| Vocabulaire thaï: quelques secrets GeorgesOZ · 25 décembre 2010 à 10:01 · 30 photos 46 messages · 7 participants · 13 108 affichages | | | | 25 décembre 2010 à 10:01 Vocabulaire thaï: quelques secrets Message 1 de 46 · Page 1 de 3 · 9 205 affichages · Partager J’avais pensé au titre suivant : « Ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Thaï mais n’avez jamais osé demander....... »mais c’était trop long...
J’ai fait une compilation du vocabulaire de base que je connais en Thaï et je me propose de vous en livrer quelques extraits accompagnés de quelques commentaires. J’espère que cela aidera ou intéressera ceux parmi vous qui sont sérieusement intéressés par cette langue magnifique. Mais ma motivation première était tout à fait personnelle. Je vais vous l’articuler en quatre points ci-dessous.
Premièrement, je ne cesse de retomber dans la confusion et l'incertitude sur un bon nombre de mots, surtout dans les quelques semaines qui suivent mon départ de la Thaïlande. Comment se retrouver dans des séquences de mots aux sons si proches mais aux sens tellement différents que :
- Nord neu :aR
- Viande neu :aH
- Fatigué neu :ayB
- Beurre neu :y
- Sueur ngeu :aB
- Moustache nuaatB - Massage nuaatB
(voir jpeg ci-dessous, pour l'écriture complète, les caractères thaïs ne passant pas sur VF).
Cela semble facile quand on a les mots écrits devant son nez, mais quand on se retrouve au milieu d’une discussion et qu’on a besoin de l’un de ces mots, là, sans hésiter et sur le champ, c’est une autre affaire ! Avoir une liste bien faite du vocabulaire le plus usuel est d’un grand secours. Je peux imprimer les mots difficiles et les consulter à tout moment, les voir et revoir tels qu’ils sont écrits en Thaï, et avec une romanisation qui rend précisément compte de leur prononciation exacte. Ils finissent par rester gravés dans ma mémoire.
Vous me trouvez pointilleux ? Certes, je le suis. Mais à mon très humble avis, il faut l’être quand on s’affronte à cette langue, sinon on perd son temps. Savez-vous combien de Thaïs sont ébahis de ce que les farangs essayent de leur dire ? Voyez les exemples jpegs plus bas (pour passer les caractères thaïs). Exemples:
« -..... je veux prendre le bateau pour « La Cheville ».....
- Quoi ? Qu’est-ce qu’il /elle raconte ? Il/elle a mal au pied ? »
ou encore:
« -..... nous aimons beaucoup « le charpentier ».....
- Bizarres, ces touristes ! Pourquoi donc ont-ils besoin d’un charpentier ?»
(avec les mots thaïs par jpeg ci-dessous)
Ou encore cette remarque faite par une forumiste il y a quelques années, qu’elle n’arrivait pas à commander du riz dans un restaurant. Les gens pensaient sans doute qu’elle se trompait d’établissement et voulaient la rediriger vers une pharmacie ou un docteur, comprenant qu’elle avait un problème aux genoux !
Deuxièmement, la prononciation courante des mots cause beaucoup de confusion. Si on n’a que l’expérience « parlée », dans laquelle on escamote les « l » et les « r » entre autres, on aura beaucoup de difficulté à lire (car on n’escamote jamais rien dans la forme écrite) ou à écouter les gens parler à la télévision (où on parle souvent sur un registre plus formel). Mieux vaut commencer par la forme « correcte » des mots et passer si l’on veut à la forme parlée courante que de procéder dans le sens inverse, ce qui est à mon avis presqu’impossible. C’est un peu comme quand on conseille à quelqu’un de commencer à jouer de la clarinette avant de passer au saxophone, plutôt que dans l’autre sens !
Troisièmement, je suis toujours intéressé par l’affiliation des langues et par l’affiliation des groupes ethniques qui les parlent. J’ai déjà longuement écrit sur les peuples de la Chine et de l’ Asie du Sud-Est (voir « Peuples de la Chine et de l'Asie du Sud-Est »
voyageforum.com/...ie%20du%20Sud-Est%20 ;
et aussi la suite :
voyageforum.com/...6amp%3B%23039%3BAsie ;). Le Thaï appartient au groupe linguistique Taï-Kradaï dont la propagation en Asie du Sud-Est est relativement récente (à peine un peu plus de mille ans). Il est historiquement bien établi que les Taï de l’ Asie du Sud-Est (cela inclut les Thaï, les Lao, les Shan, les Ahom de l’Assam et plusieurs groupes restés à l’état tribal un peu partout) se sont propagés à partir du sud de la Chine. Il y a d’ailleurs des groupes ethniques Taï importants dans le sud de la Chine d’aujourd’hui (les Zhuang du sud de la Chine sont numériquement le deuxième groupe ethnique de la Chine après les Han). Par contre, l’origine des langues Taï-Kradaï ne fait pas l’unanimité des experts. Je ne sais pas si cela servira à grand-chose, mais on peut toujours essayer d’y voir plus clair par l’intermédiaire de comparaisons lexicographiques. C’est là qu’intervient mon « vocabulaire de base ». Il y a d’autres méthodes, par exemple la morphogénèse, mais je ne suis qu’un dilettante et je me perds complètement dans le jargon des linguistes de métier. De plus, je crois qu’il est extrêmement difficile de poursuivre une analyse morphogénétique sérieuse vu que les langues Taï ne sont attestées par écrit que relativement récemment. Il existe, paraît-il, un document datant de la dynastie Han, écrit en caractères chinois mais dans une langue Taï, mais alors il ne doit pas y avoir une dizaine d’experts dans le monde qui pourraient en tirer quoi que ce soit.
Quatrièmement, je suis intrigué par la relation de proximité entre le thaï et le lao. Cet intérêt provient de mon petit vécu personnel en Isàán (voir autres postes que j’ai signés sur VF), où la grande majorité des gens sont ethniquement des lao et parlent un dialecte lao. Je ne connais pas le lao mais quelques heures passées sur le net à fouiller dans le vocabulaire lao ou à tourner les pages d’un manuel de lao m’ont suffi pour me convaincre que le lao est effectivement très proche du thaï. Dans la foulée, j’ai relevé le vocabulaire lao que j’ai rencontré et je l’ai mis en regard de l’équivalent thaï. Il en découle quelques observations qui pourraient être intéressantes pour certains.
Enfin, il y a une dernière raison, c’est que cette lubie m’offre une petite distraction bienvenue en fin de journée.
La suite au prochain numéro! Images attachées: | | | À: GeorgesOZ · 26 décembre 2010 à 10:09 Re: Vocabulaire thaï: quelques secrets Message 2 de 46 · Page 1 de 3 · 9 080 affichages · Partager Ce n'est peut-être pas le cadeau de Noël que tout le monde attendait...... mais chose promise, chose due: voici la suite!
Je vais revenir sur les thèmes évoqués plus haut, mais tout d’abord, voici quelques explications sur la liste de vocabulaire que j’ai compilée dans un fichier Excel. J’ai en tout quelques 1250 mots, un peu moins si on décompte les répétitions, un peu plus si on tient aussi compte des mots « classificateurs » que j’ai alignés (quand je les connais!) en regard des mots qu'ils "classifient". Cela représente à mon avis un excellent vocabulaire de base. Il y a bien entendu d’autres mots qui seraient candidats pour figurer sur cette liste, mais il faut bien s’arrêter quelque part.
D’emblée, je veux répéter que je suis un dilettante et que je suis sujet à erreurs, inexactitudes etc. J’accepterai donc bien volontiers des remarques sur mon vocabulaire, cela ne pourra que m’aider à améliorer ma connaissance du thaï. Merci d’avance !
Il faut aussi que je dise qu’il est impossible de fournir, sans y passer des mois entiers, une liste exhaustive du vocabulaire même de base, surtout si on pense aux idiosyncrasies du thaï tels que la formation de concepts par agglomération de mots, la sérialisation verbale, ou l’emploi des mots dits «classificateurs », un principe qu’on retrouve dans d’autres langues asiatiques (le Mandarin, le Vietnamien, le Khmer, le Bahasa Indonesia/ Melayu etc) mais étranger aux langues indo-européennes. Prenons pour exemple le mot « banane » : il ne suffit pas d’apprendre « gluayT », il faut encore apprendre le classificateur « phohnR ». En effet, pour dire « je veux deux bananes », on ne dit pas «ao saawngR gluayT » mais « ao gluayT saawngR phohnR ». Et ça ne s’arrête pas là car il faut se servir d’un autre classificateur pour plusieurs bananes appartenant au même régime (« weeR ») !
Maintenant, il faut que j’explique mon système de romanisation. J’ai déjà dit ailleurs que je ne pense pas beaucoup de bien du système de transcription soi-disant officiel du RTGS, le Royal Thaï General System. À mon très humble avis, ce système est une infection, car il ne tient compte ni de la longueur ni de la tonalité des sons, ce qui serait la moindre des choses pour une langue tellement définie par sa phonétique. De plus, il confond les sons « j » et « ch » par la même transcription « ch ». Le mot « jepB» (« mal, peine, douleur ») est transcrit comme « chep » en RTGS (aucune indication du ton bas, bien sûr !), exactement comme « cheu :a T» (« croire ») est rendu par « chuea » (aucune indication ni de la longueur de la voyelle, ni du ton tombant). Mais ce n’est pas le même son initial !
Comparé avec la transcription « pinyin» du Mandarin (qui tient bien la route, lui), le RTGS est une calamité - juste un degré en-dessous de l’invasion par les locustes de la Basse Égypte - et une sombre fumisterie qui ne peut servir qu’à égarer encore plus les étrangers perdus dans la langue thaïe et qui essaient vaillamment de s’y retrouver. J’ai horreur, par exemple, de la transcription « Ban » pour tous ces noms de lieux « Maison machin-chose », qui ne rend compte ni de la longueur de la voyelle ni du ton tombant. Dites « Ban » (« banne » avec un son bien court et bien plat comme dans « vanne ») à un Thaï et je vous défie de vous faire comprendre ! Et légions sont les touristes qui veulent voir la rivière Chao Phraya (comme dans « ciao amigo ! »), ce qu’aucun Thaï ne pourra jamais comprendre car le premier mot est « JaoT » (comme dans « amusez-vous bien, les djeunes ! »), un beau titre bien princier et tout.
Mais il est vrai que les Thaïs eux-mêmes n’éprouvent aucun intérêt à écrire leur langue avec des lettres latines. Comment leur en vouloir ? Ils sont déjà bien occupés comme ça à apprendre par cœur, poèmes mnémoniques à l’appui, les 44 consonnes de leur écriture, sans parler des 16 voyelles, diphtongues et triphtongues (je me trompe sans doute, il y en a peut-être 2 ou 3 de plus ou de moins). Alors, la romanisation de leur langue, c’est un problème de farangs, ça ! Ils n’en ont rien à cirer. Je leur soupçonnerais bien quelque dessein caché, dans le style des Anglais qui, paraît-il, avaient mélangé les panneaux indicateurs sur leurs routes pour mieux égarer les Allemands, au cas où ils débarqueraient. J’aime beaucoup l’ Angleterre et les Anglais, d’ailleurs (pour ceux qui voudraient m’attaquer là-dessus). Je les admire même. Comme farfelus et gens qui ont le sens de l’humour, on ne fait guère mieux.
Les tons
Il y a plus d’une façon « correcte » de représenter cette langue (le thaï, pas l’angliche) avec des lettres latines. Celle que j’utilise est dérivée de thai-language.com ( www.thai-language.com/ ), un site que je trouve excellent, précis et consistent (en plus de sa richesse extraordinaire). J’ai remplacé les lettres capitales marquant les tons à la fin des mots par des lettres qui « parleront plus » à des francophones. Ainsi :
L « low » > B = « bas »
H « high » > H = « haut »
M « mid » > il s’agit du ton moyen, et pour simplifier je n’emploie aucune lettre pour le marquer.
F « falling » > T = « tombant » (ainsi « baanF » ou « baanT » pour dire « maison »)
R « rising » > R = « remontant »
À la prochaine pour voir les voyelles et les consonnes ! | | | À: GeorgesOZ · 26 décembre 2010 à 13:33 Re: Vocabulaire thaï: quelques secrets Message 3 de 46 · Page 1 de 3 · 9 056 affichages · Partager Merci Georges pour ce joli cadeau de Noël. Khrop khun ma khrap et joyeuses fêtes a toi et tes proches. | | | À: Boumbastic · 26 décembre 2010 à 13:43 Re: Vocabulaire thaï: quelques secrets Message 4 de 46 · Page 1 de 3 · 9 052 affichages · Partager Merci Olivier, et meilleurs voeux de même à toi, ta khraawpT khruaa et ton entourage! | | | À: GeorgesOZ · 27 décembre 2010 à 12:11 Re: Vocabulaire thaï: quelques secrets Message 5 de 46 · Page 1 de 3 · 8 968 affichages · Partager J'ai donc expliqué mon système de transcription des tons. Passons au reste.
Les voyelles etc
J’ai aussi remodelé un tantinet les voyelles (et diphtongues, et triphtongues, tralala tsoin-tsoin). Au lieu de déblatérer deux pages sur le sujet, je vous colle ci-dessous (voir les jpegs) la table des « neufs voyelles de base » (les « monophtongues » - mignon, non ?), dans leurs versions longue, courte, voyelle fermée et voyelle ouverte (eh oui, rien n’est jamais immédiat ni « gratuit » en thaï !), telle qu’elle est donnée dans thai-language.com (colonnes de gauche pour les « courtes » ; colonnes de droite pour les « longues »).
J’ai écrit en rouge mon propre choix pour certaines voyelles que je trouvais trop « anglicisées » ou « américanisées » dans la version originale de thai-language.com. J’ai par exemple utilisé le « : » pour marquer la « longueur », ce qui est classique dans le système de transcription phonétique IPA (International Phonetics Association ou Association Internationale de Phonétique), sauf pour le « aa » que j’ai conservé tel quel – par fainéantise et parce que c’est assez clair après tout.
Voulant épargner le palpitant de mes lecteurs, je passe sur les diphtongues (et triphtongues, tralala tsoin tsoin!). À vous de les découvrir si vous en avez le cœur. Je donnerai des bons points à quiconque reviendra me poser des questions ou me faire des commentaires judicieux à leur sujet.
Les consonnes
Je dois cependant donner quelques explications sur les consonnes (j’en voyais qui se faufilaient vers la porte de sortie, croyant que la classe était terminée....). Pour limiter les dégâts, je ne dirai pas un mot sur le système absolument mathématique selon lequel les consonnes - telles qu’elles sont écrites et en fonction du type de voyelles et occasionnellement de 4 signes diacritiques correctifs avec lesquelles elles sont combinées - déterminent exactement le ton de la syllabe. Si ceux qui ont inventé le système, il y a quelques siècles, vivaient de nos jours, ils seraient candidats pour un prix Nobel, section Mathématiques. Selon la tradition, l’écriture thaïe a été introduite en 1283 par le roi Ramkhamhaeng le Grand (« raam kham ngaaemR haaR raatT »), le fondateur de Sukhothaï. Cette approche rigoureuse « lui » (il avait sans doute été secondé) avait été sans doute inspirée par la rigueur tout autant étonnante des grammairiens indiens – n’oublions pas l’influence énorme de la civilisation indienne (mettre au pluriel ?) sur l’ Asie du sud-est. L’alphabet thaï a été developé sur la base d’écritures « brahmi » (le sanscrit, le pali, le grantha) par l’intermédiaire de l’ancienne écriture khmère.
Un aspect que je veux exprimer au sujet des consonnes, c’est que thai-language.com fait très correctement la distinction entre les b, bp, p et ph ; d, dt, t et th ; g, k et kh. Une distinction qui m’est à cœur car, comme ceux qui m’ont déjà rencontré sur le forum le savent, j’insiste sur les consonnes intermédiaires bp, dt et g. Le « g » est intermédiaire mais il n’y a pas de vrai « g » comme dans « garde » ou « gare » (de Perpignan) en thaï - point à la ligne. Il vaudrait mieux l’écrire « gk ».
Et pourquoi donc cette complication ? Vous me trouvez sans aucun doute ultra-pointilleux ? Mais c’est qu’il y a une grosse différence, et comme je l’ai déjà dit, seuls les Alsaciens en France savent peut-être la faire : ils sauront parfaitement dire « bp », « dt » et « g » (ou « gk »), et les « Français » qui se moquent de leur prononciation n’ont simplement pas d’oreille. Passons ! De mon expérience personnelle, les Thaïs font surtout la différence entre « g » et « k », mais je me trompe peut-être. Pour dire « manger », ils ne disent ni « gin » (comme dans « gouine », pardon « guine »), ni « kin » (comme dans « (co)quinne »).
Vous pensez que je déraille ? Vous trouvez que j’exagère ? Savez-vous que c’est pour ne pas faire attention à ce genre de détail - « gawB » et non « khaawT » - que 99% des farangs ne pourront jamais dire à un Thaï « qu’ils veulent aller sur une île » ? Mais bon, je vais m’arrêter là car jche bprêêche sans augkun dtoute dtans le dtéssert. Comme on dit si bien, inutile de vouloir faire boire un âne qui n’a pas soif... Images attachées: | | | À: GeorgesOZ · 29 décembre 2010 à 8:49 Re: Vocabulaire thaï: quelques secrets Message 6 de 46 · Page 1 de 3 · 8 909 affichages · Partager Toujours pas de réactions, mais je savais que je prêchais dans le désert..... Pourtant, j'avais fait un effort, je m'étais inspiré des boules de l'arbre de Noël (de plus en plus virtuel) pour larguer quelques beaux tableaux hauts en couleurs!
Mais continuons tout de même. Ceux qui m'ont rencontré sur des postes précédents savent que je ne m'arrête pas de si tôt!
Voici donc quelques une de mes séries favorites de mots thaïs prêtant à confusion (voir les jpegs). En tout, une bonne centaine de mots qui représentent 8% de mon « vocabulaire de base ». Je conseillerai à toute personne désirant d’étudier sérieusement le thaï d’examiner de près l’écriture de ces mots et d’analyser les variations d’écriture qui résultent en ces variations de prononciation, subtiles à l’oreille des étrangers mais souvent essentielles pour bien se faire comprendre. C’est un exercice des plus profitables. Qui l'aura bien fait, et refait, aura percé bien des secrets de la langue thaïe (par référence au titre de mon poste).
Je vous inflige cette centaine de mots à cause de la longueur des « séries », d’où en partie leur caractère remarquable. Mais il y a bien d’autres exemples de confusion à ne pas commettre, et si vous le voulez, vous pourrez les trouver dans un fichier Excel que je donnerai volontiers à ceux que cela intéresse (et ce sera plus lisible que les jpegs !). Avant de quitter le sujet, je voudrais faire remarquer qu’il n’y a de fait, pour une oreille thaïe, que peu de véritables homonymes parmi tous ces mots. Images attachées: | | | À: GeorgesOZ · 29 décembre 2010 à 9:53 Re: Vocabulaire thaï: quelques secrets Message 7 de 46 · Page 1 de 3 · 8 900 affichages · Partager Mais il y a bien d’autres exemples de confusion à ne pas commettre, et si vous le voulez, vous pourrez les trouver dans un fichier Excel que je donnerai volontiers à ceux que cela intéresse (et ce sera plus lisible que les jpegs !).
Bonjour Georges, Ca intéresse le néophyte que je suis, je t'envoie mon Email en MP. Khrop khoun khrap | | | À: Boumbastic · 29 décembre 2010 à 17:03 Re: Vocabulaire thaï: quelques secrets Message 8 de 46 · Page 1 de 3 · 8 882 affichages · Partager OK, c’est d’accord!  Tu t’étais déjà manifesté, d’ailleurs, mille excuses!. J’irai donc voir ton MP.
En attendant, je donne un tout petit exemple de mon fichier Excel. C’est toujours moins qu’optimum en jpeg, mais cela donnera une idée de ce que j’ai. J’avais oublié de dire que j’ai l’équivalent en anglais pour tous les mots de ma compilation, ça pourra servir à ceux qui veulent aussi apprendre l’anglais, par la même occasion, ou pour ceux qui n’ont rien à faire du français pour commencer !
Les chiffres indiquent des mots qui se trouvent sur l’une ou l’autre des listes « Swadesh » (pour ceux que ca intéresse, perso je n’y trouve pas beaucoup d’intérêt). J’ai aussi des colonnes qui indiquent l'écriture en thaï, la prononciation (rigoureuse), les mots "classificateurs" le cas échéant, l'origine des mots (thaï, khmer, langues indiennes ou chinoises, etc) plus des commentaires qui pourront être utiles. Comme dit, c’est en construction et s’il y a des suggestions constructives, je suis preneur  . Je dis bien : con-struc-tives - mais ce n'est pas toi que je vise! Image attachée: | | | À: GeorgesOZ · 30 décembre 2010 à 8:53 Re: Vocabulaire thaï: quelques secrets Message 9 de 46 · Page 1 de 3 · 8 863 affichages · Partager Je crois que je vais « sauter » la deuxième raison que j’ai donnée pour ma compilation: la compréhension de l’orthographe des mots et par là - lié bien sûr à l’expérience pratique - la compréhension intime de leur phonétique. J’en ai déjà traité suffisamment en délivrant les listes de « mots prêtant à confusion ». Je vais donc passer à la troisième raison. Les affiliations linguistiques ont toujours été l’un de mes « dadas », et le thaï figurant en haut de la liste de « mes » langues, je me suis penché sur l’origine de son vocabulaire, son étymologie.
Affinités austronésiennes Les origines reculées de la langue thaïe sont obscures. Tout le monde (ou presque) sait que le thaï fait partie de la famille linguistique Taï-Kadaï (ou Kradaï). « Taï », soit dit en passant, a un sens plus large que « Thaï » avec un « h ». Mais allons plus loin dans le passé. Certains, avec en tête Benedict (1942; 1975), ont émis l’hypothèse que le Taï-Kadaï et l’Austronésien (AN) sont deux groupes linguistiques remontant à une même souche ancestrale : le Proto-Austro-Taï (PAT). Ils en ont jugé sur la base de similarités de vocabulaire, comprenant les pronoms personnels et les chiffres. Dans l’étude de Benedict, quelques mots sont censés montrer une origine commune « au-delà de toute possibilité d’erreur ». Voir pour cela l'article de Laurent Sagart (CNRS, 2004) « Taï-Kadaï : un sous-groupe de l’Austronésien »). Il en a discuté avec les sommités reconnues dans le domaine : Peter Bellwood, Bob Blust et d’autres.
La phylogénie proposée par Sagart positionne le Proto-Taï dans un groupe ancestral qu’il appelle le « Mouique » (est-ce la même chose que le PAT ?), dont le Proto-Malayo-Polynésien et ce qu’il appelle le « Formosan Nord-Est » auraient également fait partie - le terme « formosan » faisant bien sûr allusion à Taiwan (l’ancienne Formose des Portugais). Pour être tout à fait brutal, Sagart introduit la notion qu’il existait « une langue formosane ancestrale au Taï-Kadaï ». Il est même plus précis : il pense que le Taï-Kradaï a son origine sur le versant oriental de Taiwan.
Mis à part le fait qu’il écrit ad nauseam page après page des plus hermétiques sur les « stratégies additives et multiplicatives » (sic) qui ont conditionné l’évolution des chiffres de 1 à 10 dans les langues de Taiwan - à en tomber raide mort  - il explique comment quelques mots qu’on retrouve dans les langues malayo-polynésiennes (MP) ayant le vocable « ma » initial auraient perdu ce vocable dans les langues Taï-Kradaï. Il donne trois exemples (sont-ils les seuls qu’il ait ?), voir la première jpeg.
Alors qu’en général, les langues Taï-Kadaï ont transformé les mots à deux syllabes (« disyllabes ») de l’AN en monosyllabes – par la perte de la première syllabe ou par la fusion des deux syllabes – le Buyang, une langue Taï-Kadaï parlée à la frontière sino-vietnamienne, est remarquable par sa préservation de plusieurs disyllabes AN. Un tableau (deuxième jpeg) montre que cette langue a aussi conservé les chiffres originels, apparentés de toute évidence aux langues MP (ceux qui connaissent le Bahasa Indonesia / Melayu se retrouveront immédiatement en terrain familier). Par contraste, pratiquement toutes les autres langues Taï-Kadaï ont perdus ces chiffres originels pour emprunter des chiffres d’origine chinoise.
Mes maigres connaissances ne me permettent pas de rejoindre la théorie d’une souche commune « Mouique ». J’avoue être épaté par l’alchimie des sons et des lettres que ces spécialistes pratiquent dans leur art obscur. J’ai parfois l’impression qu’ils étayent leurs théories sur quelques fétus de paille. Mais cela ne veut pas dire que je puisse les contredire non plus.
Tout cela est bien sûr à mettre en parallèle avec l’origine présumée des ethnies Taï dans un espace où ils côtoyaient les ethnies malayo-polynésiennes (MP) qui parlent des langues austronésiennes. Et il se pourrait même que toutes ces ethnies auraient été confondues si on va assez loin dans le temps, disons quelques milliers d’années avant l’ère chrétienne. Cet espace aurait été Taiwan, et les migrations vers Taiwan et postérieurement à partir de Taiwan sont illustrées par une carte (troisième jpeg), accompagnée des quelques explications ci-dessous. Cette théorie ne fait pas l’unanimité. Vous imaginez bien qu’il n’y a pas de faits sûrs, certains et au-delà de tout doute raisonnable la prouvant, ou d’ailleurs la contredisant.
(a) Expansion des pré-Austronésiens, venus du nord-est de la Chine, le long des côtes méridionales de la Chine au 5-ème et 4-ème millénaires avant J.C.
(b) Une de leurs branches passe sur les îles Nanri et Pingtan, puis de là sur l’île de Taiwan, vers 3500 avant J.C.
(c) Le reste continue vers le sud-ouest pour atteindre la région cantonaise.
Les chiffres indiquent la progression des groupes formosans (à Taiwan) jusqu’au groupe dit « Muique » marqué par (5). De là, les branches Taï-Kadaï (6) et Proto Malayo-Polynésienne (7) migrent plus loin vers 2000 avant J.C. Les TK vers la Chine méridionale, Hainan et peut-être le nord du Vietnam. Les PMP vers les Philippines puis vers l’archipel indonésien etc...
J’ai trouvé une autre carte des migrations à partir de Taiwan: Austronésienne (vers le sud, à commencer par les Philippines) et Taï (vers l’ouest, c.à.d. vers les côtes chinoises et vietnamiennes). Cette carte (quatrième jpeg) a été proposée en 2008 par Roger Blench (Cambridge) dans une conférence à Leiden ( Pays-Bas).
Je n’en dirai pas plus. Deux cartes montrant grosso modo la même chose, et plusieurs experts partageant la même opinion, tout cela ne prouve bien sûr pas que ce soit juste. Il y a là bien du matériel à digérer  et sans aucun doute y aura-t-il des gens pour protester. Images attachées: | | | À: GeorgesOZ · 31 décembre 2010 à 9:01 Re: Vocabulaire thaï: quelques secrets Message 10 de 46 · Page 1 de 3 · 8 831 affichages · Partager Comment? Pas de réactions? Il est donc si évident que ça que le Thaï et le Bahasa Indonesia sont, en fin de compte, de la même famille linguistique?  Bon, d'accord, mon prochain projet sera donc de démontrer que l'Inuit est apparenté au Swahili..... Personne n'y trouvera à redire.....
Continuons:
Toujours selon la même théorie évoquée quand j'ai traité des affinités austronésiennes, les ethnies Taï auraient séjourné pendant quelques millénaires dans les régions méridionales de la Chine, après avoir quitté Taiwan. Cela n’est pas invraisemblable du tout puisqu’il y a de nos jours-mêmes près de 20 millions de Taï ethniques en Chine, parlant encore en grande partie des langues appartenant à la famille Taï-Kradaï. La question qui se pose naturellement est à quel degré les langues Taï auraient pu s’imprégner d’influences chinoises (au sens large).
Pour être précis, il s’agirait d’influences Yue ou « chinoises du sud ». Historiquement, et avant leur expansion progressive vers le sud de la Chine, les Chinois Xia, ou Han selon leur appellation plus récente, avaient mis plus ou moins tout ce qui bougeait au sud du fleuve Yangzi Jiang (ou Yang Tsé) dans le même grand sac qu’ils appelèrent « les Yue », toutes ethnies confondues. Certains pensent que les Yue, ou une partie des Yue, étaient en fait des austronésiens eux-mêmes (décidemment, cette affaire est vraiment compliquée!). Qu’ils aient inclus des groupes parents des austronésiens, cela est bien possible, puisqu’on disait un peu plus haut que les peuples de Taiwan (austronésiens) avaient bifurqué d’une migration le long des côtes de la Chine méridionale, alors que le reste continuait vers le sud : ce reste devait bien alors faire partie des Yue. Mais il y avait probablement d’autres ethnies, certaines apparentées aux Hmong-Mien, d’autres aux austro-asiatiques (d’où sont issus les Vietnamiens et les Khmers), etc... Va-t-on bien savoir ? De plus, les chinois du sud tels les Teochew, les Hokkien et les Cantonais sont tous en principe dérivés des Yue. Donc les Yue étaient, en plus de tout le reste, des proto-Chinois (mais non Han à l’origine). Pour une discussion plus complète sur le processus de « sinisation » de la Chine par les Xia / Han, je renvoie à mon poste sur les « Peuples de la Chine et de l'Asie du Sud-Est » (j’ai donné les liens tout au début de ce poste).
Les influences Yue sur les Taï auraient été importantes car c’est là que les Taï auraient adopté les tons, par osmose pour ainsi dire avec ces ethnies du sud de la Chine, et leur langue aurait également été profondément « re-lexifiée ». Il faut imaginer des mariages mixtes, les enfants parlant comme leur mère ou leur père « étranger/ère » etc... et au fur et à mesure certaines manies de prononciation auraient pu passer les « frontières » ethniques.
Il faut dire qu’il y a quelques siècles ou millénaires, les tons n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui, ni dans les langues Taï ni dans les langues chinoises. Il existe toute une étude sur l’évolution relativement récente (durant les quelques derniers siècles) des tons en Thaï. Je ne vais pas me lancer là-dedans, et je renverrai les lecteurs intéressés (et courageux !) à un site tel que www.thaioregon.com/thailanguage.htm où on explique que:
“" La langue parlée à Sukhothai ressemblait au Proto-Taï dans sa structure tonale. Ce système tonal consistait en trois tons pour les syllabes se terminant par une voyelle, une semi-voyelle ou une consonne nasale (ce qu’on dénomme par « kham bpen » ou « syllabe vivante » en grammaire thaïe traditionnelle). Un quatrième ton existait pour les syllabes se terminant en p, t, k ou par un arrêt glottal après une voyelle courte (« kham dtaai » ou « syllabe morte »).
Une mutation qu’on appelle «division tonale » (tonal split, en anglais) se produisit dans toutes les langues de la famille Taï. Les systèmes à trois tons, par exemple, devinrent souvent (mais pas toujours) des systèmes à 6 tons. Les linguistes donnent souvent une date autour de 1000 après J.C. pour cette division, mais cela semble être survenu beaucoup plus tard pour la langue qu’on parlait à Ayutthaya :
- Premièrement, les compositions poétiques d’Ayutthaya de la fin du 13-ème siècle au début du 14-ème siècle dénotent une langue à trois tons.
- Deuxièmement, beaucoup de mots khmers ont été empruntés à la suite de la conquête d’Angkor par Ayutthaya en 1431, avant la division tonale.
- De plus, l’alphabet thaï du 17-ème siècle démontre que les consonnes s’étaient déjà modifiées à cette époque, selon des modifications liées aux divisions tonales.
Un linguiste, Gedney, propose donc une date située entre le 15-ème siècle et le 17-ème siècle pour la division tonale en Thaï. ""
Vous avez suivi ? Je vais vous laisser souffler un peu avant de balancer le reste de la sauce, qui s'épaissit au fur et à mesure (mais c'est souvent comme ça qu'on fait de bons plats  ). | | | À: GeorgesOZ · 1 janvier 2011 à 9:33 Re: Vocabulaire thaï: quelques secrets Message 11 de 46 · Page 1 de 3 · 8 777 affichages · Partager Si vous avez suivi jusqu'ici, je vous admire! J'espère que les "Yue"de tous poils ne vous auront pas donné plus mal à la tête que les bonnes bouteilles que vous aurez siffléees hier soir! L'occasion veut que je vous souhaite à tous "SaB watB di: bpi: maiB" et bien de bonnes choses pour 2011! 
Les plus curieux parmi vous se demandent peut-être pourquoi je vous confie mon essai par livraisons successives. C'est que je mets une dernière main, chaque jour ou presque, à ce que je passe sur VF, dans un but de correction - j'espère que vous appréciez l'effort - et par ailleurs, l'affaire est trop dense et lourde pour être écrite ou lue en une seule passe.
Voici le second et dernier volet sur les affinités entre le Thaï et les langues dites "chinoises".
Affinités chinoises (b) – 5% de chinois seulement ?
Sur l’étymologie du Thaï en général, je n’ai pas pu trouver grand-chose en dehors des références multiples à des origines indiennes. Cela n’est pas étonnant, et je reviendrai là-dessus. Pour revenir aux rapprochements que l’on peut faire entre le Thaï et les langues chinoises, j’ai profité de quelques discussions sur le web entre Thaïs, Sino-Thaïs et Chinois sur les points communs entre leurs différentes langues. Ce sont dans l’ensemble des discussions d’amateurs, mais au moins par des amateurs qui ont des langues asiatiques comme langues maternelles.
Il faut bien distinguer entre le fond commun ancien, disons antérieur aux migrations des Taï hors de la Chine méridionale, et le vocabulaire récemment emprunté aux diverses langues chinoises. Nous pouvons commencer par les emprunts récents. On entend dire un peu partout que le Thaï a beaucoup emprunté au « Chinois ». En fait, il semblerait que non. Je n’ai relevé que très peu de mots récemment empruntés à une langue chinoise, et spécifiquement, il s’agit presque toujours du Teochew (Cháozhōu). C’est logique puisque les Teochew sont de loin l’ethnie chinoise la plus représentée en Thaïlande, au point que Bangkok passe pour avoir la population urbaine Teochew la plus nombreuse au monde. J’en ai parlé dans mon essai sur les Peuples de l’Asie (j’ai déjà donné le lien ; voir page 11 dans cette discussion précédente). Bien entendu, il doit y avoir beaucoup plus de vocabulaire Teochew (et autres « chinois ») utilisé dans certains milieux sinisés de la Thaïlande, mais cela n’est pas représentatif de la langue thaïe. Ces quelques mots qui sont récemment passé du Teochew au Thaï - trois termes de mobilier et un terme de nourriture, l’esprit pratique règne premier ! – sont présentés dans un tableau, voir première jpeg.Il est curieux que le mot " dtuaaR" ("billet, ticket") passe pour être un mot Teochew à l'origine.
Quant au fond commun de plus longue date, nous entrons maintenant dans un domaine qui frise la spéculation. Mais il y a cependant un nombre de similarités qui sont pour le moins intrigantes, sinon convaincantes. Je les donne dans cinq tableaux (pour qu’on puisse mieux voir), jpegs 2, 3, 4, 5 et 6 ci-dessous.
Note: les jpegs sont toujours de qualité inférieure aux documents de départ. Ceux qui voudraient obtenir mon fichier Excel n'ont qu'à le demander. Il n'y a pas de droits d'auteur. Pour mieux lire les jpegs, j'ai remarqué que quand on les ouvre, on peut les aggrandir une seconde fois en cliquant encore dans le coin bas à gauche. C'est un truc qui est peut-être passé inaperçu pour certains....
Il y a un peu de tout dans ces tableaux. Je me contenterai des similarités assez évidentes :
- Nombres : il y a suffisamment d’exemples de similarités entre le Thaï et plusieurs langues chinoises, surtout celles du sud de la Chine (Cantonais, Hokkien, Teochew – des langues « Yue », tiens donc, quelle surprise!) pour qu’il n’y ait pratiquement aucune chance de hasard. Sagart, cité plus haut, est également de cet avis : « des séries de chiffres numériques chinois ont été empruntées par le Thaï, le Be, le Miao-Yao, le Bai et le Baonan, entre autres ».
- Particules : l’emploi de « lae:oH » en fin de phrase pour indiquer qu’une action a déjà été accomplie rappelle immédiatement l’emploi de « le » en Mandarin. De même, l’emploi de « maiH » en fin de phrase pour marquer l’interrogation et celui de « ma » en Mandarin.
- La négation « maiT » rappelle « meiT » en Mandarin (comme dans l’expression « meiT youR » courante en Mandarin).
- « naiR » pour demander « où ? » a un équivalent assez proche en Mandarin.
- Pour le mot « chaao », je vais souffler un peu et me contenter de citer quelqu’un qui s’est déjà bien penché sur ces questions..... moi-même (si vous permettez !  ), dans l’un de mes essais précédents:
« « La terminaison « zhou » (ou « zhao ») qu’on trouve dans beaucoup de toponymes chinois indiquait un « îlot » de sédentarisation « chinoise » dans ce qui était alors une région encore « acculturée » (au sens chinois). Il en vint à désigner les districts correspondants et le plus souvent la cité principale de la région, et prit également le sens de « royaume ». Le mot fut ensuite transcrit en « chow » ou « choo » en anglais, « chou » en français, d’où des toponymes utilisés au 19-ème siècle tels que « Foochow » (Fuzhou), « Soochow » (Suzhou), « Hangchow » (Hangzhou), etc.... Il me semble certain que le mot chinois « zhou » / « zhao » et le mot Taï « chao », qui a le sens de « communauté » ou de « peuple » (comme dans « chao naa » = « communauté des rizières » = paysans ; ou « chao khaoR » = montagnards), sont en fait le même mot. Il faut noter que la consonne chinoise « zh » est imprononçable pour les locuteurs de langues Taï (comme pour les Européens), d’où l’approximation par la consonne thaïe affriquée post-alvéolaire « ch » (« choo chaangH » = « éléphant » dans l’alphabet thaï). » »
Les similarités entre le Thaï et les langues chinoises ne se limitent pas aux catégories lexicographiques. Celles qui existent au niveau des formes modales sont également frappantes. Le Chinois classique utilisait des mots qui sont devenus « jiāng » en Mandarin pour indiquer le futur ou l’intention, « dāng » pour l’obligation (« devoir »), « dĕi » pour le potentiel (« pouvoir »). Les équivalents en Thaï sont « ja », « dtaawngT » et « daiT ». Je redonne ce petit paragraphe en jpeg (septième jpeg) pour faire passer l’écriture en caractères chinois et thaïs.
Un linguiste et écrivain Thaï, Phaya Anuman Rajadhon, a écrit dans son ouvrage “ La nature et le développement de la langue thaïe”, publié en 1961, qu’il y a en fait des centaines de mots similaires en Thaï et en « Chinois ».
Tout cela n’est peut-être pas une preuve de parenté entre ces langues (le Thaï d’une part, les langues chinoises d’autre part), mais suggère fortement qu’elles se sont influencées dans le passé. Cela converge bien sûr avec les millénaires de résidence des ethnies Taï dans les régions méridionales de la Chine. C’est peut-être le moment de dire que certains pensent même que le Proto-Austronésien (d’où seraient issues les familles linguistiques Taï-Kadaï et Malayo-polynésiennes) soit de même souche profonde que les langues Sino-tibétaines, ce qui impliquerait une « double affiliation » : par l’origine même puis par les influences respectives quelques milliers d’années plus tard. Je sais, c’est bien compliqué..... 
Pendant que j’y suis, et avant de donner le coup de sifflet pour la récréation que tout le monde attend impatiemment, j’en suis sûr, je vais rajouter quatre autres mots thaïs que je viens de découvrir comme ayant des affinités anciennes avec les langues chinoises (huitième et dernière jpeg). C’est de Sagart, toujours le même, mais là il table sur le travail d’autres experts ( Canberra, 2002).
Si je récapitule, tout ce que j’ai pu ramasser en Thaï qui ait un rapport ou un autre avec les langues chinoises ne fait guère que 5% de mon vocabulaire « de base ». Mais ce n’est peut-être là que le sommet visible de l’iceberg. Il est tellement facile pour un mot d’origine ou d’affinité chinoise de se faufiler incognito dans le vocabulaire thaï !
Coup de sifflet! Images attachées: | | | À: GeorgesOZ · 1 janvier 2011 à 15:15 Re: Vocabulaire thaï: quelques secrets Message 12 de 46 · Page 1 de 3 · 8 768 affichages · Partager Bonne année Georges et merci encore de nous faire partager tes connaissances linguistiques et historiques | | | À: Boumbastic · 1 janvier 2011 à 17:42 Re: Vocabulaire thaï: quelques secrets Message 13 de 46 · Page 1 de 3 · 8 757 affichages · Partager Et bonne année à toi de même ! J’adresse aussi mes voeux aux autres lecteurs jusqu’ici plutôt silencieux. Comme je disais, ou bien c’est la gueule de bois suite aux fêtes, ou alors c’est l’«épaisseur» du matériel présenté dans mon essai qui les empêche de se manifester... | | | À: GeorgesOZ · 2 janvier 2011 à 10:23 Re: Vocabulaire thaï: quelques secrets Message 14 de 46 · Page 1 de 3 · 8 740 affichages · Partager Par contraste avec les parentés « chinoises » (pour ne pas mentionner les parentés austronésiennes possibles), la partie du vocabulaire thaï dérivé des langues indiennes est bien attestée et évidente. D’une part, ces emprunts sont bien plus récents. D’autre part, les langues indiennes impliquées, le Sanscrit et le Pali, sont tellement différentes des langues asiatiques, morphologiquement, que les mots qui leur ont été empruntés par le Thaï sont comme le proverbial « cheveu dans la soupe » : ils sautent aux yeux. Et il y en a beaucoup. La plupart ont leur écriture basée sur le Sanscrit mais leur prononciation basée sur le Pali.
J’ai retenu un peu plus d’une centaine de mots qui ont été empruntés au Sanscrit ou au Pali dans mon « vocabulaire de base », ce qui en représente en gros 10% - en voir une sélection dans les quelques jpegs ci-dessous. C’est important sans être dominant. Sans aucun doute, si on passe à des registres plus élevés, disons académique, légal, poétique, religieux, administratif etc., la proportion sera plus grande. En effet, les langues indiennes sont au Thaï ce que le Grec et le Latin sont aux langues européennes, c.à.d. les langues de la culture et de la civilisation, ainsi que les langues dans lesquelles on puise souvent pour former des mots nouveaux.
Plusieurs mots utilisés tous les jours dans la rue sont d’origine indienne. Les jours et les mois, par exemple – ainsi, lundi, jeudi, samedi et dimanche sont les jours de la Lune, de Jupiter, de Saturne et du Soleil – tiens donc ! Comme on dit si bien, en Latin justement, « nihil sub sole novum». On trouve aussi des termes qui s’expriment soit par un mot bien thaï, soit par un mot d’origine indienne, selon la situation et le registre dans lequel on parle. Cela rappelle l’usage en Anglais de mots anglo-saxons ou latins / français, comme « ox » et « beef », « sheep » et « mutton » etc. Exemples :
- « chien » : « maaR » ou «souB nakH »
- « saison » : « naaT» ou « reuH dou: » (avec une écriture on ne peut plus indienne !)
Un bon nombre de termes d’origine indienne en Thaï se retrouvent dans d’autres langues de l’ Asie du Sud-Est, conséquence de l’influence extraordinaire que la civilisation indienne a exercée sur cette partie du monde. En voici deux excellents exemples :
- « océan » = « saB moutB ». La forme plus complète « saB moutH thraH » nous met immédiatement sur la piste : pensez à l’île de Sumatra !
- « mari » = « saaR mi: ». Le mot est « suami » en Bahasa Indonesia / Melayu. Origine : « svami » en Sanscrit, ou « sami » en Pali.
Certains de ces mots censés être d’origine indienne m’étonnent un peu :
- pourquoi les Thaïs auraient-ils eu besoin des indiens pour trouver un mot désignant le sein d’une femme, par exemple ? (J’en vois venir de loin avec une explication pas trop sérieuse...)  .
- le mot « trois » me semble plutôt très proche de tant d’autres langues asiatiques...
- les mots pour « mentir » (« go: hokB »), « jeune femme » (« saaoR »), « jour » (« wan »), « plante / végétal » (« pheu:tT ») me semblent avoir une sonorité (et une orthographe) tout à fait thaïe.
Par contre, que le mot « zéro », « sou :nR », soit d’origine indienne ne me semble pas surprenant. Il est bien connu que nous devons le concept mathématique du zéro aux Indiens.
Enfin, un mot tellement associé à la philosophie de la vie thaïlandaise, « saB baai », vient en fait du Pali ! Un mot tellement associé à la philosophie de vie thaïlandaise, « saB baai », vient en fait du Pali !
Je vous laisse mijoter un brin avant d'en rajouter! Images attachées: | | | À: GeorgesOZ · 3 janvier 2011 à 10:01 Re: Vocabulaire thaï: quelques secrets Message 15 de 46 · Page 1 de 3 · 8 715 affichages · Partager Emprunts au Khmer
Il est bien connu que le Thaï a emprunté au Khmer. La civilisation khmère était bien établie sur tout le territoire de la Thaïlande actuelle avant que les Thaïs ne viennent les repousser pour s’y installer. Peu importe la façon dont les Thaïs et les Khmers se soient dominés les uns les autres à différentes périodes, le fait est qu’ils se sont étroitement côtoyés. Mais quand on jette un coup d’œil sur le « vocabulaire de base », il n’y a en fait que peu de mots qui se manifestent par leur origine khmère. Je donne 8 mots qui sont mentionnés comme venant du Khmer dans le premier tableau (jpeg), puis encore quelques autres mots qui pourraient être d’origine khmère dans le deuxième tableau (jpeg).
Ah ! J’allais oublier le plus important : « khun », employé pour vouvoyer quelqu’un, serait à l’origine un terme khmer référant à la royauté. Il était employé pendant la période de Sukhothai, mais son usage s’était déplacé pour désigner les hauts dignitaires du royaume à l’époque d’ Ayutthaya. Des termes bien plus ronflants (ils aiment ça !) avaient été introduits pour la royauté!
Il pourrait y en avoir d’autres, mais mes connaissances s’arrêtent ici. En accordant le bénéfice du doute pour ces derniers mots, cela ne fait en tout que quelques maigres 2% du vocabulaire. C’est loin d’indiquer une pénétration importante du vocabulaire khmer dans la langue thaïe ! Il faut bien sûr tenir compte du fait qu’une autre langue (et civilisation) austro-asiatique importante, cousine si on veut des Khmers, a eu un impact important sur la civilisation thaïe, et donc doit avoir laissé des traces dans la langue. Il s’agit de la civilisation et de la langue des Mon. Grosso modo, l’influence khmère atteignait les plaines centrales de la Thaïlande alors que les Mon étaient plutôt localisés au nord et à l’ouest de la Thaïlande (et bien sûr jusque dans le sud de la Birmanie où ils ont joué un rôle historique très important). Mais je n’ai aucun exemple de mots dérivés du Mon.
Récapitulation
Si on résume, on pourrait en gros découper mon « vocabulaire de base » selon les proportions suivantes:
- 80% du vocabulaire est d’origine thaïe - dans le sens qu’on ne peut pas indiquer une provenance ou une similarité étrangère) ;
- 5% ou un peu plus serait d’affinité chinoise - mais dans ce cas, ce serait la plupart du temps des affinités datant du long séjour des Taï dans le sud de la Chine avant qu’ils migrent vers l’ Asie du Sud-Est;
- 10% (au moins) a été emprunté aux langues indiennes (Pali, Sanscrit) ;
- Le vocabulaire dérivé du Khmer se limiterait à 2% ou un peu plus ;
- Il y a 2 à 3% de mots empruntés plus récemment à d’autres langues, Anglais en tête.
C’est bien évidemment une première approche et il y en aurait beaucoup plus à dire.
Digression
Comme cette page est plus courte que les précédentes, je vais ajouter une petite digression : savez-vous l’origine du mot « Mandarin » ? Ce mot était utilisé à l’origine par les Européens pour désigner les hauts fonctionnaires de la Chine, puis par la suite pour désigner la langue chinoise standard, sans doute parce que ces hauts fonctionnaires parlaient/utilisaient la langue officielle plutôt que les dialectes ou langues locaux.
Le mot « mohn dtree» en Thaï désigne un haut fonctionnaire (conseiller ou ministre) et vient du Sanscrit ou du Pali (« mantrin » en Sanscrit ; il existe une forme actuelle « mantri » en Hindi). Il ne peut donc y avoir aucun doute que c’est ce mot, dérivé d’une langue indienne, qui a été repris par les premiers Européens à avoir vraiment visité le Siam (la Thaïlande d’alors), c.à.d. les Portugais (« mandarim ») ou les Hollandais (« mandorijn »), quand ils ont été plus loin et ont pris contact avec la Chine. D’où le trajet suivant :
Langues indiennes > Thaï > Portugais / Néerlandais > Chine et terme mondialement accepté Images attachées: | | | À: GeorgesOZ · 12 janvier 2011 à 0:30 Re: Vocabulaire thaï: quelques secrets Message 16 de 46 · Page 1 de 3 · 8 646 affichages · Partager J’ai eu bien d’autres choses à faire ces derniers jours, mais je n’ai pas oublié que j’avais encore un dernier petit thème à développer, celui de la parenté entre le Thaï et le Lao. Chose promise, chose due, même si l’évidence me montre que presque tout le monde s’en tape sur VF.  Comme il a été dit quelque part, il y a bien longtemps, s’il n’y a qu’un « juste » on ne va pas détruire la ville (ou qqc dans ce style).
Cette parenté est très étroite. Sur les 350 mots que j’ai relevés en Lao, 70% sont exactement les mêmes qu’en Thaï. Il y a bien sûr des variations de prononciation et de tonalités, et je n’ai pas la prétention d’avoir transcrit les mots lao d’une façon correcte. Le plus souvent, je me suis contenté de copier la transcription romanisée que j’utilise pour le Thaï, parfois en laissant tomber les marques de tons (ils ne sont pas toujours exactement les mêmes qu’en Thaï).
Si on examine de plus près les autres mots (30% de ce que je connais), on remarque immédiatement que la différence entre le Thaï et le Lao ne tient le plus souvent qu’à une prononciation particulière des mêmes mots. Pour les exemples suivants, j’ai laissé tomber les marques de tons:
- Les « l » et « r » en milieu de mot sont escamotés en Lao. Ainsi :
o « gûay », « bpà dtuu », « bpà maan », « bpà thâeht », « gaang » au lieu de « glûay », « bprà dtuu », « bprà maan », « bprà thâeht », « glaang »
(banane, porte, environ/à peu près, pays, milieu).
Quantité de gens parlent ainsi même en Thaïlande !
- Les « r » prononcés « l » :
o « dtam lùaat », « laa khaa », « leûuang », « lóht », pour : « dtam rùaatL », « raa khaa », « reûuang», « róht »
(police, prix, sujet, voiture).
De même, prononciation très courante en Thaïlande !
- Les « ch » prononcés « s » :
o « lûuk saai », « sáa », « saao », « sái » pour « lûuk chaai », « cháa », « chaao », « chái »
(enfant mâle, lent, matin, utiliser).
- Les « r » initiaux prononcés « h » :
o « háawn », « hák », « hiian », « húu » pour « ráawn », « rák », « riian », « rúu »
(chaud, aimer, apprendre, savoir).
- « ny » au lieu de « y » :
o « ah nyú », « nyâak », « nyài », « nyin » pour « ah yú », « yâak », « yài », « yin »
(âge, difficile, grand, entendre).
Il est justifié de considérer que ces mots sont bien les mêmes, ce qui fait que près de 85% du vocabulaire échantillonné est effectivement le même dans les deux langues. Il n’y a en fait que 15% du vocabulaire qui est franchement différent. La parenté est donc vraiment très étroite, autant au moins qu’entre les langues latines, par exemple.
Dernière digression
Certains se demandent peut-être (si jamais j’ai des lecteurs) combien de temps je peux bien passer à faire mes recherches. Et bien, il m’a fallu des journées entières, au total, pour mettre sur pied un tel essai. Mais c’est un plaisir, et en cours de route je suis tombé sur des informations intéressantes, ou parfois amusantes, telle celle-ci qui a retenu mon attention (étant toujours à l’affût d’en apprendre plus sur l’évolution et la propagation des espèces):
Les recherches récentes sur les DNA suggèrent que les morpions ont sauté la barrière entre les gorilles et les humains il y a environ 2 millions d’années. Ils se sont bien propagés depuis ! 
Bon, voilà, je vais m'arrêter ici et me rediriger sur des occupations plus pratiques et surtout avec plus d'interactions humaines! | | | À: GeorgesOZ · 13 janvier 2011 à 6:37 Re: Vocabulaire thaï: quelques secrets Message 17 de 46 · Page 1 de 3 · 8 627 affichages · Partager Certains se demandent peut-être (si jamais j’ai des lecteurs) combien de temps je peux bien passer à faire mes recherches. Et bien, il m’a fallu des journées entières, au total, pour mettre sur pied un tel essai.
Et au final tu sais parler thaï? | | | À: Cyannure · 13 janvier 2011 à 7:25 Re: Vocabulaire thaï: quelques secrets Message 18 de 46 · Page 1 de 3 · 8 622 affichages · Partager Savoir parler: disons que je me débrouille, plus que les uns et moins que les autres. Ca te va comme réponse? | | | À: GeorgesOZ · 13 janvier 2011 à 19:49 Re: Vocabulaire thaï: quelques secrets Message 19 de 46 · Page 1 de 3 · 8 610 affichages · Partager Savoir parler: disons que je me débrouille, plus que les uns et moins que les autres. Ca te va comme réponse?
Ça c'est bien une réponse de normand  Ne me réponds pas "ptet ben que oui, ptet ben que non" | | | À: Boumbastic · 14 janvier 2011 à 0:28 Re: Vocabulaire thaï: quelques secrets Message 20 de 46 · Page 1 de 3 · 8 600 affichages · Partager Hahaha! Normand, je suis loin de l’être ! Ma réponse est pourtant tout à fait correcte, car il manque la définition de « savoir parler ». J’ai vécu dans suffisamment de pays pour savoir que certains prétendent savoir parler quand ils ne savent dire que deux ou trois douzaines d’expressions usuelles « qui sonnent bien ». J’ai rencontré des farangs (il ne s’agit pas que des Français) vivant en Thaïlande, ou mariés avec une Thaïlandaise, ou les deux, tombant exactement dans ce cas. Quand on leur pose une colle, ils vont demander « à bobonne ». Donc ma réponse est : je sais parler (et lire – ce que je considère être une condition nécessaire mais bien sûr loin d’être suffisante), à un niveau bien au-dessus de celui de ces gens-là. Mon niveau de familiarité va au-delà du vocabulaire de base que j'ai présenté ici. J’ai par contre été ébloui par quelques farangs qui vraiment parlaient couramment, dont un que je connais personnellement qui a même tenu une discussion sur la télé (en Thaï bien évidemment), il y a quelques années. Mais même dans ces cas-là, je suis certain qu’ils seraient perdus dans certaines situations.
Vivre longtemps dans le pays, en immersion totale, est presqu’une condition nécessaire pour vraiment bien parler et je n’ai pas cette chance, donc je me situe à mi-chemin. C’est exactement le sens de ma réponse.
Satisfait ? | Discussions similaires sur la Thaïlande: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 3 652 visiteurs en ligne depuis une heure! |