Désolé d'avoir tardé à vous répondre....
Pardonnez ma question mais je n'ai pas bien saisi ce que vous voulez dire...
En quoi le bilinguisme ou le multilinguisme seraient-ils « soustractifs » et surtout, en quoi aboutiraient-ils fatalement à la « négation » du groupe « minoritaire » le(s) pratiquant ?
Quand on considère la définition du bilinguisme proposée par Cyrilleho
« Un
denaskulo est un locuteur qui grandit avec la langue durant son enfance. Si deux langues sont en présence, ce qui est toujours le cas pour l’espéranto, il s’agit donc d’un locuteur bilingue. »
Cette situation suppose que les rapports se font dans les deux langues de façon plus ou moins simultanée, indifféremment dans les deux langues. Dans le cas de
l'espéranto, il n'existe pas de concurrence avec la langue nationale ou régionale.
Ce concept de bilinguisme n'est pas celui auquel je suis habitué et auquel je faisais référence. L'apprentissage de l'espéranto est neutre et respectueux de tous.
Considérons un enfant qui a comme langues apprises à la maison le français et le polonais. Sa famille vit en
France. Le développement de la langue polonaise risque d'être ralenti et moins favorisé dans le contexte socioculturel, sa maîtrise du polonais sera plus faible. Le contraire serait vrai si la même famille vivait en
Pologne à cause du contexte socioculturel.
Dans l'hypothèse où la même famille vit en
Grèce, quelle langue l'enfant pourra développer... Naturellement, l'enfant ne fréquentera ni une école française réservée au expat. ni une école internationale. Il fréquentera l'école de proximité.
À la fin de sa scolarité, l'enfant sera trilingue ou quadrilingue. Est-ce qu'il maîtrisera une de ses langues maternelles?
Pour moi, votre expérience bien que valable demeure exceptionnelle.
En contexte montréalais,
Montréal est une ville cosmopolite, il y a beaucoup d'enfants d'immigrants qui conservent leur langue d'origine et qui par la force des choses deviennent assez rapidement trilingues voire quadrilingues. Ils sont souvent le lien entre les parents et la communauté d'origine où l'anglais sera le plus souvent utilisé, favorisé et encouragé. À l'école, le français est la langue de scolarisation. Ils finissent toujours après deux ou trois générations par abandonner leur langue d'origine au profit de la langue la plus socialement et économiquement prestigieuse.
Il y a aussi la situation d'enfant de familles exogames qui parlent deux langues de manière simultanée à la maison. Si ce sont les deux langues nationales, dans le cas du
Canada, ce sont l'anglais et le français, l'une d'elle sera moins développée selon le
contexte socioculturel. L'anglais sera bien acquis même au
Québec. La pression sociale et culturelle est telle que la langue française ainsi que les autres langues
sont toujours perdantes au profit de la langue anglaise.
Pour qu'un langue vive, elle doit être accompagnée d'une vie culturelle riche et diversifiée. Autrement elle sera utilisée de moins en moins. Cela prend une très forte volonté pour vouloir et pouvoir maintenir sa langue d'origine dans ce genre de contexte.
J'ai enseigné en français langue seconde, en immersion française et en milieu minoritaire où le seul lieu d'utilisation du français se limitait à la famille, la salle de classe et à l'église. Pour les élèves du programme de FLS, la pression sociale était tel qu'ils étaient rébarbatifs et réfractaires à l'apprentissage du français.
Si on considère le contexte européen où les occasions culturelles sont multiples
grâce à la proximité cela me semble faisable. J'étais bien amusé d'entendre des Français, en
Espagne, essayé de se débrouiller et baragouiner l'anglais ou l'espagnol. J'ai servi d'interprète plus souvent qu'à mon tour même auprès de Coréens. J'ai été déçu de converser avec un Galicien qui me disait regretter que la scolarisation de ses enfants se soit faite en galicien car c'était maintenant un désavantage économique. J'ai été surpris de rencontrer une catalane qui parlait seulement catalan.
J'ai aussi été estomaqué de me faire accueillir en anglais au Louvres. Malgré ma demande et mon insistance, la préposée à l'accueil a poursuivi en anglais! Est-ce cela le bilinguisme... c'est-à-dire l'imposition d'une langue commune comme le hamburger insipide de la restauration rapide?
En quoi le bilinguisme ou le multilinguisme seraient-ils « soustractifs » et surtout, en quoi aboutiraient-ils fatalement à la « négation » du groupe « minoritaire » le(s) pratiquant ?
Bilinguisme additif (Wallace Lambert)
Situation bilingue où l’enfant a pu développer ses deux langues de façon équilibrée et a pu, à partir de son expérience bilingue, bénéficier d’avantages sur le plan de son développement cognitif; cet état se retrouve surtout lorsque les deux langues sont valorisées dans l’entourage socioculturel de l’enfant.
Bilinguisme soustractif (Wallace Lambert)
Situation bilingue où l’enfant a développé sa seconde langue au détriment de son acquis en langue maternelle et qui peut entraîner des désavantages sur le plan du développement cognitif; cet état se retrouve lorsque l’entourage dévalorise la langue maternelle de l’enfant par rapport à une langue dominante, socialement plus prestigieuse.
Il me semble qu'on peut être « assimilé » – ou se considérer comme membre à part entière de la nation du pays dans lequel on vit – sans avoir pour autant renié sa culture et sa (ou ses) langue(s) familiale(s).
Il est possible de s'intégrer à une société tout en conservant sa langue d'origine et sa culture mais cela me paraît tout à fait impossible et contradictoire lorsqu'il y a assimilation. Est-ce qu'en
France, le consensus social et accepté de tous, qui n'est pas toujours remis en question, est que le français est la langue commune? Les gens peuvent parler la langue qu'ils veulent dans leur famille mais la communauté et l'école transmettent la langue et les bases d'une culture commune. L'école se chargera comme elle s'est affairée si bien à le faire, à normaliser, à rendre pareil les élèves et à imposer la langue française, cela même au détriment des langues régionales.
Pensez-vous que si on avait permis aux langues régionales d'être fortes et de rayonner en
France que l'unité linguistique aurait été faite?
Allez demander cela aux Cadiens de la Louisiane qui de manière systématique se faisaient battre pour avoir parler français à l'école ou aux Fransaskois et autres franco-canadiens (Québécois inclus) qui se faisaient apostropher lorsqu'ils utilisaient le français et se faisaient répondre : english please! ou speak white...
L'
assimilation culturelle, ce qui inclus la langue, est une forme d'
acculturation
, au cours de laquelle un individu ou un groupe abandonne totalement sa culture d'origine pour adopter les valeurs d'un nouveau groupe. Celle-ci n'est qu'une des phases possibles de l'acculturation et, si elle se réalise, elle n'en sera que la phase terminale.... elle, peut faire l'objet d'un programme social structuré lorsqu'associé à un projet de
société
. (
fr.wikipedia.org/...ia:Accueil_principal
)