Allez, il faut dire la vérité :
Mayotte, les gens l'apprécient quand ils la quittent. D'ailleurs je ne connais pas de couple de métro qui ait un tant soit peu d'argent et qui ne l'utilise pas pour voyager. C'est quand même bizarre ! On va te vendre
Mayotte comme l'île au lagon, avec des tas de choses à faire, et dès que ces thuriféraires en auront l'occasion, ils monteront dans l'avion, qui pour Mada, qui pour
Maurice, qui pour l'
afrique du Sud, qui pour
Zanzibar, qui pour la réunion. C'est tout de même étrange, non ?
C'est que la réalité n'est pas si idyllique.
Commençons par le climat : il règne à
Mayotte une chaleur humide infernale de novembre à avril avec un taux d'humidité avoisinant les 85% Avant d'aller dans la douche on transpire, sous la douche, on sue et lorsqu'on en sort, on se dit qu'il faudrait en reprendre une. Il faut être véritablement entraîné pour supporter tout ça. On venait de
Martinique, le choc a été moins dur, mais il faut reconnaître que ce n'est pas facile.
Poursuivons par le climat social : en tant qu'enseignant vous aurez en face de vous au moins 50%, plus selon les zones, d'enfants issus de l'immigration clandestine, dont les parents vivent terrés dans d'ignobles bidonvilles et ne parlent pas un traître mot de français. Ca c'est pour les plus chanceux d'entre eux. Les autres -qui ont perdu leurs parents dans un naufrage de koiça-koiça (c'est le nom des embarcations précaires que ces pauvres gens prennent pour venir vivre dans l'Eldorado français) sont livrés à eux-mêmes et font la manche dans la rue pour survivre quand ils ne volent pas. Dites vous bien qu'un séjour à
Mayotte sans vol (cambriolage ou autre) relève de l'exploit. D'ailleurs les compagnies d'assurance locales n'assurent pas contre le vol, surtout les scooters. Au passage, parlons de l'hypocrisie de notre beau pays, qui accepte les enfants clandestins dans ses écoles pour justifier sa réputation de défendeur des droits de l'homme, mais qui n'hésite pas à renvoyer leurs parents dans l'île d'en face. Il y a là une chose publique qui m'échappe.
Culture ? vous avez dit culture ? On vit ici dans la plus grande détresse culturelle. il y a bien un ciné, qui fonctionne une fois sur deux, et qui diffuse des films dont personne n'a entendu parler. Point de théâtre ou de concerts. Peu de sorties en dehors des sempiternels restos, mais à la longue, ça finit par faire cher. Vous me direz, maintenant à l'heure du virtuel, on pourra toujours se rabattre sur Internet ! Que nenni! Ou bien il vous faudra encore bourse délier, car si vous optez pour une connection rapide, la seule valable d'ailleurs, il vous faudra débourser au minimum 54 euros mensuels, limités à 1 giga de trafic ! Vous apprendrez d'ailleurs assez rapidement la nuance entre le trafic et le téléchargement, car au 8 du mois, vous avez déjà explosé votre forfait, et vous voyez vos factures Internet atteindre des hauteurs qui donnent le vertige.
Car la vie ici n'est pas donnée : vous serez de près ou de loin considérés comme des nababs, et il faut reconnaître qu'au vu des conditions de vie précaires des locaux dont j'ai parlé plus haut, vous n'en êtes pas loin. Mais votre maigre salaire de prof métro, quand bien même fût-il augmenté d'une prime, suffira à peine à vous faire vivre : les loyers sont excessifs au vu des prestations proposées. comptez de 800 à 1500 euros pour un T3, selon la situation et surtout selon la sécurité. Car avant de choisir le cadre, il vaudra mieux privilégier la sécurité, et si l'on veut éviter les cambriolages trop fréquents, il ne sera pas inutile de choisir un appartement bien grillagé, qui vous donnera l'impression de vivre dans une cellule. Les produits de première necessité sont au mieux 35% plus chers qu'en métropole, mais cela peut aller jusqu'à 150% selon les produits et les endroits où vous les achetez. Il existe un seul hyper dans l'île qui pratique des prix prohibitifs sur le dos des nababs que nous sommes.
Donc autant vous dire que si vous venez seul, cela risque d'être problématique, surtout s'il vous faut ajouter 500 euros mensuels d'école privée associative afin que vos chers enfants ne prennent pas de retard dans leur scolarité.
Bref rien de bien reluisant dans cette île que certains s'attachent à maintenir dans cet état, pour continuer à encaisser vos sous, pardon, nos sous. En ce qui me concerne, je compte les jours qui me séparent du départ, et je promets qu'on ne m'y reprendra plus. (j'ai pourtant vécu dans de nombreuses îles -Tuamutu, Loyauté, Marquises,
Antilles- mais je n'avais jamais vu ça.) Je serai heureux quand l'expérience cessera.
maintenant, à vous de tenter la vôtre. Du reste vous n'avez plus le choix.