7 août - Si j’avais dû donner un titre...
Je suis de bonne bonne bonne bonne humeur ce matin, y’a des matins comme ça !... Ouh là... J’ai des références musicales de ouf, moi, aujourd’hui ! Faut dire que j’ai passé une super nuit à une super température, aidé il est vrai par une super fatigue... Du coup, je suis frais dispo dès six heures et demie !... Mais ma maladie n’a pas l’air contagieuse car il me faut filer un grand coup de santiags à Sandrine pour la réveiller ! « Pas question de faire la grasse matinée, on n’est pas venu là pour rigoler, non mais !!! » Aaaah, si tu pouvais la voir en train de démonter la tente la tête dans l’c... Ben tu rigoles, mais essaie de mettre ta tête là où tu penses pour démonter une tente, et tu verras que ce n'est pas des plus pratiques...
Allez, reprenons le fil de cette journée qui commence par un beau levé du soleil sur les falaises de Flaming Gorge... Si j’avais dû donner un titre à cet instant, un peu comme je le fais pour chaque journée, ça aurait été « Au pays du soleil levant » ! Mais conseil numéro un, éviter de réveiller le cobra et l’anaconda qui somnolent en plein milieu du chemin qui sépare notre tente du point de vue. Conseil numéro deux, je rappelle qu’étant en haut d’une falaise, il ne faut pas oublier de surveiller de près ses enfants !... Ah, tiens, ce couple d’américains suit notre conseil plus qu’à la lettre puisqu’ils trimballent leur gamin au bout d’une vulgaire laisse... Maintenant que nous sommes au point de vue, si j’avais dû donner un titre à cet instant, un peu comme je le fais pour chaque journée, j’aurais plagié Depeche Mode en le nommant « Enjoy the silence », car nous profitons de ce moment de quiétude, limite de recueillement, avec une sensation de boules quies vissées dans les oreilles... Je me surprends même à me trifouiller les écoutilles à plusieurs reprises pour être bien sûr de ne pas en avoir... Mais bon, tout cela ne dure qu’un temps car ce n’est pas le tout, mais on a une voiture à prendre !
Ben oui, pour celui du fond près du radiateur qui ne suit pas..., oui, c’est bien à toi que je parle,... ben je rappelle que la journée de route va une nouvelle fois être longue et fatigante. Mais l'euphorie est là et c'est bien le principal... Et puis, l'euphorie, elle s'en fiche un peu de la fatigue... Donc c’est parti mon kiki pour une première heure de conduite jusqu’à notre premier arrêt, j’ai nommé le
Dinosaur National Monument. Une fois de plus, nous continuons à amortir notre pass annuel. Sauf qu’on ne va pas visiter l’intégralité de cet immense parc. Nous n’avons d’yeux que pour le célébrissime Quarry Exhibit Hall, plus grand musée au monde consacré à la nourriture pour chien. Non, je plaisante, c’est en fait un bâtiment flambant neuf qui abrite un immense pan rocheux renfermant plus de mille cinq cents os de dinosaures. Les chiens seraient quand même dans leur élément ici... Os de diplodocus, stégosorus ou encore d’allosaurus...
La profusion s’explique par le fait que des carcasses de nombreux dinosaures ont été charriées par une rivière et se sont amoncelées dans un bras mort. Le dépôt de couches sédimentaires successives a pris le relais pour terminer l’travail... Et l’endroit devrait te plaire ! En tout ca, il passionne notre petite Anna, qui après hôtesse de l’air le premier jour, puis ranger le cinquième, veut maintenant devenir paléontologue... Plus sérieusement, bien qu’on ne soit pas trop musée, on trouve celui-ci vraiment bien fichu. Il n’y a pas beaucoup d’endroits au monde où on te laissera toucher de véritables ossements de dinosaures... Tu l’as compris, si j’avais dû donner un titre à cet instant, un peu comme je le fais pour chaque journée, je l’aurais appelé « Jurassik Park » où tu ne manqueras pas de t’arrêter si tu viens dans le secteur...
A quelques kilomètres de là, nous faisons ensuite un arrêt ravitaillement dans, sans conteste, la ville la plus fleurie au monde. Si elle était en
France, elle aurait à coup sûr pas moins de dix-huit petites fleurs sur son panneau. Cette ville, c’est Vernal, qui en plus des fleurs, s’autoproclame capitale mondiale des dinosaures. Des fleurs, des dinosaures, une station service à l’essence à prix bas, un Walmart et on s’en va pour trois heures de routes supplémentaires à mettre à notre actif pendant lesquelles on traverse de nouveau des faubourgs qui n'ont rien à voir avec Saint Honoré... Ah si, en route, on peut quand même signaler des panneaux qui, si je traduis, te disent ceci : « Boucle ta ceinture, c’est la loi ! » En
France, on t’explique que c’est pour ton bien, pour celui de tes enfants, de tes parents, de l’écologie, du PSG, du président de la république,... Ici, tu la boucles et tu respectes la loi, un point c’est tout ! Techniques pédagogiques un tantinet différente...
Après ces trois heures supportées grâce à l’air conditionné, hip hip hip, hourra, nous arrivons enfin ! Oui, ok, je fais mon mea culpa... L’air conditionné, ce n’est pas bien pour l’écologie mais je préfère quand même avoir l’air conditionné plutôt que d’avoir l’air... stupide en crevant de chaud. Du coup, on se présente au guichet de
Goblin Valley State Park sans auréole sous les bras, prêts à en découdre... Et la gentille dame à l’entrée rajoute une couche à mon enthousiasme en m’annonçant que l’entrée pour nous, c’est gratuit du fait qu’on va dormir dans le camping du parc. Huit dollars de plus dans mon escarcelle ! Tout serait parfaitement parfait si ces p... de nuages ne venaient pas nous faire ch... Car oui, là, je suis aussi vert que le bonhomme de Cétélem ! A à peine cinquante bornes de Goblin, nous avons assisté à un défilé de haute couture. Des gros, des petits, des blancs, des gris... Que des nuages venus là exprès pour m’empêcher de vivre mon rêve éveillé.
Mais qu’à cela ne tienne ! Car après avoir monté notre campement dans un décor lunaire, nous filons tout droit vers le site... Et du haut du promontoire, je peux te dire que c’est bôôôôôôôôô à en user tout son stock de « ô »... J’ai beau chercher, je ne trouve pas assez de superlatifs dans mon vocabulaire pour décrire ce que j’ai sous les yeux... Allez, j’arrête de faire mon égoïste et je te décris un peu l’portrait du gobelin. Car oui, le choix du nom du site n’est pas innocent. Se dressent en contrebas de nous toute une armée de lutins, de champignons géants ou je n’sais quoi d’autre. La
Chine a son armée de guerriers à
Xian, les
Etats-Unis ont leur armée de lutins à Goblin Valley ! Une fois de plus, le secret de ce paysage, c’est l’érosion ! Et bien merci à toi, l’érosion, parce que c'est super beau ! L’érosion de l’eau, du vent et du gel a en effet sculpté cette roche à la dureté différente d’un mètre à l’autre. La roche tendre s’en est allée là où la roche dure fait de la résistance.
Autrement dit, c’est la cours de récré par excellence pour organiser les championnats du monde de cache-cache, surtout quand on sait que notre famille a la chance de compter dans ses rangs deux membres éminents du gratin international de la discipline... Mais avant cette incontournable partie qui nous pend au pif, allons saluer de plus près ces milliers de lutins pétrifiés qui paraissent surveiller la vallée... Une fois en bas, c’est bôôôôôôôôô à en user tout son stock de « ô »... Oui, je sais, je me répète mais que veux-tu, j’ai l’excuse de l’âge, maintenant !... Y’a pas à tortiller du jouflu, il n’y a vraiment que l’ouest des
Etats-Unis pour nous gratifier de ce genre d’endroits surnaturels ! Car là, on est littéralement dans un labyrinthe de formations rocheuses aux formes alambiquées. Et pour ta gouverne, sache qu’il est bizarrement autorisé de grimper partout où tu l’entendras... Mais gare à tes fesses si tu viens ici et que tu ne prends pas soin de cette splendeur, héritage de milliers d’années d’érosion ! Je ne voudrais pas qu’on me rapporte que tu y as assouvi tes envies de graffitis et de meurtres de lutins ! Donc tu viens et tu respectes les lieux, merci pour eux !...
Ça y est, comme l’obturateur de mon Canon Eos 450D s’est mis en sécurité pour cause de surchauffe, il est temps d’honorer l’engagement que l’on a pris avec nos filles. Pour cela, je connais l’endroit idéal : la vallée numéro trois ! En fait, le site est composé non pas de une, non pas de deux, mais bel et bien de trois vallées. Et vu qu’il n’y a déjà pas foule dans la première qui est la plus accessible, tu imagines bien que ça ne doit pas se bousculer au portillon dans la troisième... Pour s’y rendre, lorsque tu descends du promontoire pour accéder à la première vallée, va tout de suite vers la droite jusqu’à atteindre une barrière rocheuse que tu vas contourner par tribord. C’est en fait derrière cette barrière rocheuse que tu vas découvrir la troisième vallée, totalement ignorée des visiteurs..., sauf par nous ! Un, deux, trois, quatre,... Allez, je te laisse contempler tout seul comme un grand mes photos car Anna a commencé à coller et je dois trouver une bonne planque...
Trouvés !!!... Quel panard de passer ces moments dans un endroit pareil en compagnie des visages de nos filles illuminés comme des sapins de Noël !! Au final, je crois que je suis tombé sous le charme de ce site et je ne pense pas être le seul vu qu’Anna nous dit même qu’il est son préféré parmi tout ce qu’on a donné à manger à nos yeux depuis notre arrivée aux
Etats-Unis !...
De retour sur le promontoire, on profite encore de longues minutes de ce paysage tout en se désaltérant d’une bonne bière. Et je n’sais pas si avec de l’alcool, la fête est plus folle mais en tout cas, le paysage, lui, est égal à lui-même ! Sauf que sans vouloir faire injure à ma Sandrine, cette bière, et bien j’aurais préféré la prendre avec mon kiné ostéopathe préféré... Non seulement, il aurait apprécié à juste titre le décor mais en plus, il en aurait profité pour me remettre en place la cervicale qui me chatouille le haut du dos depuis ce matin... Mais bon, ne crachons pas dans la bière, le moment présent est sacrément tip top ! Bref, tu l’as compris, Goblin, que je t’aime, que je t’aime, ooooh, ah que je t’aime...
Et on aime aussi beaucoup son camping ! Car faire un barbecue sur une planète inconnue, ça ne nous était encore jamais arrivé. Dans ma collection de camping, en voilà encore un que je n’échangerais contre aucun hôtel au monde... Voilà, je crois que je n’ai plus de secret pour toi en ce qui concerne cette journée vu que nous nous apprêtons à fermer boutique... C’est alors qu’une mouette ne l’entend pas de cette oreille puisqu’elle survole notre emplacement tout en nous faisant grâce de nombreux pets malodorants. Et comme le dit mon proverbe, mouette qui pète, gare à la tempête ! Et ça se confirme dès le coucher du soleil et le coucher des corps car si j’avais dû donner un titre à cet instant, un peu comme je le fais pour chaque journée, ça aurait été « Autant en emporte le vent » ! Un vent à décoiffer les chauves... que dis-je,... à décorner les bisons s’invite dans notre vadrouille, tentant à chaque instant d’arracher notre tente à ce magnifique paysage. Heureusement pour nous, les kilos de hamburgers engrangés jusqu’aujourd’hui nous aident à tenir bon. Mais ce n’est malheureusement pas le cas de notre voisin américain qui vient d’arriver et qui tentent de monter sa canadienne malgré le remake de Twister qui se joue actuellement. Je rappelle tout de même pour l’obsédé sexuel que tu es que dans la phrase précédente, l’américain est un homme alors que la canadienne est une tente... Bref, pour maintenir sa tente pendant qu’il plante ses sardines, cet idiot ne trouve pas meilleure solution que d’y mettre son fils de deux ans à moitié endormi ! Grave erreur ! Ce pauvre gamin visiblement pas élevé aux hamburgers n’aura pas le temps d’y commencer sa nuit puisque Gertrude arrache la tente et l’emmène violemment dans un roulé-boulé contre la barrière rocheuse située cinquante mètres plus loin. Au fait, Gertrude, c’est le petit nom que j’ai donné moi-même à la tempête. Bref, au final, le gamin est en pleurs, les amerlocks n’ont plus de tente, nous n’avons pas assez de place pour les accueillir dans la nôtre..., ils doivent se résoudre à pioncer dans leur voiture jusque demain matin. De toute façon, demain est une autre aventure...