Le plus contrôlé :
Mai 2019. La longue file de camions garés sur les bas-côtés de la route indique que la frontière n'est plus très loin.
La voiture s'arrête enfin devant la barrière métallique rouge et blanche baissée au milieu de la route, c'est aussi ici que nous quittons Arty, le jeune et charmant guide qui nous a accompagné ces derniers jours.
Direction le petit guichet en dur où nous attend un jeune soldat qui entreprend de recopier à la main les détails de nos passeports sur un immense registre. Cela prend du temps car il s'applique. Toutes les pages sont remplies de colonnes noircies d'une écriture fine et régulière, légèrement penchée et surtout sans aucune rature. Je suis impressionné.
Le chef, debout près de la fenêtre à l'extérieur, nous demande si nous avons aimé notre séjour
Turkménistan. Diplomate, je lève le pouce et fais un petit sourire, cela semble le satisfaire pleinement.
Finalement, nous récuperons nos passeports et lançons l'unique mot que nous avons retenu dans la langue locale :
Sag bolun.
Nous traversons la route pour rejoindre la petite camionnette grise qui pour 1 US$ conduit les piétons au poste principal un kilomètre plus loin mais au préalable nous devons montrer nos passeports à la jeune sentinelle qui les feuillette attentivement avant de nous les rendre et indiquer la camionnette qui nous attend. Nous y retrouvons deux jeunes femmes et une grand-mère souriantes et chargées de gros cabas qu'elles entassent pour nous faire de la place.
Quelques instants plus tard, nous arrivons à une autre barrière où attend un petit groupe de voyageurs faisant le trajet dans le sens inverse. Dès que s'ouvre la portière c'est la grande bousculade, chacun voulant monter sans nous laisser descendre. Un autre soldat au chapeau rond nous demande nos passeports et les inspecte méticuleusement avant de nous laisser traverser la cour en direction du gros bâtiment crème aux toits verts et arborant le portrait géant du président bien aimé et toujours souriant.
Curieusement les camions qui passent au compte-goutte, la plupart immatriculés en
Iran et en
Turquie, se dirigent comme nous vers le côté sortie, le côté entrée restant désespérément vide ?!
A l'intérieur, une pièce meublée d'un bureau et d'une chaise, et une dame est en train de remplir des formulaires. Pensant avoir à faire à une fonctionnaire, nous lui faisons nos plus beaux yeux interrogatifs. Ca marche puisqu'elle pointe son stylo vers la pièce suivante, celle qui contient un portique électronique et un scanner à bagages. Deux douanières sont en train d'ouvrir les valises d'une jeune famille et de sortir tout leur contenu pendant que les trois passagères de la camionnette passent à la fouille corporelle.
La plus jeune des douanières nous demande d'ouvrir nos petits sacs à dos pendant que nos valises passent sous les rayons sans qu'il y ait quiconque pour vérifier l'écran de contrôle !
Elle nous demande ensuite des formulaires que nous n'avons pas, heureusement son agacement disparait comme par enchantement quand elle aperçoit le kangourou et l'émeu sur la couverture de nos passeports. Incroyable métamorphose, elle est maintenant tout sourires et se propose même de remplir les fameux formulaires pour nous.
"
Money, how much money you have?". Je me demande l'intérêt de cette question puisque nous partons ?!
"
You have engine?". Alors là aucune idée mais tout s'éclaircit quand elle fait semblant de tenir un volant.
Une fois les formulaires signés et tamponnés. nous pouvons rejoindre la queue devant un guichet où deux douaniers examinent les passeports avant de les scanner et enfin les tamponner.
Dehors, nous retrouvons les trois passagères de tout à l'heure puis la jeune famille et attendons la camionnette qui vient juste de partir jusqu'à la frontière proprement dit.
Les camions qui ont été inspectés sont maintenant alignès dans le
no man's land. Les chauffeurs se sont installés par petits groupes et préparent leur repas du soir. Ils savent déjà qu'ils n'iront pas plus loin aujourd'hui.
Pour la troisième fois nous montons dans une camionnette (
en voilà un petit business lucratif !) qui se faufile parmi les camions immobilisés. Un dernier virage et voilà les grillages, les lampadaires, les miradors et une guérite jaune et verte, cette fois nous y sommes à la frontière surtout que j'aperçois, au-delà du ruisseau, une autre guèrite, grise et bleue celle-ci, et d'autres uniformes.
Pas si vite, nouveau contrôle des passeports, le dernier soldat voulant s'assurer que le tampon de sortie a bien été apposé.
Je peux enfin savourer ce moment magique, celui de ne plus y être tout en n'y étant pas encore, mais qui dans ce cas précis ne dure que le temps de franchir un petit pont enjambant un cours d'eau et de passer une paire de barrières.
Plusieurs soldats armés, casqués et en treillis, nous attendent de pied ferme et le premier mot du chef est : "
Passports"
Nouveau miracle, le kangourou produit son effet enchanteur voire même attendrissant car il faut voir comment ce soldat en tenue de combat s'émerveille en tournant les pages pour faire apparaitre les kangourous en filigranes.
"Sydney, Melbourne?""Perth""Ah! Australia football good, very good"Effectivement, il me semble me rappeler qu'il y a une paire d'années, l'
Australie a battu l'
Ouzbékistan lors d'une rencontre éliminatoire de la Coupe d'Asie. C'est d'ailleurs fou comme l'
Australie est devenue célèbre dans cette partie du monde depuis qu'elle fait partie de la zone Asie... pour le football.
Heureusement il n'est pas rancunier d'ailleurs il nous souhaite même la bienvenue en
Ouzbékistan.
De ce oôté-ci, la camionnette-navette est plus luxueuse et plus spacieuse et toujours pour 1 US$, nous sommes déposés près d'un corridor grillagé surveillé par deux soldats... qui demandent à voir nos passeports... cela devient une véritable obsession.
"
Oh, Australia, Kangaroos, Welcome", Il est tout simplement génial ce passeport !!!
Au bout du corridor, un mec en tenue blanche nous interpelle, lui n'est pas intéressé par nos passeports mais par nos oreilles... pour prendre notre température !
Contrôle médical passé haut la main nous poursuivons jusqu'aux guichets où attendent deux douaniers.
"
First visit to Uzbekistan? Welcome." me dit celui de gauche en ajoutant un tampon tout beau, tout neuf.
Nous passons à l'étape suivante, celle de l'inspection des bagages où règne une ambiance tendue entre une jeune femme et une douanière qui vient de découvrir deux bouteilles de trois litres d'assouplisseur de lessive dans l'une des valises. Gueulantes et engueulades, magnifique scéne théâtrale mais gros blocage qui finit par attirer le chef des douaniers qui lance un grand coup de gueule dans la salle. Silence total et tous les regards se tournent brusquement vers nous. J'imagine que le chef leur a demandé de se calmer en présence des deux étrangers. On nous fait passer devant sans même inspecter nos bagages mais sans oublier de nous poser deux questions : transportez-vous des drogues et avez-vous une drône dans votre valise ?
Ca y est, nous sommes passés, juste un autre soldat qui garde la dernière grille à qui nous tendons automatiquement nos passeports.
"
Ah, Americans."
Outrés, nous lui répondons en coeur: "
No, no Australians, see kangaroos."
"
Yes, yes, kangaroos, welcome".