Bonjour Valérie tes réponses sont souvent sans concessions, je pense que ton quotidien de médecin dans l'Afrique profonde est au-delà de notre petite vie d'occidentaux craintifs, mais cependant je n'adhère pas à ce que tu dis de l'intérêt de ce post.
En apparence tu as raison ce post sur les plages n’ouvre pas le débat, mais en réalité il l’ouvre si on explique pourquoi cette plage ou une autre nous a marqués. Le pourquoi est fondamental, essentiel. Qu’y avons-nous vécu, quelles émotions y avons-nous ressenties ? Il n’est pas question de juger, mais l’essentiel c’est ce que l’on vit en un lieu, pas simplement l’esthétique visuelle qu’il laisse en mémoire, ou pire sur une photo, que l’on a oubliée et sur laquelle on retombe par hasard vingt ans après. Les souvenirs profonds et chargés d'émotions, de joie ou de peur s'affranchissent du support papier pour ranimer une mémoire défaillante.
Le jeune homme timide de 16 ans qui se fait entraîner par une copine un peu plus dégourdie dans un bain de minuit, et pour la première fois de sa vie il va sentir le frôlement des corps nus dans une eau à la bonne température par une nuit de pleine lune, wahou cette plage ce sera la plus belle de sa vie !
Ce même jeune homme, à peine plus tard, quand il rencontre une jeune femme qui le marquera pour la vie et avec laquelle il échange ses premiers baisers passionnés de feu, les plus beaux de sa vie, sur le sable fin et moelleux d’une plage de Méditerranée, et qu’avec la belle 50 ans plus tard ils s’en parlent encore avec une nostalgie certaine, tout étonnés que la vie ne les ait pas réunis, là aussi une plage de rêve.
Et puis au fond de l’
Albanie une plage qui n‘a rien de particulier, même qui pourrait ne pas être très belle du fait des constructions anarchiques (détruites depuis) mais, sur cette plage alors qu’il en toujours rêvé depuis qu’il a lu Jules Verne et qu’il a parlé avec des astronomes, paf un soir tout à fait ordinaire, wahou le rayon vert, oui le rayon vert. Encore une plage qui marque pour la vie.
Et une traversée de l’île de Sky à pied, après des passages assez périlleux en escalade ou presque une petite crique, et dans cette crique des grosses têtes noires à moustaches regardent l’intrus et son fils arriver. En s’approchant on constate qu’il s’agit d’otaries aux grands yeux curieux. Mais là aussi on ne dévoile pas de grands secrets au risque d’envoyer des hordes touristiques, car outre des heures de marche, il faut généralement affronter la pluie, et le vent souvent fort voire furieux. Et lorsque ce dernier s’arrête de souffler, on le regrette car on tombe sous la coupe des millions de meetges qui rendent fou furieux en piquant absolument partout, à se demander comment des bestioles pas plus grosses que du poivre moulu peuvent faire aussi mal. Mais au retour d’une journée hors du temps et hors du monde, où l’on n’a vu personne, encore une plage de rêve, même si elle était au premier abord un peu lugubre et sous un crachin accompagné de brouillard.
Et cette portion de plage d’une dizaine de kilomètres entre Biscarosse et la dune du Pyla où j’allais courir par avis de tempête, à me faire courser par les vagues, un jour une plus raide que les autres m’a cueilli, et je me suis retrouvé en short et t-shirt en hiver perché sur cette vague qui courait à la côte. Tout surpris, justement d’avoir été surpris par la célérité de la vague, alors que j’en avais déjà négocié des centaines, mais vigilance immédiate tous sens en éveil, attendant le moment où elle déferlerait avec l’espoir d’avoir les chaussures sur le sable et partir à fond pour me sortir d’un très sale pas, presque à poil dans l’Atlantique déchaîné en hiver. Là aussi une plage inoubliable et d’autres qui ne me viennent pas en mémoire. Le surf ou la planche aussi....
De plus, sur la partie sèche de la plage par grand vent, le sable en vous frappant crée une douleur insupportable, le réflexe instinctivement consiste à tomber en boule au sol en attendant que la rafale passe puis, se relever rapidement et courir vers la partie mouillée pour échapper à la brûlure abrasive. Le sable on s’en sert pour décaper les métaux, alors la peau ouille ouille.
En tout cas, ces immenses vagues qui en temps de tempêtes balaient les larges plages des Landes et viennent faire des points d’accumulation en percutant la dune que l’on vient d’escalader à fond de train la peur aux fesses, elles m’ont appris une chose que tous les ingénieurs hydrodynamiciens savent : une vague de deux mètres, en fonction de différentes caractéristiques propres, lorsqu’elle frappe un obstacle, elle peut faire une accumulation d’eau surprenante. Cela pour dire que les Japonais avec leur mur de protection à Fukushima, de 10 mètres ou à peine plus (13 peut-être) alors que les tsunamis les font. Au point d’impact on savait qu’il fallait s’attendre, vu la vitesse de propagation de l’onde, à une hauteur au minimum double ou triple. Certes ils ont économisé à la construction une dizaine de millions équivalent euros, économie très rentable !!!
Et puis, la plage d’Arta à
Djibouti (on m'a raconté, je n'y suis pas allé mais j'envoyais les autres sniff!) où l’on part se frotter en apnée aux requins baleine de 20 mètres au moins, et puis les récits des kayakistes au
Groenland qui s’arrêtent pour bivouaquer sur une plage et qui se réveillent au matin tout étonnés que la mer a disparu, remplacée par un amas d’icebergs qui les empêchent pratiquement de repartir.
Et puis cette plage dont parle Mélusine Mallender dans son incroyable descente de la Terre de Feu en kayak, seule échancrure dans une falaise démesurée sur des dizaines, voire plus, de kilomètres, où elle a pu s’échouer, échappant à une mort
presque certaine dans une eau à quelques degrés (avec des coriaces comme elle, la mort a du boulot pour les maîtriser, lire ses aventures). Une fois dans cette crique salvatrice, la marée va monter et elle passera la nuit accrochée à la paroi au-dessus en ayant arrimé en catastrophe son kayak ainsi que celui de son compagnon à une corde. Encore une plage, ou crique, qui laisse des souvenirs impérissables. Et dit en passant, c’est presque cool à côté de la suite de l’aventure !!!
Non, je ne trouve pas à la réflexion que ce sujet sur les plages ne donne pas toute latitude à de beaux échanges, bien au contraire, il suffit de se lâcher un peu et faire parler ses tripes plutôt que ses yeux.
Certes, au risque de se faire traiter de « m’as-tu-vu » qui vient se faire mousser, mais M.. sur un site de « voyageurs »on vient partager ses émotions et si possible aussi chercher des idées et lire des récits qui sortent de l’ordinaire du loueur de voiture, du confort et du prix de l’hôtel ou l'abondance de la bouffe, ne crois-tu pas ?
Mais, je suis bien d’accord avec toi sur un point, la
France recèle sur ses plages, rien que métropolitaines, des bijoux, et même sur la côte d’azur que je connais bien. Un bain au lever du jour dans l’Estérel dans une crique au porphyre rouge qui commence à être effleuré par le soleil, et si de plus cette baignade on l’agrémente d’un plongeon d’une quinzaine de mètres des rochers qui nous entoure, ou simplement d’un saut (techniquement beaucoup plus facile) wahouu encore une plage de rêve où l’on a été seul au monde le temps de dire bonjour à l’astre du jour, et même au mois d'août, et l’on part petit déjeuner à 7 heures du matin bien rechargé en bonheur !!!
La
Corse, ses recoins cachés qu’on aborde en bateau, bivouaquant le voilier à l’ancre dans un recoin des calanches de Piana ou ailleurs, et une petite plongée en apnée au matin pour un petit déj avec des oursins (attention pêche que les mois en r) et découvrir un banc de barracudas, tous formatés vers les 60 ou 70 cm, et lorsqu’on s’approche et que l'on plonge vers ce banc gigantesque de milliers de poissons, ils se mettent en défense en formant un gros anneau vertical, wahouuuu encore une crique pour la vie !
Bon j’arrête, je suis reparti !!!!!
En conclusion chacun sa ou ses visions de la plage et pourquoi elle a 'celle-là et pas une autre, accroché sa mémoire
Luc
PS: J'allais oublier, un 6 juin, c'est pas bien du tout: Omaha Beach, un des endroits visités qui m'a le plus ému en regardant le minuscule bourlet de sable derrière lequel les survivants des premières vagues d'assaut US essyaient de se cacher pour ne pas être hâchés par les mitrailleuses nazies. Ce minuscule bourlet m'arrivait aux mollets!!!