Patatras !
Changement de programme aujourd’hui. L’idée était, à l’origine, de partir ce matin en canot pour le village de
Nuang Moy et d’y passer deux nuits. Renseignements pris il s’avère que cette petite localité sert surtout de base arrière pour les nombreux treks à destination des villages
mungs situés plus au nord. Et qu’en dehors de ces activités il n’y a pas grand-chose à faire ni à voir sur place. Nous décidons alors de rester tranquillement à
Nong Khiaw et de programmer une visite de
Nuang Moy pour une seule journée le lendemain.
La matinée est occupée par des questions logistiques et organisationnelles. Il nous faut d’abord changer d’hôtel puisque le nôtre n’a plus de chambres disponibles.
Check out, on déménage.
Check in, on emménage... à la
guesthouse d’à côté,
Sabaidee Nam Ou River View.
Repérage de l’embarcadère public du bateau qui nous mènera à
Nuang Moy demain matin.
On traîne ensuite assez nonchalamment dans les rues de
Nong Khiaw nous imprégnant de l’atmosphère paisible de la petite ville. Comparaison n’est pas raison, je le sais bien, mais je ne peux m’empêcher de penser à l’effervescence indienne, aux encombrements sonores, aux bousculades, aux sollicitations incessantes. Rien de tel au
Laos où tout semble plus feutré, plus intérieur. Il est vrai qu’il y a en
Inde une énergie incroyable, presque tellurique, que je ne ressens pas au
Laos. Mais bon je m’égare.
Retour sur les bords de la
Nam Ou pour un déjeuner dans un petit resto, mignon certes, mais à la qualité gustative assez médiocre cette fois-ci.
Comme toujours à
Nong Khiaw la chaleur se fait brutalement plus intense en début d’après-midi. Kate et moi décidons d’aller nous reposer à l’hôtel. En attendant Bruno et Nathalie, quelques pas derrière, nous discutons tous les deux sur le bas-côté de la rue.
Un bruit sourd, sec, celui impressionnant de la chute d’un corps, suivi d’un cri de douleur. Aie, aie, aie, Nathalie vient de chuter lourdement sur le sol poussiéreux de la rue, face contre terre. Nous nous précipitons vers elle, mais Bruno déjà la relève. Son visage est couvert de sang et avant qu’elle ne porte un mouchoir sur sa tempe, j’ai le temps d‘apercevoir la longue entaille qui se dessine sur le haut du front.
Par chance, une petite pharmacie se trouve de l’autre côté de la rue. Mais le monsieur qui tient l’officine semble encore plus affolé que nous et crie en anglais « Hospital ! Hospital ! »
Un hôpital à
Nong Khiaw ? Peut-être, mais où ?
Heureusement un taxi qui a dû être prévenu par un passant s’arrête à notre hauteur et nous embarque immédiatement. Quand je dis taxi, c’est plutôt un véhicule type bétaillère, mais peu importe, le jeune qui conduit a bien compris la situation et nous transporte au centre de soins à 5 minutes de là.
Durant le court trajet qui mène au centre, je jette de rapides coups d’oeil vers Nathalie pour essayer d’apprécier la situation, de me rassurer en fait. Bruno, calme et prévenant éponge le visage ensanglanté. Nathalie légèrement penchée en avant ne dit rien. Elle ne pleure pas, serre les dents, essayant de surmonter la douleur, le stress, la peur. Le visage baissé, le corps légèrement penché vers l’avant, je la trouve émouvante dans son attitude de « mater dolorosa », de vierge de douleur. Comme nous tous je pense, j’ai du mal à démêler mes sentiments. Le voyage est-il terminé ? Mais qu’importe, au fond. Pourvu que ce ne soit pas grave.
Nous arrivons très vite au petit hôpital. Le jeune homme du taxi nous sert de guide et d’interprète. Section des urgences. Incroyable, il n’y a personne, aucun patient. Quand je pense aux nôtres toujours si encombrées ! Nathalie est prise en charge par une infirmière qui l’amène dans une petite salle de soins avec Bruno toujours à ses côtés.
Elle en ressort assez rapidement le front couvert d’un gros pansement qui masque 6 points de suture.
Nathalie semble rassérénée et nous sommes tous rassurés avec le sentiment d’avoir échappé au pire. Il s’avèrera plus tard que les conséquences de cette chute seront plus handicapantes que prévues mais j’y reviendrai... Le jeune homme qui nous a si patiemment attendus nous ramène enfin à l’hôtel. Ouf ! Repos pour chacun, le temps de se remettre de cet épisode d’émotions et de commotion.
Dans notre programme de fin de journée il était prévu de faire l’ascension du
Som Nang, une des collines qui domine la ville, pour profiter du coucher de soleil. Je m’apprête à la faire en solitaire au vu des circonstances, pendant que Kate ira se perdre dans les rues du village à la recherche de scènes de rue comme elle aime le faire. Mais surprise, Bruno et Nathalie viennent toquer à la porte et m’annoncent qu’ils veulent monter avec moi.
Nathalie, encore chancelante mais en mode «
Warrior » et qui a l’air décidé de ne pas subir les événements. Alors là, bravo ! Un peu imprudent tout de même non ?
A la redescente, Kate nous rejoint. La journée s’achève dans la bonne humeur avec la pensée que nous avons tout de même échappé à ce qui aurait pu être une catastrophe. Et qu’un voyage aussi bien préparé soit-il est parfois à la merci d’un hasard malheureux qui peut tout faire déraper. A l’image de la vie.
Demain longue navigation sur la
Nam Ou à la découverte de
Nuang Moy.