Oui Muriel, on a beaucoup aimé.
La suite en mots et en images...
Don Det et Don Khon en Tuk-Tuk
Notre hôte a réservé pour nous un circuit de quatre heures en
tuk-tuk afin de parcourir plus avant
Don Det et sa voisine
Don Khon. Un grand jeune homme, placide et souriant nous attend au niveau de l’embarcadère principal. Son
tuk-tuk est spacieux, confortable et joliment décoré, presque une calèche ! Et c’est parti pour quatre heures d’exploration.
Très vite, passées les dernières maisons du Nord de l’île, nous pénétrons dans un espace agricole et rural, à l’habitat dispersé. L’horizon est très dégagé dans ce paysage bas à la végétation plutôt sèche. Les rizières d’un jaune paille ont été moissonnées. Pas de jungle tropicale comme à
Nong Khiaw. Les seules touches de vert sont apportées par la forêt claire, et les bananeraies qui se déploient sur les franges de l’île. Nous roulons sur un chemin cimenté et légèrement surélevé, sans doute pour rester praticable, à la saison des pluies.
Un petit pont de pierre qui traverse un bras étroit du
Mékong, et nous voici sur l’île de
Don Khon. Premier arrêt devant un site assez étonnant. Une vieille locomotive posée sur une portion de voie ferrée expose ses bielles et sa carcasse rouillée. Tout à côté un bâtiment de style colonial désaffecté. Pendant que Bruno, à l’intelligence toujours aussi pratique, scrute les mécanismes de la vénérable machine, j’essaie d’en savoir plus sur la présence de ce vestige ferroviaire.
Il s’agit d’un projet pharaonique du temps de la présence française. Cette courte ligne ferroviaire de 7 kms devait permettre en fait de contourner les chutes infranchissables du
Mékong plus en aval afin de maintenir la continuité du transport, en évitant les ruptures de charge. Travail colossal pour la main-d’œuvre locale : du sang, de la sueur et des larmes pour une réalisation qui n’apportera pas au final les résultats escomptés. Un pan d’histoire coloniale tout de même fascinant malgré son échec commercial.
On repart. Comme dans un quadrille, nous échangeons nos places afin que chacun d’entre nous puisse s’asseoir dans le sens de la marche. J’observe Nathalie. Elle me paraît d’humeur joviale, mais elle nous a avoué ce matin dormir très mal depuis l’accident. Contusions dues à la chute ? Elle craint que ce ne soit plus grave. Elle pense à une côte fêlée ou cassée. Et comme c’est quelqu’un qui ne laisse pas traîner les choses, elle a pris rendez-vous pour dans deux jours à l’hôpital privé de
Paksé, afin de faire retirer les points de suture et de vérifier son état général.
Avant d’atteindre les chutes de
Li Phi, le tuk-tuk pénètre dans une vaste enceinte couverte de temples. Nous tombons sur une cérémonie religieuse qui se déroule dans le sanctuaire principal. L’assemblée très nombreuse, femmes et enfants en majorité, écoute respectueusement les litanies du bonze et de ses assistants. Les gens sont assis à même le sol, des offrandes posées sur des nattes. Nous observons discrètement le déroulement du rituel sans en comprendre le sens profond.
En périphérie du bâtiment central, mon attention est attirée par un alignement de stupas funéraires, petites tours de pierre s’élevant délicatement vers le ciel. Des familles sont en train de se recueillir à leurs pieds. Je jette un coup d’œil rapide par respect pour ces moments d’intimité, ces liens subtils reliant les vivants et ceux qui sont passés. Les Bouddhistes croient à la réincarnation des corps comme de l’esprit, Comment réagissent-ils au décès de leurs proches ? Je n’en sais rien. Mais entre leur vision cyclique du monde et la nôtre plus linéaire je me demande si notre rapport à la mort est au fond si différent.
La suite du programme va s’avérer plus bouillonnante : chutes de
Li Phi, puis grande cascade de
Khon Phapheng, la plus puissante du
Mékong.Pour
Li Phi, il s’agit davantage de rapides que d’une cascade à proprement parler. Nous empruntons d’abord un pont de singe à la «
Indiana Jones », avant de descendre un chemin caillouteux qui nous mène au bord du torrent. Dans le fracas et l’écume nous progressons prudemment sur les rochers pour mieux apercevoir en contre haut la partie la plus spectaculaire de la chute. Impressionnant ! Et on imagine aisément ce que doit être le cours d’eau en saison des pluies.
Avant de retourner nous étourdir une seconde fois les tympans, notre prévenant chauffeur nous conduit sur une vaste esplanade arborée, en léger surplomb du
Mékong.
Pause-café bienvenue sous les arbres. Je prends plaisir à regarder cette vie quotidienne simple qui semble si tranquillement se dérouler. Des hommes attablés discutent en terrasse, pendant qu’au fond de la salle un homme ravaude ses filets, des enfants jouent sur la place avec des raquettes, une femme prépare un repas pour la famille...
Cascade acte II : les chutes de
Khon Phapheng. Infranchissables. On comprend pourquoi les Français avaient voulu les contourner. L’entrée est payante, mais le site est bien aménagé et bien balisé. Plus impressionnantes que celles de
Li Phi elles s’étalent sur plusieurs kilomètres en une succession de cataractes. L’effet est cependant moins saisissant car nous sommes en contre-haut et plus éloignés du cours d’eau.
Le soleil commence à se faire plus ardent et nous ressentons une certaine lassitude. En retournant sur nos pas, nous croisons un groupe de buffles, à l’air paisible, mais énormes. Kate me rejoint, se colle à moi et me prend le bras. J’aime ces moments de tendresse !
Nous déjeunons à la sortie du site, dans un petit restaurant familial. Je ne connais pas bien les noms des plats, ni les ingrédients qui sont utilisés, mais j’aime beaucoup cette nourriture du Sud-Est asiatique, thaï ou lao. Jamais lourde, jamais grasse, toujours subtilement (vigoureusement ?) épicée.
La journée avance, il est temps de rentrer. Nous avons beaucoup aimé cette île de
Don Khon si paisible, encore protégée du tourisme de masse. Cette vie rurale, simple en apparence. Ce ne sont bien sûr que des images fugaces, des sensations de surface, mais qui nous ont fait du bien. On voyage aussi pour cela, non ?
Ce soir deuxième coucher de soleil sur le
Mékong, verre de blanc en main. Les habitudes se prennent vite...