... vous connaissez la suite...
Et hop, un champ à traverser... sauf que ce n'était pas un champ (je ne saurai d'ailleurs jamais ce que c'était); me voilà enfoncée jusqu'au torse dans la neige, impossible d'en sortir... flip, flip, flip... autour de moi, rien, pas une grange, pas un refuge, et bien sûr, pas un humain, même pas un animal...
Je me traite de tous les noms d'oiseaux dont mon vocabulaire est assez riche, j'envisage les options suivantes, dans le désordre : "verser des larmes", "insulter celui auquel je ne crois pas", "implorer celui auquel je ne crois toujours pas", "m'époumonner à crier au secours inutilement", "réfléchir clairement et posément au problème"...
La dernière option me semblant la plus constructive, je fouille dans ma mémoire pour retrouver les récits que j'ai lus, les options physiques (finalement, les études, ça sert quand même) et je me dis que les "gens du Nord" se servent de raquettes..., donc, qu'il faut opposer un maximum de surface pour s'enfoncer le moins possible... merci aussi aux parcours du combattant que j'ai détestés pendant mon instruction militaire, j'ai appris à ramper dans la boue, le sable, la... (berk!), mais j'ai appris...
Une chance, la neige est fraîche, molle, malléable... je "construis/dégage" donc une pente douce et me hisse tant bien que mal un peu plus haut... A plat ventre, jambes et bras écartés au maximum, je rampe sur/dans la neige... (j'en ai avalé une quantité assez importante, vive l'eau !) une bonne cinquantaine de mètres, idiote, je n'ai pas du tout pensé à aller vers l'arrière... je voulais
AVANCER A TOUT PRIX...
J'ai fini par m'en sortir, accompagnée de ma bonne étoile, de mon ange gardien ou de "je ne sais pas qui...", je suis rentrée deux heures plus tard, dans le noir et l'indifférence totale de mon groupe qui avait déjà soupé et me croyait partie faire la java en "ville"... Merci les gars, j'aurais pu mourir dans cette montagne sans que personne ne pense à venir me chercher... Mon fiancé a eu la présence d'esprit de "la fermer" après que j'aie raconté ma mésaventure...
Et comme disait La Fontaine...
"jura mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus !"