Bonjour Jean-Michel, merci je dis au passage aussi merci à
Nathalie (Libertad 31), alors je vous dédie spécialement ce qui suit, Disziplin, Disziplin je vais rester dans la règle, trois seulement :
Dans ma jeunesse, entre 10 et 16 ans, j’étais « tyrannisé » par mon frère aîné, et je passais sous sa férule, jours et nuits, toutes mes vacances à la pêche. Nous n’étions pas toujours dans la droite ligne de la loi, en particulier nous pratiquions la pêche sous-marine de nuit, ouille et parfois la pêche était bonne, à plusieurs occasions nous avions failli nous faire coincer, et un jour nous nous sommes faits prendre par un pêcheur professionnel qui venait au lampareau sur notre lieu de pêche. Lui avait droit, pas nous. Il comprend tout de suite ce que nous faisons.
-Eh les gamins mais vous vous asseyez sur les réglementations de pêche. Montrez-moi voir ce que vous avez attrapé.
Nous avions quelques beaux sars.
-Ahah pas mal, bon on va trouver un compromis, on rejoint la plage là-devant et on se fait un petit repas ensemble avec vos poissons.
Nous n’avions pas notre mot à dire. Nous avons rejoint ladite plage, ramassé un peu de bois, le pêcheur professionnel a sorti une tôle de son bateau qu’il a positionnée sur le feu qu’il avait allumé, et nos poissons ont grillé, ils étaient très bons. Il semblait tout content notre pêcheur et est reparti à son labeur.
Mon frère et moi, les jours suivants, en passant sur cette plage en voyant les restes de traces de feu, nous ne savions pas s’il fallait rire ou pas. Encore une plage que j’ai bien en mémoire.
Les plages et criques du fond de l’
Albanie j’en garde un souvenir très vif, en effet lorsque j’allais m’y baigner presque toujours seul, en effet le pays sortait d’une période terriblement troublée. Les casernes avaient été pillées quelques années auparavant, des millions d’armes avaient été volées ainsi que plusieurs centaines, voire plus sans doute milliers, de tonnes d’explosifs. Et le problème venait de ces explosifs, je faisais toujours attention en nageant avec masque et tuba à garder les oreilles hors de l’eau.
Pourquoi ? Car de temps à autre on voyait une colonne d’eau monter, la pêche à l’explosif ou à la grenade était une pratique courante. La pression se propage dans l’eau avec un amortissement moindre plus que dans l’air et, si on a les oreilles sous la surface, même relativement loin du lieu d’explosion, on a de fortes chances d’y laisser les tympans. Et presque vingt ans après, le fait de penser à ou de prononcer le mot plage, la première image qui me vient à l’esprit c’est un geyser d’eau qui monte. J’en ai vu des « maousses » d’une dizaine de mètres de haut au moins.
Une fois la plage albanaise s’est montrée cruelle à mon encontre, en sortant de l’eau ayant fait l’erreur de garder mes palmes, je trébuche et tombe lourdement sur une pierre tranchante. Je m’ouvre profondément la jambe. Première réflexion, la plaie semblant grave, « purée au fin fond du sud de l'
Albanie au milieu de nulle part, ça va être bosniaque ». Ne pouvant plus conduire mon épouse prend le volant et nous retournons chez notre vieux copain Georges à Thërmi. Pas ému, il me dit « on va voir le voisin et on va frotter ta plaie avec de la crotte de mouton ». Quoi !!!! Déjà qu’avec la chaleur les chairs autour de la coupure prenaient une couleur verdâtre, y mettre de la crotte de mouton pas question, meilleur moyen de mourir rapidement. Mais ça commençait à urger, la septicémie me semblait en bonne voie.
Ma jambe me rappelait le morceau de viande que nous avions traîné durant trois jours en descendant les gorges de l’Ardèche en été, qui avait fini bien pourri parcouru d’irisements bleuâtres et verdâtres. Georges nous dit de redescendre à Himara, où se trouve une infirmerie.
On y arrive, toute belle dans ce bled à l’époque en ruine post-communiste. Le bâtiment m’inspire, tout beau et bien peint. J’apprendrai qu’il s’agit d’un don récent de la
Grèce.
Eurêka, on nous ouvre. Une infermière, en albanais je lui explique, mais elle a tout compris immédiatement. Elle part chercher le toubib. Et là encore, nous avons vécu un grand moment albanais, tout en étant soigné remarquablement bien, une bonne douzaine de points de suture, qu’un copain médecin italien m’enlèvera une quinzaine de jours plus tard à
Tirana.
Mais voilà, l’infirmière était albanophone et le toubib grécophone, donc animosité entre les deux, bien évidemment chacun parlant les deux langues mais n’acceptant de s’exprimer seulement dans une seule. Par-dessus ma jambe ils se traitaient presque de noms d’oiseaux. Mais, les Albanais ont souvent une intonation particulière, on croit qu’ils s’engueulent, mais non tout est normal, donc ais-je la bonne perception ?
Elle me parlait en albanais, lui un peu en anglais et surtout en grec à mon épouse. Mais malgré le ton un peu « bosniaque » entre eux, ma jambe faisait l’objet de toute leur attention. Et je dois dire qu’ils ont fait un remarquable travail, et ils ont refusé toute rétribution. Pour ma part, j’ai poussé un grand ouf, car je me voyais mal parti avec cette nécrose démarrant rapidement par grande chaleur. Encore un petit souvenir des criques rocheuses d’
Albanie.
Alors, ce qui était étonnant, avec un masque de plongée (pas du corona) on voyait partout la roche éclatée sous les impacts de l’explosif. Je me souviens même un jour, notre avion en attente pour se poser à
Tirana a fait un très vaste tour de piste en survolant la mer vers le sud, du hublot je distinguais nettement la constellation de ces impacts blancs sur les rochers sous quelques mètres d’eau, il y en avait des centaines, les tonnes d’explosif il fallait bien s’en servir !
Précision: l'
Albanie dont je vous parle a 20 ans, beaucoup de choses ont changé, pour ne pas dire tout, en particulier sur la côte.
Lorsque j’étais à l’école de l’air à Salon, nous avions fait un mur promotion un peu « musclé » en partant faire la fête à
Paris. Notre général nous avait repérés et avait envoyé les gendarmes pour nous donner l’ordre de rentrer sur le champ à Salon. Je ne sais quelle frénésie nous a pris, nous avons quitté
Paris sans passer par Salon-de-
Provence et, avons « enquillé » directement sur la semaine de vacances prévues. Notre général l’a très, mais alors très mal pris.
Il a envoyé les gendarmes chez chacun d’entre nous avec un mandat d’arrêt comme déserteur. Mes parents furent paniqués, j’étais parti faire de l’alpinisme à Chamonix. J’espère que les gendarmes leur ont expliqué le contexte. L’un de mes copains s’est fait cueillir à la sortie de l’église alors qu’il venait juste de se marier, allez hop embarqué, nuit de noces pour plus tard.
Quand je suis repassé par chez moi, mon père était très mécontent et affolé, de
Lyon il m’a conduit illico presto à Salon. Lorsque nous rentrions en ordre dispersé, pour ceux, qui comme moi, n’avaient pas été arrêtés par les gendarmes, le comité d’accueil était musclé.
Un mois au gnouf, c’est-à-dire qu’en dehors des activités normales dans le cadre de l’instruction, interdiction de sortir. 80 jeunes hommes de 21 à 23 ans
confinés tout le mois de juin, ça commence à remuer sec ! Le commandement en avait conscience.
Mon capitaine un jour, un après-midi de chaleur, alors que nous partions pour une instruction pilotage m’a dit en rigolant « Allez aujourd’hui je vous emmène à la plage ». On a remonté (hum ! hum ! pas très haut, mais il y a prescription, cela fait 40 ans) une longue bande de plages à l’ouest de
Marseille, l’avion souvent bien incliné sur l’aile, les ailes presque à la verticale, mon capitaine hilare me disant « regardez bien tous les bikinis avant de retourner au trou », puis il éclatait de rire.
Là aussi des souvenirs immortels et des flashes de corps allongés sur le sable vus du cockpit d’un avion, avec le rire du capitaine, mais pas celui du sergent la belle du régiment, lorsque j’entends le mot plage.
Luc