Salut Eliphas !
Plusieurs sujets dans ton post.
Itinéraire Sans aucunement vouloir t’influencer, je te recommande de bien te documenter sur le transsibérien ; ne pas oublier qu’à l’origine cette ligne a été construite pour des raisons économiques (relier des sites industriels et administratifs). La Sibérie n’est pas très peuplée et, si les gens y sont très sympas, ça n’est pas très dépaysant sur le plan culturel, car la
Russie a beaucoup changé. Pour avoir été dans l’URSS de 1983, les choses étaient alors vraiment différentes de chez nous. Mais aujourd’hui, la
Russie est un vrai pays capitaliste et tu seras surpris de voir que
Moscou est une métropole internationale à l’image des autres grandes villes occidentales (mêmes magasins de luxe, mêmes voitures dernier cri, mêmes autoroutes, etc...). D’ailleurs une étude récente a montré que c’était la ville la plus chère du monde. Bref, vu les objectifs de ton projet, je crains que tu ne passes beaucoup de temps sur cet itinéraire pour un apport assez mince. De plus, le coût de la traversée
Moscou-
Pékin n’est pas neutre. Ceci dit, on apprend toujours quelque chose en voyageant.
Une variante intéressante pourrait être un trajet via la
Turquie et l’
Iran puis l’
Ouzbékistan. Les iraniens sont souvent curieux vis a vis des étrangers et recherchent assez spontanément le contact, d’autant que l’anglais est assez répandu. De plus, tu pourras rencontrer en
Iran des pratiquants d’une religion aussi ancienne que confidentielle aujourd’hui : les Zoroastriens. La communauté la plus importante du culte de Zarathoustra se trouve à Yazd où on peut voir dans leur temple le feu sacré qui brûle depuis 1500 ans dit-on.
Le Mékong sa vallée et son delta est un thème à lui seul :
Laos,
Cambodge,
Vietnam sont habités par des « tribus » différentes et cela permet d’envisager des contacts variés et enrichissants.
Quoi qu’il en soit, il me semble intéressant que ton projet soit porté par un fil conducteur (à définir) qui fixe la dimension essentielle de ton projet pour lui donner de la cohérence et soutenir ta motivation dans les moments de doute.
La ChineSujet très complexe.
Berceau de traditions philosophiques, scientifiques et médicales incontestablement majeures, plusieurs décennies de communisme conquérant ont profondément affecté la continuité de ces traditions et cultures. A un point tel que, questionnant une jeune femme chinoise sur sa religion, elle nous répondit : « communiste ! ».
La
Chine d’aujourd’hui est un colosse aux pieds d’argile et ne tient que grâce à des taux de croissance économique élevés. Vu sa population, les dirigeants chinois sont obligés de faire naître une classe moyenne importante pour limiter des tensions sociales dangereuses en cas d’affaiblissement de la croissance. C’est cela en particulier qui motive leur politique monétaire du yuan faible. A cette fin, le pouvoir chinois incite les gens à travailler et à s’enrichir, message qui passe très bien dans une société où le matérialisme communiste rejoint presque « naturellement » le matérialisme capitaliste. Alors, quid des valeurs traditionnelles ?
Elles sont conservées semble-t-il dans le domaine médical (acupuncture, plantes médicinales, diététique) malgré de rapides progrès de la pharmacie chimique et ont pratiquement disparu pour ce qui est plus subtil comme le travail sur les énergies (Qi Gong, Taï Qi Chuan) et la religion. Une tentative eut lieu dans les années 80-90 de retour à ces racines à travers le Falun Gong qui était soutenu officiellement. Mais devant le succès de ce mouvement, le pouvoir chinois a pris peur et interdit de pratiquer ce Qi Gong, qualifiant le Falun Gong de secte et poursuivant et emprisonnant les adeptes. Son fondateur dût s’exiler aux
USA. Et si le Taï Qi est encore pratiqué, il l’est plus comme une simple gymnastique rythmique que comme un véritable travail sur les énergies subtiles.
Ce préambule un peu long pour dire que la très grande majorité des chinois ne rêve aujourd’hui que d’atteindre les standards matériels occidentaux en s’enrichissant pour pouvoir consommer par exemple des produits laitiers ou du vin, alors que ces habitudes alimentaires étaient très rares voire inexistantes dans la
Chine traditionnelle. Sans parler des voitures, des produits technologiques, de beauté ou ceux dits de luxe, etc...
Alors bien sûr, il reste des chinois qui entretiennent presque clandestinement les traditions philosophiques et les pratiques des énergies subtiles, mais beaucoup de ces maîtres ont fui à l’étranger, témoignage direct de l’un d’entre eux installé à
Paris depuis 21 ans. Quand aux anciens lieux de culte, ils sont souvent entretenus à des fins touristiques plus que pour servir de lieux de pratique religieuse. Il faut noter aussi que certaines traditions perdurent, comme la pratique du Feng Chui ; mais il semble que cela relève plus de la superstition que d’une réelle approche philosophique ou spirituelle.
Du reste, historiquement, et pour faire court, il existait dans cet ancien grand empire une répartition des tâches singulière : aux Tibétains les traditions spirituelles et religieuses, et aux Han les traditions guerrières et commerciales, les unes complétant et protégeant les autres. Mais tout cela s’est effondré en 1959 avec l’invasion du
Tibet et donc la disparition progressive de la dimension spirituelle.
En conclusion (provisoire), je pense que, sauf chance extraordinaire (ce que je te souhaite au demeurant), tu risques d’être un peu sinon très déçu par les échanges que tu pourras avoir sur ces sujets, d’autant plus qu’il y aura l’obstacle de la langue, les chinois parlant anglais n’étant pas si nombreux que cela sauf dans les grandes métropoles économiques, et encore...
La médecine naturelle « Souvent, lorsque j'entends parler de médecines traditionnelles (par opposition à notre médecine occidentale), à la conception d'énergie interne et a fortiori du corps humain comme quelque chose de plus complexe qu'un conglomérat d'organes empilés les uns sur les autres, à la méditation, etc. j'associe ça à la Chine, et à une certaine forme de "spiritualité" (plutôt laïque que religieuse). A tort ? »La médecine holistique (ou ayurvédique) tout comme le bouddhisme sont d’origine indienne et non pas chinoise, ce qui nous fait revenir vers ce pays central à de nombreux égards... Par exemple, les canaux subtils et autres chakras de l’acupuncture chinoise ont été découverts par les hindous. Il est cependant exact que les chinois ont ensuite développé des pratiques religieuses et médicales sur la base des traditions indiennes.
Voilà! Bonnes réflexions...